‹ Traité de la syphilisChapitre 57 sur 70 · CHAPITRE TI · texte numérisé non relu

CHAPITRE TI

DE LA SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE ( lues venerea.)

La syphilis constitutionnelle , ainsi que je l'ai déjà fait observer, reconnaît pour cause l'absorption de la matière virulente, qui est portée dans Ja circulation commune. Cette forme de la maladie, à laquelle j'ai donné le nom de constitutionnelle (*), se montre beaucoup plus compliquée que la gonorrhée et le chancre, soit dans ses effets, soit dans les différentes manières dont elle peut être contractée. En général, elle a sa source dans les affections locales que j’ai décrites précédemment, et dont le pus est absorbé et porté dans la constitution. Il paraît que le pus vénérien peut pénétrer dans la constitution consécutivement à son application pure et simple, et sans avoir produit d’abord l'un ou l’autre des effets locaux ci-dessus mentionnés, ainsi que je lai dit en traitant de la formation des bubons; mais cela ne semble avoir lieu que lorsqu'il est appliqué sur certaines parties du corps, comme le gland, que l’on peut appeler des surfaces semi-internes. Je crois qu’il ne peut être pompé par les vaisseaux absorbants de la peau saine (**), mais mA ne fais ici qu’exprimer une opinion. *

Il peut être porté également dans la constitution . avoir été appli-

(*) Le mot constitutionnelle n’est point, à proprement parler, celui qui convient pour désigner l'affection qui nous occupe. En effet, une maladie constitutionnelle est une maladie dans laquelle toutes les parties du corps agissent morbidement d’une

LS 24 \ a! . À .

seule et même manière, comme dans les fièvres de toute espèce, soit sympathiques, soit primitives. Mais le poison vénérien paraît être seulement répandu dans tous les liquides en circulation, et forcer, si l’on peut ainsi dire, certaines. parties du corps à contracter l’action vénérienne, action qui est parfaitement locale et qui se manifeste dans diverses parties en suivant une succession régulière en rapport avec le degré plus où moins grand de susceptibilité des parties pour cette action morbide. Il n’y a donc qu’un petit nombre de parties qui agissent en même temps, et un sujet pent

E q 5 Ps» uJ être affecté constitutionnellement de cette manière, bien que presque toutes ses » 406, E fonctions s’accomplissent d’une manière parfaite. J. HunTEr. (**) Ici se trouve dans lédition de Home : « Au moins je n’en connais aucun

exemple. x

SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE. 515 qué sur des ulcères communs, bien qu’il ne rende pas nécessairement ces ulcères vénériens. Il peut aussi pénétrer par une plaie, comme il a été déjà dit, mais je crois qu'il produit toujours préalablement une ulcération RE la plaie.

On a admis beaucoup d'autres modes d'infection, mais je crois que c’est à tort, et il est probable que ces hypothèses ont eu pour origine lignorance ou la fraude , deux grandes sources d'erreurs dans la maladie qui nous occupe. | Ê

Il est très-probable que l'infection générale se fait dès le début de la maladie locale, surtout quand celle-ci est un chancre, En effet, dans la plupart des cas, il y a moins de chances pour que l'infection se produise plus tard, parce que le malade se soumet ordinairement à un traitement, qui, en général, pose une barrière à l'infection. Si cette dernière pouvait prendre naissance pendant tout le temps du traitement, les parties seraient infectées à des époques différentes, et elles contracteraient l'action morbide dans des temps divers, chacune suivant le moment où elle aurait reçu linfection, et cela même dans les parties qui sont similaires tant sous le rapport de leur nature que sous tous les autres. Mais comme ces parties similaires ne présentent guère de différence relativement à l’époque où l’action vénérienne s’y manifeste, il est raisonnable de supposer qu "elles ont recu l'infection dans le même temps ou à peu de chose près, et que par conséquent aucune infection n’a lieu pendant la durée du traitement , bien qu’on puisse admettre que la faculté d’absorp- . tion est aussi énergique alors qu’en tout autre temps.

Lorsque l'infection dépend d’une gonorrhée dans le traitement de laquelle le mercure n’a pas été employé, on peut s'attendre à observer cette différence relativement à l’époque d'apparition des symptômes constitutionnels dans les parties similaires. Mais comme l'infection générale est très-rare après cette maladie, il n’est pas probable qu’on observe de grandes variétés par suite de cette cause. Toutefois, c’est un point qui mérite d’être éclairci, et l’on pourrait y parvenir en observant un grand nombre de faits.

Sans prétendre fixer d’une manière exacte les proportions diverses suivant lesquelles la syphilis constitutionnelle s'établit consécutivement aux trois modes d'infection énumérés ci-dessus, je crois pouvoir avancer, d’après ma pratique générale et mon expérience , que pour un sujet qui contracte l'infection générale de la première manière, c'est-à-dire, sans qu'il y ait d'effets locaux de produits, il y en a cent qui la contractent de Ja seconde manière, c’est-à-dire, consécutivement à une gonorrhée; et que Pour un qui se trouve dans le second cas, on en trouve cent où la troisième cause, c’est-à-dire le chancre, a agi. Sur cinq cents hommes qui’ ont commerce avec des femmes infectées, peut-être n’en est-il pas un seul qui contracte la syphilis constitutionnelle de la première manière; de même sur cent qui ont de semblables relations n’en est-il pas un qui la contracte de la seconde; tandis qu'il n’y en a pas un sur cent qui pût échapper au troisième mode d'infection, en admettant qu’on n’eût pas

ou

recours aux moyens capables de prévenir l'infection, c’est-à-dire, au traitement ordinaire du chancre (*).

(*) La syphilologie, comme toutes les autres branches dela pathologie, a detouttemps

subi sa part d'influence des doctrines en vogue. A toutes les époques, quand un grand

système a régné, les sÿphilographes se sont RUN e de mettre à la mode du jour les traités précédents. N

Tantôt, dans ce que Hunter a désigné sous le nom assez généralement adopté de syphifis constitutionnelle, dans ce qu’on a aussi appelé accidents secondaires, consécutifs, généraux, vérole confirmée, etc. , on a donné au virus les vaisseaux blancs pour moyen de transport, et la graisse pour réservoir; tantôt, au contraire, on l’a placé dans l’ensemble des humeurs, comme le fait Hunter, ou on luia assigné le sang pour véhicule unique, soit qu’il y soit resté en suspension sans mélange intime, soit qu'il ait imprimé à ce liquide une profonde modification. D'un autre côté, tandis que le solidisme n’a cherché que des altérations organiques matérielles et sans l'intermédiaire des humeurs viciées, quelques métaphysiciens de cette école et des vitalistes purs n’ont voulu voir que des effets sympathiques ordinaires, ou le résultat d’un fluide électro-syphilitique expansif. |

Mais sans nous perdre dans le champ des hypothèses, desquelles notre siècle, plus positif, tend de plus en plus à s'éloigner, à côté des propositions principales de Hunter, je placerai les propositions suivantes :

La syphilis constitutionnelle est le résultat de l'absorption matérielle du virus syphilitique.

L’expérimentation, l’analogie et l'observation rigoureuse, ont prouvé que c'était par l'absorption veineuse et le mélange direct au sang que l’empoisonnement général avait lieu, soit que celle-ci eût été ou non précédée de l’absorption par les lymphatiques.

Il ne peut pas y avoir d'absorption sans ulcération préalable. Le chancre est l’antécédent obligé, quels que soient les symptômes qui le dévoilent ou le masquent. Depuis Bernardin Tomatino, les assertions de Hunter, de Fabre, de Bell, etc., n'ont rien prouvé en faveur de la vérole constitutionnelle d'emblée. Il n’est pas une observation qui, avec nos connaissances du jour, ne soit contestable. Les chiffres proportionnels de Hunter prouvent que le fait exceptionnel qu’il croyait avoir observé, n’était qu’un fait apocryphe on mal expliqué.

Ce n’est que pendant la gestation, et par voie d'hérédité, que la syphilis consti-. tutionnelle peut être transmise de la mère à l'enfant, sans pere primitif pré Mple pour £elui-ci.

L’expérimentation a prouvé qu’il n’y avait aucun tempérament, ou aucune idiosyncrasie réfractaire à l’action primitive du virus syphilitique.

L'observation la plus attentive a démontré, contrairement aux assertions de Hunter et aux fauteurs des mêmes doctrines, que certaines constitutions se refusaient absolument à l’empoisonnement général, soit seulement à certaines époques de la vie, soit toujaurs et dans des conditions physiologiques, hygiéniques, ou pathologiques qu’on ne peut ordinairement apprécier que par Fabre de toute induration lors de l’existence d’un chancre.

Il y a trois choses à considérer dans la syphilis constitutionnelle : la prédisposition individuelle, relative ou absolue, et sans laquelle l'empoisonnement ne saurait avoir lieu; la diathèse, ou la modification que le tempérament a subie par le fait de cet empoisonnement, modification particulière et qui peut persister plus ou moins longtemps sans manifestation; et enfin la cachexie à ses divers degrés, ou la production des accidents consécutifs proprement dits.

Si les dogmes de la médecine humorale étaient à jamais perdus, l’histoire de la sy«

$ I. De la nature des plaies ou ulcères qui dérivent de la syphilis constilutionnelle.

Le sang étant infecté par son contact avec du pus syphilitique véritable, on pourrait naturellement supposer que les effets locaux qui sont le

philis suffirait pour les réhabiliter. En effet, dans cette maladie le sang se charge du principe toxique, et cherche par toutes les voies à s’en débarrasser ; mais les cribles uaturels qu’il traverse ou les émonctoires qu’il se crée, soumis alors à une nutrition vicieuse , s’infectent et.s’altérent d’une manière successive et Her et en quelque sorte par ordre de vitalité.

Cependant, pour le développement des symptômes constitutionnels ; il faut quelque chose de plus que la diathèse syphilitique, car, sous son influence seule, on peut rester longtemps sans production d'accidents secondaires, et la manifestation de ceux-ci dans des points différents, sur divers individus ou sur un seul, à différentes époques ou dans un même temps, prouve la nécessité de causes adjuvantes,

I faut donc que l'intégrité des fonctions soit accidentellement rompue, pour que, sous l'influence de la diathèse syphilitique, il survienne des symptômes secondaires, que des' conditions physiologiques, hygiéniques, ou thérapeutiques peuvent retarder ou définitivement empêcher.

Aujourd’hui qu’un grand nombre d'accidents primitifs sont abandonnés à euxe mêmes sans traitement, on peut mieux observer l’époque d'apparition et la filiation régulière des symptômes de la syphilis. Lorsque rien n’entrave ou ne dérange la mar-

che de la maladie, elle se compose toujours de trois périodes, savoir : de l'accident primitif, suite de la contagion directe et susceptible de s’inoculer sans pouvoir se transmettre par voie d'hérédité; des accidents secondairés, conséquences de l’absorption et transmissibles par voie d’hérédité, sans qu’ils soient inoculables; et enfin des accidents tertiaires, qui non-seulement ne s’inoculent plus, mais qui ne sauraient se transmettre par voie d’hérédité avec leur physionomie spéciale, et qui, en vertu d’une sorte de dégénérescence ou d’une modification de la syphilis, sont peut-être une des sources les plus fécondes des scrofules.

Les accidents primitifs se montrent tout de suite après la contagion et dans le temps d'évolution que j'ai autre part indiqué; les secondaires arrivent rarement avant la

troisième semaine qui suit l'apparition des accidents primitifs, et plus rarement en-

core après le sixième mois; tandis que les tertiaires ne paraissent presque jamais

avant le sixième mois et peuvent ne se manifester pour la première fois qu'après plusieurs années.

Lechancreetses diverses modifications ou variétés constituent les accidents primitifs.

Aux accidents secondaires se rapportent certaines affections de la peau, de quelques points des muqueuses, ainsi que de leurs dépendances; et des états pathologiques particuliers des yeux, des testicules, des gauglions Iymphatiques, etc. Enfin des altérations spéciales du tissu cellulaire sous-cutané ou sous-muqueux , des tissus fibreux et osseux et des organes profonds, éomposent les accidents tertiaires. Si l'on était en droit d'admettre un temps d’incubation dans les maladies syphilitiques, comme l’entendait Jacques Catanée, on ne pourrait considérer comme tel que celui qui sépare l’accident primitif des symptômes cowstitutionnels,

Un traitement convenable de l'accident primitif peut à tout jamais détruire la diathèse, et empêcher la production des accidents secondaires et tertiaires. Très-. souvent après la guérison du premier, il n'arrête que les seconds, ce qui explique chez les malades qui ont pris du mercure, la production tardive des maladies du périoste ou des os, sans le chaïnon intermédiaire qui a dû manquer. -

résultat de cette infection, doivent étre de même nature que les effets locaux primitifs d’où ils tirent leur origine; mais d’après l'observation et l’expériencé, j'ai tout lieu de croire qu'il n’en est rien.

Si l’on approfondit ce sujet, on voit d’abord que les effets locaux qui dérivent de la constitution sont tous d’une seule espèce, c'est-à-dire que ce sont tous des ulcères, quelle que soit la surface sur laquelle ils se manifestent, que ce soit la gorge ou la peau. Or, il n’en est point ainsi dans l'application locale du pus de la gonorrhée et du chantre; les effets produits par cette application varient suivant la nature des surfaces. Si le pus qui a pénétré dans la constitution agissait en vertu des mêmes principes spécifiques que celui qui est appliqué à la surface du corps, il produirait des gonorrhées lorsqu'il attaquerait des conduits muqueux, et des ulcères ou des chancres quand il exercerait son action sur d’autres surfaces : mais on n’a jamais démontré qu’il eût existé une gonorrhée ayant son point de départ dans la constitution, bien qu’on l'ait soupconné. En effet, on a considéré comme provenant d’une infection constitutionnelle quelques gonorrhées , dont l’origine n’était pas bien claire et qui n’avaient pas cédé facilement aux moyens ordinaires de traitement. Lorsque la syphilis constitutionnelle affecte la bouche ou le nez, on la considère toujours comme produisant un véritable chancre. Cependant, même dans ces cas, les ulcères syphilitiques diffèrent beaucoup des chancres dans leur mode d'apparition. Le véritable chancre, ainsi que je l'ai dit, produit une inflammation considérable, qui amène rapidement la suppuration et qui souvent s'accompagne d’une vive douleur ; les effets locaux qui émanent d’une infection constitutionnelle sont lents

dans leurs progrès, s’accompagnent de peu d’inflammation et ne sont que

rarement ou jamais douloureux, si ce n’est dans certaines parties. Toutefois, cette lenteur dans l’évolution des effets du poison est plus ou moins prononcée suivant la nature des parties qui deviennent malades ; car lorsque ce sont les amygdales, la luette, ou le nez, qui sont affectés, les progrês de la maladie sont rapides, et l'aspect extérieur des ulcères se ropproche plus de celui du chancre que lorsque l’action morbide a la peau pour siége; cependant je ne crois point que l’inflammation soit aussi intense dans ces ulcères que dans les chancres qui s’ulcèrent avec une vitesse égale,

L'accident primitif, une fois guéri, ne peut pas se reproduire à moins d’une nouvelle contagion. Les accidents secondaires et tertiaires peuvent se montrer à plusieurs reprises et à des temps différents, pendant des périodes qu’on ne saurait limiter.

Ce n’est que dans les cas où il y a eu des traitements faits ou des répétitions, qu'on

a pu observer une interversion apparente dans l’ordre de succession des accidents

secondaires et tertiaires.

Après la production des accidents constitutionnels, les conditions dathésiques peuvent avoir cessé, soit spontanément et par le vis naturæ, soït par le fait d’un traitement approprié, et les accidents persister encore sous l'influence de circonstances purement locales, comme je l'ai dit en parlant des végétations, et comme on lobserve dans beaucoup de cas de maladies des os en particulier. P, Rico».

On a supposé que tous les liquides qui sont sécrétés du sang infecté peuvent être altérés au point d’être virulents, et qué les parties de la génération, qui sont naturellement exposées à subir l’influence du virus :vénérien , dans son application primitive, sont sujettes de mémé à souffrir ses ravages dans son retour sur ces parties après avoir parcouru Pensemble de l’économie. Ainsi, on a supposé que les testicules et les vésicules séminales peuvent être affectés par la maladie; que le-sperme peut devenir vénérien, communiquer la maladie à d’autres personnes, et même, dans Pacte de la fécondation, produire un fœtus vérolé. Mais toutes ces hypothèses sont sans fondement; autrement, chez un sujet atteint de syphilis constitutionnelle, aucune surface de sécrétion ne serait exempte de gonorrhée, toute plaie serait un ulcère vénérien, Contrairement à toutes ces idées, les sécrétions sont les mêmes qu’auparavant; et si une plaie est produite dans une partie Saine par toute autre cause que l'affection syphilitique, cette plaie n’est point vénérienne, et le pus n’est point virulent, bien qu’il soit sécrété du même sang que le pus des ulcères vénériens.

On peut objecter contre ma doctrine; la salive des chiens enragés, qui est une sécrétion naturelle rendue virulente. C’est un phénomène dont il est facile de se rendre compte, et l’on pourrait à plus juste titre s’en servir pour étayer l’opinion que je défends. Chez le chien enragé, les glandes salivaires sont le sjége d’une irritation qui est particulière à Phydrophobie; mais les autres sécrétions naturelles du même animal ne peuveñt pas communiquer l'infection, parce que les organes qui les produisent. ne sont pas susceptibles de la même irritation spécifique.

On suppose que l’haleine et la sueur portent avec elles la contagion syphilitique; on croit que le lait des mamelles peut contenir le poison vénérien, et affecter l'enfant qui le suce. Mais plusieurs raisons renversent ces hypothèses. D’abord , Pobservation apprend qu’aueune sécrétion n’est affectée par ce poison, à moins que l'organe séerétant n'ait été préalablement affecté par l’inflammation ou irritation vénérienne, ou nait contracté son mode spécifique d'action. En outre, si l'organe sécrétant était infecté de manière à produire un pus semblable à celui qui est fourni par un ulcère de la gorge, ce pus ne serait point virulent, et ne posséderait point la faculté de communiquer la maladie , ainsi que je le démontrerai plus amplement ci-après. Enfin, le véritable pus vénérien, lors même qu’il est ingéré dans l’estomac, n’affecte ni ce viscère , ni la constitution, mais est digéré, ainsi qu’on le voit évidemment dans les deux observations suivantes :

Un homme atteint de chancres qui suppuraient abondamment, avait l'habitude de se laver les parties malades dans une tasse à thé, avec du lait dont il imbibait un peu de charpie, et il laissait ordinairement la charpie avec le lait dans la tasse. Un petit garçon de la maison déroba le lait, et le but; mais on ne put savoir si la charpie avait été avalée ou non. Le malade ne fit connaître ce qu’il en était ni à l'enfant ni à sa famille; mais à l'insu de celle-ci, il surveilla très-attentivement la santé

de cet enfant pendant plusieurs années. Il ne survint rien qui pût donner le moindre soupcon qu'il eût été affecté de la syphilis, soit localement, dans l’estomac, soit constitutionnellement. |

Un autre malade était atteint d’une violente gonorrhée, remarquable par l'intensité de l’inflammation et l’abondance de l'écoulement. Il avait aussi une cordée, qui était très-pénible pendant la nuit, Afin de rafraîchir les parties et de les tenir propres, il avait auprès de son lit un petit bassin rempli de lait, dans lequel, quand la cordée était trop douloureuse , il plongeait sa verge ou la lavait. Il répétait fréquemment cette opération pendant la nuit. Pendant qu’il était atteint de cette maladie, il laissa coucher avec lui une jeune femme qui était accoutumée à avoir auprès de son lit un bol de thé, qu’elle buvait le matin avant de se lever. Malheureusement, elle se trompa un matin, et avala le lait au lieu du thé. Cet événement ne fut connu que lorsqu’elle se leva, c’esta-dire, au bout de cinq ou six heures. On m'envoya chercher immédiatement, et en même temps elle s’efforca de vomir, mais sans pouvoir le faire. Je prescrivis de Pipécacuana qui opéra lentement. Elle vomit, mais ce ne fut que plus de huit heures après avoir bu le lait, et elle ne rendit rien autre chose que de l’écume, des mucosités ou de l’eau; le lait avait été digéré. Je surveillai attentivement les suites de cette méprise, mais il ne survint rien d’extraordinaire, au moins pendant plusieurs mois (*).

On suppose aussi que le fœtus renfermé dans la matrice d’une mère vérolée peut recevoir d’elle l'infection. Je suis très-porté à en douter, tant à cause de ce que l’observation nous a appris sur les sécrétions , que parce que le pus qui est produit par l’inflammation syphilitique constitutionnelle n’est point capable de communiquer la maladie. Toutefois, on conçoit que l'enfant, dans le sein de sa mère atteinte de la syphilis, puisse être affecté, non, il est vrai, par suite de la maladie de sa mère, mais par une partie du même pus qui a infecté la mère et qui a été absorbé par elle; ce pus, en effet, soit après avoir fait naître l’action syphilitique dans les tissus de la mère, soit sans avoir produit cette action, peut être porté à l’enfant tel qu’il a été absorbé, et développer chez lui la même action morbide qu’il a développée ou qu'il eût développée chez la mère.

On a été plus loin encore. On a supposé qu’un enfant infecté de cette manière peut communiquer l'infection aux mamelles d’une femme saine en la tetant; voyons si cette transmission est possible. Il est à remarquer que le sang même d’un sujet syphilitique n’a aucune qualité contagieuse,

(*) Ces deux observations, conformes à tout ce qu’on sait de positif sur le mode de transmission de la syphilis et à ce qu'a prouvé l'expérimentation, sont bonnes à rappeler, à une époque où on a accueilli, sans commentaire, l'observation d’un homme qui, pour se venger de sa femme infidèle et punir son amant, imagina de lui communiquer une blennorrhagie en Jui faisant prendre du lait auquel, tous les matins, il ajoutait du muco-pus blennorrhagique, provenant d’un écoulement qu’il avait contracté à cette seule fin! P. Ricorp.

et ne peut par l’inoculation donner la maladie à un sujet sain, Si ce sang pouvait faire naître dans une plaie saine l’inflammation syphilitique , aucun sujet ayant la matière vénérienne en circulation, c’est-à-dire, ayant la syphilis constitutionnelle , ne pourrait éviter un ulcère vénérien toutes les fois qu'il serait saigné ou qu’il se ferait une égratignure avec une épingle; les petites plaies ainsi produites se transformeraient en autant de chancres. En effet, que le pus vénérien soit placé à la pointe d’une lancette ou d’une épingle, les piqûres faites avec ces instruments deviennent des chancres (*).

(*) Hunter a parfaitement raison, lorsqu'il affirme que les accidents secondaires de la syphilis sont différents des accidents primitifs; mais cette différence est moins dans la forme matérielle que dans la qualité des sécrétions morbides. En effet, l’ass pect d’un ulcère, son siége, l’époque de son apparition , le plus ou moins d’inflammation qui l'accompagne, et l'appréciation du mode d'action de la cause présumable qui le produit peuvent souvent tromper; mais les qualités du pus inoculable, dans le seul cas d'accidents primitifs, ne tromperont jamais pour établir la différence. Qui oserait, aujourd'hui, dire que les effets locaux de la syphilis constitutionnelle sont d’une seule espèce, et toujours des ulcères lents dans leur marche et indolents, tandis que les accidents primitifs qui, selon le siége, se montrent ou sous la forme de la blennorrhagie, ou sous celle du chancre, s’accompagnent constamment dans leur marche plus rapide, d’inflammation et de douleur ? En effet, quand on réfléchit bien à ce que j'ai déja eu occasion de dire relativement aux accidents primitifs, à la die versité des tissus que peut affecter la vérole constitutionnelle, et aux formes secondaires ou tertiaires qui peuvent résulter du siége, des fonctions physiologiques des organes devenus malades, de la période à laquelle on observe l'accident, des complications possibles et des influences imprimées par une foule de modifications souvent appréciables, mais quelquefois inconnues, on reste convaincu que la règle générale posée par Hunter est susceptible de trop d’exceptions pour n'être pas mise en doute bien souvent. c

Ce qui est vrai, c’est que les humeurs, dans la vérole constitutionnelle, ne jouissent pas des mêmes propriétés que le pus de l’ulcère primitif, qui seul peut s’inoculer. Ainsi, comme l’a très-bien démontré Hunter, ni le sang, ni la salive, ni le lait, ni les sueurs, ni le sperme d’une personne infectée ne peuvent contaminer les tissus sur lesquels on les dépose; et comme complément des excellentes raisons et des bonnes observations de Hunter, j'ajouterai les résultats encore plus positifs de l’expérimentation : l'inoculation, dans ces cas, a toujours été négative. Si on a pu croire à l’existence de faits opposés à cette doctrine, c’est que ces faits avaient été mal appréciés , quelle que soit l'autorité du nom qui les appuie, pas même celle de Bell. Sans doute que de la salive ou du sperme qui, en passant sur un ulcère primitif, s’imprègne de

pus inoculable, pourra donner lieu aux résultats de J'inoculation ; mais, sans ce mé- lange direct indispensable, il resterait sans effets. *

Cependant le sang qui fournit les mêmes résultats est le véhicule du virus que produit l'accident primitif. Mais comme nous l'avons vu ailleurs, dès que le virus est eutraîné par la circulation sanguine, il subit une modification en vertu de laquelle il ne peut plus s’inoculer, et s’il agit alors sur l'individu lui-même, ce n’est en quelque sorte qu’en passant par le crible des organes, qui ne s’affectent, dans cette nutrition vicieuse, qu’en raison de certaines susceptibilités inhérentes, soit à leur structure, soit à leur siége, à leur fonction, ou soit encore, et le plus ordinairement, en vertu des causes adjuvantes nécessaires sans lesquelles aucun accident n’a lieu; causes qui

$ IT. Comparaison du pus qui est fourni par les ulcères de la syphilis constitutionnelle avec celui qui provient des chancres et des bubons.

Quand le pus a affecté la constitution, il produit consécutivement, dans diverses parties du corps, plusieurs effets locaux qui consistent en une espèce d’inflammation, ou au moins dans un accroissement d’action qui donne lieu à une suppuration sui generis. On suppose que le pus qui est produit par, ces inflammations, semblable à celui qui provient de la gonorrhée ou du chancre, est également virulent et syphilitique. Je crois que cette opinion n’a jamais été repoussée : et au premier abord, on pourrait être porté à admettre que le pus en question est réellement syphilitique, car, d’un côté, le pus vénérien en est la cause productrice, et d’un autre, c’est le même agent thérapeutique qui guérit les deux maladies; ainsi, le mercure guérit le chancre et la syphilis constitutionnelle; cependant, cette circonstance n’est point une preuve décisive, car le mercure guérit plusieurs autres maladies que la syphilis. Mais d’un autre côté, il existe plusieurs raisons puissantes pour croire que ce pus n’est point vénérien. Il y a un fait curieux qui démontre que ce pus n’est point vénérien, ou que s’il l'est, il n’a pas la faculté d’agir, à certains égards, sur le même individu où dans les mêmes conditions de la constitution , de la même manière que le pus qui est produit par un chancre ou par une gonorrhée : lorsque le pus produit par ces dernières affections est absorbé, il détermine généralement la formation d’un bubon, ainsi qu’on la vu plus haut; mais jamais on n’observe qu’il naisse un bubon de l’absorption du pus provenant d’un ulcère qui dépend d’une syphilis constitutionnelle, Par exemple, lorsqu’il y a un ulcère vénérien dans la gorge, il ne se forme aucun bubon dans les glandes du cou; lorsqu'il y a des ulcères vénériens sur les bras, ou même des nodus en suppuüration sur le cubitus, on ne voit survenir aucun gonflement des glandes de Vaisselle; au contraire, ces gonflements glandulaires ont lieu si l’on applique du pus vénérien récent sur un ulcère commun du bras, de la main ou des doigts. Aucune tuméfaction ne se manifeste dans les glandes de l’aine consécutivement aux nodus ou aux taches syphilitiques des Jambes et des cuisses. On peut supposer que ces ulcères ne donnent lieu à aucune absorption; mais une telle supposition ne me paraît nullement fondée.

expliquent l'époque du développement, le siége relatif, la forme, etc, des symptômes secondaires chez les différents individus.

Par le fait encore de l’empoisonnement du sang, et sous l'influence d’ une nutrition viciée, on explique, comme le présentait bien Hunter, malgré ses doutes, la transmission de la syphilis coustitutionnelle dé la mère à l'enfant ; transmission aujourd’hui prouvée et incontestable, car elle est démontrée par l’observation simple et directe des faits, et n’a pas besoin, comme dans le cas d’hérédité directe du père à l'enfant, sans que la mère ait été ostensiblement malade, de garanties uniquement morales fournies par celle-ci et qu’on peut très-souvent contester.

| P. Ricorp,

Dans les cas d'infection générale, lé mode d’irritation ou l’action des parties affectées diffère beaucoup du mode d’irritation ou de l’action morbide qui est propre au chancre, à la gonorrhée, ou au bubon, car les symptômes constitutionnels s’accompagnent à peine d’inflammation, tandis que les symptômes primitifs en présentent généralement une intense.

On pourrait croire qu’un sujet dont la constitution est réellement et universellement affectée par la syphilis ne peut étre affecté localement par du pus de même nature. Mais il paraît résulter des expériences suivantes , que le pus d’une gonorrhée ou d’un chancre peut affecter localement un homme qui est déjà atteint de syphilis constitutionnelle; et que le pus fourni par des ulcères vénériens qui ont leur origine dans la constitution ne jouit point de la même puissance,

Un homme avait été affecté longtemps de la maladie vénérienne et avait salivé plusieurs fois; cependant la maladie éclata de nouveau. Il entra à l'hôpital Saint-George, présentant un grand nombre d’ulcères syphilitiques constitutionnels. Avant de le soumettre à un traitement mercuriel, je fis l’expérience suivante : je recueillis un peu de pus de l’un des ulcères sur la pointe d’une lancette, et je fis sur la région dorsale, dans un endroit où la peau était lisse et saine, trois petites plaies assez profondes pour qu’il sortit un peu de sang. Ensuite, avec une lancette propre je fis une quatrième plaie semblable aux trois premières. Ces quatre plaies occupaient les quatre angles d’une surface carrée. Elles guérirent toutes également, et il ne resta de traces d’aucune d'elles.

Cette expérience, que j'ai répétée plus d’une fois, et toujours avec le même résultat, démontre qu’un sujet atteint de syphilis Constitution nelle ne peut être affecté localement par le pus qui provient des ulcères produits par cette maladie, Maïs voulant savoir si le pus vénérien primitif peut produire des chancres sur un sujet syphilitique, je fis l’expérience suivante :

Un homme qui avait des taches vénériennes ulcérées sur plusieurs parties du corps, fut inoculé sur les parties saines de la peau avec du pus dun chancre et avec du pus provenant de ses propres ulcères. Les plaies où l’on avait introduit du pus fourni par un chancre devinrent des chancres; mais les autres se guérirent. Voilà donc une constitution syphilitique qui a pu étre affectée localement par du pus syphilitique récent. J’ai répété également cette expérience plusieurs fois, et toujours avec le même résultat.

Je fis inoculer un malade, à l'hôpital Saint-George, avec du pus recueilli sur un ulcère vénérien de la gorge bien caractérisé et avec du pus provenant d’une gonorrhée. Les effets furent semblables à ceux de l'expérience précédente, c’est-à-dire, que le pus provenant d'une gonorrhée produisit un chancre, mais que celui qui avait été pris sur l’ulcère de l’amygdale ne produisit rien. |

Une femme, âgée de 26 ans, entra à l'hôpital Saint-George, fe 21 août 1782, portant des ulcères sur les jambes et des taches sur le

corps. Son mari lui avait communiqué la maladie vénérienne en décembre 1781. Elle avait présenté alors pour symptômes, un écoulement vaginal et un léger gonflement des glandes de l’aine, accompagnés de douleur. Elle avait pris quelques pilules qu’on supposa être des pilules mercurielles. En février 1782, environ trois mois après l’infection, l'écoulement s'arrêta; mais la tumeur glandulaire , qui n’avait cessé de s’accroître graduellement depuis sa première apparition, était alors en pleine suppuration. La malade employa localement un onguent qui lui fut donné par son mari, et au bout de deux mois, en avril 1782, l’affection locale se guérit. Après la guérison du bubon, l'écoulement vaginal se reproduisit, et elle fit usage des pilules qu’elle avait prises précédemment, mais en plus grande quantité. Après cette époque, il lui survint des taches sur tout le corps; quelques-unes qui.étaient situées sur les jambes, sur les bras et sur les mamelons, s’ulcérèrent. Deux jumeaux qu’elle eut à huit mois, en mars 1782, lorsque le bubon était en voie de cicatrisation, portaient des taches sur le corps au moment de leur naissance, et moururent bientôt après. Une petite fille d'environ deux ans, qu’elle allaitait, était aussi couverte de taches quand elle entra à l'hôpital.

Pour constater si les ulcères secondaires de cette femme étaient contagieux, c’est-à-dire, si le pus provenant de ces ulcères pouvait produire les effets spécifiques du pus vénérien, je lui inoculai du pus recueilli sur un de ses propres ulcères et du pus provenant d’un bubon développé chez un autre malade qui n’avait point encore fait usage de mercure. Cette expérience fut faite le 18 septembre 1782. Le 19, la piqûre dans laquelle on avait inoculé du pus provenant de la malade elle-même , était devenue douloureuse trois heures après l’inoculation, et elle s’enflamma un peu le jour suivant. L'autre ne s'était pas enflammée du tout.

Le 20 septembre, les deux piqûres avaient suppuré, et offraient l’aspect extérieur d’une pustule variolique; elles s’étendirent considérablement , et s’accompagnèrent d’une vive inflammation. Celle qui avait recu le pus appartenant à la malade se guérit sous l'influence des cataplasmes ordinaires et des onguents sans mercure; mais l’autre, bien que traitée de la même manière, resta dans le même état, s’accompagnant de beaucoup de douleur et d’inflammation.

Le 22 septembre, l’enfant fut inoculé avec du pus provenant de ses propres ulcères et avec du pus ordinaire. Les deux piqûres s’enflammerent légèrement, mais ni l’une ni l’autre ne suppura.

La mère et l'enfant furent placés, le 21 octobre 1782, dans la salle destinée aux traitements mercuriels. L'enfant ne prit point de mercure. On crut remarquer que ses gencives devinrent un peu malades, et ses taches se guérirent. Pendant que la mère faisait usage du mercure, l'ulcère produit par l’inoculation prit une marche favorable et tous les symptômes vénériens disparurent. ;

Que conclure de ce fait? Les taches étaient-elles vénériennes ? Toutes les circonstances connues de l’histoire de cette maladie nous portèrent

SYPHILIS CONSTITUTIONNÉLLE. . 525 à le penser, et cette opinion fut corroborée par l'influence du traitement. Si elles étaient réellement vénériennes , on trouve dans cette observation une preuve à l’appui de ma doctrine, qui admet que les symptômes constitutionnels de la syphilis ne produisent point un pus semblable à celui d’où ils tirent leur origine. Si elles n’étaient pas vénériennes , alors nous n'avons aucune règle absolue pour diriger notre jugement dans les cas de cette espèce. |

On a pensé et affirmé d'après l'observation, que des ulcères formés dans la bouche d’un enfant par suite d’une syphilis constitutionnelle que l'on a supposé provenir de ses parents, peuvent faire naître la même maladie sur les mamelons de la femme qui lui donne à teter; c’est-à-dire, que les enfants seraient infectés par leur mère ou par leur père ayant. la maladie sous forme de syphilis constitutionnelle , ‘ce dont je me suis efforcé de démontrer l'impossibilité. Si l'infection était possible une seule fois de cette manière, elle serait possible un nombre de fois indéfini (*). Ê

Je ne sais jusqu’à quel point les observations qui servent de base à l'opinion ci-dessus mentionnée ont été faites avec assez d’exactitude pour détruire celles que j'ai faites moi-même dans la vue de découvrir la vérité. Mais ayant soumis à une investigation plus attentive quelques-uns de ces cas qui étaient considérés comme vénériens par la plupart des hommes de Part, il m’a paru évident qu’ils ne l’étaient point. Expliquer ce qu’ils étaient, ce serait entrer dans l’étude de maladies étrangères à notre sujet. L'observation suivante contribuera à diminuer notré confiance dans les récits de ces cas prétendus vénériens.

Avant de rapporter cette observation, je vais d’abord donner quelques renseignements qui s’y rattachent directement.

Il s’agit d’un enfant que l’on supposait avoir communiqué la maladie vénérienne à sa nourrice. Ses parents étaient mariés depuis douze ans quand il naquit. Son père était un mari très-tendre, et sa mère était une femme douce et très-affectueuse. Le père avait eu une gonorrhée vénérienne deux ans avant son mariage, c’est-à-dire, quatorze ans avant la naissance de l'enfant. Neuf mois environ après leur mariage, ils eurent un premier enfant, et plusjard un second, qui tous deux avaient une belle santé au moment de leur naissance et sont encore dans les mêmes conditions. La santé de la mère s’affaiblit, et à sa troisième grossesse, elle fit une fausse couche à la fin du cinquième mois. Le quatrième enfant naquit à sept mois ; il était petit, faible, et était à peine recouvert d’épiderme ja venant au monde. Immédiatement après sa naissance, il fut atteint d’une violente dyssenterie qui le fit mourir en peu de jours, ie son Corps fut us par moi. Toute la peau ne présentait presque qu une ue excoriée ; les intestins offraient de l’épaississement et des traces d’une forte inflammation. A force de soins, cette femme réussit à porter pi cinquième enfant jusqu’au huitième mois, et l’on conçut l'espoir qu’elle pourrait

(*) Voyez les notes de la partie VIT.

aller jusqu’à terme, et que cet enfant serait mieux portant que le précédent. Au moment de sa naissance l’enfant était très-chétif, mais il ne présentait aucune maladie appréciable. Quelques jours après sa naissance, son corps se couvrit dans un grand nombre de points de vésicules remplies d’une espèce de liquide, et qui en se rompant laissaient écouler un pus clair. Les mêmes vésicules se formèrent dans l’intérieur de la bouche. On administra du quinquina à la nourrice. On fit avaler à l'enfant du quinquina daus du lait, et l’on fit sur son corps des fomentations avec une décoction de quinquina. Mais trois semaines après sa naissance, l'enfant mourut. |

Quelques semaines après la mort de cet enfant, le mamelon (*) de la nourrice et son aréole s’enflammèrent, et il s’y forma des ulcères à base circonscrite. On traita ces ulcères par des cataplasmes, mais sans succès. La malade se plaignit aussi d’avoir mal à la gorge; mais la sensation morbide accusée par elle avait son siége si bas dans le pharynx, que l'on ne put constater s’il existait une affection locale. Les glandes de Vaisselle se tuméfièrent, mais elles ne suppurèrent point. La malade s'adressa à un médecin qui, d’après le récit qu’elle lui fit, affirma que sa maladie était vénérienne, et qu’elle avait donné à teter à un enfant pourri. Il lui ordonna de faire des frictions sur les jambes et sur les cuisses avec dix pots d’onguent mercuriel, dont huit avaient été employés lorsque je la vis, et alors, sa bouche était grièvement affectée.

Ces faits vinrent à la connaissance de la famille, qui prit l’alarme. Le mari alla de chirurgien en chirurgien et de médecin en médecin , demandant s’il était possible qu’il eût conservé en lui la maladie vénérienne pendant quatorze ans, sans en avoir jamais offert un seul symptôme pendant tout ce temps, et s’il était possible qu’il donnât le jour maintenant à des enfants atteints de la syphilis, quand ses deux premiers enfants étaient parfaitement sains. Il voulait aussi savoir si sa femme pouvait avoir gagné la maladie de lui dans de telles conditions, et si elle pouvait mettre au monde des enfants atteints de cette maladie, bien qu’elle-même n’en eût jamais présenté un seul symptôme.

Si l’on considère toutes les circonstances ci-dessus mentionnées comme des faits réels, on doit en conclure qu'il n’y avait rien de syphilitique dans le cas en question. Mais comme elles ne pouvaient être établies d’une manière absolue, il doit rester du doute dans l'esprit, et il y a encore quelque chose à prouver. |

Examinons maintenant le résultat de ce cas. Lorsque je vis la nourrice pour la première fois, sa bouche était grièvement affectée par le mercure. Je désirai que Pott la vit avec moi, et nous fûmes d’avis tous deux que les ulcères situés sur le mamelon et à l’entour n'étaient point vénériens. Mais il fut allégué que comme elle avait pris du mereure, on devait attribuer à cetie circonstance l’absence de tout caractère syphilitique dans les ulcères. On administra le quinquina et la salsepareille

(*) Elle n'avait qu'un sein qui donnât du lait.

SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE. 527 mais les ulcères ne changèrent ni en bien ni en mal, et la bouche ne s’améliora point par la cessation de l’emploi du mercure. Je prescrivis la ciguë, mais ce médicament ne parut avoir aucun effet. En même temps, une éruption se manifesta sur la peau; la peau des mains et des doigts se détacha, les ongles des doigts et des orteils se séparèrent, et il se forma à leur racine des ulcères qui furent considérés par plusieurs médecins comme syphilitiques. Mais je repoussai cette opinion en considérant que quelques-uns de ces ulcères apparaissaient dans le temps même où la constitution était saturée de mercure, tandis que d’autres disparaissaient sans que l’on continuât l’usage de ce médicament. Nous soupçonnâmes que le genre de vie de la malade contribuait beaucoup à la continuation de sà première maladie et était la cause productrice des nouveaux symptômes, car elle était pâle et abattue. On lui conseilla d'entrer à l’hôpital, ce qu’elle fit. Dès qu’elle fut couchée dans un lit bien chaud , qu’elle eut une alimentation bonne et saine, son état commença à s'améliorer, et au bout d'environ cinq ou six semaines elle était grasse et presque entièrement rétablie; seulement lulcère qui était situé vers la racine de l’ongle du gros orteil n’était point cicatrisé; mais ce retard provenait évidemment de ce que la racine de cet ongle, qui était détachée , agissait comme un corps étranger. La malade quitta l'hôpital avant l'entière guérison de cet ulcère, et ayant repris sa vie misérable, elle eut une récidive de Paffection morbide de la bouche; cependant, elle finit par se rétablir sans avoir recours de nouveau au mercure. |

Je reviendrai sur cette observation quand je traiterai des maladies qui ressemblent à la syphilis.

Le cas suivant est une nouvelle preuve que l’on considère souvent comme vénériennes des maladies qui ne le sont point en réalité.

Un homme avait depuis quelque temps des taches sur la peau; le visage, des bras, les jambes et les cuisses en présentaient en plusieurs endroits ; elles étaient à diverses périodes d'intensité. Dans cet état, il

vint me consulter, et je dois avouer que ces taches avaient une apparence très - suspecte. Je lui demandai ce qu’il pensait de ces taches; ième répondit qu’il les croyait vénériennes. 11 n'avait point eu d’affec-. tion syphilitique primitive depuis plus d’un an. ses taches existaient . depuis plus de six mois. Comme cet espace de temps était suffisant pour qu’on eût pu faire sur ces taches des remarques plus propres à éclairer sur leur nature que leur simple aspect, je m'informai si parmi celles qui s'étaient montrées les premières, il y en avait qui eussent disparu au moment où il me consultait, et il me répondit que cela était arrivé à plusieurs ; je lui demandai de me faire voir les endroits où ces dernières avaient été placées, et ces parties ne m'offrfirent qu’un simple changement de coloration, semblable à celui qu'on observe communément après la cicatrisation de tous les ulcères superficiels. Alors, je Loi déclarai que ses taches n'étaient point vénériennes , GE, si elles l’eussent été, aucune n’aurait disparu. Il napprit alors qu’il avait fait usage

de mercure, et ce renseignement me força de pousser plus loin mes investigations. Je lui demandai donc si, tandis qu’il prenait du mercure, plusieurs des taches les premières formées s'étaient guéries : la réponse fut affirmative; si la guérison de ces taches avait été attribuée au mercure : la réponse fut affirmative également; si, tandis qu’il prenait du mercure qui avait paru en guérir quelques-unes, celles qui existent maintenant. avaient pris naissance : cela était arrivé, en effet; combien de temps il avait fait usage du mercure : il en avait fait usage pendant six mois. Je déclarai de nouveau que ces taches n’étaient point vénériennes et qu’elles ne l'avaient jamais été. Je lui demandai enfin quelle était actuellement l'opinion de son chirurgien, et il me répondit qu'il considérait cette affection comme vénérienne et qu’il se proposait de continuer l'emploi du mercure. Je lui conseillai de ne prendre aucune espèce de médicament, de vivre bien, en évitant tout excès, et de revenir me voir au bout de trois semaines. Il revint, en effet, à cette époque, et il était parfaitement bien; seulement la peau présentait une légère altération de couleur dans les 'points qui avaient été occupés par les taches. Il me demanda alors ce qu'il lui restait à faire. Je l’engageai à aller prendre des bains de mer pendant un mois. Il suivit mon conseil; à son retour il était sain et bien portant, et il est resté depuis dans les .«mêmes conditions de santé (*).

(*) Édition de Home : « Rien n’est plus évident que les inconvénients qu’il y a à donner du mercure, quand l'affection n'est pas vénérienne, pour céder aux désirs du malade; en effet, c’est confirmer ses soupçons, nuire à sa constitution, et, quand le traitement échoue, lui donner à penser que sa maladie est incurable, puisque les symptômes n'auraient pas cédé au seul médicament capable, dans son opinion, de les dissiper. » j

Ainsi qu’on a pu le voir dans des notes précédentes, les nombreuses expériences que j'ai faites confirment celles de Hunter. Le pus fourni par les accidents secondaires ne s’inocule pas. J'ai bien souvent rencontré des individus ayant en même temps des ulcères de syphilis constitutionnelle, une blennorrhagie sans chancre urétral, et. un chancre d’une autre région à la période de progrès, et, tandis que les ulcères se» condaires et la blennorrhagie donnaient des résultats négatifs, par l’inoculation, le pus du chancre produisait la pustule caractéristique déjà si bien observée par Hunter.

Les accidents secondaires sont rarement accompagnés d’engorgements glandulaires voisins; mais il y a des exceptions à cette règle, et souvent, pour certaines régions , l'engorgement des glandes précède ; pour la peau du crâne, par exemple, l’'engorgement des glandes cervicales.

Les accidents secondaires sont essentiellement vénériens; le chancre seul peut y donner lieu : seulement la cause subit ici une modification par laquelle, en perdant ses qualités inoculables, elle acquiert la propriété de se transmettre par voie d’hérédité,

Quand on sait la facilité avec laquelle les accidents primitifs se propagent de proche en proche par l'écoulement du pus virulent, ou par transport à l’aide des | ougles, en se grattant ou autrement, on peut se rendre aisément compte d’un graud notmbre de cas d'accidents réputés secondaires , et qui doivent de nécessité fournir

$ HI. De l'opinion qui considère comme critiques les effets locaux qui émanent de la constilution. — Fièvre symptomatique.

Il n’est point certain que les éruptions ou les effets locaux de la syphilis constitutionnelle soient le résultat d’un effort de la nature pour se délivrer de cette affection morbide. J’ai dit que la gonorrhée pourrait bien être produite en vertu d’une loi générale de l’économie, qui consisterait en ce que celle-ci s’efforcerait de se débarrasser de toute irritation au moyen d’un écoulement, et j'ai ajouté que, dans cette hypothèse, la perte de substance qui est causée par le chancre serait destinée à remplir la même intention, bien‘qu’en définitive le but ne soit atteint ni dans un ças, ni dans l’autre, parce que la nature n’a point de ressources préparées contre le poison vénérien. Mais je ne sais si l’on peut admettre un pareil effort, dans la syphilis constitutionnelle. S’il en était ainsi, on pourrait attribuer Ti Art de la constitution à se délivrer de cette maladie à la même cause que j'ai signalée quand j'ai traité des accidents vénériens primitifs, c’est-à-dire, qu’on pourrait supposer que le pus formé ici est vénérien , aussi bien que celui qui est produit par les accidents primitifs, de sorte que ce pus, étant absorbé par la surface même qui l’a sécrété, comme cela a lieu dans le chancre, pourrait entretenir la maladie constitutionnelle. Si cette théorie était l'expression exacte de la vérité, la syphilis serait bien différente de plusieurs autres maladies spécifiques ; en effet, si plusieurs maladies spécifiques se guérissent d’elles-mêmes, c’est que Pirritation qui leur est propre ne peut durer au delà d’un certain temps, et, en outre, pour un certain nombre d’entre elles, que les malades ne sont pas susceptibles de les contracter une seconde fois, comme on le voit pour la petite vérole. Sans cette double circonstance, toute personne qui aurait contracté une fois la petite vérole en serait toujours affectée. En effet, d’après une première supposition, savoir, que la maladie serait entretenue par l’absorption de son propre pus, et d’après une seconde qui admettrait que lirritation ne s’use point, le malade ne serait jamais délivré de la maladie, ou bien la maladie se renouvellerait d’une manière indéfinie, puisque le pus

du pus inoculable. Cela surtout est plus commun chez les enfants qu’on ne le pense ; et explique les observations dans lesquelles ils ont transmis la syphilis à leur nourrice. Ajoutez à cela que chez les jeunes enfants, les accidents primitifs sont plus rapidement suivis des accidents secondaires, et qu'ils éprouvent très-vite la transformation in situ qui leur donne l'aspect des tubercules muqueux, aspect que les chancres du mamelon ne tardent pas non plus à prendre chez les nourrices, On a ainsi l'explication rationnelle du plus grand nombre de ces problèmes, si souvent insolubles quand on ne sait pas les analyser et qu’on se laisse tromper par des maladies étrangères à la vérole, pour les enfants, ou par des gercures des seins plus ou moins irritées, chez les nourrices, au point même de déterminer des engorgements des gauglions axillaires; sans compter encore les cas où les deux individus (uourrice . et cpporrison) sont LÉR éalablement infectés et s'accusent réciproquement plus tard, P, Rrcorp.

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