PARTIE III. PRONOSTIC
peu moins sommaire une intéressante observation, recueillie par MM. Doyon et Dion, à l'hospice de l'Antiquaille (*).
Une femme D..., âgée de 46 ans, vint, le 21 juillet 1853, y demander des remèdes pour une affection syphilitique qu'elle avait contractée onze ans auparavant, en allaitant un enfant atteint de boutons sur le tronc et les membres, et de plaques muqueuses abondantes à tous les orifices.
Cette femme prit elle-même des boutons au sein, puis à la vulve ; alopécie, engorgements glandulaires à la nuque, à l'aine et à l'aisselle, syphilide générale.
Son mari, marguillier, ayant eu des rapports avec elle, et jusque-là aussi sain que inoral, voit, au bout de d S jours, des papules se développer sur le scrotum. Il éprouve ensuite du mal à la gorge et offre ultérieurement des symptômes analogues à ceux de sa femme.
Or cette femme, qui avait eu auparavant 4 enfants sans trace de maladie vénérienne (dont trois vivent encore et le quatrième est mort de convulsions), devint encore enceinte après avoir infecté son mari. Elle accoucha à terme en 1844; mais l'enfant était petit, jaune, ridé. Il portait de grosses pustules vers l'aisselle gauche et mourut à 15 jours.
Nouvelle grossesse en 1846; l'enfant vint à terme; il était chétif, le visage vieilli et ridé. Un mois après sa naissance, des boutons vinrent à l'anus, aux parties génitales et à la bouche. Il mourut à 2 mois.
Dernière grossesse en 1848. Cette fois l'enfant, à terme, a vécu. Il est maintenant âgé de cinq ans; mais sa santé est faible, et on a peu d'espoir de le conserver.
Il faut noter que ni le père, ni la mère, ni aucun de ces trois nouveau-nés n'a jamais subi de traitement spécifique.
Dans ce cas le retard des symptômes à apparaître,
(') Gaz. he.bdomad. de méd. et de chir. Avril 1854.
ainsi que la durée de la vie extra-utérine, s'échelonnent graduellement sur chaque nouvel enfant dans une progression on ne peut plus régulière.
Cependant, malgré le nombre des preuves cliniques qui en attestent l'exactitude , la loi de décroissance offre des exceptions. Mais ces exceptions, logiquement interprétées, l'appuient bien plus qu'elles ne l'infirment. C'est ce que je vais établir en citant un exemple de chacune d'elles.
Dans le fait précédemment cité de M. Snow (p. 222), il y avait eu d'abord trois enfants sains : le quatrième vint à terme, mort. — Mais c'est dans l'intervalle de la troisième et de la quatrième grossesse que le père et la mère avaient pris la syphilis. Ici l'exception n'est évidemment qu'apparente.
Voici un second cas :
Un jeune homme, que Simon avait traité par le mercure d'ulcères secondaires à la gorge, se maria. Son premier enfant fut sain et robuste. Les quatre suivants apportèrent en naissant des symptômes incontestables de syphilis.
Il y a à ce fait, au premier coup d'œil contraire à notre loi, deux explications. D'abord s'il est vrai que le mercure n'a, comme on l'enseigne aujourd'hui, que la propriété de guérir et d'éloigner les manifestations syphilitiques sans pouvoir détruire la diathèse elle-même, il faut bien admettre que moins il y aura, à un moment donné, de temps écoulé depuis l'administration de ce remède et plus le sujet possédera alors de garanties