PARTIE III. PRONOSTIC
observateurs modernes. Il existe, en effet, des cas où l'autopsie d'enfants morts de syphilis a montré l'intégrité complète de ces viscères. L'observation de pemphigus congénial de M. P. Dubois, citée par M. Bouchut, pourrait être comptée parmi ces faits, malgré les taches d'infiltration sanguine existant à la surface des poumons ; car cette lésion ne me semble ni assez étendue, ni assez profonde pour avoir été la cause de la mort. Du reste, dans de pareilles observations, il faut soigneusement distinguer entre les altérations véritables avec suppuration ou induration du parenchyme, et ces congestions que l'affaiblissement, le décubitus prolongé amènent presque toujours durant les derniers jours de la vie. Celles-ci n'ont rien de spécifique ; elles se rencontrent chez tous les enfants qui succombent à une maladie générale à marche rapide.
§ 3. — Affaiblissement graduel de l'action fœticide du virus.
Compensation en quelque sorte providentielle de l'influence précédemment appréciée, cet épuisement progressif spontané de l'action fœticide qu'exerce la syphilis des parents est heureusement une réalité démontrée par de nombreux exemples. Elle a déjà été indiquée par plusieurs auteurs; et M. Simon affirmait positivement que « la dyscrasie syphilitique s'use et s'épuise sur les premiers enfants. » Mais quelle que puisse être l'ancienneté de cette opinion, je fle m'arrêterai pas à approfondir une pareille recherche ; car il
ne saurait être aussi intéressant d'en constater l'origine que les preuves.
Or, ces preuves sont si multipliées, elles portent un tel cachet de clarté et de force que tout homme répétant pour son compte le travail de dépouillement de faits, auquel j'ai dû me livrer, sera, je l'affirme, frappé de leur évidence et découvrira infailliblement de lui-même, pour ainsi dire, celte loi de décroissance. Les observations déjà citées plus haut à propos de l'avortement témoignent toutes en sa faveur; et il est curieux de remarquer, dansquelques-unesd'entre elles, la diminution régulière de l'influence se traduisant chez les enfants successifs par la durée de plus en plus grande de la vie intra-utérine. Dans le cas de Bertin, c'est presque une progression mathématique : car l'on y voit le premier naître à 6 mois ; le second à 7 ; le troisième à 7 et demi ; le quatrième venir à terme, mais ne survivre que 1 8 heures ; le cinquième, à terme aussi, vivre 6 semaines ; enfin le sixième vivre 4 mois, sans traitement. Dans la plupart des faits de ce genre — et ils sont presque innombrables — c'est également par le retard de plus en plus prolongé des fausses couches que la règle se confirme. Puis, si le nombre des gestations donne à cette force que la nature possède pour éliminer le virus le temps d'agir, elle aboutit à produire d'abord un travail à terme (le fœtus étant mort), et ultérieurement enfin la naissance d'enfants viables. (11 est bien entendu que j'étudie la question en dehors des modifications qu'apporte la thérapeutique.)