DE QUELQUES-UNES DES SUITES DU BUBON
J'ai fait remarquer précédemment que la maladie vénérienne peut transformer en action des dispositions ou des susceptibilités latentes. Ce. fait est très-remarquable dans les cas de bubons. Je crois que la disposition qui est ainsi éveillée, participe plus de la nature scrofuleuse que de toute autre. Cela vient-il de ce que les bubens ont pour siége des glandes lymphatiques ? C’est ce qu’il n’est pas facile de déterminer.
Il arrive quelquefois que les plaies produites par les bubons se transforment, soit dans le moment où elles perdent leur disposition vénérienne, soit quand elles en sont complétement délivrées, en ulcères d’une autre nature qui, très-probablement, présentent diverses espèces. Il n’est pas certain que ces maladies soient le résultat de l’action combinée de la syphilis et du traitement mercuriel; mais il est très-probable que ces deux causes concourent à leur développement.
. Si l'influence syphilitique et l'influence mercurielle étaient les seules causes de ces affections , celles-ci constitueraient une maladie spécifique, et leur traitement se réduirait à une seule méthode. Mais je suis porté à croire que la constitution ou la partie elle-même a quelque part, sinon la principale, dans leur formation, c’est-à-dire que les parties contractent une maladie particulière qui est indépendante de la maladie constitutionnelle et de la méthode de traitement. En effet, si les deux causes indiquées les premières agissaient seules, on devrait rencontrer ces affections morbides plus souvent. Du moment que l’on admet que la constitution ou la partie prend part à la formation de ces maladies, il devient plus difficile de déterminer quelle en est la nature, car elles doivent, sous ce rapport, dépendre en partie de l’état de la constitution ou de celui de la partie malade.
Ces maladies rendent le traitement de l'affection vénérienne beaucoup moins certain; lorsque l’ulcère devient stationnaire ou que le mercure commence à n’être plus bien supporté, nous sommes portés à croire que le virus est détruit; mais il n’en est pas toujours ainsi. Peut-être le virus est-il seulement moins puissant que la maladie nouvellement formée , de sorte qu’il reste assoupi, si l’on peut ainsi dire, ou qu’il cesse d'agir; et quand l’autre affection devient plus faible, Fiugncs vénérienne commence à se manifester de nouveau.
Le traitement qui convient dans ces cas consiste à attaquer la RARE prédominante; mais la difficulté est de reconnaître la maladie, et de
savoir quand elle est vénérienne et quand elle ne l’est pas. Le cas suivant est très-propre à donner une idée de cette difficulté.
Un homme avait un bubon très-volumineux qui fut ouvert. Il prit une grande quantité de mercure pendant environ deux mois. Mais je soupconne qu’il ne le prit pas à doses suffisamment élevées , et que sa constitution s'était habituée-au mercure. Le bubon ne présenta aucune disposition à se cicatriser, et je fus consulté. D’après le récit que me fit le malade, je pensai que sa constitution avait contracté trop fortement l'habitude mercuriellé, pour qu’il pût retirer alors quelque avantage de l'emploi du mercure. Je lui prescrivis donc de se mettre à un régime nourrissant pendant un mois. Après ce temps, je le soumis à un traitement mercüriel énergique, au moyen des frictions, et les parties malades prirent une apparence plus favorable. Ce traitement fut continué pendant près de deux mois, et, à cette époque, la plaie, bien que notablement améliorée, commença à devenir stationnaire. Considérant l’action vénérienne comme détruite, je fis cesser immédiatement le traitement mercuriel ; je mis le malade à la diète lactée et je l’envoyai à la campagne. Cependant, comme la maladie ne marchait point, le malade fit usage d’une forte décoction de salsepareille avec le mézéréon. Mais ce moyen, bien que continué pendant plus d’un mois, ne produisit que peu ou point d'effet. Je prescrivis ensuite la cigué autant que le malade put la supporter, et j’y associai presque constamment le quinquina. Tout cela fut sans effet. Il se forma de nouveaux sinus qui furent ouverts; l’ulcère devint extrêmement irritable et ses lèvres s’épaissirent. Les pansements furent faits avec des cataplasmes, dans la composition desquels entraient le suc de la ciguë, l’eau de mer, l’opium et une solution étendue de nitrate d'argent. Mais rien ne parut agir sur le mal. Je soupconnai une affection scrofuleuse , et je conseillai les bains de mer; mais cette prescription ne put être exécutée alors. Ces différents traitements, après que le mercure avait été mis de côté, occupèrent environ quatre mois sans le moindre avantagé. Ne sachant s’il ne restait point encore quelque chose de vénérien dans l’ulcère, d'autant plus que son aspect extérieur devenait plus mauvais, et qu’il y avait alors quatre mois que le malade n’avait pris de mercure, je crus devoir essayer de nouveau ce médicament, et j’envoyai au malade deux doses d’onguent, d’une demi-once chacune, qui devaient être employées en frictions deux soirs de suite. Un rhume qu’il avait contracté l’empêcha de faire les frictions prescrites. Le troisième jour, il m’apprit qu’il était beaucoup mieux. Dès lors, l’ulcère prit une marche favorable ; l’inflammation œdémateuse ou transparente commenca à se dissiper, les lèvres-de la plaie s’abaissèrent et s’amincirent, et son pourtour commença à se cicatriser. Je conseillai alors au malade de ne point faire les frictions mercurielles, mais d’attendre un peu. Au bout de huit ou dix jours, la plaie était réduite aux trois quarts de sa grandeur, et présentait tout l'aspect d’une plaie en voie de cicatrisation. ;
Quelles conclusions peut-on tirer de ce fait? Les suivantes, à mon
avis : 1° Que le virus peut être détruit, bien que la plaie ne manifeste aucune disposition à se cicatriser: de sorte qu'on ne doit point considérer la non cicatrisation d’un bubon comme un signe de l'existence de la maladie primitive; 2° que la salsepareille, le mézéréon, la ciguë et le qüinquiña sont sans efficacité dans les cas de cette espèce ; et 3° que dans les ihaladies qui nous occupent, la disposition morbide peut être détruite par la maladie même, et que nous ne devons pas trop noùs presser d'attribuer la guérison à nos moyens de traitement; en effet, si les frictions mercurielles avaient été faites, dans le cas qu’on vient de lire, et que leS mêmes effets se fussent également produits, j'aurais certainement poursuivi avec vigueur l’emploi du mercure, et je lui aurais attribué la guérison. Mais je n’en serais pas resté là; j'aurais publié ce fait comme un exemple de la persistance de la maladie vénérienne après des traitements mercuriels répétés, et j'aurais affirmé que, dans les cas de cette espèce, où le mercure paraît avoir perdu son efficacité et même être nuisible, il est nécessaire d'attendre que la constitution ait réparé ses forces êt perdu Phäbitude mercurielle, ce qui exige quelquefois jusqu’à quatre mois, puis recourir de nouveau à l’emploi de ce médicament.
Un homme eut une gonorrhée qui fut violente. Je lui prescrivis une injection composée d’un grain de sublimé corrosif dissous dans huit onces d’eau , et quelques pilules mercurielles. Après dix ou douze jours de lusage de l'injection sans aucun avantage visible, je lui dis que jé pensais qu’il ne gagnerait rien à la continuer plus longtemps, et en conséquence je lui conseillai de se reposer pendant quelque temps. Vers cette époque , il sé forma un bubon dans chaque aïne ; supposant que ces tumeurs étaient vénériennes, je prescrivis des frictions mercurielles sur les jambes ét sur les cuisses, afin d’en obtenir la résolution s’il était possible. Le malade paraissait moins préoccupé des bubons que de sa gonorrhée, mais je lui dis que cette maladie se guérirait insensiblement en même temps que là résolution des bubons s’effectuerait. Je n'étais trop avancé relativement à la résolution des bubons, car ils suppurèrent tous deux, mais là suppuration fut très-modérée en comparaison du volume qu’ils avaient atteint dans la période inflammatoire. Les frictions furent abandonnées. Pendant que nous nous efforcions d'amener la résolution des buboñs, ia gonorrhée se guérit. La peau qui recouvrait les bubons devint très-mince; alofs ils furent ouverts, l’un au moyen du caustique, l’autré avec la lancette: ensuite les frictions mercurielles furent ordonnées de nouveau sur les cuisses et sur les jambes pour achever leur guérisoh. Ils tié taïdèrent point à prendre un aspect favorable, et se conträctèrent rapidement ; mais à moitié cicatrisés, ils devinrent stationnüires. Je soupçonnäi qu’une maladie nouvelle était en voie de se former. Les frictions mercurielles ayant été continuées encore pendant quelque temps , les bubons commencèrent à s’enflammer et à se tuméfier de nouveau, et ilse forma à environ un demi-pouce au-dessus du siége primitif des suppurations , un abcès nouveau qui s’ouvrit däns le premier. Aux premiers signes d’inflammation, je fis cesser immédiatement l'usage du
mercure, et je déclarai qu’il s’était formé une maladie nouvelle. Je fis : appliquer des cataplasmes faits avec l’eau de mer , et je prescrivis une
décoction de salsepareille. Mais ce mode de traitement se montra insuf-
fisänt pour amener la guérison de cette nouvelle maladie. Je prescrivis
alors chaque soir un bain d’eau de mer tiède, à la température d’environ
90 degrés (Fahr.). Après le quatrième bain, l’inflammation et le gonfle-
ment avaient beaucoup diminué, et les premiers ulcères, ou bubons pri-
mitifs, commencçaient à se cicatriser. Le malade continua à se baigner ainsi tous les soirs pendant environ trois semaines, aù bout desquelles les ulcères manifestèrent une disposition moins favorable. Soupçonnant alors que la disposition vénérienne était devenue prédominante, je fis
faire des frictions comme auparavant. Au bout d’une quinzaine de jours
environ, les premiers bubons se cicatrisèrent ; mais les secondes suppura-
tions n'étaient point encore guéries. Je supposai qu’elles constituaient
entièrement la maladie nouvellement formée, et le malade partit pour la
campagne , où, d’après mes conseils, il prit chaque jour un bain de mer.
Sous cette influence, il se rétablit parfaitement sans aucune récidive.
Dans ce cas, il est clair qu’indépendamment de la disposition syphilitique, il y en avait une autre qui fut mise en action par l’irritation vénérienne.
J'ai vu quelques bubons qui étaient excessivement douloureux, et qui étaient très-sensibles au moindre contact. Plus les pansements étaient doux, plus les parties devenaient douloureuses.
Dans quelques cas, la peau semble seule pouvoir contracter la maladie; l’ulcération fait des progrès dans la peau environnante, tandis qu’une nouvelle peau se forme au centre de la plaie, et marche en même temps que l’ulcération , d’où il résulte, à l’entour de la peau nouvelle, un ulcère irrégulier, semblable au sillon tracé par un ver. Cette inflammation, de même que l’inflammation érysipélateuse et quelques autres, paraît ne pouvoir se communiquer qu'aux parties qui n’ont pas encore contracté l’action; de sorte que celles où cette action s’est déjà manifestée perdent la disposition morbide et se cicatrisent facilement. Quelquefois ces affections s'étendent d’une manière étonnante, ainsi qu’on le voit dans l'observation suivante, qui présente des circonstances très-remarquables :
Un jeune homme âgé de dix-huit ans, à la suite d’une infection vénérienne, fut atteint de deux bubons qui furent ouverts. Ils furent traités d’après la méthode ordinaire, et présentèrent d’abord un aspect favoble. Mais lorsqu’ils étaient sur le point de se cicatriser, ils commencèrent à s’ulcérer à leurs bords, s'étendant dans toutes les directions, s’élevant au-dessus du pubis presque jusqu’à l’ombilic, et descendant au-devant de chaque cuisse. Les nuits devinrent agitées, et la santé générale s’altéra. On essaya un grand nombre de médicaments, et particulièrement le mercure sous différentes formes, mais avec peu ou point d'avantages. L’extrait de ciguë fut le médicament qui produisit les meilleurs effets, et il fut administré en quantité extraordinaire. Pendant quelque temps, le malade en prit une once dans la journée; la dose fut