‹ Traité de la syphilisChapitre 56 sur 70 · DU BUBON. QE PIE · texte numérisé non relu

DU BUBON. QE PIE

“ensuite portée à une once et demie, à deux onces, et même à deux

onces et demie. Ce médicament produisit des troubles de la vision et

même la cécité, la perte de la voix, le prolapsus de la mâchoire inférieure,

une paralysie temporaire des extrémités, et, une ou deux fois, la perte. de la sensibilité; et, bien que chaque soir le malade fût en quelque sorte

dans un état d'intoxication complète par l’emploi de la ciguë, sa santé

générale, loin d’en souffrir, suivit dans son amélioration l'amendement des ulcères. Cependant, ces derniers ne purent être entièrement guéris

par l’emploi de la ciguë, et entre autres médicaments, l’éthiops minéral et les pilules de Plummer furent administrés largement, en apparence avec avantage. On revint, de temps en temps, à la ciguë; on essaya un

grand nombre de méthodes diverses de pansement , mais aucune ne parut

préférable à l’application de la charpie sèche. Les ulcères étaient presque

entièrement cicatrisés, après avoir tourmenté le malade pendant plus de trois ans, lorsque, après quelques irrégularités dans le régime, voyant que

ses ulcères allaient moins bien, il revint à l'extrait de ciguë qu’il avait

abandonné depuis quelque temps, et, de son propre mouvement, il en

avala dix drachmes dans la matinée. Cette dose n’était que la moitié de

ce qu’il avait pris auparavant en vingt-quatre heures ; mais à cette épo-

que sa constitution avait été habituée graduellement à l’action de cette

substance. Les dix drachmes de cigue produisirent beaucoup d’agitation

et d’anxiété, il tomba de sa chaise privé de sentiment, fut pris de con-

vulsions et expira dans l’espace de deux heures.

Pour revenir au traitement des bubons, lorsqu'ils sont seulement devenus stationnaires et qu’ils ne manifestent que peu de disposition à s'étendre, ce qui est le cas le plus commun, lorsqu'il y a peut-être un ou deux sinus qui, partant de quelque autre glande, viennent y aboutir, je les vois céder à l’emploi de la ciguë plus souvent qu’à celui de tout autre médicament , surtout quand elle est associée au quinquina. La cigue est encore plus efficace quand elle est appliquée à la fois à l’intérieur et à l'extérieur.

La salsepareille est souvent extrêmement utile dans ces cas, ainsi que dans d’autres qui paraissent provenir de la même cause. J’ai vu aussi les bains de mer et les cataplasmes faits avec l’eau de mer produire de bons effets. |

Les médecins du Lock-Hospital emploient l’eau des affineurs d’or comme topique, et elle se montre utile dans quelques cas. Le D” Fordyce recommande de faire boire du jus d'orange à grandes doses, et j'ai vu ce moyen produire quelquefois de bons effets. Dans quelques cas, le mézéréon est extrémement utile (*).

® (*) Hunter fait observer avec raison qu'il faut, dans le traitement des bubons, s'occupér non-seulement de la cause spécifique à laquelle ils peuvent être dus, mais enucore de toutes les autres circonstances dont ils s’'accompagnent souvent et qui, dans quelques cas, méritent seules de fixer l’attention, soit d’une QU BIOS lorsque le bubon non vitulent est entièrement sous leur dépendance, soit SRRÉrPREnE pendant le temps qu’elles constituent un épiphénomène grave, Pour revenir ensuite

au traitement spécial de l'affection virulente, quand on a fait disparaître les complications; Mais, ce point établi, et fidèle à sa doctrine, Hunter ne cherche plus qu'à reconnaître la quantité de mercure à faire absorber et les voies les plus convenables à cet effet. Aux observations pratiques de Hunter, j'ajouterai les propositions suivantes : Me

Il faut éviter le développement des bubons. Pour cela, à tout individu affecté d’un des accidents primitifs qui peuvent y donner lien, on doit recommander le repos le plus absolu possible, tant général que des organes malades.

On doit chercher la guérison la plus rapide des accidents qui précèdent ordinairement les bubons, attendu que tant qu’ils persistent, le bubon peut se développer.

Dans le traitement des aecidents précurseurs des bubons, il faut éviter les excitants généraux et les irritants locaux ; cependant, d’après ce que nous avons dit autre part relativement à la cautérisation des chancres, il ne faut pas que cette règle empêche d'employer les moyens curatifs nécessaires. |

Dès qu’un engorgement glandulaire suspect s'annonce, il faut en tenter le plus tôt possible la résolution.

Les moyens les plus puissants et qui agissent au début comme abortifs, sont le froid, la compression, la cautérisation médiate, les mercuriaux.

- La glace réussit souvent tout à fait au début. Si, sous son influence, la tumeur prenait du volume ou devenait douloureuse, il faudrait de suite en suspendre l'emploi, qui serait alors plus nuisible qu’utile.

La compression est un puissant moyen abortif; elle se fait à l’aide de bandes roulées ou de bandages. On a proposé, dans ces derniers temps, l'emploi d’une brique chaude qui agit en même temps par son poids et par le calorique sur la tumeur. Pour que la compression soit utile, il ne faut pas qu’elle détermine de douleur, Un fait à noter, c’est qu'il est rare de voir des bubons se développer sous un bandage bien fait, chez les individus affectés de hernies.

Une méthode qui a récemment occupé l'attention des praticiens, et qui a été signalée d’abord par M. Malapert, et ensuite par M. Renault, consiste à tenter la ré— solution rapide des bubons par une sorte de cautérisation des téguments qui les couvrent, Cette cautérisation se pratique en couvrant la tumeur d’un vésicatoire, et en appliquant ensuite sur la surface de la peau privée de son épiderme, un plumasseau de charpie, imbibé d’une solution de vingt grains de sublimé corrosif par once d’eau. Ce plumasseau est laissé environ deux heures en contact avec la surface vésiquée, pour être plus tard remplacé par un cataplasme de farine de graine de lin laudanisé. À la chute de l’escarre, et selon son degré de profondeur et les effets produits, on répète l'application de la solution de sublimé, eu seulement on se contente de toucher la surface dénudée à l’aide d’un pinceau qui en est imbibé. VE

Cette méthode active est loin de donner des résultats heureux aussi fréquents qu’on a bien voulu le dire, Comme dans le plus grand nombre des cas où ou l’a employée, le diagnostic rigoureux de la nature intime de l’engorgement répux bubon, n'avait pas pu être fait, il est probable, et je pourrais même dire certain, que le plus grand nombre des guérisons obtenues sont arrivées dans des circonstances simples et de non virulence. Cela n’est pas indifférent à noter, attendu qu’alers on peut guérir par d’autres moyens bien moins désagréables que cette cautérisation toujours trèsdouloureuse, et presque constamment suivie de cicatrices disgracieuses et indélébiles.

Le cautère actuel, soit objectif, soit direct, ne doit jamais être employé dès le début, non plus que le cautère potentiel et le séton, préconisés encore dans ces derniers temps. RNA y

Lorsque l'accident qui précède le bubon réclame l'emploi du mercure; ce remède -peut prévenir le développement du bubon, comme aussi à titre de résolvant héroïque et d’antiphlogistique actif, il peut agir d’une manière efficace dès le début d’un en-

gorgement glandulaire quel qu'il soit, Ce n’est donc que dans les cas de contre-indi« cations positives qu'on doit se priver de cette ressource dans le traitement abortif,

La meilleure voie d'absorption, dans les circonstances particulières qui nous occupent, est la peau. Il faut bien, comme le veut Hunter, chercher autant que possible, pour l'administration du mercure en frictions, les relations entre les bouches absorbantes et les ganglions malades ; mais la précision ici est souvent impossible, et même inutile, car il suffit de se servir des surfaces cutanées voisines des points malades, qui offrent une étendue suffisante, et qui surtout ne sont le siége d'aucune irritation locale qui puisse. s'opposer à l’absorption, Un moyen auquel j’accorde beaucoup de puissance, et que j'emploie dès le début dans un grand nombre de cas de bubons indolents; comme aussi à une époque plus avancée, quand il n’y a pas d’inflammation, c'est le yésicatoire, pausé ensuite deux fois par jour avec un demi-gros d’ouguent mercuriel double, et recouvert d’un cataplasme de farine de be » qu’on renouvelle trois ou quatre fois par vingt-quatre heures.

Si le bubon continue à se développer, qu'il soit virulent ou non, il faut, sil s'accompagne de symptômes d’acuité, lui opposer ur traitement antiphlogistique d’une énergie appropriée. Parmi les agents antiphlogistiques, qu'il est ici inutile d’énumérer, les sangsues jouent ordinairement le principal rôle. Sous le point de vue de leur application, il faut les poser d'autant moins près de la tumeur, que celle-ci est plus voisine de la suppuration, dans les cas surtout où l’on doit croire à la virulence, car, dès que le bubon est ouvert, les piqüres des sangsues ne tardent pas à s’inoculer et à passer à l’état de véritables chancres, qui donnent alors une étendue considérable et très-fÂcheuse à la maladie.

Dès que la suppuration est formée, si on croit avoir affaire à un bubon virulent , et que la marche ait été aiguë, il devient tout à fait inutile de tenter la résolution, Quels que soient les moyens qu'on emploie, si les parois du foyer sont des surfaces de . chancre , et que le pus contenu soit virulent, la résolution n’est plus possible, et les prétendues transpirations purulentes obtenues par les méthodes de MM. Malapert et Renault ne sont que des ouvertures en crible où en arrosoir, pratiquées par le caustique à la surface de la peau qui recouvre le foyer purulent. Si on a pu quelquefois obtenir la résolution de bubons abcédés, ce n’a pu être qu’alors qu’il s’agissait de suppuration simple. Dans les cas douteux, où l’on croirait devoir, par crainte d’une cicatrice, ou pour satisfaire à la pusillanimité du malade, chercher la résos lution après la formation du pus, il ne faudrait insister que tout autant que le foyer ne prendrait pas trop d'extension, et que surtout la peau ne serait déja pas trop amincie.

Contrairement donc au conseil donné par Hunter, on doit, dans la grande majorité des cas, ouvrir de bonne heure, pour éviter les ravages inévitables qui résultent de l’incarcération du pus virulent.

Lorsqu'un. bubon est indolent, soit de prime abord, soit consécutivement à l’état aigu, ou à l’état sub-aigu, encore plus fréquent, les antiphlogistiques sont plus rare- : ment applicables. Les moyens signalés dans le traitement du début, ou dans la mé-

thode abortive, trouvent ici leur emploi. C’est surtout dans le bubon indolent induré, compagnon fréquent et régulier du chancre induré, qu'on reconnaît l’action toutepuissante du traitement par le vésicatoire et l'onguent mercuriel, aidé de l'usage des frictions ou d’un traitement intérieur, selon l'état général de la peau ou des voies digestives. Une combinaison bien souvent efficace dans le traitement du bubon indolent, consiste à continuer le vésicatoire, l’onguent mercuriel et les cataplasmes,

tant qu’on obtient de l’amélioration ; mais dès qu’il y a un statu quo, on laisse sécher le vésicatoire pour recourir à la compression, qui est à son tour continuée tant qu’elle produit de la diminution, et abandonnée de nouveau, si elle reste sans effet, pour revenir au vésicatoire : ainsi de suite jusqu’à guérison ou état stationnaire.

Les bubons indolents indurés, qui ne cèdent pas aux moyens que je viens de signaler, ne sont pas ordinairement sous la seule dépendance de la syphilis; le plus ordinairement, surtout dans les bubons profonds, c’est à d’autres causes, et en particulier aux scrofules , qu'il faut les imputer. Si les moyens communs appliqués au traitement des scrofules, les amers, les préparations iodurées, le quinquina, les toniques de toute espèce à l’intérieur, combinés avec un régime et une habitation convenables, restent sans effet, bien qu’aidés des applications directes des fondants, tels que les pommades avec l’iodure de plomb, l’hydriodate de potasse, la pommade stibiée, la cautérisation avec la pommade de Gondret, les bains alcalins, iodurés, ou de mer, on peut avoir recours à l’extirpation des ganglions malades, ou en déterminer la destruction , soit par simple suppuration, soit par le caustique.

Mais la dissection n’étant pas toujours facile , ou même possible, c’est aux derniers moyens qu'on a le plus souvent recours. Les maturatifs ou suppuratifs ordinaires sont trop peu énergiques pour réussir ici; aussi en cherche-t-on ordinairement de plus puissants. Les trochisques escarotiques, peut-être trop abandonnés de nos jours; le séton , vanté à tort outre mesure comme moyen nouveau ; l'écrasement ou broiement des ganglions malades, un peu trop douloureux et surtout pas assez sûr, que l’on doit à l’ingénieux et savant M. Malgaigne, peuvent, ainsi que le cautère actuel, trouver dans ces engorgements glandulaires rebelles, un temps d’aphplication en désespoir de cause. Mais comme moyen plus certain et d’un maniement plus facile, je préfère la pâte de Vienne : avec ce caustique, on emporte les deux tiers de l'étendue de la peau qui couvre les ganglions malades, puis à la chute de l’escarre, qu’on hâte par l’usage du basilicum ou d’un autre digestif, on attaque successivement, couche par couche , les ganglions indurés, en augmentant de prudence en même temps qu’on gagne en profondeur, pour s'arrêter aux hmites accessibles ou que bornent des parties qu'on doit ménager. Par cette méthode, on va ordinairement très-vite, et les ganglions profonds se résolvent à mesure qu’on détruit les plus superficiels. Toutefois il est des engorgements réputés d’abord bubons vénériens, qui ont subi de telles dégénérations, qu'ils n’appartiennent plus au cadre dans lequel nous devons rester , et qui ne constituent plus que des écrouelles incurables ou des altérations carcinomateuses, que ni le fer ni le feu n’empêchent d’entrainer la mort.

Quoi qu’il en soit, lorsque les bubons indolents suppurent , la résolution est encore possible, et, dans tous les cas, il ne faut pas autant se hâter d’évacuer le pus. Dans ces bubons , plus souvent simples que virulents, on peut un peu plus se fier à la sup puration intérieure, comme propre à fondre le reste de l’engorgement, que dans le cas de bubons aigus. | k

La suppuration dans les bubons est ordinairement facile à reconnaître ; mais quel-. quefois elle se fait dans les plans profonds, et alors, quoique très-abondante, elle ne franchit les masses indurées qui la couvrent qu’en traversant des espèces de cheminées, qui ne se décèlent à la surface que par de petits points fluctuants et mous, qu’entoure un cercle adhérent et plus dur.

Dès qu’il faut ouvrir un bubon, on doit chercher à éviter le plus possible les difformités d’une cicatrice trop étendue. On doit donc avoir pour règle de ne faire que de très-petites ouvertures, à moins que le contraire ne soit nécessité par l'abondance de la suppuration, le décollement , l’amincissement considérable et l’altération trop grande de la peau. Dans quelques cas on a pu préférer plusieurs ponctions à une incision trop étendue. Ce u’est guère que dans les bubons indolents et dans lesquels

on veut produire en outre un certain degré de stimulation, qu’il faut recourir aux

caustiques pour donner issue au pus. Les escarotiques sont préférables, quand on. doit détruire la peau, trop altérée pour qu’on puisse espérer le recollement, et cela

surtout dans les bubons virulents , la section de la peau par les caustiques exposant

moins aux inoculations consécutives des lèvres de la plaie que celle faite par l’instru-

ment tranchant.

Quoiqu'il en soit, dans quelques circonstances de bubons avec décollement considérable, l'application répétée de vésicatoires , après l'ouverture, a pu amener la cicatrice, sans la nécessité de l’ébarbement ou de la résection, surtout en ayant le soin de remplir le foyer de poudre de cantharides pendant quelques jours de suite, et jusqu'a production de bons bourgeons charnus.

Du reste, après l'ouverture d’un bubon, le foyer est ou simple ou virulent. Dans

ce dernier cas, on a affaire à un véritable chancre, et c’est au traitement du

chancre qu'il faut avoir recours.

P, Rrcorpn.

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