‹ Traité de la syphilis des nouveau-nésChapitre 95 sur 204 · Partie m. — pronostic · texte numérisé non relu

Partie m. — pronostic

décider que dans un seul sens. Si la présence de la vérole est démontrée chez les parents; — si une même femme, qui portait jusqu'à terme avant de l'avoir, avorte du moment qu'elle l'a prise ; — s'il lui arrive alors indistinctement des fausses couches ou des enfants vivants mais véroles ; — si le mercure guérit ces derniers; — si, enfin, le mercure lui donne, à elle, la faculté de mener à bien les grossesses subséquentes à son administration, évidemment la vérole seule était ici en cause, et ce serait la plus grossière comme la plus dangereuse erreur de lui supposer un allié dans son contre-poison.

Les observations précédentes suffisent pour montrer les circonstances et l'époque où l'avortement survient. Je tiens seulement à faire remarquer — j'en ai besoin, voulant utiliser plus tard cette notion — que, dans aucune de celles que je viens de rapporter, la syphilis ne provenait du fait du père seul. Ce résultat semblerait contredire l'opinion de M. Prieur, adoptée par MM. Lloyd et Wade. Le premier soutient, en effet, que les avortements résultant de syphilis sont plus précoces, et les seconds qu'ils sont plus fréquents quand c'est de l'infection du père que lorsque c'est de celle de la mère qu'en vient la cause. Nos observations ne nous autorisent point à nier cette assertion : mais elles ne nous obligent pas non plus de l'admettre; et il nous semble au contraire que la mère, fournissant l'ovule, puis à cet ovule les matériaux de sa nutrition, et de son développement a, si l'on veut permettre

cette expression, plus de moyens et plus de temps pour l'influencer que le père dont l'action vivifiante n'est qu'instantanée. D'ailleurs il faudrait pour vider la question distinguer entre les cas où la mère était syphilitique avant la conception, et ceux où elle l'est devenue depuis, différence dont rien n'annonce que les auteurs précités aient tenu le compte qu'elle mérite.

L'avortement provient-il de la maladie de la mère ou de la mort du fœtus? Gardanne tranche la question dans le premier sens. Il dépend, dit-il, « d'une sensibilité singulière que les femmes vérolées ont dans le col de la matrice. » Sans doute, on conçoit qu'une femme parvenue à un degré d'infection constitutionnelle voisin de la cachexie ne soit plus apte à supporter le travail physiologique dont l'intégrité est nécessaire à la régularité de la gestation. Ainsi :

Wardrop a traité une dame atteinte de syphilis chez qui un état caractérisé par la diarrhée, de l'insomnie et des douleurs vives dans les flancs revenait périodiquement au 6 mc mois et amenait l'avortement. Elle avait déjà eu six grossesses terminées de cette manière, et fut guérie par le mercure.

Mais la marche des symptômes ne permet pas de croire que la cause soit ordinairement telle. En général, ce n'est pas à la suite de désordres pathologiques sérieux que les femmes syphilitiques avortent. C'est au milieu d'une santé en apparence intacte que les mouvements de l'enfant cessent de se faire sentir; et bientôt après il est expulsé.

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