PARTIE 1. — ÉT10L0GIE
d'argent sur cette ulcération fut jugée nécessaire. Le succès suivit cette médication abortive.
Quant à la deuxième manière, M. Trousseau nous en fournil un bel exemple.
Cet honorable professeur a vu (') une petite fille de 12 mois contracter un chancre vénérien profond à la fesse. Il apprit que la mère faisait coucher son enfant avec elle, et comme le froid était extrême,' la pressait fortement contre elle pour la réchauffer. Or, cette femme portait des chancres primitifs à la vulve.
Pour ce qui est de l'inconvénient des lotions avec la salive, je n'en pourrais choisir un plus frappant témoignage que le fait suivant, emprunté à Berlin (' 2 ).
Une enfant âgée de A mois, bien portante ainsi que son père et sa mère, fut attaquée d'un chancre en haut et en dedans de la grande lèvre gauche. Il se cicatrisa au bout d'un mois; mais il s'était formé à l'aine du même côté un bubon qui suppura. Bientôt ses jambes et ses cuisses se couvrirent de pustules. — On apprit qu'une tante de cette enfant, affectée de syphilis, la soignait, l'embrassait, lui donnait quelquefois le sein pour l'apaiser, enfin quelle lui lavait les parties génitales avec de l'eau qu'elle avait mise auparavant dans sa bouc/te pour la tiédir.
M. Ricord( :J )fait allusion à des ca's observés par lui, où des enfants juifs ont reçu l'infection et présenté de
(') Gaz. des U6p. 1846, p. 571.
( 2 ) Ouvrage cité, p. 77.
( 3 j Lettres sur la syphilis, p. 98i
véritables chancres sur le prépuce qui avait été divisé (pour la circoncision), puis sucé pour en arrêter le saignement, par un opérateur dans la bouche duquel il constata la présence d'accidents primitifs. Ici bien certainement la salive avait recelé et transporté aux pauvres innocents le germe du mal (*).
Quelques auteurs pensent que la syphilis peut être communiquée à l'enfant sans qu'il y ait eu contact sur lui d'une partie malade. Ainsi un individu syphilitique rendrait syphilitique un enfant en le portant dans ses bras, en couchant avec lui, en l'imprégnant de cette aura venerea qu'on suppose s'exhaler de toute sa personne? Ai-je besoin de dire que des faits mal observés ont seuls pu donner à cette hypothèse un moment de crédit.
Quant aux tentatives coupables qui peuplent si souvent les bancs de la cour d'assises, nous n'avons point à nous en occuper pour le moment. Disons seulement que, les véritables auteurs ayant un pressant intérêt à se cacher, c'est souvent et à tort sur les nourrices ou sur les père et mère que retombent alors les soupçons. Constatons aussi que les tentatives, principale-
(') C'est quelquefois très-loin qu'il faut étendre ses investigations pour découvrir le point de départ. M. Richet raconte qu'une petite fille affectée de chancres primitifs vers l'anus, née de parents sains et allaitée par une femme saine, embarrassait beaucoup les médecins dans la recherche de la cause qui y avait pu donner lieu, lorsqu'on apprit qu'un commis de la maison, actuellement malade, avait l'habitude d'asseoir cette enfant à nu sur ses mains souvent souillées et qu'il n'avait pas toujours le soin de laver.