‹ Traité de la syphilisChapitre 39 sur 70 · DE L’'ATROPHIE DES TESTICULES · texte numérisé non relu

DE L’'ATROPHIE DES TESTICULES

Il résulte de plusieurs faits que les parties de la génération doivent être considérées, non comme des parties indispensables de la machine animale, mais seulement comme des parties surajoutées pour remplir des fonctions spéciales, et qui, par conséquent, ne sont nécessaires que lorsque ces fonctions spéciales doivent être remplies. En effet, de toutes

les parties du corps ce sont elles qui arrivent les dernières à maturité

et qui sont les plus sujettes à se détruire. Sous ces rapports, elles diffèrent par leurs propriétés naturelles de la plupart des autres parties du corps , à l’exception des dents qui leur ressemblent dans quelques-unes de ces circonstances. |

Les testicules sont plus sujets aux maladies spontanées que toutes les autres parties du corps ; mais ce qu’il y a de plus remarquable, c’est la destruction de ces organes. Un testicule ou les deux peuvent disparaitre entièrement, comme chez l’enfant le thymus, ou la membrane pupillaire , etc. On n’observe rien de semblable dans aucune des parties du corps qui sont essentielles à son économie, excepté pour celles qui ne sont plus d’aucun usage et qui pourraient être nuisibles, comme la membrane pupillaire. Mais ce changement, dans les testicules, ne se présente point comme la conséquence d’une propriété qui leur aurait été imprimée primitivement, ainsi que cela a lieu pour le thymus, et qui produirait son effet à l’âge où ces organes sont devenus inutiles ; il peut s'effectuer à tout âge. La disposition est donc dans les testicules euxmêmes , indépendamment de toute connexion avec l’économie animale. Un bras ou une jambe peut perdre son action et s’atrophier en partie, mais jamais complétement.

On a vu les testicules s’atrophier chez des sujets atteints de hernie, probablement par suite de la pression constante du paquet intestinal. Poit a fait connaître des cas de cette espèce. J’ai vu, dans des cas d’hydrocèle, le testicule réduit presque à rien, sans doute par suite de la compression exercée par le liquide. Mais dans tous ces cas, les causes de l’atrophie sont évidentes , et elles auraient produit sans aucun doute des effets semblables sur d’autres parties du corps placées dans les mêmes conditions ; tandis qu’un testicule peut disparaître entièrement sans aucune maladie antécédente ; ou bien, il s’enflamme, soit spontanément, soit par sympathie avec l’'urètre, se tuméfie, puis commence

à diminuer de volume, comme dans la résolution de linflammation commune de toute autre partie, mais il ne s'arrête pas à son volume naturel, et il continue à s’amoindrir jusqu’à ce qu’il ait entièrement disparu. Les observations suivantes en offrent des exemples.

Observation I. -- Un homme a eu, il y a neuf ans, une gonorrhée accompagnée d’un bubon qui a suppuré. Un des testicules fut pris de tuméfaction, et cet accident fut traité, en apparence avec succès, par les moyens résolutifs employés ordinairement. Tous les autres symptômes étant dissipés, le malade se considéra comme entièrement guéri. Cependant, quelque temps après , il remarqua que le testicule qui avait été engorgé était un peu plus petit que l’autre, ce qui le porta à diriger son attention sur cet objet. Le testiéule continua à diminuer de volume jusqu’à ce qu'il fût complétement détruit. Depuis plusieurs années, il ne reste aucune trace de ce testicule. Cet homme n’a rien perdu de ses désirs vénériens et de ses facultés pour les satisfaire.

Observation IL, communiquée par M. Nanfan. — « Un jeune homme d'environ 18 ans, qui n’avait jamais eu aucune maladie vénérienne, a perdu ses deux testicules de la manière suivante : le 3 février 1776, après avoir patiné pendant quelques heures, sans avoir, à sa connaissance, reçu aucune lésion, il éprouva une violente douleur dans le testicule gauche, qui s’enflamma et qui, en peu de jours, acquit un volume considérable. Un chirurgien qui fut appelé auprès du malade, employa les moyens de traitement ordinairement usités en pareil cas. L’inflammation et le gonflement se dissipèrent graduellement dans l’espace d’environ six semaines, et il ne resta plus qu’un peu d’induration. On appliqua alors un emplâtre mercuriel qui fut abandonné après avoir été porté pendant quelque temps. Depuis cette époque le testicule à continué à décroître graduellement, et maintenant il n’est pas plus gros qu’une fève de marais ; le corps du testicule est entièrement détruit, et ce qui reste paraît n’être autre chose qu’une partie de l’épididyme. Cette portion n’est le siége d’aucune douleur, à moins qu’on ne la comprime; elle est très-dure et inégale à sa surface. Le cordon spermatique n'est pas le moins du monde altéré. Le 20 octobre 1777, le malade, fut pris des mêmes symptômes dans le testicule droit, sans cause appréciable, et je fus appelé à lui donner des soins. Il fut saigné immédiatement, prit une mixture laxative, puis une mixture saline avec le tartre sübié; on fit des fomentations et des embrocations sur le testicule avec l'esprit de Mindererus et l’alcool. Le 27, on appliqua un cataplasme de farine de graine de lin arrosé d'eau végéto-minérale. Ce traitement fut continué jusque vers le milieu du mois de novembre. L’inflammation se dissipa, et le testicule parut être dans son état naturel. Le 19 décembre, on m'appela de nouveau. Le testicule paraissait s’indurer et diminuer de volume de la même manière que l’autre , ce qui affectait vivement le malade. Je prescrivis quelques pilules de calomel et d’émétique, dans l’espoir d'accroître la sécrétion des glandes en général et de déterminer quelque modification dans le testicule. Ce traitement parut d’abord produire

COMME UN EFFET DE LA GONORRAÉE. 407 un bon effet, mais il ne tarda pas à devenir inefficace, et le testicule commença à s’atrophier comme avait fait l’autre, »

Je fus appelé en consultation avec Adair et Pott, mais nous ne trouvâmes rien qui pût offrir quelques chances de succès. Je conseillai au malade de faire fonctionner l'organe autant que ses penchants naturels pourraient l’y porter, mais tout fut sans résultat. Le testicule continua à décroître jusqu’à ce qu’enfin il n’en restât plus aucun vestige,

Observation UT, communiquée par le Dr Cothom, de Worcester.— « Un jeune homme de 16 uns fut pris subitement d’un froid intense, accompagné d’un tremblement et de frissons qui se reproduisirent à plusieurs reprises. Pendant cet accès, qui dura trois heures, le pouls était petit et serré, et si fréquent qu’il était très-difficile de compter les battements de l’artère. A cette période de froid succéda une chaleur trèsvive avec pouls fort, dur et plein, ce qui engagea à pratiquer une saignée . abondante. Immédiatement après, on administra au malade un purgatif salin, puis un lavement pour en hâter l'effet. Le soir, la saignée fut répétée. Pendant toute la journée, le malade accusa une douleur atroce qui avait son siége dans la région lombaire et dans la partie latérale de l’ab- . domen, et qui descendait jusque dans le scrotum. A l’examen des parties douloureuses, je reconnus des traces d’inflammation dans l’aine du côté gauche, une grande tension au niveau de l’anneau inguinal et une augmentation du volume du testicule gauche. J’ordonnai de faire sur ces parties des fomentations avec des compresses fortement imprégnées de sel ammoniac cru, et de les bassiner avec de l'esprit de Mindererus et de l'esprit volatil aromatique avant chaque fomentation. Je prescrivis en Outre six grains de poudre antimoniale, avec quinze grains de nitre, à prendre toutes les trois heures. La nourriture se composa de gruau léger, de fruits et de suc de citron; la boisson fut de l'orge sucrée et nitrée. Malgré ce traitement antiphlogistique, dans la composition duquel entrèrent en outre les purgatifs fréquemment répétés , les anodins, trois vomitifs, et treize saignées, la fièvre continua, et la douleur ainsi que l’inflammation et le gonflement augmentèrent jusqu’au huitième jour y compris le jour du frisson. N’espérant plus résoudre la tumeur, et le testicule étant presque aussi gros que la tête d’un enfant, j’essayai d’amener la suppuration au moyen de fomentations émollientes et de cataplasmes maturatifs. Le 10, on sentit de la fluctuation ; le 12, la fluctuation était encore plus évidente, et le scrotum avait une coloration livide. J’employai tous les arguments possibles pour décider le malade à me laisser ouvrir l’abcès; mais comme il ne souffrait plus, il ne voulut pas y consentir. Le 15, il fut pris de nouveau de frissons , suivis d’une chaleur fébrile très-intense, qui se termina promptement par une sueur abondante ; cependant cet accès ne fut accompagné d’aucune douleur. Dans la soirée, la tumeur formait une saillie telle, que je pensai qu’elle s’ouvrirait spontanément avant la matinée du lendemain, et j’espérais qu’alors le malade me permettrait de dilater la plaie. Mais l'ouverture spontanée ne s'étant point faite, et tous les efforts que je fis pour démon

trer la nécessité d’une incision étant restés sans succès, je me bornai à prescrire du quinquina et de l’élixir de vitriol. A partir de cette époque, après chaque accès de fièvre, on remarqua que le testicule perdait de son volume. N'ayant pas la permission de faire une incision, et le malade conservant ses forces et son appétit, je commençai à espérer de réussir sans cette opération, et je conseillai au malade de persévérer dans l’emploi des médicaments toniques et antiseptiques, et de maintenir appliquées constamment des compresses imbibées de décoction de quinquina. Sous l'influence de ces moyens, le pus se trouva entièrement absorbé un mois après le premier frisson. Le testicule avait alors le volume d’un œuf de poule, et présentait la dureté du squirre. Je prescrivis, matin et soir, des frictions avec l’onguent mercuriel et le liniment volatil camphré à parties égales, et je fis prendre à l’intérieur quelques mercuriaux, à titre d’altérants, avec la décoction de quinquina. Pendant l'emploi de ces moyens , les sueurs nocturnes et tous les autres symptômes pénibles se dissipèrent graduellement. Le malade acquit promptement de la force, de l’embonpoint et de la gaieté, et le testicule malade diminua lentement, mais d’une manière constante pendant près d’une année. Au bout de ce temps, il n’en restait plus d’autre trace qu’un amas confus de fibres lâches qu’on sentait facilement dans la partie supérieure du scrotum. » Le malade n’a permis de l’examiner il y à un mois. Il n’y avait pas le moindre vestige de testicule; je ne pus reconnaître la tunique vaginale dans laine de ce côté; mais sur l’os pubis et un peu au-dessous de lui, je pus saisir le cordon spermatique entre les doigts et le pouce, et dis- | tinguer les vaisseaux qui le composent et qui n’offraient pas la moindre induration; lorsque je comprimais un de ces vaisseaux je déterminais une douleur momentanée mais très-vive. La santé de cet homme est parfaite, sa constitution est robuste; il a de beaux enfants qui se portent très-bien. Le seul changement qu’il ait remarqué dans sa constitution, c’est une tendance à engraisser, que ni la sobriété, ni l’exercice violent qu’il prend à cheval chaque jour, ni enfin le soin avec lequel il évite le repos, ne peuvent faire cesser (*).

(*) On lit en outre dans l'édition de Home : « Obs. 4. — Un homme avait un rétrécissement qu’il combattait par l'emploi des bougies. Un des testicules s’enflamma et se tuméfia. L’inflammation fut guérie et le gonflement se dissipa. Le testicule continua ensuite à s’atrophier jusqu’à ce qu’il eût étéréduit à un volume extrêmement petüt.

Obs. 5. — Un homme se froissa un testicule en montant à cheval; ce testicule s’enflamma et se tuméfia énormément. Les symptômes se dissipèrent et le malade se crut guéri. Cependant le testicule ne resta point à son volume naturel, mais il diminua graduellement jusqu’à ce qu’il eût disparu entièrement.

Obs. 6. — Un homme qui était couché sur la terre fut enlevé par les mains avec une violente secousse. Il sentit immédiatement une vive douleur dans laine, du côté gauche, et le testicule droit fut pris d’inflammation et de gonflement. Quand ce gonflement se dissipa, le testicule s’atrophia de plus en plus au point de ne pas que le volume d’un pois; son tissu resta très-dur.

Obs. 7.— Un jeune homme de 18 ans fut pris de gonflement d’un des testicules

pour avoir couché sur l'herbe humide, Ce testicule diminua ensuite de volume, et se réduisit au quart de sa grosseur naturelle. | Obs. 8. — Un jeune homme de 20 ans a éprouvé à diverses reprises, depuis huit ans, une vive douleur qui avait son siége dans le testicule et dans le cordon spermatique du côté droit, et qui s’accompagnait de tuméfaction de ces organes. Ces accidents s'étaient dissipés entièrement; mais il y a deux ans, ils se montrèrent avec plus de violence qu'auparavant : pendant huit heures la douleur fut intolérable ; la tuméfaction devint énorme ; le malade fut obligé de garder la chambre pendant six semaines. Depuis ce temps, le testicule a constamment diminué de volume en acquéraot plus de dureté. Maintenant, il est gros comme une fève de marais, et le cordon spermatique est contracté. Le testicule gauche s’est tuméfié quelquefois, mais il a toujours recouvré son volume naturel. Pendant la durée de ces attaques, le malade ressentait par intervalles une douleur qui avait son siége vers le col de la vessie; cette douleur se manifestait principalement quand il urinait, mais elie n’atteignait point un haut degré de violence; il percevait fréquemment aussi, pendant ces attaques, une sensation semblable à celle que produirait un liquide en circulation dans les testicules, »

Page 1