PARTIE I. — UTIOLOGIE
ulcérations qu'il offrait et de les prendre pour des gerçures, résultat si ordinaire de l'allaitement. Si cette erreur constitue une excuse en faveur de la femme, elle ne fait qu'ajouter aux périls de l'enfant, en raison de la sécurité qu'elle inspire sur l'innocuité pour lui des contacts intimes et prolongés qu'il a avec l'organe malade.
Dans d'autres conditions, la nourrice sait parfaitement à quoi s'en tenir sur la nature de son mal. Telle était celle dont M. Ricord a rapporté l'histoire, qui présentait en dedans de chaque sein un chancre induré contracté ab antero-superiore venere, et qu'elle avait, par l'allaitement, communiqué à l'enfant.
Les excoriations du mamelon, si communes pendant la lactation, favorisent singulièrement le développement sur cette partie de chancres primitifs. Quelquefois elle reçoit la contagion de la bouche d'un premier enfant pour le transmettre à celle d'un autre. Mais quoi qu'il en soit, on ne comprend guère que si le bout d'un sein est devenu chancreux, les lèvres qui s'y appliquent et le serrent à chaque instant du jour puissent échapper à l'influence du virus si éminemment inoculable, et qu'elles en expriment pour ainsi dire.
La contagion, dans de semblables conditions, me paraît presque forcée ; et il est vraiment heureux qu'elles ne se rencontrent pas plus fréquemment.
Certaines femmes récemment accouchées veulent se faire de leur situation une industrie ; elles veulent devenir nourrices. Pour entretenir leur lait, elles pré-
sentent le sein au premier enfant venu. C'est, on le comprend, une cause très-commune de contagion que colle habitude quelquefois obligée; elle expose d'autan! plus les enfants que les parents même qui examineraient ou feraient examiner le plus scrupuleusement la nourrice à qui ils vont livrer leur enfant d'une manière définitive, le lui confient sans aucune précaution quand ils saveut que ce ne sera que pour quelques heures.
B. Par une personne étrangère atteinte de chancre primitif. — Ici encore la communication a lieu : tantôt par mégarde, tantôt en pleine connaissance de cause, à la suite de manœuvres criminelles.
Le premier cas trouve de nombreuses causes occasionnelles dans l'habitude d'embrasser les enfants incessamment et avec passion, de les faire coucher avec soi, de les laver avec de la salive, véhicule possible d'un principe contagieux. Citons un exemple de chacun.
J'ai soigné, avec mon honorable confrère, M. D'à... une dame atteinte à ta lèvre inférieure d'un chancre primitif, que son mari lui avait communiqué dans je ne sais quelle attitude. Mère d'un enfant de 4 mois qu'elle aimait à l'idolâtrie, elle trouvait bien dur de différer jusqu'à la période de réparation de son ulcère les baisers dont elle l'accablait auparavant à chaque instant. Perdit-elle patience un jour? je ne sais : mais nous vîmes une écorchure tout accidentelle de la commissure labiale du pauvre petit prendre peu à peu une physionomie telle que l'application profonde et prolongée du nitrate