PARTIE II. — DESCRIPTION
qu'à pénétrer profondément vers le pharynx ou à progresser sur le voile du palais. — En somme, cet état était d'autant plus digne d'une étude sérieuse qu'il est souvent le seul symptôme de la vérole et toujours l'un de ses plus précoces indices.
§9. — Onyxis.
11 est deux sortes d' onyxis ou d'onglade syphilitique. L'une ne consiste qu'en inflammation de la matrice de l'ongle avec coloration cuivrée et desquamation, plus rarement pustulation , de la peau qui la recouvre. Cette forme, la plus simple , affecte plus souvent les adultes que les nouveau-nés. Elle n'entraîne que peu de changements dans la texture de l'ongle. Je la trouve notée une fois seulement parmi les faits à ma connaissance. Un enfant observé par Albers (*) offrit bientôt après sa naissance une petite pustule vers l'ongle du pouce gauche. Plusieurs autres pustules parurent sur diverses parties du corps et prirent un caractère manifestement syphilitique.
D'autres fois il s'opère dans le même point un travail ulcératif. La matrice unguéale, siège d'une altération organique, ne tarde pas à réagir sur l'appendice dont les propriétés sont si étroitement liées à ses modifications pathologiques. Dans le premier cas, la nutrition de l'ongle était compromise. Ici, c'est sa vitalité
(') Ueber Erkenntnifs, tmdkur der syphilis hantkrankhandl, 1. c, p. 19.
même qui est détruite par la profonde lésion de son organe générateur ; tantôt il devient sec , blanchâtre ou -violacé , rugueux -, tantôt il se détache et tombe , cerné de tous côtés par la suppuration, sans avoir subi aucun de ces changements préalables. Berlin a vu deux fois (') les ongles des pieds et des mains chassés par cette altération de leur racine. 11 se peut même, dans un degré plus intense de la diathèse, ou si l'on omet de la combattre à temps, que le renouvellement de l'ongle se fasse attendre ou qu'il s'opère plusieurs fois successivement avant de reproduire les conditions tout à fait normales. Guérard ( 2 ) rapporte comme exemple singulier de cette persistance, l'observation suivante : «J'ai vu, dit-il, chez un nouveau-né syphilitique, les ongles des pieds et des mains s'atrophier peu à peu, devenir en apparence plus longs et plus étroits, tomber enfin pour faire place à des ongles sains qui subirent la même lésion; et ainsi de suite trois fois successivement jusqu'à ce que des ongles véritablement sains restassent. »
i 10. — Lésions du système osseux.
Malgré la suractivité vitale qu'appellent dans le système osseux à cet âge son accroissement et ses modifications normales de texture, les lésions syphilitiques,
(') Ouvr. cité, p. 59.
( 2 ) Jovrn. de Siébold, f. X, § E>53,
si communes chez l'adulte, y sont extrêmement l'ares. On ne les trouve pas, à beaucoup près, mentionnées dans tous les ouvrages spéciaux; et c'est à peine si les annales de la science en offrent cinq ou six exemples bien constatés.
Cette rareté se comprendra aisément si l'on réfléchit que, en général, la syphilis constitutionnelle des adultes n'affecte les os qu'après avoir longtemps sévi sur les tissus extérieurs, les muqueuses et la peau. Or, de deux choses l'une : la maladie qui frappe le nouveau-né est forte ou faible. Dans le premier cas, elle le tue ordinairement avant d'être arrivée à la période tertiaire. Si, au contraire, l'intoxication n'existait qu'à un faible degré, les médications spécifiques suffisent le plus souvent pour la neutraliser ; et de cette façon encore elle ne parvient pas jusqu'à la phase plus avancée où les altérations des os se développent communément.
Cette sorte d'immunité du système osseux doit-elle s'attribuer à l'inaction où il reste durant le jeune âge, sous le rapport mécanique ? Je n'accorde à cette circonstance d'autre effet que d'épargner au squelette les lésions traumatiques, les contusions qui , chez lui comme chez l'adulte, pourraient devenir des causes occasionnelles de périostose ou d'exostose.
Non-seulement les maladies syphilitiques osseuses sont rares chez le nouveau-né, mais encore elles n'y affectent presque jamais les formes tranchées et la manifestation symptomatique qui rendent, à un autre âge,
leur diagnostic si facile. Berlin (*) est le seul qui dise avoir vu des périostoses. Encore ajoute-t-il que, pour ne pas trop multiplier les observations, il n'en citera qu'une. Et, même dans ce cas unique, son affirmation doit-elle être comptée pour description puisqu'il se borne à dire que l'enfant était attaqué d'une tumeur de la grosseur d'un œuf de pigeon sur le grand trochanter, et d'une périoslose considérable à la face supérieure et postérieure du cubitus. D'ailleurs, il faut pourtant le reconnaître, la coexistence de pustules caractéristiques chez ce même sujet laisse peu de doute sur la nature de la lésion osseuse dont il était porteur.
A part ce cas, tous ceux que l'on connaît appartiennent à des altérations dont la spécificité est encore beaucoup moins certaine. M. Laborie a cité l'observation d'un pemphigus congénial compliqué de carie de l'un des tibias ( 2 ). — M. Cruveilhier ( 3 ) parle d'un «enfant à terme, peu développé, avec des symptômes caractéristiques de la syphilis constitutionnelle. Les os qui composent la voûte des orbites étaient érodés dans une partie de leur épaisseur. » Ce n'est encore là que de la carie. — Nous avons déjà vu que le coryza s'accompagne assez souvent d'une altération des os minces qui forment la charpente intérieure des fosses nasales. Mais il ne s'agit toujours là que de carie ou de nécrose. — Rosen cite un cas de carie de la
(') Ouvr. cité, p. 69.
(*) Séance de l'Aead. de méd., I e ' juillet 1851.
( 3 J Anat. pathol., 15 e ohs.