PARUE II. — DESCRIPTION
opinion bien explicite sur celle hypothèse ('), et je le conçois parfaitement. Trop éclairé pour avoir méconnu les faits qui paraissent militer en sa faveur, il est trop sagace pour s'être dissimulé les objections dont, tous, ils sont passibles. Aussi se borne-t-il à confier à ses élèves les exemples qui lui semblent susceptibles d'une telle explication, afin de provoquer de leur part des recherches analogues. Car ce n'est qu'après des observations frès-multipliées qu'il peut et qu'il veut promulguer la loi, qui n'est encore aujourd'hui dans son esprit qu'à l'état de projet.
Je comprends sa réserve; et je l'adopte pour ma règle de conduite. Tous les cas de cette espèce prêtant à contestation, il faut attendre que leur nombre compense leur incertitude ; il faut savoir temporiser jusqu'à ce que, émanant de foutes les sources, recueillis dans les conditions de véracité et de moralité les moins contestables, ils débordent, étouffent nos justes hésitations et forcenl la main aux prudents législateurs de la science.
Ce n'est donc que pour concourir à cette œuvre, et sans formuler d'adhésion ni de dissidence , que je
(') On trouve néanmoins dans les comptes rendus de l'Académie de médecine (séance du 8 octobre 1853), ces indications sommairement énoncées par M. Uicord, dans le courant de la discussion : «J'ai, dit-il, en ce moment même dans mon service, un jeune homme de dix-sept ans, qui n'a vu éclore qu'à cet âge les symptômes d'une syphilis tertiaire provenant de ses parents. J'ai vu des sujets chez qui la vérole héréditaire ne s'est manifestée qu'à l'âge de quarante ans. a
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présente ici les documents capables d'élucider cette question.
Beaucoup d'auteurs anciens, Bern. Tomitano,Hunter, Bell, — de nos jours encore, MM. Baumes et Cazenave , admettent la vérole d'emblée , c'est-à-dire des symptômes constitutionnels éclatant chez un homme qui n'a eu jusque-là aucun accident local par où la contagion ait pu pénétrer du dehors. Or, à l'égard de ces faits , il n'y a eu jusqu'ici que deux manières de procéder. L'école positiviste les nie; elle soutient que les malades ont méconnu ou dissimulé la lésion locale qui a servi de porte d'entrée au virus. Mais, quand des hommes comme ceux que nous avons cités ajoutent foi à la vérole d'emblée, est-il bien recevable d'affirmer qu'ils se sont constamment trompés ; que nul d'entre eux n'a su assez bien éclairer les souvenirs ou reconnaître le mensonge d'aucun de ses malades pour remonter à la véritable cause?
Avec le dogme de la syphilis congéniale tardive , cette dissidence trouverait une fin. Du moment qu'on pourrait accepter de ces observations le fait réel, tout en en rejetant l'interprétation, un homme venant à offrir en pleine santé des signes de vérole, sans accident primitif antérieur, serait dès lors un exemple de transmission héréditaire à incubation prolongée. Le peu de fréquence de ces cas serait un argument de plus en faveur de l'explication que je propose; car évidemment une incubation aussi longue du virus congénial doit être une exception fort peu commune : et la raison
se trouverait ici d'accord avec l'expérience , l'une pour prévoir, l'autre pour constater la rareté de faits pareils.
Les observations de ce genre sont toutes plus ou moins sujettes à contestation. Ce n'est pas cependant une raison pour les laisser dans l'ombre. Sans compter celles, inédites encore, que M. Ricord possède, et qui trouvent dans sa judicieuse perspicacité le plus précieux contrôle, je vais en énumérer quelques-unes.
Nicolas Massa parle de trois enfants, âgés, l'un de trois ans, l'autre de six, le dernier de onze, qu'il a vus affectés du mal français. Nous avons dit, à propos de l'historique , quelle valeur ces faits nous semblent avoir.
Balling ( l ) rapporte qu'il fut consulté pour un garçon de seize ans, affecté d'un ulcère au gosier, d'aspect syphilitique, ainsi que de carie des os du nez. Cet enfant paraissait être très-innocent; et, malgré toutes sortes de questions et un examen détaillé, l'on ne put découvrir aucune cause personnelle de cette infection. Le père déclara que, vers le temps où il l'engendra, il avait lui-même des symptômes de syphilis constitutionnelle. L'enfant guérit par l'administration des antisyphilitiques.
Albers ( 2 ) a probablement été témoin de cas semblables; car il dit que, alors, les symptômes constitutionnels se montrent sur l'enfant à l'âge de deux ou
(') Uebcr augsboren vndererble syphilis, 1. C, p. 129. ( 2 ) Ueber erknnlnifs aud kur der syphilis.
trois ans; il spécifie même que cette syphilis en retard sévit principalement sur les enfants qui sont nés d'un père syphilitique et d'une mère scrofuleuse.
Bell enseigne positivement que la syphilis héréditaire peut demeurer latente chez l'enfant jusqu'à la puberté, ou chez l'adolescent jusqu'à l'époque du mariage ou d'un accouchement , circonstances qu'il regarde comme une sorte de crise ou de perturbation susceptible de provoquer l'apparition de ces symptômes.
M. Prieur (thèse, p. 30) dit : « Le traitement des parents pendant et avant la grossesse peut empêcher les accidents constitutionnels d'apparaitre chez le nouveau-né; mais ils peuvent ensuite se montrer trente ans après la naissance, sans que cet enfant ait jamais eu d'accidents primitifs.»
Friedlaender est tellement persuadé de la réalité de ce genre de maladie qu'il réserve exclusivement le nom de syphilis héréditaire à celle « qui ne se manifeste que plusieurs années après la naissance, vers l'âge de la puberté. »
Le docteur Gilbert (') a publié l'observation suivante à l'appui de la thèse dont nous nous occupons :
Une blanchisseuse d'Orléans, de mauvaise constitution, assez bien portante cependant jusque-là, se maria en 182t. Elle accoucha à terme d'un garçon qui dépérit rapidement et succomba le 17 me jour, avec- de petits boutons blancs
(') hum. univ. des sciences médic, I. LV,'p. î 00.