‹ Traité de la syphilis des nouveau-nésChapitre 59 sur 204 · PARTIE H. — DESCRIPTION · texte numérisé non relu

PARTIE H. — DESCRIPTION

voûte palatine, coïncidant avec des signes évidents de syphilis. Mais ici comme pour celle qui complique le coryza, la lésion de l'os n'est probablement que l'effet de sa dénudation par suite- des ulcères qui ont rongé la muqueuse. C'est un accident qui n'a rien de spécifique puisque toute autre cause donnant lieu à la dénudation pourrait le produire. — Doublet et Mahon ont vu chez des nouveau-nés syphilitiques des tumeurs suppurées à l'extérieur du crâne (') produire la carie des os qu'elles avoisinent. Toujours mêmes réserves que ci-dessus.

M. Bouchut ( 2 ) a observé assez souvent une lésion qui n'est ni la carie ni la dégénérescence du périoste , mais l'endurcissement prématuré des os longs. Au lieu d'être mous, spongieux, vasculaires , incomplètement formés et faciles à couper , il a vu les tibias et les fémurs, du moins leur partie moyenne, solide, compacte, éburnée et impossible à casser ou à diviser par l'instrument tranchant. Cette lésion lui semble indiquer dans l'évolution osseuse un degré d'activité anormale et hâtive, en rapport avec les sécrétions plastiques observées, en cas de syphilis infantile, dans plusieurs autres organes.

Enfin d'autres lésions de la seconde enfance et de la jeunesse, les tumeurs blanches, le rachitisme, peuvent être indirectement ou partiellement rapportées à

(') Je ne crois pas utile de décrire à part ces tumeurs que Bertiti rapproche des gommes syphilitiques.

(*) Traité prat. des mal. des nouv.-nés.

la vérole héréditaire. Il sera question plus loin de cette cause, de la mauière dont ou peut la comprendre et des limites dans lesquelles on doit restreindre son influence.

% 11. — Apparence générale caractéristique.

Un enfant né avec le germe de la vérole et qui en offrira dans un court délai les manifestations les plus accentuées, peut venir au monde avec toutes les apparences de la santé et même d'une vigoureuse constitution: le fait n'est point rare ; chaque auteur en cite quelques exemples, et l'on en trouvera dans le cours de ce travail des preuves cliniques multipliées.

La plupart du temps, néanmoins, les choses ne se passent pas ainsi. Dès leur naissance les enfants prédestinés se reconnaissent, en l'absence de lésions syphilitiques déterminées, à un certain habitus, à une physionomie générale à l'expression de laquelle des parents déjà instruits par un premier accident, un médecin expérimenté ne se trompent point. « Jàm fatalem typum insculpsit senectus maxime prœcox » remarque Faguer; ou, comme l'a dit plus simplement Doublet, « ils présentent la miniature delà décrépitude. »

Bertin (page 96), tout en reconnaissant la justesse de ce tableau, prétend qu'il est plus souvent le portrait de l'enfant syphilitique durant les derniers instants de sa vie. Je ne puis partager son appréciation. Sans doute il y a un ensemble de caractères extérieurs propres à la cachexie vénérienne. L'amaigrissement, la

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débilité profonde qu'elle entraîne, peuvent jusqu'à un certain point se comparera l'aspect général dont il est ici question; mais ce sont néanmoins deux états bien distincts que celui des signes avant-coureurs et celui des effets ultimes de la diathèse. Non-seulement ils sont chronologiquement séparés par la durée entière de la maladie, mais encore des traits bien tranchés les différencient. La description suivante va le mettre hors de doute.

Après cet air de petits vieillards, si commun aux nouveau-nés voués à la syphilis, ce qui les distingue le mieux c'est la couleur de la peau. M. Trousseau (*) qui l'a bien étudiée la dépeint ainsi : Avant que la santé soit altérée, l'enfant a déjà une physionomie particulière; la peau, surtout celle du visage, perd sa transparence; elle devient terne même sans qu'il y ait bouffissure ni amaigrissement ; sa coloration rosée disparait et est remplacée par une teinte bistrée qui ressemble à celle des Asiatiques. Elle est jaune, café au lait, comme si elle avait été exposée à la fumée; c'est une coloration empyreumatique, semblable à celle qui existe aux doigts des personnes qui ont l'habitude de fumer des cigarettes. On dirait qu'une couche de matière colorante a été déposée là inégalement ; tantôt elle occupe toute la peau , mais en se prononçant davantage dans ses lieux d'élection, au front, aux sour-

( l ) Trousseau, Gaz. des Iiôp., 1848, p. 78; et Trousseau et Lassègue, À'rch.gén deméd., 1847.

cils, au menton, au nez, aux paupières, enfin sur les parties les plus saillantes du visage ; les portions les plus profondes, telles que l'angle interne de l'orbite, le creux de la joue et celui qui sépare la lèvre inférieure du menton, en demeurent presque toujours préservées. Quoique la face soit ordinairement la partie la plus affectée, le reste du corps participe toujours en quelque degré à cette teinte. L'enfant devient pâle, blafard. Comparable parfois à celle des éphélides, cette coloration est ordinairement beaucoup moindre et n'attirerait pas l'attention s'il ne s'y joignait une matité profonde de la peau, et si elle n'était pas répandue inégalement. Elle est précédée d'une pâleur générale qui rend son apparition plus sensible : elle s'accroît avec une certaine lenteur; son développement met au moins une semaine à s'accomplir.

En considérant la nature particulière de cette décoloration, la période peu avancée de la maladie où elle s'observe, la bouffissure, l 'œdématie (') , la débilitation dont elle s'accompagne, la promptitude avec laquelle elle disparait ainsi que ses complications (en apparence si profondes), sous la seule influence de la médication antisyphilitique, je me suis demandé si cet état, tellement distinct des manifestations syphilitiques proprement dites, ne dépendrait pas de la chloro-anémie dont M. Ricord a signalé l'existence, comme coïnci-

(') Beitin (ouvr. cité, p. 109) signale la coïncidence de ce symptôme avec ceux qui peuvent faire soupçonner l'apparition des lésions véritablement syphilitiques.

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