CHAPITRE PREMIER
INDICATION DÉTAILLÉE ET DIAGNOSTIC DE CHAQUE LÉSION. | I. — Chancre primitif.
Cet accident, point de départ obligé, dit-on, de la syphilis chez l'adulte, ou tout au moins sa source la plus ordinaire, n'a pas même une place dans la nomenclature de la vérole des nouveau-nés. Lorsqu'ils contractent la maladie par génération, ce n'est jamais un chancre qui en est le phénomène initial. Quand, au contraire, ils la prennent accidentellement, après la naissance, soit de leur nourrice, soit de personnes étrangères, le chancre est bien quelquefois l'agent de transmission, et chez eux le premier symptôme. Mais alors, sauf la différencedu siège habituel, il ressemble si exactement au chancre de l'adulte, et l'histoire de ce dernier est aujourd'hui si parfaitement connue qu'il serait tout à fait superflu de lui consacrer une description spéciale.
| 2. — Bubons.
Le bubon ne s'observe que fort rarement chez les enfants à la mamelle. C'est là un fait très-important
au point de vue étiologique ; j'en ferai plus tard ressortir les conséquences. Je me borne pour le moment à en constater la réalité. Dans les nombreuses observations que j'ai compilées, je trouve à peine quelques mentions d'engorgement ganglionnaire, et pas un seul exemple de bubon terminé par suppuration. Bertin, qui a écrit un assez long chapitre sur ce sujet , a été forcé de le composer presque en entier de notions théoriques sur la classification des bubons en général. Mais quand il arrive enfin à spécialiser ces données abstraites, il est forcé d'écrire que « les bubons, les tumeurs et les engorgements des glandes lymphatiques sont loin d'être aussi fréquents chez les nouveaunés et pendant l'allaitement que chez les adultes. » Puis, après avoir repoussé avec le sens qu'on lui connaît les vaines hypothèses des auteurs pour expliquer cette différence, il donne celle qui lui semble la plus plausible : « Il est d'observation constante, dit-il, que les bubons succèdent beaucoup plus souvent aux ulcères primitifs qu'aux secondaires ; or, ce sont ces derniers cas qui se manifestent le plus souvent chez les enfants que nous sommes charges de traiter, parce que la plupart sont atteints d'une vérole constitutionnelle contractée dans le sein de leur mère. »
Cette explication, la seule admissible, selon moi, a d'autant plus de force dans la bouche de Bertin qu'il croyait encore comme les syphilographes de son époque aux bubons vénériens constitutionnels, produit direct, indice suffisamment accusateur d'une diathèse