‹ Traité de la syphilis des nouveau-nésChapitre 83 sur 204 · PARTIE 11. — DESCRIPTION · texte numérisé non relu

PARTIE 11. — DESCRIPTION

leurs de tenir compte : 1° il faut que l'absence d'antécédents vénériens locaux chez le sujet soit constatée par un examen attentif; 2° il faut que la nature des lésions qu'il présente soit démontrée être syphilitique, soit par le jugement de médecins compétents , soit par l'effet curatif des médications spécifiques; 3° il faut enfin qu'on sache si ses parents, au moment où ils l'ont engendré, se trouvaient à même de lui transmettre la syphilis.

Remarquons, sans vouloir pour cela les donner comme pleinement démonstratives, que cette triple condition a été remplie dans quelques-unes des observations qui viennent d'être rapportées.

13. La syphilis héréditaire peut-elle manifester son action par des effets morbides autres que les symptômes caractéristiques de la vérole? Cette question a déjà été traitée à propos du pemphigus : elle pourrait l'être au sujet de presque toutes les maladies de l'enfance ; car il en est bien peu à l'étiologie desquelles la syphilis n'ait été accusée de prendre une part plus ou moins directe. Doublet lui attribuait l'endurcissement du tissu cellulaire; Astruc le rachitisme, le carreau; Bertin, certaines espèces de dartres; le docteur Pitschaft, l'insomnie opiniâtre; Campbell, les convulsions; Haase, l'hémicéphalie et l'hydrocéphale ; Lamauve, les acidités, l'apoplexie et les vers; Levret, les hydropisies du jeune âge. Enfin, je clorai dignement cette liste en rappelant que Sanchez voyait les résultats du

vice syphilitique dans l'imperforation de l'anus, l'hypospadias, et jusque dans la couleur verte des excréments du nouveau-né ! ! !

Heureusement, nous n'avons plus aujourd'hui à discuter la légitimité de ces diverses provenances. On sait, il est vrai, que la dyscrasie vénérienne ne frappe jamais un sujet, à plus forte raison un enfant, sans imprimer à sa constitution un affaiblissement qui le prédispose à toutes sortes d'affections organiques ou fonctionnelles. Les maladies aiguës sont chez lui plus faciles et plus graves, les flux catarrhaux plus persistants, les diathèses plus enracinées. Mais dire que. sans avoir offert un seul signe spécifique, une plaque muqueuse, un ulcère, le nouveau-né pourra, de par la vérole, être directement atteint de névroses, de pneumonie, d'entérite, c'est oublier à la fois les leçons de l'expérience et les lois de l'analogie.

Il est cependant quelques-unes de ces opinions qui se sont formulées plus explicitement, et dont l'imposant patronage leur mérite une mention à part. Nous trouvons, par exemple, dans les traités spéciaux, l'accord le plus général pour ranger parmi les effets du virus syphilitique un cortège de symptômes qui offre d'étroites ressemblances avec les scrofules.

Ainsi Troncin (') avait remarqué que si l'enfant né de parents véroles ne meurt pas en venant au monde, il aura plus tard des engorgements glanduleux, le

(') De rExtinct. de la mal. vénér., p. 64.

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ventre très-gros, ballonné, la dentition tardive; il sera plus exposé au rachitisme, à la phthisie, aux tumeurs blanches. Yiennent-ils, à force de soins, jusqu'à 14 ou 18 ans; ils prennent le teint pâle, la lèvre supérieure tuméfiée. La puberté délivre souvent les filles de cet état; mais il peut reparaître après la grossesse. Troncin ajoute : « L'enfant qui naîtra d'une telle mère, est maigre, toujours pâle, marchera tard, aura une dentition difficile, sera sujet au rachitisme... »

Mahon, Berlin, et ceux qui ont écrit d'après eux, n'hésitent pas, non plus, à attribuer les scrofules de l'enfant aux suites de la syphilis des parents.

Hufeland croit positivement à l'influence de la syphilis pour produire la scrofule chez, les enfants.

Hey et Rosen ont observé que, des mêmes parents atteints de syphilis, il naît tantôt des enfants syphilitiques, tantôt des scrofuleux.

D'après Haase, si les enfants formes dans ces conditions ne sont pas ouvertement syphilitiques, ils sont souvent affectés de tumeurs lymphatiques, d'intumescences glandulaires.

Ailiers résume en ces termes expressifs ses observations sur l'évolution de la maladie chez des enfants issus de parents syphilitiques : « Glandula? axillares « et inguinales tumebant, et habitus scrofulosus sen- « sim se contîrmavit. » Il ajoute, à la vérité, ce prétendu signe qu'on regrette de trouver à la suite des précédents : « Ejus modi adolescentes erectiones tan- « tum experiuntur levés. »

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M. Baumes dit que « la syphilis héréditaire tend à imprimer à l'économie une tournure lymphatique ou scrofuleuse... à faire naître dans le corps la dégénérescence tuberculeuse, qui se montre si fréquemment chez les scrofuleux. »

Mais plusieurs questions s'élèvent ici : D'abord, y a- t-il chez les parents une certaine forme d'accidents, une certaine période de la diathèse qui produise plus spécialement chez leurs enfants la scrofide? M. Ricord n'hésite pas à désigner pour cause la plus active de cette transmission l'état tertiaire. Selon lui les accidents de cette phase peuvent bien produire chez reniant des accidents pareils, des lésions tertiaires. Mais cependant «leur influence spécifique sur l'hérédité — écrit-il dans le plus récent de ses ouvrages^) — semble aller toujours en décroissant, pour ne devenir plus lard qu'une des causes héréditaires des scrofules. »

Donc ce seraient, d'après lui, non-seulement les accidents tertiaires, mais les accidents tertiaires anciens qui seraient la cause génératrice ordinaire des scrofules dans la descendance des parents infectés à ce degré.

M. Baumes ( 2 ) a apporté à la solution de ce problème des éléments cliniques de la plus haute importance. Voicj le résumé de ses observations :

Madame veuve B..., douée d'un tempérament sanguin,

(') Lettres sur la syphilis, p. 249.

(*) Précis théor. et prat. des mal. venèr., I. 1, p. i78.

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