PARTIE II. — ■ DESCRIPTION
avait un mari de tempérament lymphatique sanguin. Il contracta, étant encore garçon, une vérole qui, mal traitée, persista, en donnant lieu de temps en temps à des symptômes du côté de la peau, de la gorge et surtout du système osseux. De ce mariage naquirent cinq enfants. La première, lymphatique, eut des pustules et des ulcères syphilitiques et succomba vers lage de la première dentition à une hydrocéphale aiguë.
La seconde , très-sanguine , eut, dans son enfance , un gonflement de quelques phalanges des mains et des pieds. Du sublimé, puis les eaux d'Aix la guérirent, et elle a maintenant une bonne santé.
La troisième, éminemment lymphalique, très-délicate, eut une aménorrhée, puis des hémoptysies à 14 ans; elle est actuellement au troisième degré de la phthisie pulmonaire.
Le quatrième, un garçon, lymphatique, eut d'abord des pustules humides vers l'anus. A cinq ans il fut pris d'une tu meur blanche avec carie au genou, et mourut peu après avoir été amputé.
La cadette, très-lymphatique, eut, dès son bas âge, des engorgements avec carie sur diverses parties du corps, notamment au coude et à la pommette.
Madame veuve D..., sanguine, forte, a un mari lymphatique qui, à la suite d'un chancre contracté dix mois avant son mariage, conserva quelques douleurs ostéocopes, une syphilide sur le front et au cuir chevelu, symptômes qui disparaissaient et reparaissaient par intervalles. Il se maria dans cet état, qui persista à peu près pendant huit ans, au bout desquels il succomba à une pneumonie chronique.
Une première fille offrit le tempérament, la constitution, les traits de sa mère. Sauf quelques éruptions à la face et dans les cheveux, durant sa première enfance, elle s'est toujours bien portée et est à présent mariée.
La cadette, offrant, au contraire, le tempérament, la constitution et les traits de son père, eut, à quelques mois, une ophthalmie grave, puis une otorrhée double, avec engorge-
ment des glandes du cou. Il se présenta ensuite des plaques cuivrées, sur les bras, les jambes, une éruption pustuleuse sur le Iront. Après une adolescence traversée par une hydrocéphale aiguë, des palpitations, une incurvation latérale du rachis, une menstruation laborieuse, elle mourut à 15 ans, de phthisie pulmonaire.
Ces observations, entièrement confirmativesde celles de Hey et de Rosen, nous montrent, dans les mêmes familles, des enfants tantôt sains, tantôt scrofuleux, tantôt syphilitiques. Et ce qu'il y a de remarquable, c'est que l'on voit un enfant atfectéde l'une ou l'autre diathèse naître après un enfant bien constitué. De manière que, si l'affection qui a épargné les uns atteint les suivants, il est impossible d'expliquer ces variations par une diminution spontanée et graduellement progressive, chez les parents, de la puissance infectante. On peut encore vérifier ici que le père n'offrait point, lors de la procréation, les signes d'une cachexie confirmée, d'une vérole tertiaire ancienne, puisqu'il avait encore de temps en temps de ces éruptions syphilitiques qui n'appartiennent qu'à la période secondaire.
D'après ces faits, d'après ce que j'ai observé moimême, il ne me semble plus possible de révoquer en doute le pouvoir scrofulogène de la syphilis héréditaire. Mais dans la recherche des conditions où elle se produit, il faut se garder (l'expérience de M. Baumes nous en avertit) de se laisser, par le désir de la précision, entraîner à un exclusivisme que les faits dé-
mentiraient à l'instant. Si la scrofule apparaît dans ces conditions, ce n'est pas uniquement parce que les parents en étaient à la phase tertiaire confirmée ; — ce n'est pas uniquement parce que l'enfant, choisi pour victime entre ses frères sains, avait un tempérament lymphatique; — ce n'est pas uniquement parce qu'il ressemblait à celui de ses parents qui est infecté ; — parce qu'il a, seul, été nourri de son lait (quand c'est la mère qui est la coupable) ; — parce que l'influence des traitements spécifiques n'est pas intervenue à propos chez lui ou chez ses parents, etc. , etc. ; c'est en raison de toutes ces circonstances ou de plusieurs d'entre elles combinées qu'on voit se dessiner les nuances si diverses qui séparent un enfant fort et robuste d'un enfant malingre, chétif ; celui-ci d'un scrofuleux; ce dernier d'un syphilitique franc. C'est assez dire que, quant à la symptomatologie, il ne peut dans ces affections y avoir rien de précis, d'univoque, de palhognomonique. Les conditions si variables que je viens d'exprimer s'y refusent absolument. Mais pour ce qui est de la pathogénie , on peut, je crois, résumer assez exactement l'influence de chacune d'elles en disant que, directement ou indirectement — phase tertiaire — ancienneté du mal — thérapeutique nulle — tempérament lymphatique des enfants — mauvaise alimentation — ressemblance avec le géniteur vérole , elles aboutissent toutes à faire varier le degré ou la force de la puissance infectante qui a pu agir sur l'enfant au moment de sa procréation;
qu'il est, en un mot, faible, scrofuleux ou syphilitique suivant la dose de virus qui a pu exercer son action sur lui avant et depuis sa conception.
Quelques auteurs, il faut le dire, contestent encore que la syphilis se transmette aux enfants sous forme de scrofule. Ils allèguent que, à la campagne où généralement les mœurs sont pures et la syphilis exceptionnelle, on ne voit pas moins de scrofules que clans les grandes villes, lorsque d'ailleurs les autres conditions propices à son développement sont égales des deux côtés. Certes, quand il s'agit d'une affection aussi oliscure, aussi complexe dans son étiologie que celle-ci, il ne faut pas espérer de donner à cette recherche la précision des déterminations mathématiques. Mais il serait plus illogique encore, et surtout plus dangereux de rejeter que d'admettre trop facilement une de ses causes. Et, si ce n'est spécifiquement, ce sera du moins à l'instar des influences débilitantes communes, que la syphilis héréditaire doit, selon nous, être maintenue au nombre des agents qui prédisposent à l'établissement de la diathèse strumeuse.
Un second point se présente : La scrofule contracta 1 dans de telles conditions est-elle identique à la scrofule ordinaire? — - Si l'on a médité les citations précédentes, si surtout l'on a été à même de suivre soi-même le développement graduel de quelques enfants engendi es dans de semblables circonstances, on reconnaîtra sans peine que leur habitus, leur mode de croissance, le nombre et la nature des indispositions auxquelles ilssonl