PARTIE II. — DESCRIPTION
| 4. — De la syphilis congéniale tardive ou masquée.
J'ai, tout à l'heure, d'accord avec les meilleures autorités, fixé à trois mois le terme de rigueur ordinaire, à six mois le terme fatal auquel l'enfant paie par des symptômes spécifiques la dette contractée dans le sein de sa mère. Mais la question n'a pas été résolue par tous de cette manière. Quelques-uns admettent une syphilis congéniale restant latente pendant un grand nombre d'années, puis éclatant à l'âge adulte. D'autres croient que le \irus syphilitique transmis héréditairement peut, s'alliant à d'autres diathèses, produire dans la constitution des maladies mixtes, obscures, mais réelles, certaines formes de scrofules, par exemple, ou une débilité particulière. De là deux questions distinctes à traiter.
A. La syphilis héréditaire peut-elle ne produire ses premiers symptômes que plusieurs années après la naissance? S'il ne s'agissait que de manifestations un peu en retard, cette possibilité ne ferait pas question. Notre tableau ci-dessus porte deux cas de syphilis déclarés seulement au bout d'un an et de deux ans. Bertin (*) parla d'un enfant né d'une mère infectée, lequel ne présenta de signe de syphilis qu'après qu'il
(') Ouvr. cité, p. 153.
ISti -DE I.V SYPHILIS ])HS \OUYimi-NKS.
eut clé sevré. M. Bardiuet l'apporte aussi un fait d'évolution au quinzième mois. — Mais ce ne sont là que des exceptions apparentes ; toute maladie à évolution réglée compte des cas de ce genre ; et il ne saurait en être autrement, à moins qu'on ne veuille soutenir que, une cause morbide étant donnée, toutes les organisalions possibles, sous l'empire de toutes les circonstances imaginables, en subissent et en traduiront l'influence d'une manière idenlique.
Mais, dans l'hypothèse que j'analyse, ce n'est plus d'une extension plus ou moins grande de la période d'incubation qu'il s'agit. On ne recule pas la limite ; on la transporte d'une extrémité à l'autre. On ne borne pas cette sorte de suspicion à l'enfance ; on y implique l'âge de maturité même. J'ai prononcé le mot de suspicion : mais dans l'espèce, il serait un vrai contresens. Car, du moment qu'on adopterait l'idée de vérole héréditaire restant latente jusqu'à 20 ou 30 ans, évidemment ce dogme pourrait servir de couvert à tous les coupables. Les fils s'innocenteraient ainsi sans façon aux dépens de leur père; et la fable de Voltaire devenant vérité, toutes les femmes qui viendraient à empoisonner leur mari en seraient quittes pour lui répondre, comme au pauvre docteur Sidrac, que « chez elles, c'est un mal de famille ! » Raillerie à part, on voit assez les conséipiences sociales, morales, d'une pareille doctrine. C'est donc sérieusement qu'il faut étudier ses preuves.
M. Ricord n'a, que je sache, nulle part formulé son