PARTIE I. — ÉTIOI.OGIE
tonner outre mesure des lacunes qui se remarquent chez les auteurs de cette période. Où auraient-ils trouvé place pour un fait au milieu de leurs interminables dissertations sur le siège primitif du mal français, qu'ils placent à peu près à l'unanimité dans le foie; sur sa cause essentielle, qu'ils s'accordent à reconnaître dans une malencontreuse conjonction des planètes, desquelles l'un d'eux, Grunbeck (1499), accuse nommément deux, Saturne et Jupiter, d'avoir fait tout le mal !
Serait-ce donc que, à cette époque, la transmissibilité de la syphilis par génération fût rare ou nulle ? Si la pensée avait pu m'en être inspirée un moment par ce silence presque universel des écrivains du xvi e siècle, elle se serait dissipée à la lecture des lignes où Gabriel Fallope (1555), après avoir soutenu la contagion par le lait, continue ainsi : « Praeterea videbitis puerulos nascentes ex feminà infecta, ut ferant peccata parentum, qui videntur semi-cocti. » Dans sa pensée, il est vrai, cela prouve seulement que la maladie ne commence pas toujours par les organes génitaux, mais par la partie qui a été en contact avec un conduit infecté. Ce ne serait par conséquent, selon lui, qu'un exemple de ce que nous appelons aujourd'hui infection au passage. Mais le fait subsiste indépendamment de son explication erronée ; et la caractéristique épithète de semi-cocti témoigne assez que, de son temps comme du nôtre, le virus exerçait son influence sur l'enfant dès la vie intra-utérine.
J. Fernel (1556) adople comme réels tous les agents d'infection possibles, le lait, la salive, la sueur, les diverses sécrétions. Celles du sperme et de l'ovule sont peut-être les seules qu'il ne comprenne pas dans son énumération.
Rondelet (1500) produit enfin un fait. Un fait! chose précieuse pour ce temps-là, malgré le laconisme du récit. « Ego vidi puerum nasci totum coopertum (sic) pusfulis raorbi gallici. » Ce n'est plus une assertion vague, c'est l'auteur qui a observé luimême. Ego vidi... L'intérêt attaché à ce cas redouble encore, si l'on réfléchit qu'il s'agit non-seulement d'une syphilis contractée par génération, mais encore de symptômes existant dès le moment de la naissance, circonstance dont quelques syphiliographes modernes nient aujourd'hui même la possibilité. *
Le sentiment de notre sage A. Paré (1561) sur cette matière n'est pas facile à déterminer. Si l'on s'en rapportait comme l'a fait Mahon à son chap. xxxm, de la grosse vérole qui survient aux petits enfants, il n'y aurait point à douter qu'il n'ait connu la transmission héréditaire; car le chapitre commence ainsi : « Souvent on voit sortir les petits enfants hors le ventre de leur mère, ayant cette maladie, et, tôt après, avoir plusieurs pustules sur leur corps. » Mais comme auparavant, en traitant du pronostic, chap. v, il a énoncé positivement qu'on « ne voit jamais la vérole récidiver de père en fils » , il me semble que sa pensée s'éclaircit par ce rapprochement. Et, selon