CHAPITRE I
La maladie vénérienne à pour cause immédiate un poison ou virus, et comme ce poison est le produit d’une maladie, et jouit de la propriété de produire une maladie semblable, je appelle un poison morbide, pour le distinguer des autres poisons animaux, végétaux ou minéraux.
Les poisons morbides sont nombreux, et diffèrent les uns des autres sous le rapport du mode et de la puissance d’infection. J'appelle poisons morbides simples ceux qui ne peuvent infecter le corps que localement ou constitutionnellement, mais non des deux manières; et poisons morbides composés, ceux qui possèdent ces deux modes d'infection. Le virus syphilitique, quand il a été communiqué au corps humain, a la faculté de se propager ou de se multiplier, et, comme il peut agir également d'une manière locale et sur toute la constitution, il constitue un poison morbide composé. Comme tous les poisons de cette espèce, il peut être communiqué d’un grand nombre de manières différentes, et RERour toujours la
même maladie sous l’une ou l'autre de ses formes.
$ I. De la première origine du virus syphilitique.
. Bien que la première apparition de ce poison appartienne certainement à l’histoire des temps modernes, cependant l’époque précise et le mode de son origine ont échappé jusqu’à présent à nos recherches, et l’on est encore dans le doute pour savoir s’il a pris naissance en Europe ou s’il a été importé d'Amérique. Je ne chercherai point à discuter cette question. Ceux qui voudraient examiner longuement les faits, les autorités et les arguments qui ont été cités en faveur de la dernière de ces deux opinions, peuvent consulter l'ouvrage d’Astruc; et pour la première, on peut lire un court traité qui a été publié en 1751, sans nom d’auteur (*). L'auteur
(*) Cet ouvrage a pour titre : A dissertation on the Origin of the venereal Disease ; provine that it was not brought from America, but began in Europe from an epidemical Distemper. Translated from the original Manuscript of an eminent Physician. London, printed for Robert Griffiths, 195x.
de ce livre paraît avoir étudié profondément ce sujet, et il démontre, - autant qu'on peut le faire par le raisonnement, que Ja maladie syphilitiue n’a pas été apportée des Indes occidentales. Non content d’avoir établi ce fait, il cherche à expliquer la naissance de cette maladie en Europe; mais il n’est pas aussi heureux dans cette partie de sa tâche. C’est un sujet difficile à traiter , et le défaut d’un nombre suffisant de faits laisse trop de champ aux conjectures. ,
Nous ne pénétrerons donc pas plus avant das cette question. Il importe peu, en effet, de savoir à quelle époque et dans quel pays cette maladie a pris naissance. Les animaux ne sont point formés naturellement dans un état de maladie, et les actions morbides ne naissent point spontanément dans l’économie animale; mais les corps vivants sont doués de susceptibilité pour des impressions capables de produire ces actions morbides , de sorte que les maladies ont toujours pour point de départ une impression qui s'exerce sur le corps. Or, comme il est probable que l’homme est de tous les animaux celui qui est susceptible du plus grand nombre d’impressions capables de devenir des causes immédiates de maladie, et qu’il est en outre le seul animal qui crée des impressions artificielles agissant sur lui-même, il est aussi celui qui est sujet au plus grand nombre de maladies. C’est sans doute dans.une de ces conditions créées artificiellement qu'a été produite l’impression qui a donné nais-
sance à la maladie vénérienne.
$ Il: C’est dans l'espèce humaine et dans les parties de la génération que le virus syphililique a pris naissance.
De quelque manière que le virus syphilitique ait pris naissance, il a. certainement débuté dans l’espèce humaine, car nous ne connaissons.aucun autre animal que l’homme qui puisse en être infecté (*). Il est probable aussi que ce sont les parties de la génération qui en ont été affectées les premières. En effet, s’il avait pris naissance dans toute autre partie du. corps, il n’aurait sans doute pu se propager à d’autres personnes que celle qui en-eût été atteinte d’abord , et par conséquent il n’aurait jamais été connu; tandis qu'ayant pour siége les parties de la génération, qui sont les seuls moyens de connexion naturelle qui existent entre les êtres humains, à part les rapports qui ont lieu entre la mère et l’enfant , il s’est trouvé dans la condition la plus favorable à sa propagation. En outre, comme nous le verrons dans l’histoire même de la maladie, les
(*) Cette opinion de Hunter paraît vraie. J'ai tenté l’inoculation du pus syphilitique, pris dans toutes les conditions possibles , sur des chiens, sur des chats, sur des lapins, sur des cochons d'Inde, sur les pigeons qu’on avait dit être bientôt tués par 1L UD du virus vénérien. Dans aucun cas, et maigré la HUE à des cRpireRRes, il n’a été possible de transmettre la maladie. y
Ïl ne faut pas, comme l’a fait dans ces derniers temps l’école physiologique, con. fondre les ulcérations simples et les affections catarrhales , dont les animaux peuvent être affectés comme l’homme, avec la TAF syphilis,. . P. Rico».
DU VIRUS SYPHILITIQUE. 165 effets constitutionnels de ce poison n'étant pas susceptibles d'être com-
muniqués ;, nous sommes nécessairement amenés à cette conclusion, que ses premiers effets ont été locaux.
$ IIT. 1% la nature du virus syphililique.
Noûs ne connaissons point le virus syphilitique lui-même ; nous ne connaissons que les effets qu’il produit sur le corps humain. Il se présente communément sous forme de pus, ou uni soit avec du pus, soit avec quelque autre sécrétion analogue, et produit une matière semblable chez les sujets auxquels il est inoculé, ce qui prouve qu'il est le plus ordinairement, mais non d’une manière nécessaire, un produit d’inflammation. Il détermine donc le plus souvent une inflammation dans les parties affectées ; outre cette inflammation, il se développe dans ces parties un mode particulier d’action, différent de toutes les autres actions qui se manifestent sous l'influence du travail inflammatoire ; et c’est ce mode spécifique d’action qui produit la qualité spécifique de la matière sécrétée. La présence de l’inflammation n’est pas nécessaire pour que ce mode particulier d’action persiste, car le poison continue à se former, longtemps après que tous les signes d’inflammation ont disparu. C’est ce qui résulte des faits suivants : des hommes qui n’ont que ce qu’on appelle un suintement habituel ou un chancre en voie de guérison, communiquent la maladie à des femmes qui étaient saines, et l’on voit des gonorrhées syphilitiques qui se sont établies sans aucun signe visible d’inflammation (*).
Chez les femmes, l’inflammation est souvent très-légère; dans beaucoup de cas même on n’en observe pas le plus léger signe; car il n’est pas rare de voir des femmes qui communiquent la maladie à des hommes, bien qu’elles n’aient éprouvé aucun des symptômes de l’inflammation, et qu’elles ne présentent aucune trace de la syphilis sous quelque forme que ce soit (**). L’inflammation et la suppuration, quand elles existent, ne sont donc que
(*) Il est bien constant que par inflammation, Hunter entend ici l’inflammation aiguë, car, autrement, il ne serait pas conséquent avec sa propre doctrine, qui veut que le pus soit le produit d’une inflammation et le véhicule obligé du virus.
Les chancres en voie de réparation absolue passent à l’état d’ulcères simples et cessent d'être contagieux. Les expériences que j'ai faites sur l'inoculation mettent cette vérité hors de doute. Dans les cas où on a cru observer le contraire, la période de réparation était incomplète, et quelques points de l’ulcération devaient être encore à la période ulcéreuse spécifique. P. Ricorp.
(**) Si cette observation était vraie, Hunter serait encore en contradiction complète avec lui-même. Les femmes ne peuvent transmettre la syphilis que lorsqu'elles en sont actuellement affectées. Quand on a cru qu elles avaient pu communiquer la maladie sans en présenter aucune trace, c’est qu elles étaient atteintes de symptômes profonds et cachés, qu’on ne découvrait pas alors faute d'exploration a l’aide du spéculum; ou bien qu'ayant eu des rapports préalables avec des hommes infectés, elles avaient momentanément recueilli, dans leurs organes, du pus virulent qu’elles avaient pu transmettre ensuite, sans devenir elles-mêmes malades. " P, Riconrn.
des phénomènes concomitants du mode particulier d’action qui constitue la maladie vénérienne, et leur degré d'intensité dépend plus de la nature de la constitution que de celle du virus.
La formation du pus, bien qu'elle s ’observe généralement dans Fe cas de maladie vénérienne, n’en est pas un symptôme constant, car il arrive quelquefois que l’inflammation produite par le virus syphilitique ne se termine point par suppuration; je suppose qu ‘alors l’inflammation est de nature érysipélateuse. C’est le pus qui est formé, soit sous l'influence de l'inflammation, soit sans inflammation, qui seul renferme le virus, car, sans la formation du pus, il ne peut point y avoir de virus syphilitique. I! résulte de là qu’une personne qui est atteinte de l’irritation syphilitique, sous quelque forme que ce soit, ne peut communiquer la maladie à une autre s’il n’y a point de sécrétion purulente. Il est donc nécessaire, pour que la maladie soit communiquée, que l’action syphilitique prenne naissance d’abord, que du pus soit formé comme conséquence de cette action, et que ce pus soit appliqué sur une personne ou sur une partie saine (*).
Les faits qui prouvent que la maladie vénérienne ne se propage que par l'intermédiaire du pus, s’observent tous les jours en grand nombre. Des hommes mariés contractent la maladie, et, ne sachant pas qu’ils sont en proie à l'infection, ils cohabitent avec leurs femmes pendant une ou plusieurs semaines; puis, voyant des symptômes se manifester, ils cessent leurs relations. Eh bien, dans tout le cours de ma pratique, je n’ai jamais vu que la maladie se soit communiquée dans de telles cireonstances, si ce n'est dans les cas où les malades, faisant peu d’attention aux symptômes; continuaient à avoir des rapports avec leurs femmes après que le pus avait commencé à être sécrété. J'ai conseillé à des maris, malgré l'infection, mais avant tout écoulement, de voir leurs femmes, afin de sauver les ap= parences, et je n’ai jamais eu à m’en repentir. Je crois même qu’on pourrait aller plus loin, et qu’on pourrait laisser un homme atteint de gonorrhée avoir commerce avec une femme saine, pourvu qu’il eût soin de bien nettoyer préalablement les parties de tout le pus qui peut les recouvrir, en injectant de l’eau dans l’urètre, en urinant, et en lavant le gland (**).
(*) La proposition de Hunter est absolue et vraie : il n’y a pas de virus syphilitique produit sans suppuration, et pas de contagion ou de transmission possible sans pus yirulent. L'exception que Hunter lui-même semble apporter à cette loi n’est qu'apparente, et tient à ce qu’il n’a pas recounu les deux propriétés distinctes du pus virulent, qui peut agir comme agent simple et à la manière des autres pus, pour produire des inflammations non spécifiques, érysipélateuses ou autres, mais qui, lorsqu'il agit primitivement en vertu de sa spécificité, produit de rigueur des ulcères et la suppuration.
P. Ricorp:
(**) La dernière proposition a été omise dans l'édition de Home, et ce n’est point sans raison, car cette doctrine, pour ne rien dire de plus, est très-contestable, et la pratique qui en est déduite est daugereuse. +
La doctrine de Hunter, c’est que le virus réside dans le pus où dans un produit de sécrétion analogue, et il en tire deux conclusions pratiques :
1° Que lorsqu'il n’y a ni pus, ni sécrétion puriforme, la maladie ne peut être com-
DU VIRUS SYPHILITIQUE. 167 Lorsque le pus qui est imprégné du poison syphilitique vient en contact avec une partie vivante, il irrite cette partie et y fait naître commu-
muniquée ; de sorte que l'infection n’est point possible avant l'apparition d’une gonorrhée, ou après la cicatrisation d’un chancre.
2° Que lors même qu’il existe du pus, si l'on a la précaution de l'enlever préala-
blement au moyen d'un lavage exécuté avec beaucoup de soin, on peut avoir des rapports avec une femme saine sans courir le risque de l’infecter. . On ne saurait trop s'élever contre la seconde conclusion; elle est en contradiction avec l’expérience de tous les jours. Et d’après l'omission de ce passage dans l'édition de sir E. Home, on peut supposer que de nouvelles observations avaient porté Hunter lui-même à modifier son opinion avant la fin de sa vie.
La première conclusion elle-même n’est point sans dangers ; comme on peut le voir par les faits suivants, qui sont loin d’être rares :
Une femme mariée fut prise des symptômes ordinaires de la gonorrhée, ce qui la surprit beaucoup, car son mari était exempt de toute maladie. Toutefois, le mari ayant été questionné, avoua qu’il avait eu commerce avec une femme suspecte, huit jours environ avant que sa femme se sentit malade; mais il affirma positivement qu’il n'avait eu aucun écoùlement ni aucune sensation morbide, et certainement alors il n’offrait aucun signe de maladie. Au bout de quatre jours , c’est-à-dire à peu près une quinzaine après le commerce impur, et une semaine après l'époque où il avait dû communiquer la maladie à sa femme, il se manifesta chez lui un écoulement gonorrhéique.
Un voyageur s’exposa aux chances d’une infection syphilitique, et arriva chez lui au bout de trois Jours. Quatre jours environ après son arrivée, sa femme fut atteinte de gonorrhée; ce ne fut que dix jours après l’infection qu’il s’aperçut pour la première fois d’un écoulement et qu’il fut pris des autres symptômes de gonorrhée. .
Mais on peut dire que si ces faits démontrent que la conclusion à laquelle Hunter est arrivé ne peut s'appliquer à la pratique avec sécurité, ils ne détruisent pas cependant le principe général sur lequel cette conclusion s'appuie. On peut avancer que c’est à tort qu’on admet qu'il n’y avait point eu de sécrétion purulente; que dans la première période de la gonorrhée, il est probable que le pus est formé en trop petite quautité pour s’écouler hors de l’urètre ; que le pus se dépose dans les lacunes de ce canal et est emporté par le. jet d’urime, et qu’il échappe aïnsi à l'observation, mais que son existence n’en est pas moins réelle, et que par conséquent, la proposition de Hunter , savoir, que quand il n’y a point de pus l'infection n’est point possible, reste dans toute sa force.
Mais il est un autre ordre de faits qui ébranlent davantage la doctrine de Hunter,
Un homme marié s'exposa à l'infection à Londres. Un ou deux jours après, il se rendit en Irlande où résidait sa famille. Il séjourna quelque temps à Cheltenham, et tandis qu'il était daus cette ville, deux ou trois petites indurations ou tubercules se fornfèrent à la surface interne du prépuce. Il les montra à un chirurgien qui s’assura qu’il n’y avait aucune ulcération, et qui pensa que l'affection n’était point de nature vénérienne, Peu de temps après, il retourna en Irlande, portant encore ces indurations , et il infecta sa femme qui eut des chancres primitifs.
Un jeune homme portait sur la verge une induration qui avait succédé à la cicatrisation d’un chancre, Il éprouva à plusieurs reprises des symptômes secondaires qui, chaque fois, furent dissipés par un traitement approprié; mais l’induration persista. À la fin, après qu'il se fut écoulé an long espace de temps sans rechute, et lorsqu'il se croyait définitivement guéri, il se maria, bien que l'induration existât toujours, et sa femme fut infectée,
168 DU VIRUS SYPHILITIQUE. , nément une inflammation. Il faut qu’il soit appliqué à l’état liquide, ou qu’il soit rendu tel par les humeurs de la partie sur laquelle il est appliqué;
Il serait facile de multiplier ces faits qui mènent presque nécessairement à cette conclusion, que l'infection peut avoir lieu par suite du contact d’un simple épaississement chancreux, bien qu'il n’existe aucune ulcération: Une appréciation inexacte de cette vérité a souvent produit des conséquences déplorables. Parmi les cas où une femme a recu l'infection par suite de son mariage avec un homme atteint de la syphilis, il en est un très-graud nombre où la maladie paraît avoir été communiquée par la cicatrice d'un chancre guéri. : G. G. B.
Il est impossible, dans l'état actuel de la science, d'accueillir les observations par lesquelles M. G. Babington réfute les propositions de Hunter.
Je soutiens , par les lois immuables de l’expérimentation, que toute surface qui n’est point actuellement souillée de pus virulent et qui n’en sécrétera pas pendant des rapports plus ou moins prolongés, ne pourra jamais transmettre là syphilis.
D’après cette doctrine, conforme à celle de Hunter, on ne saurait toutefois permettre, comme il l’a fait, des rapports à une personne malade, sur la seule garantie de lotions plus ou moins bien faites, car la sécrétion morbide ést incessante, et s’active encore avec l'accroissement de vitalité qui arrive dans les rapports sexuels. Mais
avant toute suppuration et dans les circonstances où celle-ci ne s’est point développée pendant les rapports mêmes, la maladie peut-elle être transmise ? Non sans doute. Il faut du pus virulent ; la quantité peut en être bien petite, passer inaperçue des malades dans les premiers temps, mais il n’est pas d’effet sans lui. Pour être convaincu de la vérité de ces assertions , il faut suivre les résultats de l’inoculation artificielle. Souvent au second jour la pustule naissante fournit déja le pus contagieux , mais cela, dans des proportions si minimes , que si elle était cachée dans l’urètre ou le vagin, l’obser-, vation la plus minutieuse du linge des malades ou des parties extérieures des organes affectés, n’en laisserait rien apercevoir. D'’an autre côté, on sait ce qu'il faut F7. ce pus à la pointe d’une lancette pour communiquer l'affection.
À ces faits si incontestables, est-il possible d’opposer les deux observations de blennorrhagie de M. Babington, dont la valeur absolue est basée sur la moralité seule des malades? Sans entrer ici dans la discussion relative à la nature et au diagnostic de la blennorrhagie, qui ne voit, dans ces deux cas, que la maladie avait été, en réalité, communiquée aux maris par leur femme, d’après l’ordre dans lequel les symptômes se sont développés chez les époux ; soit qu'alors il y ait eu seulement affection par irritation mécanique, abus du coït après un voyage et de longues privations , soit que les deux femmes eussent des affections génitales antérieures qu’elles ignoraient ou qu’elles avaient intérêt à cacher, jusqu’au moment d’un ayeu opportun, Ces cas sont si communs dans la pratique, qu’ils n’ont pas hesoin d’autres commentaires.
Une induration sans suppuration, une cicatrice parfaite d’un chancre, permettentelles la transmission de la syphilis, comme le veut M. Babington? C’est encore sur la moralité des femmes que ses observations sont basées, et en admettant, dans tous ces cas, que la maladie n'avait pas pu leur être transmise par d'autres e par leurs maris.
Voici ce que les faits autrement observés m'ont appris :
Des chancres peuvent se développer dans un follicule, dans le tissu cellulaire, dansles voies lymphatiques superficielles et s'accompagner d’une induration périphérique qui leur forme alors une sorte de coque ou de kyste. Dans ces circonstances on peut croire à
une induration simple et sans suppuration, tandis que dans les rapports sexuels, les parois de ces abcès virulents venant à s'ouvrir, le pus s’en échappe et transmet le mal qu'on croit à tort dû à un ulcère consécutif. Ces cas sont communs et j'en ai montré un
DU VIRUS SYPHILITIQUÉ. 169 car il n'existe aucun cas où il ait causé l'infection sous forme de vapeur, comme cela a lieu pour plusieurs autres poisons (*).
$ IV. De l’acrimonie plus ou moins grande du virus syphilitique.
Le pus vénérien est le même dans tous les cas. Une quantité donnée de ce pus ne peut point avoir plus de virulence qu’une autre; et, si ce liquide présente quelques différences, ce n’est qu’en ce sens, qu’il peut être à l’état de solution plus ou moins étendue ; mais cette circonstance ne peut amener aucune différence dans ses effets. On conçoit cependant qu’il puisse être à l’état de solution tellement étendue, qu’il n’ait plus le pouvoir d’irriter les
tissus. C’est ainsi qu’un liquide qui, introduit dans la bouche, à la propriété de stimuler les nerfs du goût, peut être affaibli au point de ne plus avoir aucune saveur. Mais, pour peu que le poison syphilitique puisse irriter la partie sur laquelle il est appliqué et y produire une action, toutes les conditions sont remplies. L'action morbide est la même, que la quantité du pus soit petite ou considérable, qu'il soit à l’état de solution étendue ou concentrée (**). |
L’expérience nous apprend que le pus vénérien ne présente point des
espèces diverses, et qu'aucune différence ne peut être produite dans la manifestation de la maladie par une différence de force dans la matière -purulente. Mais le même pus affecte très-différemment des personnes différentes. De deux hommes qui ont eu commerce avec la même femme et qui ont contracté la syphilis, l’un aura une gonorrhée intense ou des chancres, et l’autre n’aura qu’une gonorrhée légère. J’ai vu un homme communiquer la maladie à plusieurs femmes, parmi. lesquelles les unes furent gravement atteintes, tandis que les autres n’eurent qu’une affection très-légère. Il en est de même aussi bien pour les chancres que pour la gonorrhée. Les symptômes différents qu’on observe chez les divers
grand nombre à ma clinique. Mais toutes les fois qu’il s’est agi d’induration complète sans pus primitif incarcéré, et que par une cause quelconque, des ulcérations consécutives ou des lésions mécaniques sont survenues sur ces indurations, sans nouvelle infection , le pus alors fourni n’a jamais pu être inoculé.
Quoi qu'il en soit, dans l'incertitude d’une cicatrisation parfaite, et daus la possibilité de quelques points de suppuration cachés, toutes les fois qu'il restera des symptômes suspects , il faudra s’abstenir de rapports sexuels et surtout du mariage.
P. Ricorp.
(*) Cette observation de Hunter est très-juste ; le pus virulent, pour agir, doit être liquide ou rendu tel. Les croûtes qui se forment sur les chancres et qui s’y dessèchent, conservent la propriété virulente, et, délayées dans un liquide, après une longue conservation, elles peuvent, comme les croûtes de la variole et du vaccin, servir à l'inoculation. P.Ricorn.
(**) Dans l'édition de Home, cette dernière phrase est terminée par les mots suivants ; «..., puisque les hommes qui ont eu grand soin de laver leur verge immédiatement après le coït ont contracté la maladie , et que les symptômes qu’ils ont éprouvés ont été aussi graves que ceux qui se sont manifestés chez les malades qui n'avaient point pris cette précaution. »
170 DU VIRUS SYPHILIFIQUE.
sujets dépendent de la constitution et de l'état général de l’économie au moment de l'infection. Ce qui a lieu dans l’inoculation de la variole corrobore cette opinion : que le malade sur lequel on recueille le pus variolique présente des symptômes graves ou benins; qu’il ait un grand nombre de pustules, ou qu’il n’en ait que très-peu ; que sa variole soit confluente ou discrète; que le pus soit introduit en petite ou en grande quantité, l'effet produit est toujours le même. C’est un fait qui n’a pu être connu que par le nombre considérable de sujets qui ont été inoculés sous linfluence de toutes ces circonstances différentes (*).
$ V. De l'identité du virus dans le chancre et dans la gonorrhée.
On a supposé que la gonorrhée et le chancre sont produits par deux poisons distincts; et cette opinion semble avoir quelque fondement, pour peu que l'on se borne à considérer l'aspect extérieur de ces deux affections et les méthodes différentes de traitement que l’on emploie pour les combattre : tels sont trop souvent les seuls guides que nous ayons pour nous conduire à la connaissance de la nature d’un grand nombre de maladies. Mais si l’on envisage cette question sous d’autres points de vue, et surtout si l’on à recours à des expériences sur le résultat desquelles on puisse compter d’une manière absolue, on reconnaît toute l’inexactitude de l’opinion qui vient d’être indiquée.
On trouve, dans le mode suivant lequel le poison vénérien a été communiqué aux habitants des îles de la mer du Sud, plusieurs circonstances qui peuvent contribuer à répandre de la lumière sur la question présente. Comme il n’est fait mention d'aucune gonorrhée qui eût été observée dans l'île d'Otaïti, on en a conclu que c’était le chancre qui avait été introduit d’abord dans cette île; que, par conséquent, le chancre seul avait pu s’y propager, et que la AR 9. n'avait pu y prendre naissance, puisqu'elle n’avait point été communiquée à ses habitants. Mais, en raisonnant d’après les conditions probables où $e trouvaient les voyageurs qui se sont dirigés vers cette partie du monde, on arrive à une conclusion toute contraire. En effet, il est presque impossible qu’un. chancre existe pendant toute la durée d’un si long voyage sans produire la destruction de la verge, tandis que l'observation nous a appris que la gonorrhée peut persister pendant un temps très-long. On dit, dans le voyage du capitaine Cook, que les habitants d’Otaïti qui contractèrent la maladie se retirèrent dans la campagne et furent guéris; mais que, lorsque la maladie se transforma en vérole,
(*) Sir E. Home a placé ici une note dans laquelle il révoque en doute l'exactitude de cette doctrine, pour ce qui regarde la variole. Il dit que plusieurs fois il a étendu le pus varioleux , et que toujours la maladie produite par l’inoculation de ce pus étendu s’est montrée moins intense que dans les cas où le pus avait été introduit dans son état naturel. Quoi qu'il eu soit de cette assertion, il faut reconnaître qu ’aucun fait ne prouve qu'une telle différence existe dans la virulence de la syplilis, et ne saurait justifier l'opinion qui admettrait que la diversité des ‘symptômes de cette maladie a son point de départ ailleurs que dans la constitution et dans les conditions où se trouve le sujet qui reçoit l'infection, G:6.B..
elle se montra incurable. C'était donc la gonorrhée qu’ils avaient, car on sait que la gonorrhée seule peut être guérie par des moyens simples. En outre, si leur maladie eût été le chancre, et qu'ils eussent connu les moyens de le guérir, ils auraient su également guérir la vérole constitutionnelle.
Wallis quitta Plymouth en 1766, et arriva à Otaïti en juillet 1767, onze mois après son embarquement, et si tous les hommes de son équipage étaient exempts de la maladie au moment où il mit à la voile, il n’est guère possible qu’ils l’aient contractée pendant le voyage. Or, il n’est pas -probable qu’une gonorrhée puisse durer pendant un temps aussi long. Mais supposons que Wallis ait importé la maladie dans son navire et qu’un ou deux des hommes de son équipage fussent infectés : comme il séjourna pendant cinq Semaines à Otaïti, l’infection pouvait se communiquer assez rapidement pour s'étendre secondairement à tout son équipage; c’est même le résultat auquel on aurait dû s’attendre. Or, comme il n'arriva rien dé semblable, on doit voir dans ce fait une présomption en faveur de l'opinion qui admet que limportation de la syphilis à Otaïti ne doit point être attribuée à Wallis. |
Bougainville quitta la France en 1766, mais il aborda en plusieurs pays où quelques-uns de ses matelots peuvent avoir contracté la maladie. Le dernier de ces pays fut Rio de la Plata; il quitta ce port en novembre 1767, et il arriva à Otaïti en avril 1768, c'est-à-dire au bout de cinq mois. Cet espace de temps s'accorde beaucoup mieux que le long voyage de Wallis . avec la durée ordinaire de la maladie, et cette circonstance suffit pour que lon admette comme probabie que c’est Bougainville qui à importé la syphilis à Otaiti. En outre, Bougainville fut moins à même que Wallis de garantir son équipage contre toute atteinte de la maladie. Wallis choisit les hommes qui Paccompagnèrent, et c'était tout ce qu'il fallait PAUE qu'il. füt certain de ne pas apporter la maladie sur son bâtiment, car il n’y avait aucun risque qu’ils la contractassent pendant le voyage. Bougainville, il est vrai, eut le même avantage à son départ; mais ensuite il en fut privé, car ses hommes purent être infectés en plusieurs endroits, et il n’eut pas la facilité de les changer; probablement même il n’eut guère de moyens de les guérir. Bougainville trouva la maladie à Otaïti peu de temps après son arrivée, et l’on doit voir dans cette circonstance une preuve que c’est lui qui l'avait apportée. En effet, ainsi que je l’ai fait remarquer ci-dessus, si un seul homme de l'équipage de Wallis avait pu la communiquer aux indigènes, la propagation s’en serait opérée en peu de jours avec assez d’extension pour que tous ses compagnons de voyage en pussent être atteints. Bougainville étant arrivé dix mois après Wallis, il s'était écoulé assez de temps pour que l'infection eût pu s'étendre à tous les habitants de l'île, et les ravages causés par la maladie auraient dû être évidents pour les Français au moment même de leur arrivée. Bougainville ne resta que neuf jours à Otaïti, et ce ne fut que plusieurs semaines après son départ de l’île - qu'il s’aperçut que plusieurs de ses matelots étaient infectés, ce qui était probablement la conséquence de l'importation du poison dans ce pays par quelques-uns d’entre eux. Cook a rapporté d’ailleurs que les Otaïtiens at-
tribuaient à Bougainville l'introduction de la syphilis, et l’on ne peut guère supposer qu’ils eussent poussé la complaisance envers nos compatriotes jusqu'à accuser Bougainville, eux qui devaient savoir si cette maladie avait été ou non apportée par Wallis, et qui n'avaient aucune raison pour faire un tel acte de partialité en faveur de ses compagnons de voyage. Or, nous voyons dans la relation du dernier voyage de Cook que la maladie vénérienne sévit actuellement sous toutes ses formes dans l’île d’Otaïiti; et, comme aucun récit ultérieur ne nous a fait connaître que la gonorrhée y ait été introduite depuis, nous devons admettre que toutes les formes de la maladie Yénérienne se sont propagées dans ce pays d’une source unique, qui a été très-probablement une gonorrhée.
Si l’on conservait des doutes sur l'identité de nature des deux maladies , le chancre et la gonorrhée, on les verrait se dissiper en considérant que la matière produite dans les deux cas a les mêmes caractères et les mêmes propriétés; on en trouve la preuve dans ce fait, que le pus de la gonorrhée produit indistinctement une gonorrhée, un chancre, ou la syphilis constitutionnelle, et que le pus d’un chancre peut produire également une gonorrhée, un chancre, ou la syphilis constitutionnelle (*).
On trouvera dans lobservation suivante un exemple de syphilis constitutionnelle causée par une gonorrhée. M. *** contracta deux fois la gonorrhée, et fut guéri chaque fois sans l'emploi du mercure. Deux mois après chacune de ces maladies, il fut pris des symptômes de la syphilis constitutionnelle. La première fois, ces symptômes consistèrent dans des chancres de la gorge, qui furent combattus avec succès par l’usage externe du mercure; la seconde fois, la syphilis constitutionnelle se manifesta par des pustules cutanées , contre lesquelles on eut recours également aux frictions mercurielles, et qui furent guéries. Quant à la production de la syphilis constitutionnelle comme conséquence des chancres, c’est un fait qui se présente si souvent à l’observation de chacun, qu’il n’est pas nécessaire d’en apporter ici des preuves.
Puisque la gonorrhée et le chancre sont les effets du même poison, il est digne d'intérêt de rechercher d'où vient une telle différence dans la forme de la même maladie.
Pour s'expliquer cette différence si remarquable dans les effets du même poison, il suffit de prendre en considération la différence qui existe dans le mode d’action des parties intéressées, sous l’influence de l'irritation, quelle qu’en soit la nature. La gonorrhée a toujours pour siége une surface sécrétante(**), et le chancre une surface non sécrétante : or, dans cette
(*) Dans l'édition de Home, on trouve ici le passage suivant : « Voici un fait qui tend à prouver que le chancre peut être la conséquence de la gonorrhée : À. B. contracta une gonorrhée vers le commencement de janvier 17988. L’inflammation disparut, mais l'écoulement persista. Un mois après cette époque, il apparut sur le gland un chancre, pour lequel le malade prit du mercure ét qui fut guéri an bout d’un mois. »
(**) Sous cette dénomination, surfaces sécrétantes, je comprends tous les canaux qui donnent passage aux matières étrangères, ainsi que les conduits excréteurs des glandes; téls sont la bouche, le nez, les yeux, l'anus, l’urètre. ‘Les surfaces non sécrétantes
DU VIRUS SYPHILITIQUE. À dernière forme de la maladie, il faut que la partie sur laquelle le Poison est appliqué devienne une stibés sécrétante pour que du pus puisse y être produit. Toutes les surfaces sécrétantes du corps ayant probablement les mêmes propriétés, un seul et même mode d’application suffit pour produire la maladie dans tous ces tissus, et ce mode d’application consiste dans le simple contact de la matière virulente. Mais, pour la production d’un chancre, le pus vénérien peut être appliqué de trois manières différentes : la première et la plus sûre, au moyen d’une plaie dans laquelle on l’introduit; la seconde, par la déposition du virus sur une surface revêtue d’un épiderme dont la finesse plus ou moins grande lui permet de pénétrer plus ou moins vite jusqu’au derme; et la troisième, par l'application du pus sur une ulcération commune déjà formée. |
Mais si le poison est le même dans le chancre et dans la gonorrhée, pourquoi ces deux formes morbides ne s’observent-elles pas toujours sur la même personne? Il est naturel, en effet, de supposer que la gonorrhée une fois établie ne puisse manquer de donner naissance à des chancres, et que le chancre, quand il apparaît d’abord, doive avoir pour effet consécutif la production d’une gonorrhée. S'il n’en est pas souvent ainsi, cependant ce sont des faits qu’on observe quelquefois; au moins ai-je de puissantes raisons pour le croire. J’ai vu des cas où une gonorrhée s'était montrée primitivement, et où ensuite dès chancres se sont formés, tantôt au bout de quelques jours, tantôt au bout de quelques semaines. J’ai vu de même des cas où des chancres s'étaient manifestés d’abord , et où, dans le cours du traitement, il est survenu un écoulement accompagné de douleur, en urinant. On peut admettre que les deux maladies avaient leur origine dans l'infection primitive, et que seulement elles s’étaient manifestées à des époques différentes; et l’on est presque forcément amené à expliquer ainsi pourquoi elles ne se présentent pas plus souvent ensemble, puisque la’ matière morbide est la même dans les deux et peut produire indifféremment l’une ou l’autre.
Je soupçonne que l'existence de l’une de ces deux irritations a pour effet. général de prévenir le développement de l’autre. J'ai déjà fait remarquer. que les deux parties qui sont le siége de ces maladies sympathisent dans, leurs affections morbides, et il est possible que ce soit précisément cette sympathie quiempéche la manifestation de la maladie réelle. En effet, une action morbide non vénérienne prend naissance, et, tant que cette action existe, il est impossible que la même partie en contracte une autre; il est
probable aussi que cette action sympathique persiste aussi longtemps que l'affection morbide qui en est la cause excitante. Ainsi, quand les deux
sout représentées par le tégument externe en général. À ces deux ordres de surfaces je puis en ajouter un troisième qui forme la transition de l’un à l'autre, comme le gland, le pourtour de la bouche, la surface intérieure des lèvres, la vulve. Ces organes , participant aux propriétés de chacune des deux premières espèces de surfaces, j mais à un moindre degré que ces surfaces elles-mêmes, peuvent être affectées des deux manières, c'est-à-dire qu’elles peuvent être stimulées à une sécrétion morbide et devenir le siége d’une ulcération. : J. Hunter.
. maladies se manifestent en même temps sur la même personne, je pense que cela vient ou de ce que la sympathie de l’urètre n’a point été éveillée par le chancre, ou de ce que cette sympathie a cessé et a permis au virus syphilitique de développer dans la partie qui en à subi influence son action morbide spécifique (*).
(*) 11 y a un argument plus fort que tous ceux qui sont donnés ici. Hunter a inoculé sur lui-même le pus de la gonorrhée, et le résultat de cette opération a été la production de chancres, suivis de bubons et de symptômes constitutionnels. L'expérience est rapportée avec détail ci-après partie vi, chap. 1x, & tr.
Cependant l'identité du virus de la gonorrhée et de celui du chancre a été révoquée en doute, et combattue par des raisons qui mériteut d’être pesées.
Relativement aux arguments tirés du transport de la maladie vénérienne aux îles de la mer du Sud, on a répondu en niant que cette maladie y ait jamais existé. M. Wilson, chirurgien du vaisseau le Marsouin , a visité Otaïti en 18or, et aprés une investigation faite avec soin, il est arrivé à cette conclusion, que la maladie vénérienne était alors inconnue dans cette île. |
On peut d’ailleurs objecter que lors même qué cette maladie y sévirait actuellement, ainsi que d’autres personnes l'ont rapporté, il ne s’ensuivrait point qu’elle y ait été importée sous forme de gouorrhée. Les faits établis par Hunter ne comportent. point la conclusion qu’il en a tirée, Bougainville quitta Rio de la Plata en novembre 1767, et arriva à Otaiti en avril 1768. Il est très-possible qu’un chancre ait existé parmi les gens de son équipage pendant les cinq mois que dura sa traversée. On voit souvent des chancres primitifs persister pendant un espace de temps plus considérable, sans produire une destruction remarquable de tissu, et certainement sans rendre le coit impossible.
Hunter affirme qu’on observe des cas dans lesquels de véritables chancres sont produits sur les parties qui sont baignées par la matière de l'écoulement gonorrhéique; en même temps il reconnaît que ces cas sont extrêmement rares. Mais rien n’est plus commun que de voir des excoriations se former sur la surface du gland ou à la face interne du prépuce, par suite du contact du pus de la gonorrhée. Si ces excoriations sont négligées , elles peuvent durer indéfiniment; si, au contraire, la matièreirritante, est enlevée avec soin par des lavages fréquents, elles se guérissent en deux ou trois jours, sans que l’usage du mercure soit le moins du monde nécessaire. Pourquoi ne révêtent-elles pas les caractères du chancre, et pourquoi n'infectent-elles pas toute l’économie ? À coup sûr, leur innocuité apporte , en faveur dé la diversité des virus, une preuve négative plus concluante que la preuve positive qui pourrait être déduite, en faveur de l'identité, de la production très-rare de chancres véritables. En effet, on ne doit point perdre de vue que dans ces cas le chancre peut être attribué à une autre cause, Le malade peut s’être exposé de nouveau à la contagion, et le chancre peut provenir d’une seconde infection. Dans de telles circonstances, le malade est naturel- ‘lement porté à cacher sa conduite coupable. Souvent, par un interrogatoire attentif, on peut amener le malade à avouer la vérité; et lorsqu'un tel aveu n’est point obtenu, il est peut-être rationnel d'admettre que la honte seule en est la cause.
On ne peut nier qu’il ne se présente des cas dans lesquels des symptômes constitu= tionnels paraissent être la conséquence d’une gonorrhée ; maïs ces cas sont si rares, qu'ils doivent étre plutôt considérés comme des anomalies dont nous ne pouvons point encore rendre compte, que comme des faits capables de renverser les résultats de. l'expérience de chaque jour. Il est rare que la nature des symptômes constitutionnels soit alors parfaitement évidente. On pent réroquer en doute que des tubercules cuivrés
$ VI. De la cause qui communique au pus vénérien ses propriétés virulentes.
Jem’arréterai quelques instants sur ce sujet, dont l’étude et l’élucidation peuvent jeter de la lumière sur la nature et le traitement de la maladie
bien distincts aient jamais succédé à une simple gonorrhée. Ce qu'on obsérve ordimairement, c’est un aspect marbré de la peau, ou bien ce sont les formes les plus légères et les plus fugitives du lichen, ou enfin de légères excoriations de la superficie des amygdales.
On a dit que souvent des femmes qui ne sont atteintes que de gonorrhée communiquent des chancres aux hommes qui ont des relations avec elles. Sans vouloir nier positivement ce fait, je dois faire remarquer qu'il a rarement été démontré d’une manière satisfaisante, si même il l’a été jamais. Les investigations des chirurgiens ont été évidemment limitées aux parties externes de la génération; l’intérieur du vagin n’a point été exploré. Or, il est certain que des chancres peuvent exister dans cette région profonde, bien qu'ils y soient moins communs que dans des points plus apparents, et alors leur présence ne peut être constatée qu’au moyen du spéculum. Si, en outre, on prend en considération les moyens de déception dont on enveloppe toujours tout ce qui concerne les relations sexuelles, on sera obligé de convenir que l’assertion qui précède mérite peu de confiance.
I reste encore l'expérience de John Hunter; si de pareilles expériences étaient présentées en grand nombre, on ne peut nier qu’elles ne fussent décisives. On ne peut guère révoquer en doute que, dans ce cas, l'économie entière n'ait été infectée du virus syphilitique; mais on peut se demander si ce virus n’est point provenu de quelque autre source que de l’inoculation du pus gonorrhéique. Les chances d’erreur sont si nombreuses, que de semblables expériences doivent être fréquemment répétées. Tel qu’il est, ce cas reste seul opposé aux résultats de l'expérience générale et à des expérimentations qui ont pour appui l'autorité du nom de Benjamin Bell. Ce furent des élèves en médecine qui se soumirent à ces expérimentations dans la vue expresse d'arriver à la solution de la quéstion. Les expériences sont rapportées de la manière suivante par Bell ( On venereal Disease , t. 1, p. 439):
« Le pus, raconte un des jeunes gens soumis aux expériences, fut recueilli dans un chancre situé sur le gland, avant qu’on y eût fait aucune application; après l'avoir placé à l'extrémité d’une sonde, on l'introduisit complétement dans lurètre, dans l'intention de produire une gonorrhée. Pendant les huit premiers jours qui suivirent cette application, je ne ressentis aucun malaise local; mais au bout de ce temps, l'écoulement de l’urine s’accompagna de douleur. En dilatant l’orifice de l’urètre autaut que possible, on aperçut la plus grande partie d’un large chancre, et peu de jours après, il se forma un bubon dans chaque région inguinale. Il ne se fit aucun écoulement par l’urètre pendant toute la durée de la maladie; mais on ne tarda pas à constater la présence d’un autre chancre sur la paroi opposée du canal de l’urètre. Ces deux chancres furent traités par le précipité rouge, qu’on appliqua sur leur surface au moyen d’une sonde préalablement mouillée. On pratiqua en même temps à la partie externe de chaque cuisse des frictions mercurielles qui déterminèrent une salivation abondante. Les bubons, qui jusque-là avaient fait des progrès continuels, devinrent stationnaires, et disparurent enfin entièrement. Les chancres se nettoyèrent, et après un usage suffisamment pousse du mercure, une guérison complete fut enfin obtenue.
« L'expérience suivante fut faite avec le pus de la gonorrhée, dont € on plaça une
qui nous occupe. Quelques pathologistes ont supposé que les qualités virulentes du pus vénérien sont l’effet d’une fermentation qui s’opère aussitôt
hé quantité entre le prépuce et le gland, où on le laissa agir sans être troublé. Le second jour, il se mavifesta une légère inflammation à laquelle succéda une sécrétion purulente qui disparut en deux ou, trois jours.
« Le même élève répéta cette expérience plusieurs fois, après avoir préalablement irrité la partie sur laquelle le pus gonorrhéique fut appliqué; mais il n’en résulta jamais aucun chancre.
« Deux jeunes gens, qui se livraient à l'étude de la médecine, conçurent le désir de : décider la question. En conséquence, ils résolurent de faire les expériences suivantes. Ils n'avaient jamais eu ni l’un ni l’autre, ni gonorrhée, ni yérole; et le pus fut recueilli, comme dans les expériences précédentes, sur des malades qui n'avaient jamais fait usage de mercure :
« Un petit plumasseau de charpie imbibée de pus gonorrhéique fut placé et maintenu pendant 24 heures entre le prépuce et le gland. Ils s'attendaient à voir cette application produire des chancres; mais il n’en fut rien. Chez l’un, il se développa sur tout le gland et sur le prépuce une violente inflammation qui présenta tout l’aspect de ce qu’on appelle ordinairement une fausse gonorrhée; un pus abondant et fétide s’écoula des surfaces enflammées, et il se forma un paraphimosis pour lequel on craignit pendant plusieurs jours d’être obligé de recourir à l'instrument tranchant. Toutefois, par l'usage des cataplasmes unis aux préparations saturnines, des laxatifs et d'un régime sévère, l’inflammation céda, l’écoulément cessa, aucun chancre ne fut produit, et la guérison ne tarda pas à être complète.
« L'autre jeune homme ne fut pas aussi heureux. L'inflammation extérieure, il est vrai, fut légère; mais le pus s’étant introduit dans l’urètre, il se développa, le second jour, une gonorrhée intense qui persista pendant un temps considérable et devint extrêmement pénible, La guérison entière s'en fit attendre plus d’un an.
« Ce dernier expérimentateur, frappé des dangers de cette sorte d'expériences, refusa de les pousser plus loin pour son compte, mais son ami les poursuivit avec ardeur. Peu de temps après la guérison de l’inflammation qui avait été causée par sa première expérience, il introduisit avec la pointe d'une lancette du pus gonorrhéique sous la peau du prépuce et dans le tissu du gland; mais cette opération, bien que répétée trois fois, ne produisit pas un seul chancre. Il en résulta une légère inflammation qui se dissipa bientôt sans aucun traitement. Sa dernière expérience eut des suites beau coup plus graves. Le pus d’un chancre fut introduit, sur l'extrémité d’une sonde, à un quart de pouce, ou un peu plus, de profondeur dans le caual de l’urètre. Il ne survint point de gonorrhée; mais au bout de cinq ou six jours on apercut un Chancre enflammé et douloureux dans le point sur lequel le pus avait été appliqué. Il se forma ensuite un bubon, qui suppura malgré l'application immédiate du mercure, et donna lieu à une plaie aussi douloureuse que difficile à guérir. Enfin des ulcères se montrèrent dans la gorge, etle malade ne put être guéri qu'après avoir employé une très-grande quantité de mercure et gardé la chambre pendant plus de trois mois. »
Ces expériences, dont les résultats s’accordent avec l'observation de chaque jour, renversent entièrement l’argument qu'on peut tirer de la différence qui existe entre une surface sécrétante et une surface non sécrétante, et tendent puissamment à faire admettre que le poison de la gonorrhée, au moins dans la grande majorité des cas, n’est point identique à celui du chancre. G. G. B.
* On a longtemps discuté et l’on discute encore aujourd'hui la question de savoir si la blennorrhagie, quaut à sa cause et à ses effets généraux, est une affection identi-
qu il € est formé. Or, je vais maintenant examiner si cette cause est admissible, ou si ces propriétés virulentes ne dérivent point de la faculté dont
que:au chancre dont elle ne différerait que par sa forme primitive, due elle-même au siége particulier et aux conditions anatomiques et physiologiques des tissus qu’elle affecte ?
Il faut convenir que malgré les nombreux travaux faits jusqu'à ce jour pour résoudre cet intéressant problème, travaux à la tête desquels, depuis Tode, je placerai l'ouvrage remarquable d'Hernandez, couronné eu 1810 par la Société médicale de Besançon ; On n’est point arrivé à une solution qui ait satisfait tous les esprits. Les faits propres à élucider la question et les expériences capables de Ia résoudre n’ont cependant pas manqué; mais l’esprit de système qui a présidé à l'observation des uns €t dirigé faussement les autres, a dû conduire le plus souvent à des conclusions erronées. Il a fallu fréquemment éluder un cas contradictoire, suspecter la bonne foi d’un, expérimentateur opposé, ou même nier formellement un fait: l'ouvrage d'Hervandez, le plus complet dans ce sens, eu est un exemple.
Pour moi, c’est dans la concordance absolue de tous les é CEA c’est dans l'acceptation complète des matériaux qu'ils ont fouruis, que je trouve les plus puissants arguments; car un fait est une chose matérielle qu’on ne saurait détruire par un autre fait ; mais une bonne explication peut en détruire de fausses.
Hunter a inoculé du pus fourni par une blenuorrhagie, et a déterminé un chancre suivi d'accidents généraux caractéristiques. Harrisson a porté, à l'aide d’une sorde, du pus de chancre dans l’urètre, et a produit une blennorrhagie, d’où on a conclu à l'identité de cause. D'un autre côté, Tode et Duncan, comme dans les expériences rapportées par Bell, n’out jamais pu produire le chancre avec la matière de la gonorrhée, tandis que le pus du chancre, introduit dans l’urètre, y a déterminé un chaucre; ce qui, de nécessité, a dû faire admettre une différence absolue dans la nature intime des deux maladies. Et cependant toutes ces expériences sont vraies, quoique contradictoires,, car leur différence n’est qu’ apparente et tient à une mauvaise interprétation.
Pour tirer une conclusion rigoureuse des faits, il ne faut négliger aucune de leurs conditions. Toutes les fois que les expérimentateurs ont pris du pus à la surface d’un chancre, et qu'ils l’ont appliqué sur une surface facile ensuite a observer directement, ils ont donné lieu à des chancres, à quelque doctrine qu'ils aient appartenu. Ce n’est donc que lorsque la matière morbide a été prise venant de parties profondes et cachées, et dont les conditions matérielles de tissu ne pouvaient être directement observées, ou qu’elle y avait été portée dans les mêmes conditions, que les résultats ont pu paraître différents et les conclusions opposées. On ne trouve dans aucun des expérimentateurs, que du muco-pus provenant d’une ophthalmie blènnorrhagique, d’une balanite non ulcéreuse, et inoculé sur la peau ou une muqueuse visible, ait donné lieu à un chancre. D'un autre côté, quand le pus du chancre a été convenablement inoculé, quels qu’aientété les tissus sur lesquels on l’a inséré, il a, de nécessité, produit le chancre, etlorsque des symptômes de blennorrhagie ont semblé seuls succéder à son application sur les muqueuses, de deux choses l’une, ou bien, comme je l'ai dit ailleurs, il n'avait point alors agi d’une manière spécifique, et n'avait donné naissance qu'à une affection catarrhale incapable à son tour d’être inoculée, ou bien le chäncre produit, échappant à l'observation à cause de son siége, ne fournissait extérieurement qu’un écoulement, pris à tort pour une blennorrhagie.
Voici, en résumé, le résultat de mes expériences et des observations recueillies depuis plus de sept années : i
1° Toutes les fois que du muco-pus a été pris sur une surface nbn ulcérée, quels