‹ Traité de la syphilis des nouveau-nésChapitre 36 sur 204 · PARTIE I. — ÉTI0L0GIE · texte numérisé non relu

PARTIE I. — ÉTI0L0GIE

le lait, ont à mes yeux dans cette question un tort commun : celui d'appliquer à des faits essentiellement différents une même mesure. Connaissons-nous assez les effets possibles de cet aliment impur sur le nouveau-né pour être autorisés à prononcer qu'il n'a rien produit, par cela seul que nous n'observons à la suite de son usage aucuns des phénomènes de la vérole constitutionnelle acquise par voie de contagion ordinaire? Cette influence toute spéciale ne peut-elle avoir ses caractères, sa modalité, son époque de développement à elle ? Lorsqu'on voit, par exemple, chez le fœtus , la syphilis provenant du père demeurer 9 mois au moins avant d'apparaître, puis tout à coup éclater en accidents de la plus haute gravité, pourquoi l'influence plus mitigée et plus lente de l'allaitement ne se traduirait-elle pas par des manifestations plus tardives, plus légères, par certaines formes de scrofules, par des complications aux maladies intercurrentes plutôt que par des signes distincts et univoques? Faut-il donc absolument trouver à un état morbide le cortège des taches cuivrées, des douleurs ostéocopes, ou des plaques opalines pour oser affirmer que la syphilis peut avoir pris une part dans sa production? Enfin le lait d'une femme infectée n'auraitil pas le pouvoir de rendre la syphilis de l'enfant qui s'en nourrit, moins curable parles médications spécifiques? Cette opinion est celle de Blundell ('). Il par-

(') Annales des mal. de la peau tt de la syphilis, JS44, t, I, p. 31».

lait dans ses leçons d'un enfant né syphilitique d'une mère, syphilitique aussi, qui lui donnait le sein. M. le docteur Lowder guérit à deux reprises successives cet enfant par le traitement mercuriel. Mais lorsque les symptômes se montrèrent pour la troisième fois, il pensa que la maladie était entretenue par le lait de la mère. En conséquence, l'enfant fut sevré ; dès lors, il se rétablit sans difficulté.

Je ne sais si ces doutes feront germer dans l'esprit de quelque travailleur favorablement placé le désir de compléter par des recherches cliniques la lacune que je signale. Mais dès à présent ils suffiront du moins à me justifier lorsque je dirai que, pour être admis à professer l'innocuité d'un lait de femme vérolée sur le nourrisson, ce n'est certes pas assez d'avoir vu celui-ci exempt des symptômes ordinaires de la syphilis pendant cinq mois, ou pendant le temps nécessaire à la nourrice pour faire à l'hôpital un traitement antisyphilitique , ainsi que cela est spécifié dans les observations ci-dessus.

Quant à moi, sur le point en litige, je n'admets, ni ne rejette rien absolument. Si la raison me fait supposer la réalité de cette influence, l'expérience, je l'avoue, n'a pas encore prêté d'appui suffisant à ses suggestions. J'attends donc, faisant seulement appel à l'impartialité d'abord, puis au zèle des investigateurs futurs.

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