CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LE TRAITEMENT DU BUBON
Après ce qui a été dit sur lhistoire du bubon, il est inutile de discuter ici l’opinion qui le considère comme un dépôt provenant de Ja : constitution, et la conclusion qu’on a déduite de cette opinion, savoir, qu’il ne faut pas chercher à en obtenir la résolution, parce que, d’après cette théorie, faire résoudre une tumeur de cette nature c’est repousser dans la constitution la matière vénérienne. S’il en était réellement ainsi,
il n’y aurait aucune raison pour employer le mercure, et l’on n'aurait qu’à laisser marcher le bubon qui accomplirait lui-même sa propre guérison. Mais ceux-là même qui professaient une telle opinion ne s’en fiaient point au moyen de guérison qu’ils supposaient institué par la nature,
car ils administraient le mercure, et même à forte dose. Dans la des- cription que j'ai donnée du bubon, j'ai cherché à démontrer qu'il y a beaucoup de bubons qui n’ont rien de syphilitique, mais qui sont de nature scrofuleuse, et qu’il y.en a aussi qui ne se montrent vénériens qu’en partie, ou qui ne sont peut-être rien autre chose qu’une glande douée d’une disposition scrofuleuse, dans laquelle l’action morbide a été déterminée par l'irritation vénérienne, phénomène qui est semblable à celui que produit souvent l’action du pus variolique dans linoculation. C’est pourquoi, avant de s'occuper du traitement des bubons, il faut distinguer le véritable bubon vénérien des autres, s’il est possible. Quand on s’est bien assuré que le bubon est vénérien, on doit sans aucun doute essayér d’en obtenir la résolution, s'il est seulement à l’état d’inflammation. Le degré d'opportunité d’une telle tentative dépend des progrès que la maladie a déjà faits. Si la tumeur est très-volumineuse et que la suppuration paraisse imminente, il est probable que la résolution ne peut être effectuée; lorsque la suppuration est établie, il est très-douteux qu'on puisse réussir, et les tentatives de ce genre peuvent n'avoir pour effet que de retarder la marche de la suppuration et de prolonger le traitement.
La résolution de ces inflammations dépend principalement du mercure, et, d’une manière presque absolue, de la quantité de ce médicament que l’on peut faire passer à travers la substance de la glande enflammée. Lorsqu’elles arrivent à la période de suppuration, leur guérison dépend * des mêmes conditions. La quantité de mercure que lon peut faire passer à travers un bubon dépend en grande partie de tie de la surface externe sur laquelle l'absorption se fait en decà de l’abcès. x
T1 faut appliquer le mercure de la manière la plus avantageuse, c’està-dire, sur les surfaces d’où, par l’absorption, il doit étre porté à travers Ja glande malade. En effet, la maladie étant détruite dans ce point, la constitution court moins le risque d’être infectée. On peut souvent accroître la puissance du mercure par la manière dont on l’applique. Dans le traitement des bubons, il faut toujours le faire pénétrer dans la constitution par la même voie que le poison a suivie pour y entrer. Ainsi, on doit le présenter aux orifices des vaisseaux lymphatiques qui passent à travers la partie malade, et ces orifices sont toujours situés sur une surface plus excentrique que le siége de la maladie.
Mais dans beaucoup de cas la situation des bubons est telle que la surface qui existe entre eux et la superficie du corps est très-petite, et que, conséquemment, On ne peut introduire par cette voie une quantité suffisante de mercure; tels sont, par exemple, les bubons qui se développent sur Ja verge consécutivement à des chancres du gland ou du prépuce. Ces deux surfaces ne sont point assez étendues pour qu'on puisse par leur intermédiaire faire passer à travers les bubons la quantité de mercure nécessaire à leur guérison.
Il faut donc, toutes les fois que les premiers symptômes d’un bubon se manifestent, prendre en sérieuse considération le siége de la maladie, afin de déterminer si l’on à à sa disposition une surface suffisamment étendue pour le succès du traitement, sans qu’on ait besoin de recourir à d’autres moyens. Il faut observer d’abord si ce sont les vaisseaux absorbants du corps de là verge ou les glandes de l’aine qui sont affectés. Si la maladie a son siége dans Paine, il faut constater laquelle des trois situations indiquées plus haut elle occupe, soit la partie supérieure de la cuisse et la région inguinale proprement dite, soit la partie inférieure de l'abdomen au-dessus du ligament de Poupart, soit enfin le voisinage du pubis. Si le bubon a son siége sur le corps de la verge, cela prouve que les vaisseaux absorbants qui naissent directement de la surface d'absorption sont eux-mêmes malades; dans la région inguinale et sur la partie supérieure de la cuisse, ou même un peu plus bas que ce qu’on appelle communément l’aine, on peut admettre que le mal occupe les glandes où aboutissent en commun les lymphatiques de la verge et ceux de la cuisse; plus haut, c’est-à-dire à la partie inférieure de l'abdomen, au-dessus du ligament de Poupart, on peut supposer que le bubon est traversé par les vaisseaux absorbants qui naissent des environs de l’aine, de la partie inférieure du ventre, et du pubis; et enfin, plus en avant, il est très-probable qu’il n’est traversé que par les vaisseaux absorbants de la verge et de la peau qui recouvre la région pubienne. L’appréciation de ces siéges divers est indispensable pour l'application du mercure, soit pour le traitement résolutif du bubon, soit pour sa guérison après que la suppuration s’est établie.
L’utilité de ces précautions devient évidente quand on réfléchit que de cette manière le médicament ne peut passer dans la circulation commune sans traverser les parties malades, dont il doit hâter la guérison
dans son passage à travers leur substance, en même temps qu’il empêche que le virus qui a déjà passé et qui passe encore dans la constitution n’agisse sur ces parties ; de sorte que le bubon est guéri et la constitution préservée.
Mais cette pratique seule n’est pas toujours suffisante ; il y à beaucoup de cas où le mercure ne peut guérir par lui-même. Le mercure ne peut guérir que la disposition spécifique de l’inflammation; et nous savons que la maladie syphilitique s’accompagne souvent de diverses autres espèces d’inflammations > ndépendamment de l’inflammation vénérienne.
RUMEURS ADP EATIEE oMURe présente une grande intensité ; d’autres fois l'inflammation est érysipélateuse, et souvent même, ainsi que je le soupçonne, scrofuleuse. Il faut done avoir recours à d’autres moyens de traitement.
. Lorsque Pinflammation s'élève très-haut, la saignée, les purgatifs et les fomentations sont généralement recommandés. Ces moyens diminuent certainement la puissance active des vaisseaux et rendent l’inflammation moins aigüë; mais ils ne peuvent jamais diminuer les effets spécifiques du poison, qui ont agi comme cause première, et qui entretiennent encore en grande partie Pinflammation. Leurs effets ne sont que secondaires, et tout ce qu’on peut en attendre, c’est qu’ils resserrent l’inflammation dans les limites de l’inflammation spécifique. Si l’inflammation est de nature érysipélateuse, on ne peut guère prescrire un meilleur médicament que le quinquina; si l’on soupconne la présence de l’élément scrofuleux , on retirera quelques avantages de l’emploi de la cigué et des cataplasmes faits avec l’eau de mer.
On a vu les vomitifs amener la résolution des bubons, même après que le pus s’y était formé et quand l'ouverture en était imminente. Ils agissent en vertu du principe qui veut qu’une irritation en détruise une autre. Peut-être aussi l’état de nausées et le vomissement font-ils naître une disposition pour l'absorption. Un officier qui avait contracté un bubon à Lisbonne m’a présenté un exemple remarquable de cette influence. Le bubon avait suppuré franchement et était sur le point de s’ouvrir; la peau était mince et enflammée, et l’on percevait une fluctuation manifeste. J'avais décidé de pratiquer une incision sur la tumeur; mais comme le malade devait s’embarquer le léndemain pour l'Angleterre, je * jugeai convenable de différer l’opération. A peine était-il à bord qu’on mit à la voile, et le vent fut si violent que rien ne put être fait pendant quelques jours. Pendant tout ce temps, il eut un violent mal de mer, et vomit beaucoup. Quand les maux de cœur se dissipèrent, le bubon avait disparu , et il ne reparut plus ensuite. Lorsque le malade fut arrivé en Angleterre, il se soumit à un traitement mercuriel régulier.
S I, De la résolution de l’inflammation des vaisseaux absorbanis de la verge.
Ici, la surface qui est située en decà du siége de la maladie, c’est-à-dire toute la partie de la verge qui est située au-devant du bubon, n’est point
assez étendue pour absorber la quantité de mercure qui serait nécessaire pour empêcher les effets de l'absorption du poison. C’est pourquoi il faut avoir recours à d’autres moyens. Toutefois, il ne faut point négliger ce mode d'application, et cette surface, toute petite qu’elle est, doit être constamment recouverte d’onguent mercuriel, ce qui contribue à la guérison de la maladie locale. On peut demander s’il est possible qu’un médicament traverse des vaisseaux lymphatiques malades de manière à exercer sur eux une influence quelconque; mais l'expérience m’a appris que cela est certainement possible. La surface qui vient d’être indiquée étant trop petite, et la maladie exigeant qu’on fasse pénétrer dans la. constitution une plus grande quantité de mercure que celle qui pourrait y être introduite par cette voie, il est convenable d’administrer ce médicament par la bouche ou de l’employer en frictions sur quelque surface plus étendue. Cette pratique est nécessaire pour prévenir la, syphilis constitutionnelle, aussi bien que pour guérir l'affection locale elle-même. La quantité de mercure qui doit être absorbée ne peut être déterminée d’une manière générale; cette détermination appartient au chirurgien, qui doit se laisser guider par les symptômes apparents de la maladie primitive, et par la facilité plus ou moins grande avec laquelle elle se dissipe.
Il faut suivre la même méthode pour les femmes; mais comme ce sexe. présente une surface plus étendue à l’absorption du mercure, on peut en faire pénétrer davantage par cette voie. On doït tenir une quantité suffisante d’onguent mercuriel constamment appliquée sur la face interne et sur la face externe des grandes lèvres.
$ Il. De la résolution des bubons qui sont situés dans la région inguinale.
L’inflammation des glandes doit être traitée d’après les mêmes principes que celle dont il vient d’être question; mais, en général, on peut disposer d’une surface d'absorption plus étendue, de sorte qu’on peut faire passer une plus grande quantité de mercure à travers les parties malades.
La région sur laquelle il faut appliquer le mercure varie suivant la situätion de la glande enflammée. Si le bubon est situé dans l’aine, il est nécessaire de faire les frictions mercurielles sur la cuisse. Cette surface peut , en général, absorber autant de mercure qu’il en faut pour amener la résolution du bubon et pour préserver la constitution de l'influence du poison. Mais si la résolution ne s’opère pas assez promptement, on peux accroître la surface soumise aux frictions en y comprenant la jambe.
Lorsque le bubon occupe la partie inférieure du ventre, c’est-à-dire la seconde des situations que j'ai indiquées plus haut , il faut en outre faire des frictions mercurielles sur la verge, sur le scrotum et sur le ventre; il doit en être de même si le bubon est situé plus en avant, car il-est probable que les glandes de ces deux régions reçoivent les vaisseaux lympha-
tiques de toutes les surfaces qui viennent d’être mentionnées, aussi bien que ceux de Ja cuisse et de la jambe.
DU BUBON. 501 La durée du traitement par les frictions doit être déterminée d’après les circonstances. Si le bubon diminue, il faut les continuer jusqu’à ce qu’il ait entièrement disparu, et même quelque temps après, Car sa ‘cause, c'est-à-dire le chancre d’où il tire son origine, peut ne pas céder aussi promptement que lui. Si le bubon marche toujours vers la suppuration, on peut cesser ou continuer les frictions; mais je ne saurais affirmer si l’on retire quelque avantage de la continuation de ce moyen lorsque le bubon a suppuré.
La dose de mercure recommandée ici peut affecter la bouche; relativement à cet effet, on doit aussi se régler sur les circonstances.
$ IT. De la résolution des bubons chez la femme.
En traitant du siége des bubons chez la femme, j'ai fait remarquer qu’il y a deux situations qui sont propres à ce sexe, et que les autres sont les mêmes que celles que peuvent occuper les bubons chez l’homme.
Dans la première et dans la seconde situations, surtout dans la première , la surface d'absorption, entre la périphérie du corps et le bubon, est beaucoup trop resserrée pour qu’on puisse, par cette voie, faire pénétrer la quantité de mercure qui pourrait amener la résolution; dans la seconde, c’est-à-dire quand le bubon est situé entre la grande lèvre et la cuisse, le mercure peut être appliqué, il est vrai, sur tous les points qui avoisinent l’anus et autour des fesses, car il est: probable que tous les vaisseaux absorbants de ces parties passent par la voie qu’occupe le bubon; on sait au moins qu'ils pénètrent dans le bassin, non par l’anus, mais par la région inguinale. Dans ces deux cas, il faut chercher d’autres moyens d'introduire le mercure, ainsi qu’il a été recommandé pour les hommes; toutefois il importe de frictionner autant que possible sur les surfaces qui viennent d’être indiquées.
Dans les situations communes aux deux sexes, nous avons un champ plus large. Ces situations se divisent en trois variétés; on doit appliquer ici les remarques qui ont été présentées pour l’autre sexe; le mode de traitement doit être le même. s
$ IV. Des bubons situés dans des régions plus ou moins éloignées des parties génitales.
Indépendamment du coït, les bubons vénériens sont produits par divers autres modes d’application du poison; aussi en observe-t-on dans différentes parties du corps, mais le plus souvent aux mains. Ceux qui se forment dans l’aisselle ont pour origine des plaies de la main ou des doigts, qui reçoivent l’infection vénérienne et sont ainsi transformées en un chancre. Dans ces cas, il faut pratiquer les frictions mercurielles sur le bras et sur l’avant-bras; mais cette surface peut être insuffisante, et alors il faut chercher une autre route et s'adresser à d’autres parties pour obtenir les effets que le médicament doit produire sur la constitution.
J'ai vu un véritable chancre vénérien situé sur la partie moyenne de la lèvre inférieure donner naissance à un bubon de chaque côté du cou,
au-dessous de la mâchoire inférieure , et précisément sur la glande maxillaire. L’onguent mercuriel appliqué sur la lèvre inférieure, sur le menton et sur les tumeurs elles-mêmes, produisit la résolution de ces dernières.
$ V. De la quantité de mercure nécessaire pour la résolution d'un bubon.
La quantité de mercure nécessaire pour la résolution d’un bubon varie suivant que le bubon se montre plus ou moins rebelle; mais il faut avoir . soin d'éviter certains effets que ce médicament peut produire dans la constitution. Si le bubon a son siége dans la première situation, qu’il cède facilement à l'emploi répété chaque soir d’une demi-drachme d’onguent mercuriel composé avec parties égales de mercure et d’axonge, et que la bouche ne s’enflamme point ou ne devienne que légèrement douloureuse, il suffit de continuer ce traitement jusqu’à ce que la glande soit réduite à son volume naturel; la constitution se trouvera ainsi mise à Pabri, pourvu que le chancre qui a donné lieu au bubon soit arrivé à sa guérison en même temps. Si la bouche n’est point affectée au bout de six à huit jours et que la glande ne marche pas bien vers la résolution, on peut appliquer chaque soir deux scrupules ou une drachme d'onguent ; et si aucune amélioration ne se fait sentir, il faut porter la dose plus haut. En un mot, lorsque la résolution se fait attendre, il faut élever la dose du mercure aussi loin qu’il est possible de le faire sans amener la salivation.
S'il y a un bubon de chaque côté, on ne peut appliquer localement autant de mercure pour chacun d’eux; car la constitution ne pourrait probablement pas supporter le double de la dose qui est nécessaire pour la résolution d'un seul. Mais dans les cas de cette espèce, on ne doit pas craindre autant l’inflammation mercurielle de la bouche, que lorsqu'il n’y a qu’un seul bubon. Toutefois , il vaut mieux laisser suppurer les bubons que d’exercer sur la constitution une influence trop prononcée par l’introduction d’une trop grande quantité de mercure. C’est pourquoi, lorsqu'il y a deux bubons, il y à plus de probabilités RFes la suppuration que lorsqu'il n’y en a qu’un seul.
Lorsque le bubon occupe la seconde ou la troisième sifustioni; si lon juge que très-probablement il ne pourräit pas passer à travers la glande malade une quantité de mercure suffisante pour en amener la résolution, on peut faire des frictions sur la jämbe et sur la cuisse, afin d’agir sur la constitution. La quantité de mercure introduite de cette manière doit être plus grande que celle qui eût été suffisante si l’on avait pu
“tout faire passer à travers le bubon. Il faut que la bouche s affecte, et cela en proportion de l’état et des progrès du bubon.
Ce mode de traitement des bubons par résolution m'a été sugg éré en 1761, à Belle-Ile, où j'ai eu de bonnes occasions de le mettre à l’épreuve sur les soldats; et je puis affirmer que, depuis cette époque , de tous les bubons que j'ai eus à traiter, trois seulement sont venus à suppuration ; deux de ces derniers s'étaient formés chez un sujet sur’ la constitution duquel une petite quantité de mercure exerçait une influence tellement
prononcée, qu’on ne put faire passer à travers les deux régions inguinales
la quantité de mercure suffisante pour amener la résolution des deux
tumeurs. Cependant, chez les deux malades, la suppuration fut beaucoup moins considérable qu’elle ne menaçait de l'être.
Quelquefois, malgré toutes les tentatives de traitement, les bubons restent tuméfiés sans se résoudre ni suppurer, et deviennent durs et comme squirreux. Je soupconne que ces bubons sont primitivement scrofuleux, ou qu’ils le deviennent secondairement lorsque la disposition vénérienne est détruite. On doit s’efforcer d’en obtenir la guérison par l'emploi de la cigue, des cataplasmes faits avec l’eau de mer, et par les bains de mer, ainsi qu’il sera dit ci-après.
$ VI. Traitement des bubons qui suppurent.
Lors même qu’on a employé tous les moyens de traitement connus, on ne peut pas toujours obtenir la résolution des bubons, et alors la suppuration s’y établit. Quand il en est ainsi, ils rentrent davantage dans le domaine de la chirurgie et doivent être traités, sous certains rapports , comme tous les autres abcès. Lorsqu'on juge convenable d’ouvrir un bubon, il faut laisser la peau s’amincir autant que possible. Le grand avantage qu’on retire de cette temporisation, c’est que les téguments; étant devenus très-minces, perdent leur disposition à se cicatriser ; de sorte qu’il y a plus de chances pour que le fond de l’abcès se cicatrise en méme temps que les parties superficielles; on évite encore ainsi une longue incision, et l’on n’a point besoin de recourir aux différents HRereRS qui sont employés pour empêcher la cicatrisation de là peau jusqu’à ce que celle du fond de l’abcès soit effectuée.
Faut-il continuer l’application du mercure pendant tout le temps de la suppuration ? Je pense qu’on doit le faire, mais à dose moins forte; car s’il est vrai que le travail de guérison ne peut commencer à s’opérer qu’après l'ouverture de l’abcès , on peut au moins faire naître dans les parties de meilleures dispositions pour se guérir. J’ai vu des cas où la suppuration s'était établie malgré le traitement décrit ci-dessus, et dans lesquels, bien que l’inflammation se fût montrée très-étendue , la suppuration resta très-limitée ; or, j’ai attribué cet avantage à ce que les malades avaient
fait usage du mercure, d’après les règles que j’ai exposées, avant et pen-.
dant la suppuration.
A l’occasion de ces collections purulentes, beaucoup plus qu’à l’occasion des autres , on à agité la question de savoir si l’on doit ouvrir l'abcès ou le laisser s'ouvrir de lui-même, et si l’ouverture doit être faite avec l'instrument tranchant ou au moyen du caustique.
Les abcès syphilitiques ne paraissent avoir rien qui les fasse différer des autres assez pour qu’on doive recommander telle pratique plutôt que telle autre. On doit suivre jusqu’à un certain point les désirs du malade : il est des malades qui redoutent les caustiques ; il en.est d’autres qui ont horreur de l'instrument tranchant. Lorsque le choix est laissé entièrement au chirurgien et que Île bubon est petit, je pense qu’une incision pratiquée avec une lancette est suffisante; de cette manière au-
cune partie de la peau n’est perdue. Mais, lorsque le bubon est trèsvolumineux et que, par conséquent, il y a une grande quantité de peau décollée , le caustique convient peut-être mieux que le bistouri, tant parce qu’il produit la destruction d’une certaine quantité de peau, que parce que cette destruction s'accompagne de moins d’inflammation que Pincision. Lorsqu'on emploie le caustique , c’est la potasse caustique qui convient le mieux (*). Mais il n’est pas nécessaire d'ouvrir tous les bubons, et il est peut-être difficile de déterminer quels sont ceux pour lesquels l'ouverture doit être utile ou indispensable.
Le bubon, une fois ouvert, doit être pansé ensuite selon la nature de la maladie , qui, ainsi que je l’ai déjà fait observer , est souvent tellement compliquée, qu’elle déjoue, dans beaucoup de cas, toute la sagacité du praticien; en même temps, il faut attaquer la constitution avec le mercure, tant à l’intérieur qu’à lextérieur. A l'extérieur, on doit l’appliquer du même côté que le bubon, entre ce dernier et la périphérie du corps, comme je l’ai dit en traitant de la résolution des bubons, car, en passant à travers la partie affectée, le mercure peut exercer une influence salutaire sur la maladie.
Dans ces cas, le mercure remplit un double but : il concourt avec les applications externes à la guérison des bubons, et il prévient les effets de l'absorption virulente qui se fait constamment à la surface de l’ulcère.
Il n’est pas possible de déterminer, au juste, jusqu'où il faut poursuivre le traitement mercuriel pour prévenir une infection générale. Mais on peut supposer qu’il est nécessaire, pour prévenir une maladie vénérienne , d’administrer la quantité de mercure qui suffirait pour guérir la même maladie déjà développée. Il est indispensable de continuer le traitement jusqu’à ce que le bubon soit cicatrisé, ou jusqu’à ce qu’il ait, depuis quelque temps , perdu ses caractères syphilitiques. Mais il peut être difficile de constater cette dernière circonstance. C’est pourquoi il faut s’en rapporter à l’expérience et non à la théorie, et continuer en général le traitement jusqu’à la cicatrisation complète , et même après la cicatrisation, surtout si le bubon se guérit avec beaucoup de rapidité, car, dans beaucoup de càs , la constitution se montre encore infectée après que tous les moyens conseillés ont été mis en pratique. Toutefois , il y'a quelques restrictions à faire ici; j'ai déjà fait observer qu’il arrive souvent que les bubons contractent, indépendamment de la disposition syphilitique, d’autres dispositions que le mercure ne peut guérir et qui sont même aggravées par son emploi. Il est donc très-important de savoir distinguer ces différents cas, sur lesquels je reviendrai.
(*) Jai ouvert sur le même malade deux bubons l’un immédiatement après l’autre. Le premier fut ouvert au moyen de la pierre à cautère, et la douleur fut si intense que le malade voulut que le second fût ouvert avec la lancette, espérant que la souffrance ne serait que moMmentanée. Mais l'instrument tranchant causa une douleur très-vive, à laquelle succéda une cuisson qui dura longtemps, tandis que l’autre bubon n'avait plus été le siége d'aucune douleur, à partir du moment où l’action du caustique avait été achevée. J. Hunter.