‹ Traité de la syphilis des nouveau-nésChapitre 51 sur 204 · PARTIE II. DESCRIPTION. 11 I · texte numérisé non relu

PARTIE II. DESCRIPTION. 11 I

remplacé chez les nouveau-nés par des plaques muqueuses, qui y prennent à la vérité un aspect particulier. Le véritable impétigo, dans le jeune âge, est celui qui s'établit à la face par de nombreuses pustules confluentes, lesquelles s'ouvrent promptement et forment, par l'évaporation rapide de la partie liquide du pus, des croûtes jaunes, épaisses, saillantes. Ces malheureux enfants, recouverts d'un masque hideux qui les rend un objet d'horreur et de dégoût, qui entrave d'ailleurs l'exercice des fonctions les plus essenlielles à la vie, succombent souvent, moins à la syphilis qu'aux effets locaux de ce fâcheux symptôme.

Si Ton fait tomber ces croûtes, on voit la peau sous-jacente parsemée d'ulcérations grisâtres, peu profondes. Les laisse-t-on seulement une nuit à dé- couvert? Dès le lendemain la croûte s'est formée de nouveau, à moins toutefois que l'influence d'un traitement antisyphilitique n'agisse durant ce temps.

La poitrine, le cou, les aisselles, les aines, sont aussi quelquefois atteints de cette sorte d'impétigo. Mais, chose assez remarquable, il ne tend point à s'étendre en largeur de proche en proche ; il a des sièges favoris qu'il n'abandonne et ne dépasse guère.

On distingue l'impétigo syphilitique de l'impétigo simple, si fréquent chez les enfants à la mamelle, par l'aréole cuivrée qui l'entoure, par les ulcérations que cachent les croûtes et qui manquent dans l'éruption non syphilitique, par la sécheresse et la couleur plus manifestement foncée des croûtes. Eniiii la coexis-

tence d'une éruption croûteuse toute semblable au cuir chevelu est aussi rare dans l'impétigo syphilitique que commune dans l'impétigo simple.

L'ectkyma syphilitique. — Espèce plus grave, celleci ne vient qu'à une phase déjà ancienne de la maladie, ou lorsqu'elle sévit tout à coup avec beaucoup d'intensité, ou aussi quand le sujet a, soit originairement, soit par l'influence de conditions anti-hygiéniques, une constitution débilitée. 11 se manifeste aux membres, surtout aux jambes, aux fesses, par des taches violacées qui se convertissent ensuite en pustules. Mais ici le liquide, au lieu d'être franchement purulent, est mélangé de sang ; une croûte épaisse, noirâtre, circonscrite, entourée d"une aréole cuivrée ou livide, recouvre une ulcération profonde. L'ulcération forme même ici le symptôme le plus réel aussi bien que le danger le plus sérieux ; car si l'on diffère le traitement convenable, si l'on n'y ajoute pas le secours d'un meilleur régime, la perte de substance progresse en peu de jours et opère des ravages irréparables.

Un ecthyma non-syphilitique produit quelquefois des désordres analogues chez les individus affaiblis parles privations, la misère, l'encombrement; mais il n'attaque guère que les adultes et surtout les vieillards. Lorsqu'on l'observe sous celte forme, chez les nouveau-nés, la seule considération de l'âge rend donc infiniment probable qu'il est de nature syphilitique.

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S ]. - Bulles.

Quelques enfants présentent, à leur naissance ou très-peu de jours après, une éruption huileuse dont le siège est principalement à la plante des pieds et à la paume des mains. MM. Paul Dubois et Depaul qui en ont surveillé attentivement la marche, l'ont vue commencer par une teinte violacée de la peau, circonscrite à ces deux régions. Au bout de 48 ou 72 heures, les parties se couvrent d'un grand nombre de vésicules, dont le volume varie de celui d'un grain de chanvre à celui d'une grosse lentille, et remplies d'une sérosité d'abord trouble et lactescente. Peu à peu ces vésicules grossissent et passent à l'état de bulles; le liquide qu'elles contiennent devient plus jaune, plus foncé ; en même temps des soulèvements semblables de l'épidémie se montrent soit à côté des premiers, soit sur d'autres parties du corps. Mais hors des régions plantaires et palmaires, ils sont moins nombreux, plus petits, et la peau n'a pas, à leur pourtour, une couleur aussi violacée ; et même, si c'est sur le tronc, cette nuance manque le plus souvent.

Au fur et à mesure des progrès de l'affection locale, l'enfant s'affaiblit et dépérit; il crie continuellement, refuse le sein. La face s'altère, son expression est celle de la souffrance. Cependant les bulles se sont crevées, du sang s'en échappe mêlé à une sanie purulente. De larges plaques d'épiderme, recouvertes en quelques points de véritables croûtes, occupent la partie malade. Si on les fait tomber, on voit le fond constitué

parle derme «lequel est rouge et intact clans quelques cas, érodé superficiellement dans quelques autres, plus profondément dans un petit nombre ; les bords de la plaie, dans ce dernier cas, sont parfois un peu relevés et arrondis, offrant en différents points les apparences des dernières périodes de l'ecthyma( 1 ). »

La santé générale est si rapidement et si profondément atteinte chez les enfants porteurs de pareils symptômes, qu'ils succombent en général au bout de quelques jours. J'ai cependant observé un exemple où l'enfant, né d'une mère accidentellement infectée pendant sa grossesse, survécut quatre mois, guérit du pemphigus (sans avoir fait de traitement antisyphilitique), mais ne put jamais reprendre ses forces, quoiqu'on l'eût changé deux fois de nourrice et traité ensuite par les spécifiques. Il mourut dans un état d'épuisement, dont la cause demeura obscure, l'autopsie n'ayant pu être faite. — M. Depaul ( 2 ) a publié un cas à peu près semblable ; les bulles guérirent ainsi qu'une autre éruption concomittante et manifestement syphilitique. Mais de nouveaux accidents éclatèrent alors du côté de la poitrine, et l'enfant y succomba âgé de 19 jours seulement. L'autopsie fit reconnaître la présence de plusieurs noyaux indurés dans l'épaisseur de chaque poumon. — M. Startin a vu une enfant, dont les deux parents étaient syphilitiques, guérir du

(') Extrait du Discours de M. Paul Dubois, séance de l'Acad. de méd., 8 juillet 185t.

(') Gaz. méd. de Paris, 1851, p. 472.

jiemphigus, et mourir en dix jours d'une pleurésie qui survint peu après ( l ).

Plus heureux, M. Galligo {Gazetla medica Toscana, 1852, p. 123) a sauvé par l'administration du sublimé deux enfants, dont l'un était né avec des bulles de pemphigus et dont l'autre en fut atteint un mois après sa naissance.

En présence de cet ensemble de phénomènes, l'idée de leur attribuer une origine syphilitique devait naître d'autant plus naturellement que souvent l'aveu des parents, parfois la coexistence d'autres signes évidents de syphilis, rendaient cette manière de voir très-probable. Aussi vers la fin du dernier siècle, Wichmann soutint cette thèse, que Jœrg ( 2 ) étaya plus tard de son autorité et à laquelle Dugès se rallia également. M. Stoltz ( 3 ) regarde le pemphigus comme l'expression la plus commune de la syphilis congéniale. Enfin, M. Cazenave ( 4 ), après être d'abord resté incertain sur sa nature, s'est rangé définitivement à cette même opinion. Elle n'a cependant rencontré des adversaires ni moins nombreux ni moins ardents que ses partisans. Dès 1794, Osiander ( 5 ) refusait de l'admettre parmi les manifestations du vice syphilitique. Krauss ( 6 ) non plus que Gilibert ( 7 ), dans sa monographie spéciale

(i) Medic. times,lSoi, p. 134.

(-) Manuel des mal. des enf., 1826.

( 3 ) Thèse de M. Heitle, Strasbourg, 1847.

( ; ) Traité des syph., p. 270.

f) Mémoires de mécl. et d'accouch.

( 6 ) De pemphigo neo-natorum, 1834.

C) Monogr. du pemphigus.

sur le pemphiguB, ne le rattachent point a la syphilis.

Mais ces dissentiments, inaperçus dans le passé, s'effacent devant l'éclatante lutte qui eut lieu en 1851 à l'Académie de médecine de Paris, entre les deux principaux représentants des deux opinions, M. Paul Dubois pour l'origine syphilitique, et M. Cazeaux, contre. En disant pour et contre, nous ne tenons peutêtre pas assez compte des restrictions que les deux honorables orateurs apportèrent à l'envi dans l'expression de leur conviction ; tous deux se retranchèrent plus d'une fois derrière le doute du sage, faisant appel à de nouvelles observations et se défendant de vouloir engager l'avenir. Mais, malgré cette apparente réserve, l'opposition la plus tranchée ne cessa de se dessiner : et nous avons conscience de demeurer les fidèles interprètes de leur pensée, sinon de leurs paroles, en attribuant à chacun d'eux sous ce rapport le rôle et la persuasion d'un chef d'école. Résumons donc les arguments avancés parles deux camps.

Le pemphigus des nouveau-nés est syphilitique, dit M. Dubois :

1° Parce que « dans la plupart des cas j'ai pu constater des traces d'une syphilis ancienne chez les parents des enfants affectés, ou obtenir d'eux à cet égard des renseignements probants. »

2° Parce que, plusieurs fois, on a observé simultanément chez l'enfant d'autres lésions caractéristiques de la syphilis, savoir : une fois une perforation ulcéreuse de la cloison nasale; une fois une ulcération du

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