PARTIE H. DESCRIPTION
syphilitique confirmée, accident que nous regardons aujourd'hui comme dépendant des scrofules. Si donc pour un praticien spécial comme Bertin, et malgré l'adjonction arbitraire qu'il fait de cette espèce d'engorgement au domaine de la vérole , il trouve encore si petit le nombre des bubons syphilitiques des nouveau-nés, il y avait peu de chance que son jugement fût infirmé par l'expérience ultérieure ; et je vois effectivement que, de nos jours même, c'est encore lui qui règle la jurisprudence sur ce point.
Les engorgement ganglionnaires sont plus fréquents sous les mâchoires et au cou que partout ailleurs, parce que c'est ordinairement dans la bouche que se développent les lésions, résultat d'un contact impur, qui leur donnent lieu. La syphilographie congéniale manque-t-elle cependant absolument d'exemple de bubon suppuré dans la région inguinale? Non certes : Bertin lui-même en cite un cas (') chez une petite fille de cinq mois. Mais les détails de ce fait rendent extrêmement probable que le bubon n'était pas dû à l'influence d'une lésion constitutionnelle ; qu'il a au contraire suivi les mêmes lois écologiques que ceux qui accompagnent les chancres primitifs de l'adulte. En effet cette enfant avait depuis un mois un chancre à la partie supérieure et interne de la grande lèvre du même côté que le bubon : et les renseignements pris dans la famille permettent de rap-
(') Ouvrage cité p. 77.
porter la source de l'infection à une tante atteinte de syphilis, et qui donnait à sa malheureuse nièce des soins établissant entre elles des rapports très-fréquents.
§ 3. — Exanthèmes.
On observe souvent une rougeur de la peau comme phénomène avant-coureur de quelque autre altération plus profonde, pustule, tubercule muqueux etc. Mais en tant que lésion caractérisée uniquement et pendant toute sa durée par une coloration plus rouge du tégument externe, je n'ai observé chez les enfants que la roséole. On la distingue à des taches d'un rose vif, limitées, irrégulièrement arrondies, d'une largeur variable (le plus souvent de celle de l'ongle), siégeant de préférence au ventre, au bas de la poitrine, au cou, et à la face interne des membres.
Cette éruption est en général l'une des premières manifestations de la syphilis ; mais elle ne tarde pas à s'accompagner d'autres signes et notamment d' exulcérations de la bouche et de l'anus.
J'ai vu des piqûres de puce, malgré l'ecchymose centrale qui les en différencie, être prises pour des taches roséoliques. Quant à la rougeole ou la scarlatine, l'appareil fébrile qui les prédède et les accompagne et qui manque entièrement dans le cas de syphilis, est un trait suffisamment distinctif. La roséole simple non syphilitique, exposerait plus aisément à une mé-
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prise. M. Carenave (') professe qu'on peut distinguer celle-ci à ce qu'elle dure moins et à ce qu'elle conserve lu même teinte et au même degré jusqu'à la fin. Ce sont là des renseignements exacts, mais tout à fait insuffisants pour le diagnostic, pour celui du moins cpii est susceptible de servir en pratique. Car ce n'est pas après avoir pris le temps de suivre ses progrès, c'est immédiatement et sur l'heure qu'il faut décider de la nature du mal; parce que, en cas de syphilis, c'est immédiatement qu'il importe de la traiter. Or, la teinte cuivrée, l'imparfait effacement de la rougeur sous la pression du doigt peuvent bien faire reconnaître à un médecin éclairé la roséole syphilitique ; mais le meilleur signe, le moins vague, celui qui est à la portée de tous, c'est comme je l'ai dit, la coexistence sur le même sujet d'altérations syphilitiques différentes de celle-ci.
L'intertrigo, l'ery thème apparaissent dans des lieux, sous des formes, par l'influence de causes qui suflisent à les faire aisément distinguer de l'exanthème vénérien.
Mais la syphilis peut-elle revêtir chez l'enfant la forme érysipélateuse ? Si je pose cette question, c'est parce que je la trouve agitée par deux auteurs recommandables. Bertin ( 2 ) sans affirmer la nature vénérienne de ce symptôme, remarque «qu'il se manifeste
(') Traite des syphilid., p. oS4.
( 2 ) Traite de la mal. venér. chez les n.-nés, p. 120.
fréquemment, sur le corps des enfants nés de parents infectés, une rougeur érysipélateuse partielle ou générale qu'on ne peut attribuer à la malpropreté, ni à aucune cause irritante extérieure, et qui résiste aux lotions, aux bains et aux soins de propreté.... On voit, ajoute-t-il, cette rougeur précéder les symptômes vénériens de la bouche et leur survivre quelquefois assez longtemps. »
M. Deutsch, de Nicolaï (') dit « que les diverses syphilides du nouveau-né peuvent-être accompagnées d'affections de la peau non éruptives, spécialement d'une rougeuret d'une tension érysipélateuse, surtout aux reins, aux fesses et aux organes génitaux ; — quelquefois ce pseudo-érysipèle parait à la plante des pieds.»
Quant à ce dernier siège il est fort probable que M. Deutsch aura pris pour érysipcle ou traces d'érysipèle, l'épiderme soulevé par des bulles desséchées. Mais, pour les autres parties de la description, cet accord entre deux auteurs qui sont étrangers sans doute l'un à l'autre, ne laisse pas d'être frappant. Tout ce qu'il me semble néanmoins légitime d'en conclure, c'est qu'un érysipèle apparaissant chez un enfant en proie à l'infection syphilitique devrait inspirer quelque méfiance, et qu'il pourrait fort bien ne pas indiquer d'autre traitement que la continuation de la médication spécifique.
(') Juurn. fiir Kinderkrankheitm, mais et avril 1851.