PARTIE II. DESCRIPTION
membrane aussi vasculaire, aussi prédisposée que celle-là aux hémorrhagies, ne peut arriver sans amener un saignement. Souvent, en effet, en pareille circonstance, la cause ne faisant que s' aggraver avec le temps, l'écoulement sanguin peut atteindre les proportions d'une épistaxis. MM. Trousseau et Lassègue en citent des exemples ('). Ainsi, première cause de danger, la respiration peut deve. ir très-notablement empêchée par cette seule circonstance. Bertin ( 2 ) « a vu trois enfants affectés d'un coryza dont l'écoulement s'étant concrète obstruait entièrement l'ouverture des narines, de manière qu'ils ne pouvaient respirer que par la bouche. »
Comme conséquence directe, la nutrition se trouve également menacée, et dans sa source la plus prochaine. En effet, comme la bouche devient la seule voie offerte à l'accès de l'air, on comprend que ne pouvant plus respirer quand il tette, le nourrisson ne fera que prendre et quitter le sein puisqu'il ne saurait le garder pendant un temps suffisant pour sa nutrition sans s'exposer à l'asphyxie.
Cependant au bout de très-peu de jours, la sécrétion nasale change de caractère, prend l'aspect sanieux. On remarque, à l'extérieur des narines, des pustules, des gerçures, de véritables et quelquefois de profondes ulcérations, lésions qui envahissent assez fréquemment les ailes du nez et la lèvre supérieure.
(') Archives gén. de mèd., octobre 1817.
f) Ouvr. cité, p. 106.
Des ulcères du gosier compliquent souvent cette affection qui peut s'étendre jusqu'au larynx et rendre la voix sourde, rauque, presque éteinte. A un degré plus avancé, mais en général très-promptement réalisé. les os s'altèrent à leur tour; on en trouve des fragments au milieu des croûtes expulsées. En regardant obliquement le visage de l'enfant placé en face d'une croisée on reconnaît que la cloison des fosses nasales est perforée. Enfin dans un assez grand nombre de cas, l'aplatissement ultérieur du nez démontre qu'il a perdu son soutien par suite de la destruction des os qui en constituent la charpente.
Une troisième cause de mort vient de l'absorption des gaz putrides qui se forment alors. Tout le monde connait l'horrible fétidité que le pus acquiert dans les anfractuosités des fosses nasales. Les produits gazeux de sa décomposition, portés dans les poumons à l'aide d'inspirations dont l'énergie et la fréquence sont doublées pai' les obstacles qui l'entravent, exercent naturellement la plus fâcheuse influence sur la santé de ces petits êtres contre lesquels se réunissent ainsi tant de chances fatales.
Cet ensemble de symptômes est un des accidents les moins rares de la syphilis congéniale. Il est peu d'enfants véroles qui ne le présentent à un certain degré. En même temps que l'un des plus communs, il représente aussi un de ses signes les plus précoces ; parfois cependant il ne se manifeste qu'à une période postérieure de la maladie.
Nous savons l'opinion que les auteurs anciens s'étaient formée sur la nature de cet état. Selon eux, c'était si bien une blennorrhagie que Bertin (*) signale une de ses causes dans la métastase, disant qu'il « peut succéder aux ophthalmies promptement supprimées. » « C'est un écoulement comme un rhume de cerveau,» ditRosen. D'après M. Cazenave( 2 ) « le malade éprouve alors les symptômes ordinaires du coryza.» Il est même instructif de remarquer à quelle méprise des observateurs très-distingués ont été conduits par ce point de départ erroné. Ainsi l'on a vu des fissures, des pustules, des ulcérations à l'extérieur. N'était-il pas naturel d'en conclure que les mêmes lésions occupaient l'intérieur des cavités nasales? Eh bien non ! Entraînés sans doute par le nom conventionnel de la maladie, MM. Trousseau et Lassègue ( 3 ) écrivent que ces accidents si graves sont produits par le contact de la sécrétion nasale sur la peau du pourtour du nez ( 4 ) !
Certes, si l'explication était vraie, des lésions toutes
(') Ouvr. cité, p. 39.
( 2 ) Ouvr. cité, p. 440.
( 3 J Mémoire cité.
(*) L'erreur sur la cause des ulcères a aussi quelquefois entraîné, par réciprocité, une erreur sur la nature de la lésion première. Ainsi, dans un tableau de la syphilis congéniale, tracé par la faculté de médecine de Paris, en 1775, sous forme de consultation adressée aux médecins d'Aix, on lit cette phrase : « Il se forme des gerçures à la commissure des lèvres, accompagnées d'une suppuration de même caractère que celle des yeux, laquelle s'épaissit en croûtes noirâtres sur le visage et donne naissance à des aphthes malins dans l'intérieur de la bouche. »
semblables devraient à coup sûr apparaître sur la peau des paupières sousl'influence du contact de l'écoulement bien autrement acre, abondant et continu que fournit l'ophtbalmie blennorrhagique. Et cependant, à part une rougeur érythémateuse plus ou moins vive qui se produit alors, semblable à la rougeur de la lèvre supérieure qui accompagne le coryza catarrhal simple, qui a jamais vu y survenir d'altérations plus sérieuses? Qui, surtout, y a jamais pu constater d'ulcérations?
Si l'on réfléchit à ce qu'il y a de chimérique, de contradictoire à l'expérience journalière, dans celte assertion de Bertin, que l'ophthalmie des nouveau-nés se termine, se convertit en coryza; si l'on réfléchit aux différences qui séparent le tableau ci-dessus, de la description d'une inflammation simple des fosses nasales, on restera aisément convaincu que cette maladie ne peut plus conserver le nom sous lequel elle a été connue jusqu'ici.
Mais en lui ôtant celui-là, par lequel le remplacerons-nous ? et avant tout, y en a-t-il qui ait assez de compréhension pour embrasser tous ses symptômes ? Une maladie dans laquelle on trouve des ulcères, la nécrose, des pustules, un écoulement, des hémorrhagies, n'est-elle pas une collection d'altérations différentes plutôt que l'expression d'une seule lésion ?
Il faut , nous le croyons , se garder de faire à cette question une réponse trop absolue clans un sens ou dans l'autre. On sait bien que l'affection ne consiste point dans une phlegmasie pure et simple de la
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pituilaire. On sait beaucoup moins en quoi elle consiste précisément. Les cavités nasales permettent trop difficilement l'inspection directe pour qu'on soit autorisé, pour expliquer les symptômes, soit à admettre une seule lésion comme cause exclusive, soit à en rejeter d'autres àpriori. Au pourtour des narines. Bertin a vu des pustules, MM. Trousseau et Lassègue des ulcères, M. Depaul des vésicules. Il est donc fort possible que le point de départ des désordres apparents soit tantôt l'une de ces formes, tantôt l'autre, souvent plusieurs réunies. Logiquement, ces suppositions sont licites, car l'autopsie ne fournil que bien rarement ses lumières ; et même elle n'éclairerait pas d'une façon très-vive ce côté du problème, vu le changement que l'état cadavérique imprime à la physionomie de ces altérations anatomiques élémentaires. Cependant, vu la période peu avancée où le coryza se prononce en général ; vu la nature des manifestations syphilitiques qui, dans des parties semblables, à la bouche, à l'anus, coïncident avec son apparition ; vu l'espèce de l'éruption qu'on peut quelquefois apercevoir alors vers l'ouverture des narines, nous inclinerions à penser que la maladie consiste le plus ordinairement dans le développement de plaques muqueuses sur la membrane de Schneider. Cette hypothèse concorderait bien avec les phases que subit l'écoulement nasal , d'abord séreux, puis purulent ; car il est d'observation que lés plaques muqueuses sécrètent de la sérosité tant qu'elles ne sont pas ulcérées, et du pus quand elles sont transformées
en ulcérations. Elle ne serait point démentie non plus par la destruction des os, qui accompagn e assez souvent le coryza. En effet, il ne s'agit pas ici d'une nécrose causée par l'action directe du vice syphilitique sur le tissu osseux. Loindelà : la mortification ne résulte alors que de ce que les ulcères, en dénudant une partie du squelette, l'ont privée de ses éléments de nutrition. Elle cesse de vivre parce que ses vaisseaux ont été compromis ; mais toute autre cause, mécanique ou vitale, qui aurait détruit la muqueuse dans la même étendue , produirait exactement le même effet. Si la nécrose est plus commune là que dans d'autres parties du squelette, cela tient uniquement à ce que les lames osseuses, d'ailleurs très-minces , y sont en beaucoup de points tapissées de muqueuse sur leurs deux faces (comme sur la cloison et sur les cornets) ; que l'étendue de cette membrane offre, par conséquent, double chance pour que des ulcères l'envahissent , et, l'envahissant, opèrent sur la vitalité de l'os les effets que nous avons dit provenir de sa destruction.
Le coryza syphilitique ne sera que bien difficilement susceptible d'être pris pour une rhinite catarrhale simple. Si pareille illusion pouvait subsister au début, elle serait bientôt dissipée par les progrès rapides et les caractères menaçants du mal. MM. Trousseau et Lassègue donnent comme signe distinctif du coryza syphilitique, qu'il commence toujours par l'intérieur des narines et y accomplit son entière évolution ; qu'il a moins de tendance à gagner les parties extérieures