‹ Traité de la syphilis des nouveau-nésChapitre 48 sur 204 · PARTIE II. DESCRIPTION · texte numérisé non relu

PARTIE II. DESCRIPTION

étude rivalise en quelque sorte avec son importance. Ces ulcérations spéciales attaquent tous les points, depuis les lèvres jusqu'à l'isthme du gosier, tafTlôl s'y plongeant de l'extérieur, tantôt circonscrites à la muqueuse même. Cependant quoiqu'elles aient été observées indistinctement sur les différentes parties, il en est quelques-unes où elles semblent se localiser plus particulièrement. Telles sont : le sillon qui unit les gencives aux lèvres; le frein de la lèvre supérieure (signalé par Sanchez ( ! ) comme le lieu où les pustules sont « le signe le moins équivoque du virus vénérien » ) ; une ligne horizontale, antéro-postérieure, occupant le milieu de la joue; les bords et la pointe de la langue; la voûte palatine; les piliers du voile et les amygdales. Mais parfois elles n'affectent que l'un de ces sièges, et, dans ce cas, ce sont le plus souvent, après les lèvres, les bords de l'isthme guttural qui en sont seuls atteints. Cette notion a sa portée en pratique. C'est probablement à l'extension des plaques muqueuses vers le larynx qu'est dû un phénomène spécial assez commun dans cette affection. Rosen ( 2 ) en traçant le tableau de ses symptômes signale « un enrouement fréquent sans cause manifeste. » Colles ( 3 ) remarque que la voix des enfants infectés, offre une altération caractéristique du timbre, qu'ils ont une raucité particulière,

(') Maladie vénér., Sanchez, 1785.

( 2 ) Mahon-Lamauve, Recherches importantes sur l'existence, la nature des mal. syph. dans les femmes enceintes, etc., p- 371.

( 3 ) On the ven. dis., p, 2fi9.

« peculiarly hoarse cry. » Plusieurs des observations que j'ai réunies sur ce sujet en font également mention , de sorte qu'il me semble offrir plus de valeur, comme élément de diagnostic, qu'un épiphénomène purement accidentel. La seule audition de cette voix rauque peut donc déjà donner l'éveil sur l'existence de quelque infection générale. La modification vocale dont il est ici question, tient, selon moi, au développement de tubercules muqueux, ou à un simple éry thème, au voisinage des ligaments aryténo-épiglottiques. Elle est l'analogue d'une dysphonie syphilitique qui s'observe parfois chez les adultes, à une période exactement correspondante de l'évolution de la vérole (c'est-à-dire coïncidemment avec la première poussée d'accidents secondaires), affection dont j'ai cherché à préciser le siège et l'origine, et à l'étude de laquelle je me propose de consacrer un travail spécial.

La physionomie de ces lésions dans la bouche est la même : Ulcère superficiel et restant tel, offrant toujours une forme arrondie, en croissant, en fer à cheval, en ellipse, à couleur blanche, diphtéritique ; ne devenant rouge que sur le point de guérir : voilà les caractères de cette ulcération. La figure irrégulièrement circulaire résulte quelquefois non d'un seul ulcère, mais de plusieurs qui se groupent de manière à produire ce dessin. C'est surtout à l'intérieur des lèvres, qu'on peut bien juger de cette disposition qui est un signe caractéristique.

Un coup d'œil suffit, la plupart du temps, pour re-

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connaître à la fois l'existence et la nature de l'altération. Mais si elle est située plus profondément, l'exploration peut devenir très-difficile ou même infructueuse. Le médecin expérimenté sait profiler, il est vrai, du moment où l'enfant crie ; et alors en le plaçant à un bon jour et en abaissant rapidement la langue avec une petite cuiller, ilparvient ordinairement à apercevoir le fond de l' arrière-bouche. Mais cette manœuvre, déjà si pénible chez l'adulte qui s'y prête, est cent fois plus embarrassante chez l'enfant qui résiste et souvent trouve même dans la tendresse mal entendue des parents un appui à sa résistance. Aussi, quoiqu'ayant' examiné, ou plutôt, pour avoir examiné beaucoup de nourrissons, je me crois autorisé, sans craindre d'être démenti par ceux qui ont l'habitude de ces recherches, h formuler l'axiome suivant :

Le médecin ne peut jamais répondre qu'il ri y ait pas quelques lésions dans V arrière-bouche d'un enfant nouveau-né.

Si l'on se rappelle que les plaques muqueuses n'affectent parfois que l'un des bords de l'isthme guttural, si l'on réfléchit au grand nombre de nourrices qui sont réellement infectées par des nourrissons que le médecin a déclarés et certifiés exempts de tout mal dans la bouche, on comprendra à la fois la justesse et l'importance de cette remarque. ^

Diverses affections peuvent être confondues avec les plaques muqueuses buccales. On distinguera aisément la stomalite et les ulcérations mercurielles, d'après les

lOti DE LA SYPHILIS DES NOUVEAU-NÉS.

circonstances de leur origine, par la couleur grise et l'odeur spéciale qu'elles présentent, par la coloration rouge et le gonflement des parties voisines. Les aphthes, ulcérations rondes , isolées , nettement circonscrites , bornées à un petit nombre de points, n'offrent pas non plus de grandes difficultés de diagnostic. Le muguet, avec sa sécrétion pseudo-membraneuse ou crijjjtogamique, serait plus susceptible d'engendrer la confusion à cause de la forme qu'il affecte , si l'irritation de la membrane muqueuse qui le précède, sa marche rapide, les désordres fonctionnels au milieu desquels il se montre , n'aidaient pas à le différencier. Je ne crois avoir besoin que de mentionner le noma ou gangrène de la bouche , si essentiellement différent de l'affection comparativement légère, dont nous nous occupons.

| 6. Papules et Squames.

Ces deux sortes d'éruptions, qui ne sont que des degrés de la même lésion anatomique, s'observent bien rarement sur le nouveau-né avec l'apparence tranchée qu'elles offrent à un âge plus avancé. C'est au point qu'un syphilographe distingué, M. Egan affirme « n'avoir pas vu une seule fois de syphilide papuleuse cbez eux. » La raison en est dans la disposition prédominante de la peau, qui favorise à cette époque le développement des plaques muqueuses et généralement de toutes les formes humides d'affections cuta-

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