‹ Traité de la syphilisChapitre 44 sur 70 · IL · texte numérisé non relu

IL

paraisse être affecté par le traitement. La circulation peut être chargée de mercure pendant trois ou quatre semaines ou même plus longtemps, avant que le chancre commence à se nettoyer et à présenter une surface . vermeille et vivante; mais quand une fois ce changement s’est opéré , les progrès vers la cicatrisation sont plus rapides. Dans beaucoup de cas; une syphilis constitutionnelle est parfaitement guérie avant que des chancres qui existent chez le même sujet aiént subi la moindre modification.

D’après les mêmes raisons, le traitement interne réclame une grande attention; il faut rechercher si l’on doit prescrire des/médicaments,affaiblissants, toniques , ou calmants; en. effet, tantôt c’est une espèce de médicaments, tantôt c’est une autre, qui convient.

Les chancres sont susceptibles de deux modes de traitement ; dans l'un on se propose : de détruire ou d'enlever le chancre au moyen. des escarotiques ou par V'extirpation ; dans l’autre on à pour but de yaincre Pirritation vénérienne au moyen de son antidote spécifique. |

J'ai cherché à à démontrer que le chancre est une maladie locale. (ne nouvelle preuve en fayeur de cette opinion, c’est qu’il peut être détruit ou guéri par un traitement purement local. Mais pour le chancre, de même que pour la gonorrhée, on a discuté la question de savoir si le mercure doit jamais être employé localement. Les uns ont repoussé cette pratique, les autres l'ont adoptée, et il est probable que la discussion n’est pas encore généralement terminée. |

D’après l’idée générale que je me suis efforcé de. donner de la maladie yénérienne,, il n’est pas difficile de résoudre cette question. |

Il faut observer .que dans le traitement des chancres nous avons deux objets en vue : guérir le chancre. lui-même, et prévenir une infection générale.

Le premier objet, c’est-à-dire, la guérison du chancre, doit être obtenu par l'emploi du mercure, appliqué. soit extérieurement dans les pansements, soit intérieurement par l'intermédiaire de la cireulation, ou de ces deux manières à la fois. On, remplit le second objet, qui consiste à préserver la constitution de l'infection, premièrement, .en dimi- : nuant la durée du chancre, ce qui diminue le temps. pendant, lequel l’absorption peut s effectuer, et ensuite par un traitement interne, qui doit être en proportion du temps pendant lequel l'absorption. a pu se faire. . Si Ja puissance d’un chancre pour infecter la constitution, ou ,.ce qui est la:même chose. si la quantité. de Virus absorbée, est en raison de la largeur. du chancre et de la durée, de l'absorption. et.il y atout lieu de croire qu’il en est ainsi, il en résulte que tout.ce qui abrége la durée du chancre doit diminuer sa puissance d'infection ou la quantité de virus absorbée, et, si la, dose de mercure nécessaire pour garantir la constitution est en raison de la quantité de, virusabsorbée, tout ce qui diminue la quantité de,virus. absorbée doit contribuer à préserver la constitution d’ une.manière proportionnelle à cette diminution. Par exemple, Supposons que la puissance d’un ,chancre pour infecter la. constitution en sais: semaines soit égalerà à4, et que la quantité de merçuxe nécessaire

DU CHANCRE. 435 à l’intérieur, tant pour la guérison du chancre que pour la préservation de la constitution, soit aussi égale à 4, tout ce qui abrége la durée du chancre diminuant dans la même proportion la quantité dé mercure nécessaire, si les applications locales combinées avec l'usage interne du mercure produisent la guérison du chancre dans l’espace de trois semaines il ne faudra plus donner à l’intérieur que les trois quarts de la dose précédente de mercure. Les applications locales, en tant qu’elles abrégent Ja durée du chancre, diminuent donc le temps pendant lequel Pabsorption s'effectue, ce qui diminue aussi la durée nécessaire du traitement mercuriel interne, et tout cela dans Ja même proportion. Par exernple, admettons que quatre onces d’onguëent mercuriel guérissént un chancre €t garantissent la constitution en quatre semaines, il suffira de trois onces pour préserver la constitution Si la guérison du chancre peut être hâtée par tout autre moyen au point d’être effectuée dans l’espace de trois semaines. Cela n’est point une spéculation de l'esprit, c’est le résultat de l'expérience; la destruction des chancres confirme éette assertion (*).

(*) L'expérience de Hunter sur ce point est en opposition avec celle des autres pathologistes. [1 ne paraît pas qu’en pratique on puisse avec sécurité prendre la durée de la cicatrisation d’un chancre pour mesure de la durée du traitement mercuriel. Si

l'on s’en rapporte à l'expérience générale, un traitement mercuriel dirigé contre les symptômes primitifs, bien que commencé avant que le chancre ait atteint huit jours de durée, ne peut être suivi pendant moins d’un mois, sans que le malade soit ‘exposé au danger imminent d'une rechute. G. G. B. Les observations générales de Hunter, sur le traitement des chancres, sont loin d’avoir été tontes confirmées par l'expérience. ‘. Sans doute, le plus ordinairement les chancres ne cédent qu'aux moyens que l’art leur oppose; mais on peut affirmer qu’il en est beaucoup qui guérissent d'eux-mêmes; -et cela d'autant plus vite, qu’on les tourmente moins par une mauvaise médication. Tel chancre, sans complications, qui pourrait se guérir en trois ou quatre semaines à l’aide de soins de propreté et d’un pansement simple, sera souvent entretenu. ét même agrandi par un pansement mercuriel inopportun.

Si, sous le point de vue de la guérison, nous comparons la blennorrhagie at chan -

ere, nous serons forcés, par l'observation journalière, de reconnaître que les idées de Hunter sur ce sujet étaient plutôt théoriques que pratiques; car ôn peut affirmer que, somme toute, on guérit plus vite un chancre qu’une blennorrhagie, au moins dans un très-grand nombre de cas , et sans le secours des mereuriaux. En abandon- .mant les deux maladies à elles-mêmes, ou aux seules ressources de la nature,,oti rencontre un plus grand nombre de blennorrliées interminables, que d’ulcères vénériens sans fin. Du reste, si Huntér n’avait pas été sous l'influence d’un systèmé qui le génait sans cesse dans ses explications, il aurait trouvé des circonstances dans les- .quelles. analogie entre le chancre et certains écoulements blennorrhoïdes est parfaite, et que ces circonstances sont celles où les écoulements dépendent de chaneres qui ont,pour siége l’urètre, les profondeurs du vagin.ou les cavités de l'utérus. Une -observation fort juste de Hunter et qui explique bien des choses, c’est que le chancre n'existe pas toujours seul, c'est-à-dire que accident syphilitique se trouve fréquemment compliqué d’autres circonstances pathologiques , qui Paitèrent ou le masquent, et qui, en même temps qu’elles le font dévier de samarcherégulière, offrent des éléments stellement complexes on méme opposés, qu'un moyen unique de traitement ne saurait être rationnellement employé dans tous Les cas. C’est surtout à propos de la blen-

$ I. De la destruction des chancres.

#4 bon la plus simple de traiter un chancre consiste à le détruire à l’extirper ; de cette manière on le réduit à l’état d’ulcère ou de

norrhagie qu’il faut dire avec Hunter, que cette affection n’est que rarement, ou peutêtre même jamais entièrement vénérienne ÿ cela n'ayant lieu, comme je l’ai démontré ailleurs, que dans les cas où l'écoulement existe en même temps qu’un chancre.

Il n’est pas vrai, comme l’a prétendu Hunter, que linflammation spécifique empêche la guérison spontanée du chancre, en s’étendant et en gagnant sans cesse un nouveau terrain; car bien certainement, toutes choses égales d’ailleurs, l’ulcère syphilitique se circonscrit et se limite plutôt que ne le fait l’inflammation blennorrhagique, qui a la plus granite tendance à envabir toute l'étendue des muqueuses dont elle n’affectait d’abord qu’un seul point.

Si on considère le chancre en lui-même, abstraction faite de ses complications, il faut bien se garder d’envisager le mercure comme son antidote absolu. Ce puissant sé agent thérapeutique n'a véritablement de propriétés en quelque sorte spécifiques, que dans le cas où le chancre s’indure , circonstance qui n’est pas précisément inhérente à la cause virulente, mais bien à l'individu qui l’a subie.

Hunter, qui a si bien dit que l’irnduration était une des conditions fréquentes du chancre, n’a pas assez insisté ensuite sur l’importance de ce signe, sous le point de vue du pronostic quant à l'accident primitif, quant à la possibilité de la production des accidents généraux, et surtout quant aux indications thérapeutiques qu’il fournit toujours.

Une expérience étendue et attentive, jointe à une expérimentation rigoureuse, m'a permis d'établir les propositions suivantes, qu'on pourra vérifier :

1” Le chancre est d’abord une affection essentiellement locale, et il reste tel, tant qu'il ne survient pas d’induration. La durée de la maladie, l'étendue des surfaces affectées et leur nombre n’ajoutent rien aux chances de l’empoisonnement général. 11 y a peu d’exceptions à cette règle. |

2° Dès que le chancre est accompagné d’induration (et celle-ci n'arrive jamais avant le cinquième ou le sixième jour), la maladie n’est plus simplement une affection docale : l’induration est la preuve certaine de l’empoisonnement général.

Je ne sais pas s’il y a des exceptions à cette loi.

3° Il y a deux choses à considérer dans la guérison d’un chancre : 1° la cicatrisation ou la disparition de l’ulcère; 2° l'état des tissus où celui-ci siégeait. Dans le chancre induré la cicatrisation de l’ulcère n'indique pas la guérison. La cure n’est réelle que lorsque l’induration n'existe plus. De telle façon qu’un chancre induré qui s’est cicatrisé très-vite sera suivi d'accidents généraux, si l'induration persiste; tandis qu'un chancre non induré qui aura mis longtemps à se guérir, pourra ne produire aucun accident de ce genre, l’induration étant la condition de la produc-

tion des phénomènes constitutionnels de la syphilis, quelle qu'ait été la durée des phénomènes primitifs,

4° On doit regarder letraitement mercuriel comme le traitément spécial le plus efficace qu'on puisse opposer au chancre induré, qui est déjà une manifestation de la syphilis constitutionnelle, contre laquelle le mercure a souvent plus de force, comme la judicieusement observé Hunter, que contre l'accident primitif lui-même , surtout dans les cas où celui-ci n’est accompagné d’aucune induration.

5° Un traitement mercuriel administré de bonne heure, dans le cas de chancre induré, peut prévenir le développement des accidents généraux. ‘

6° Le traitement mercuriel peut être local et général dans le chancre induré sans - complication.

DU CHANCRE. 437 plaie simple, et il se cicatrise comme tout ulcère ou plaie de cette nature. Cette pratique ne peut être suivie qu’au début de la formation du chancre, quand les parties environnantes ne sont pas encore infectées , car il est absolument nécessaire que toute la partie morbide soit enlevée, ce qui est très-difficile à faire quand le chancre a pris beaucoup d’extension. On peut opérer cette destruction, soit par l’excision, soit par le caustique. Si le chancre s’est formé sur le gland, la cautérisation avec le nitrate d’argent fondu est préférable à l’excision, parce que cette dernière méthode donnerait lieu à une hémorragie considérable provenant des cellules de cet organe.

La sensibilité ordinaire du gland n’étant pas très-vive, la cautérisation sur cette partie ne produit que peu de douleur. Il faut que le caustique soit taillé en pointe comme un crayon, afin qu’il ne touche que les parties qui sont réellement malades. Ce traitement doit être continué jusqu’à ce que la surface de l’ulcère ait un aspect sain et vermeil après la chute des dernières escarres. Lorsque j’ulcère est arrivé à cet état, il se guérit comme toute autre plaie produite par la cautérisation.

Lorsque l’ulcère a pour siége le prépuce ou les téguments communs de la verge, et qu’il est à son début , on peut suivre avec succès la même pratique. Mais s’il a pris beaucoup d’extension, le caustique, appliqué d’une manière aussi lente, ne peut pénétrer assez profondément pour devancer le travail d’ulcération spécifique. Dans de tels cas, la potasse . caustique doit réussir très-bien. Quand cette dernière substance ne peut être employée convenablement , on peut atteindre le but au moyen de l’excision.

J'ai enlevé un chancre par Ja dissection , ét la plaie s’est cicatrisée à l’aide d’un pansement simple.

Toutefois, comme nous ne connaissons pas toujours d’une manière certaine le degré d’extension de la maladie, et que cette incertitude augmente en proportion de la grandeur du chancre, il est nécessaire jusqu’à un certain point de favoriser la guérison par des pansements appropriés, et, par conséquent, il est prudent de panser l’ulcère avec l’onguent mercuriel. Au moyen d’un tel traitement, il y a peu de danger d’infection pour l’économie générale, surtout si le chancre a été détruit presque aussitôt après son apparition et à une époque où l'on peut raisonnablement supposer que l'absorption n’a pas eu le temps de se faire. Mais comme dans la plupart des cas il doit étre incertain s’il y a eu ou non absorption, on ne doit pas toujours se fier à cette pratique; et même, d’après cette remarque, ne devrait-on peut-être jamais se reposer entièrement sur elle. De sorte qu’il serait prudent de prescrire, même dans les cas où le chancre a été détruit presque immédiatement, quelque mé-

n° La somme totale du traitement mercuriel ne doit pas être mesurée sur la cica- . . . : “ . ei pe s .

trisation du chancre, mais bien sur la disparition absolue de l’induration.

Qu'on réfléchisse aux propositions qui précèdent, et on y trouvera la concordance des opinions en apparence les plus opposées émises par les auteurs, P. Rrconn.

Pr.

dicament intérne, dont la quantité doit être proportionnée à la durée et À la marche de Pulcère. Quand le chancre a acquis une grandeur consi-

dérable avant son extirpation , l'emploi du mercure est SR eRt né-

cessaire, et peut-être n ne gagne-t-on pas grand'chose à l’extirper vs ex

(f) Le traitement des chancres par le caustique ou par Pextirpation | est plus bou én théorie que digne d’être recommandé en pratique. Îl est impossible de savoir d’une manière certaine jusqu'où le virus s’est éténdu, et par conséquent ©n ne peut être sûr de détruire par la cautérisation la totalité des parties infectées..Ce résultat ficheux n’est pas toujours appréciable au moment du traitement; lulcère peut se cicatriser sous l'influence de la cautérisation sans que le virus soit complétement détruit, de sorte que l'économie générale peut se trouver infectée plus,tard. En outre, la cautérisation semble augmenter la tendance à l absorption, ce qui fait que si le but qu’on se proposé n'est pas atteint par la première application du caustique, on n’y parvient pas, en général , par la répétition de ce moyen. C’est pour cela que, dans tant de cas, l'emploi du caustique est suivi immédiatement du développement d’un’ bubon, et, à une époque plus avancée de la maladie, des symptômes secondaires de la syphiliss et le malâde qui d’abord aurait pu être güéri par un traitement metreurielmodéré, se trouve ensuite exposé à la nécessité d’en subir un longtemps prolongé, qui non-$eulement est très-pénible et très-fatigant, mais encore peut compromettre gravement la santé générale. On doit done réserver le-traitement des chancres par la cautérisation pour les cas où, en raison de circonstances particulières, il faut éviter à tout prix un traitement mercuriel immédiat, |

Dans les cas où la cautérisation paraît être suivie de succés, bn ut ne : sont, point des chancres, pour la plupart, mais a simples pustules ou des vésicules herpétiques. | G. G. B.

La destruction des chancres à leur début, ou , autrement dit, leur traitement abortif, constitue un des points les plus intéressants de l'histoire de la syphilis, et aussi un de ceux qui ont donné lieu aux HhSbries les plus erronées et aux pratiques les plus dangereuses.

Si le chanere est une affection’ d'abort locale ; comme la " bien dit Hunter et comme l'expérience et l’expérimentation le prouvent, il faut être conséquent et faire ici ce que tout le monde est d'accord de faire lorsqu'il s’agit de la piqûre de la vipère ou de la morsure du chien enragé, c’est-à-dire, détruire l'accident local le | plus tôt possible, afin de prévenir l’äbsorption et les phénomènes consécutifs. Qu'on y réfléchisse bien, là est tout l'avenir de la vérole et la possibilité d'éteindre cet épouvantable kb tandis que dans la proposition contraire se trouve $on éternelle conservation. Prêchez la vérité aux gens qui s’exposent, dites-leur que jamais on n à vu d'accidents secondaires survenir à la suite des chancres détruits avant le cinquième ou le sixième jour qui a suivi Le coët infectant ; et en les obligeant alors à une attention minutieuse et à la destruction rapide et complète de tout phénomène prof pitié teux, vous les sauverez de l’empoisonnement général. 4

On a dit que les chancres qu’on attaquait par la cautérisation étaient. vbs DTA suivis d'accidents que les autres, et aucun de ceux qui ont soutenu cette proposition n’a pris la peine d'indiquer les circonstances particulières dans lesquelles les chancresS pouvaient se trouver au moment de la cautérisation , comme si le chancre m'avait qu'une manière d’être et qu’il fût toujours Le même chez tous les individus, à toutes ses phases et: en dépit de toutes les complications possibles,

Or, en entrant dans ces détails, sans lesquels il est impossible de raisonner, on peut

. CP . \ établir les propositions suivantes :

[a] 1 . r . Ca 1 - * .

1° Lorsque la cautérisation a détruit un chancre avant le sixième jour qui suitle ©

DU GHANCRE. M . 439

Page 1