‹ Traité de la syphilis des nouveau-nésChapitre 77 sur 204 · PARTIE 11. — DESCRIPTION · texte numérisé non relu

PARTIE 11. — DESCRIPTION

| 3. — Rapport de la marche du mal avec la période de la diathèse où les parents se trouvaient quand ils l'ont transmise.

Pendant longtemps M. Ricord avait professé de la façon la plus explicite (') que « les accidents tertiaires ne sont pas susceptibles de se transmettre par voie d'hérédité, avec les caractères spécifiques de la vérole, comme les secondaires. » Mais depuis quelques années ses convictions à cet égard semblent sur le point de se modifier par de nouvelles observations.

«M. Ricord, écrivait en 1852 M. Gubler ( a ), est sur la voie d'un nouvel ordre défaits tendant à démontrerquedes individus actuellement atteints d'accidents tertiaires peuvent transmettre directement ceux-ci à leurs enfants. » De son côté, M. Rassereau ( 3 ), qui adopte sur toutes ces matières les idées de M. Ricord, avance que « les nouveau-nés atteints de syphilis héréditaire, présentent toujours des accidents du même ordre que ceux dont leurs parents étaient atteints au moment où ils les ont engendrés. » Nous pouvons donc discuter cette intéressante question sans nous trouver, dès les premiers pas, en désaccord avec le plus éminent syphilographe de notre époque.

Cette proposition, si nettement formulée par M. Rassereau, n'offre d'ailleurs rien qui répugne à la raison.

(') Rech. crit. et expér. sur Vinocul., 1838, p. 160 (note). (*) Gaz. méd. de Farts, 1852, p. 292.

(') Ouvr. cité, p. 540.

178 mi la syphilis Diis NouMi.vu-Niis.

Mais une difficulté très-sérieuse s'oppose à sa vérification expérimentale. Les lésions tertiaires ne se manifestent pas chez les nouveau-nés sous des formes aussi tranchées que chez les adultes. Les affections osseuses, par exemple, y sont tellement rares, que les annales de la science fournissent à peine cinq ou six exemples bien constatés de carie ou de périostose. Les tubercules sous-cutanés sont un phénomène moins exceptionnel ; mais à part les deux cas mentionnés par M. Bassereau, ils n'ont été nulle part assez exactement décrits dans les observations pour qu'on soit à même de les bien distinguer. Pour l'echtyma, il n'est pas, à beaucoup près, aussi rare, mais tout le monde sait qu'il représente plutôt un accident intermédiaire aux deux périodes qu'appartenant en propre à la tertiaire.

Restent donc les lésions viscérales, du thymus, des poumons et du foie. Mais est-il bien logique de les ranger, comme leurs analogues de l'adulte, dans la phase tertiaire? Elles offrent, à la vérité, le même siège. Mais leur nature est-elle la même ? Je ne le pense pas. Chez l'adulte, la lésion est essentiellement constituée par des tubercules d'abord durs et crus, qui ne se ramollissent que plus tard. Ils occupent le cœur, le cerveau, les muscles, le tissu cellulaire sous-cutané aussi bien quelespoumonset le foie. Ilsnesurviennentqu'après, la succession d'un grandnombre d'autres manifestations syphilitiques superficielles. — Chez le nouveau-né rien de semblable. Le point engorgé résulte non d'un tu-

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hercule déposé entre les mailles du tissu uormal, mais d'une simple congestion de ce lissu. A peine formé, ce noyau suppure. Le siège de ces lésions est exclusivement dans les organes à qui la vie extra-utérine imprime des fonctions nouvelles. Enfin elles y apparaissent si peu comme expression dernière d'une diathèse parvenue à son plus haut degré, que ces cas sont au contraire remarquables par l'absence des syphilides profondes qui, sur l'adulte, sont l'accompagnement presque obligé des tubercules viscéraux, et cela au point que ce défaut de signes concomitants a fait contester la nature syphilitique des lésions viscérales du nouveau-né.

Quelle que soit du reste la véritable signification de ces lésions en chronologie syphilitique, iln'en résulte pas moins de ce qui précède que les symptômes tertiaires des nouveau-nés sont rares; que, de plus, leur détermination séméiologique est sujette à controverse. Aussi faut-il multiplier ici les moyens de contrôle qu'offre la méthode expérimentale, et s'adressera deux ordres distincts de faits pour savoir : 1° Si les enfants reconnus porteurs de symptômes présumés tertiaires avaient pour parents des individus parvenus, au moment où ils ont transmis l'infection, à la période tertiaire; 2° si les parents reconnus porteurs (chose plus fréquente et plus aisée), à ce même moment, de symptômes tertiaires ont donné le jour à des enfants offrant des symptômes qu'on pût classer dans la même catégorie.

Quant à la première question, M. Bassereau (*) a cité deux observations dont la première semble on ne peut plus concluante.

Un homme se maria et eut, en septembre 1840, en avril 1845, et en janvier 1849, trois enfants. Le premier n'offrit qu'un coryza et des papules cuivrées. Le second eut de petits tubercules sous-cutanés, surtout aux membres inférieurs, qui se terminèrent par ulcération. Il en guérit par l'iodure de potassium donné à la nourrice. Le troisième eut, au trentième jour, en arrière de l'avant-bras gauche, un groupe de gros tubercules syphilitiques érodés. 11 périt, la nourrice ayant refusé de prendre de l'iodure. — Or, le père de ces enfants, atteint de chancres en août 1839, avait eu successivement des plaques muqueuses aux amygdales, en mars 1840; un groupe de tubercules secs sur le deltoïde, au printemps de 1845; et une exostose du tibia droit, en novembre de la même année. Sa femme ne contracta aucun mal.

M. Bassereau a vu, avec M. Ricord, deux enfants nés à quatre ans d'intervalle, des mêmes parents. Le premier, engendré à l'époque où le père venait d'être soumis au mercure pour une syphilis récente, n'eut qu'un érythème syphilitique auquel il succomba au bout d'un mois. Le second fut atteint, le vingt-cinquième jour, à l'apophyse mastoïde, près de l'épine iliaque supérieure, et dans d'autres poinls, de tubercules volumineux qui s'ulcérèrent : il en guérit. — Mais M. Bassereau ne dit pas cette fois quelle avait été la succession des accidents chez le père, ni même s'il en avait eu de propres à la période tertiaire, omission qui détruit toute la valeurde ce cas.

Quant à l'echtyma, M. Baumes cite le cas d'un enfant qui eut, 18 jours après sa naissance, de nombreuses pustules d'ecthyma qui se terminèrent par des ulcères arrondis. Or l'infection du père et de la mère ne datait que du 7 e mois

(') Ouvr. cité, p. 541.

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