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sécrété par le malade lui-même lui communiquerait la maladie une seconde fois, puis une troisième fois, et ainsi de suite (*).
Mais la matière vénérienne, quand elle a pénétré dans la constitution, donne naissance à une irritation qui a la propriété dé se perpétuer indépendamment de toute continuation de l'absorption, et à laquelle la constitution n’a nullement la puissance de résister; dé sorte que les progrès de la syphilis constitutionnelle ne s’arrêtent point. Cette circonstance fournit peut-être les meilleurs signes distinctifs de la syphilis constitutionnelle. En effet, on retrouve souvent une imitation de ses ulcères et de ses taches dans d’autres maladies qui, n'ayant pas la même propriété, sé guérissent dans la partie qu’elles occupent actuellement pour reparaître dans d’autres ; les maladies qui sé comportent ainsi indiquent d’elles-mêmes qu'elles ne sont pas vénériennes, Cependant, parce que des maladies ne se guérissent point d’elles-mêmes et ne cèdent qu'à l'emploi du mereure, il ne faudrait pas toujours en conclure qu’elles sont vénériennes, bien que cette circonstance réunie à d’autres donne une forte présomption qu’elles le sont (*).
Les altérations locales de la syphilis constitutionnelle s’accompagnent ordinairement de fièvre, d’agitation ou d’insomnie, et souvent de céphalalgie. Mais je crois que ces symptômes se manifestent plus particulièrement quand la maladie affecte les parties du second ordre, savoir, de périoste et les os (pag. 160) , bien qu’on les observe quelquefois quand es parties du premier ordre, c’est-à-dire, la peau, la gorge ou le nez, sont malades. Ces symptômes proviennent-ils de ce que les irritations locales affectent la constitution? sont-ils purement sympathiques ? Quelle qu’en soit la cause immédiate, ils ne disparaissent jamais que lorsque les irritations locales sont détruites. Cette fièvre ressemble d’abord beaucoup à Ja fièvre rhumatique; et au bout d’un certain temps, elle participe beaucoup de la nature de la fièvre hectique.
Ces symptômes se manifestent souvent indépendamment de toute action locale, et sans en être accompagnés ; il est très-difficile alors de reconnaître la véritable nature de la maladie, et dans les cas qui ne sont pas susceptibles d’une démonstration bien claire , il faut rassembler et étudier avec soin toutes les circonstances. Plusieurs de ces symptômes cèdent à l'emploi du mercure, et c'ést peut-être la seule circonstance qui puisse nous porter à admettre qu’ils dépendent de la présence du virus syphili-
(*) Cette considération suffit pour démontrer l'impossibilité de voir deux fois la variole chez le même sujet, si ce n’est après un certain intervalle de temps, pourvu que la première éruption ait été complète; car si la constitution n’était pas modifiée par une première variole, de manière à n’être plus susceptible de la même irritation, les malades la contracteraient une seconde fois immédiatément après la cessation de la première. Joun Hunrer.
(f*) On sait positivement que des accidents secondaires caractéristiques, non-seulement peuvent guérir par d’autres moyens que par le mercure, mais que souvent ils disparaissent seuls, dans un point, pour se reproduire dans un autre, et cela à plusieurs reprises et pendant des temps plus ou moins longs, P, Ricorn.
SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE. 531 tique (*). Ce qui paraît, il est vrai, s’élever contre cette manière de voir, c’est que, le plus souvent, il suffit, pour la guérison de ces symptômes, d’une quantité de mercure beaucoup moins considérable que celle qui est nécessaire pour la guérison des affections vénériennes locales. Mais si le mercure les guérissait toujours, il importerait peu de savoir quel nom on doit leur donner. La question qui est digne d’être éclaircie, c’est celle de savoir si le poisoh vénérien, quand il a pénétré dans la constitution, produit toujours, ou seulement dans certains cas, des effets locaux. Il est certain qu'il produit ces effets en général; mais il n’est pas certain qu’il puisse causer seulement des symptômes constitutionnels, tels que la perte de l'appétit, l’amaigrissement, la débilité, l'insomnie et une fièvre qui finit par prendre le caractère de la fièvre hectique. Il n’est pas plus certain qu’il puisse produire des actions morbides locales, seulement par irritation ét sans altération de la structure des parties irritées, comme seraient la toux, une sécrétion morbide des bronches, la diarrhée , la céphalalgie, des nausées, des douleurs sémblables aux douleurs rhumatismales dans diverses parties du corps, symptômes qui ne dépendraient pas de l’évolution d’une altération de tissu comme dans les nodus commençants. Si de tels symptômes se présentaient, il faudrait s’en rapporter entièrement à l’histoire de la maladie, et prononcer selon les probabilités. Les maladies de cette espèce sont soumises moins souvent à l’observation des chirurgiens qu’à celle des médecins, à l'attention desquels je les recommande vivement.
La fièvre qui est consécutive à l'irritation vénérienne, de même que la plupart des autres fièvres, trouble la constitution, qui, sous cette
influence, souffre d’une manière conforme à sa tendance naturelle. Elle
peut produire des gonflements glandulaires dans plusieurs parties du corps , et il est probable que plusieurs des nodus qui se forment pendant la durée de cette fièvre ont en elle leur point de départ. De même que tous les effets morbides analogues, quelle qu’en soit la cause, ces aceidents locaux ne participent pas de la nature de la maladie qui les a fait naître, car ils ne sont point vénériens. Ils ne se manifestent que dans les constitutions très-susceptibles d’une telle action, lorsque la cause prédisposante est forte, et probablement dans les saisons qui sont les plus propres à produire cette action morbide, la disposition m’attendant
‘plus alors qu’une cause immédiate pour se transformer en action. Les
affections de cette espèce se dissipent d’elles-mêmes quand cesse la cause prédisposante, comme la saison (**).
(*) Il est bien entendu que la circonstance d’une gonorrhée ou d’un chancré qui
aurait existé antérieurement ne doit pas être considérée comme une preuve bien forte. Joux Hunrre.
(**) Ici, dans ce qu'il appelle les symptômes généraux où sympathiques, Hunter a quelquefois pris l'effet pour la cause , comme dans ce qui à trait au nodus. En effet, on voit bien plus souvent les nodus se développer sans fièvre, que précédés de ce symptôme, dans la succession régulière des accidents syphilitiques, P. Ricorp.
$ IV. La syphilis primitive et la syphilis constitutionnelle n’exercent jamais l'une sur l'autre aucune influence.
J'ai fait observer, en traitant de la gonorrhée et du chancre, que lorsque ces deux formes de la maladie se développent chez le même malade , l'une des deux n’accroît point les symptômes de l’autre, et n’en retarde point la guérison. De même, lorsque le chancre ou la gonorrhée et la syphilis constitutionnelle s’établissent chez le même sujet , les deux affections n’exercent l’une sur lautre aucune influence réciproque, soit pour les symptômes, soit pour la guérison.
Pour mettre davantage en lumière la pensée que je viens d’exprimer, je rappellerai que si, chez un homme qui a une gonorrhée, il survient un chancre au bout de quelques jours , l’apparition du chancre n’augmente ni ne diminue la gonorrhée, De même, si un homme est atteint d’une gonorrhée ou d’un chancre, ou de tous les deux, et qu’il survienne chez lui une syphilis constitutionnelle comme conséquence de l’une ou de l’autre de ces deux affections primitives, la gonorrhée ou le chancre n’en reçoit aucune influence. Qu'un homme atteint de syphilis constitutionnelle contracte une gonorrhée ou un chancre, ou les deux, ces dernières affections n’exercent aucune influence sur la syphilis constitutionnelle, et leurs symptômes propres n’en sont point plus graves. La guérison de chacune des affections prise isolément n’est point retardée par la présence de l’autre; en effet, la gonorrhée est guérie aussi facilement quand il y a des chancres que quand il n’y en a point, lors même qu’on ne dirige aucun moyen thérapeutique contre ceux-ci; et le chancre peut être guéri localement indépendamment de la gonorrhée. En outre, la gonorrhée, le chancre, ou les deux réunis, peuvent être guéris aussi facilement quand la constitution est infectée soit par eux, soit antérieurement à leur manifestation , que lorsque le sujet est dans un état parfait de santé; mais le chanére a cet avantage, que la constitution ne peut être guérie sans qu'il le soit en même temps.
Il est vrai que la gonorrhée et le chancre, ainsi que je l’at dit plus haut, agissent l’un sur l’autre de telle sorte, que l’un peut jusqu’à un certain point prévenir la manifestation de l’autre; mais je ne crois pas que cette influence réciproque agisse dans la curation de ces deux maladies. Cependant, je concçois la possibilité d’un tel résultat, en considérant que chacune de ces deux maladies peut agir comme un dérivatif par rapport à l’autre, sans accroître son propre mode spécifique d’action.
6 Y. De la prétendue terminaison de la syphilis constitutionnelle en d’autres maladies.
Jamais la syphilis constitutionnelle ne se mêle ou ne se confond avec d’autres maladies, jamais elle ne se termine en une autre affection; au moins cela est-il extrêmement rare, bien qu’on ait prétendu le contraire. En effet, la terminaison d’une maladie en une autre, ainsi que je comprends cette expression, doit toujours être la guérison de celle qui se
SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE. | 543 termine dans l’autre; or, la maladie vénérienne ne cesse jamais, tant qu'on ne lui a pas appliqué son remède propre; elle ne peut donc pas s’absorber dans une autre maladie quelle qu’elle soit.
Il est très-probable que les affections vénériennes peuvent devenir la cause de diverses autres affections. J’ai vu un chancre agir comme cause immédiate d’une inflammation érysipélateuse ; mais la maladie vénérienne ne s’est point terminée dans cette inflammation, car alors le chancre eût été guéri; l’inflammation érysipélateuse n’était pas non plus vénérienne; le chancre agit ici seulement comme un irritant ordinaire, indépendamment de la qualité spécifique de la maladie. J’ai vu un bubon vénérien devenir un ulcère scrofuleux dès que le poison vénérien eut été détruit par le mercure. Ce n’était point une affection vénérienne se terminant en une affection scrofuleuse, car, sous un tel point de vue, l'affection scrofuleuse aurait dû guérir l’autre. La maladie vénérienne semble seulement participer de la nature des troubles morbides auxquels la constitution était préalablement disposée , et avoir la faculté d’exciter à l’action les causes de ces troubles morbides. La même remarque et le même raisonnement s'appliquent également aux autres maladies. Toutefois, les symptômes ordinaires de la syphilis constitutionnelle, bien qu’en rapport jusqu’à un certain point avec l’état de la constitution, ne sont pas soumis à cette influence autant que le chancre et la gonorrhée, parce que la syphilis constitutionnelle ne s'accompagne que de très-peu d’inflammation. Or, de toutes les actions morbides, c’est l’inflammation qui participe le plus de la nature de la' constitution.
$ VI. De la distance spécifique de l'inflammation vénérienne.
J'ai déjà dit que plusieurs maladies spécifiques, ainsi que celles qui naissent d’un poison, ont leurs effets locaux limités à une certaine distance, que j’ai appelée leur distance locale spécifique. L'observation nous apprend que l’irritation et linflammation vénériennes , de quelque espèce . qu’elles soient, sont soumises à cette loi, car il est rare qu’elles s’étendent beaucoup au delà de la surface qui a recu la cause de la maladie , les parties voisines n’ayant pas de tendance à entrer en sympathie, ou ne contractant pas facilement cette espèce d’inflammation. Giess pour cela qu’on voit des gonorrhées rester pendant des semaines limitées àun seul point de l’urètre chez des hommes, et pendant des mois dans le vagin chez des femmes, sans prendre aucune extension dans l’un et l’autre cas. De même, dans le chancre, l’inflammation est bé au siége de l’ulcère et n’est point aussi diffuse que dans les cas où l’ulcère est l’effet d’une lésion commune. Ce qui prouve encore ce fait, c'est que linflammation est on confinée aux glandes de l’aine, dans les cas de bubons, jusqu’à ce qu’il s’y forme du pus; ce pus agissant alors comme un irritant ordinaire, l’irritation spécifique s’efface en partie, et l’inflammation devient un peu plus diffuse, comme il arrive dans l'inflammation commune. La même loi s'applique aux ulcères vénériens qui ont leur point de départ dans la constitution : à leur début, leur
étendue est très-peu considérable et ils sont purement locaux ; à mesure que la maladie augmente, leur largeur s’accroît, mais ils restent encore circonscrits et ne deviennent point diffus. Peut-être tous les poisons et toutes les maladies spécifiques jouissent-ils de cette propriété commune, d’avoir leur inflammation limitée et circonscrite d’une manière qui leur est propre. On observe, en effet, que dans la variole, dans la rougeole et dans la petite vérole volante, l’inflammation est circonscrite d’une manière particulière pour chacune de ces maladies. De là, on doit conclure que le corps humain, en général, n’est pas aussi susceptible des irritations spécifiques que des irritations communes, qu’on peut appeler irritations naturelles. Mais il faut remarquer aussi que, dans les constitutions très-saines, l’inflammation commune a elle-même sa distance spécifique, bien qu'elle ne soit point aussi déterminée, aussi circonscrite que celle de l'inflammation spécifique dans les mêmes constitutions. On peut done raisonnablement admettre que les constitutions très-saines sont celles qui ont le moins de disposition pour l’action inflammatoire; et, à plus forte raison, pour l’action inflammatoire spécifique. Ce qui vient à à l'appui de cette idée, c’est que plus la constitution a de facilité pour contracter l'inflammation et plus celle-ci a de tendance à s'étendre, chaque partie se montrant susceptible de cette action morbide. De même, on observe chez beaucoup de sujets que l’inflammation spécifique tend également à s'étendre; mais son extension n’est point aussi considérable que celle de l’inflammation ordinaire, d’où l’on peut conclure que l’inflammation spécifique est toujours liée à un mode d’action plus circonscrit. Je soupçonne que lorsque le corps est disposé à l'extension de l’inflammation au delà de la distance spécifique, l’inflammation est de nature érysipélateuse, ainsi que je l’ai déjà dit, et c’est une circonstance à laquelle il faut faire attention dans le traitement.
$ VIL. Des. parties qui sont le plus susceptibles de la syphilis constitutionnelle ; de l’époque à laquelle elles sont affectées, et du mode suivant lequel elles manifestent la maladie. — Ce qu'on doit entendre par infection, disposition et action. — Résumé.
Lorsque j'ai indiqué les causes qui établissehi entre les effets du même poison appliqué sur deux surfaces différentes , une différence telle, que dans ün cas il en résulte une gonorrhée et dans l’autre un chancre, j'ai dit que je ne savais pas si les surfaces similaires sont dans toutes les parties du corps également susceptibles de lirritation syphilitique primitive, car je ne. possède qu’un petit nombre d’essais comparatifs sur application directe du poison à d’autres parties que celles de la génération, Mais pour la syphilis constitutionnelle, il paraît qu’il est. des parties qui en sont beaucoup moins susceptibles que les autres ; et même, il en est plusieurs qui, autant qu’on peut en juger dans l’état actuel de nos connaissances, n’en sont pas susceptibles du tout. Jusqu’à présent, je n’ai point vu l'affection syphilitique dans toutes les parties du corps ; je ne l’ai point observée dans le cerveau, dans le cœur, dans lestomac,
SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE. 535 dans le foie, dans les reins, ni dans les autres viscères, bien que les auteurs aient décrit des cas de cette espèce. Comme l’époque d'apparition des symptômes syphilitiques constitutionnels varie suivant les parties qui en sont le siége, et que les malades cherchent ordinairement du soulagement, soit à la première, soit à la seconde manifestation, on peut supposer que toute la maladie qui S’est développée dans les parties actuellement affectées, est guérie avant que les autres parties aient eu le temps de contracter l’action morbide; de sorte que, dans ces dernières , l'affection syphilitique serait guérie à l’état de simple disposition, si lon peut concevoir que la guérison d’une maladie puisse s’opérer avant que les: parties aient manifesté l’action morbide. Mais si les parties visiblemient affectées sont guéries, tandis que celles qui n’ont que la disposition ne. le sont point, et que l’action se développe ensuite dans ces dernières, celles-ci constituent un second ordre de parties, sous le rapport de l’époque: d’appärition de la maladie; et si, les parties du second ordre étant guéries; d’autres parties qui étaient également à l’état de disposition passent à celui d'action, elles forment un troisième ordre; toujours au : point de vue de l’époque d'apparition des symptômes. On a cru voir les poumons affectés par la maladie vénérienne , tant à cause des circonstances qui avaient précédé la maladie, que parce que celle-ci avait été guérie par le mercure ; si ces viscères sont affectés par la syphilis, tandis que les aütres ne le sont pas, cela peut provenir de ce qu’ils constituent en quelque sorte une surface externe, ainsi que je l’expliquerai ci-après. C’est donc la forme constitutionnelle de la syphilis qui nous donne la susceptibilité comparative des parties pour la disposition et pour l’action syphilitiques; car on doit admettre que toutes les parties sont exposées également et en même temps à l'influence du poison. Mais bien qu’il y dit divers degrés de susceptibilité, il suffit pour la pratique d’en admettre deux, auxquels on peut en ajouter un intermédiaire; j'appellerai parties du premier ordre, cellés qui appartiennent au premier degré, et parties du: Second ordre; celles dont la susceptibilité ne vient qu’en Seconde ligne. | On ne peut déterminer d’une manière absolue si les parties qui en réalité manifestent les premières la syphilis constitutionnelle sont naturellement plus fâciles à affecter par l’irritation syphilitique, où si cela dépend de quelque autre circonstance qui leur soit propre. Il semble résulter d’un examen attentif de ce sujet, que cette manifestation plus prômpte de la maladie est due à quelque chose qui est étranger à Ja constitution et qui ne dépend pas davantage de la nature intime des parties. En effet, si l’on embrasse d’un coup d'œil toutes les parties qui sont affectées les: premières par la syphilis, quand elle est constitutionnelle, et que je suppose être les parties qui ont le plus de susceptibilité pour elle, on voit que, dans l’état récent de la maladie, ces parties sont sujettes à une affection commune; or, il y à des parties similaires qu ne sont point affectées par la maladie, et qui ne sont point sujettes à
cette affection commune. Il est très-possible que les parties du second
ordre soient naturellement aussi susceptibles de Pirritation syphilitique que celles du premier ordre; mais n’étant pas sous l’influence d’une cause excitante, elles contractent l’action plus tard. Il est probable que ce retard reconnaît aussi d’autres causes qui dépendent de la nature même des parties; si, par exemple, ces parties sont indolentes dans toutes leurs actions, elles le sont également dans celle-ci, et l’évolution de la maladie doit s’y faire plus tardivement. Cependant, les parties que j'ai appelées du premier ordre ne le sont pas dans tous les cas sans exception; quelquefois, mais rarement, les ordres sont intervertis.
On ne peut pas supposer que la différence des époques d'apparition de la syphilis constitutionnelle dans les diverses parties dépende d’une force active du poison, ni d’une direction particulière qu’il aurait suivie; elle ne peut provenir que de certaines propriétés des parties elles-mêmes. On doit accorder, en effet , que lorsque le poison vénérien a pénétré dans la circulation , il agit sur toutes les parties du corps avec la même force, c’est-à-dire , qu’il n’est déterminé par aucune force générale ou particulière de la machine animale à se rendre vers telle partie plutôt que vers telle autre ; on ne voit rien non plus dans la nature du poison qui doive le porter plus facilement dans une partie du corps que dans une autre, quand elles sont toutes dans des conditions semblables. Il faut donc reconnaître que certaines parties sont affectées plus facilement que les autres par le virus syphilitique, en vertu de circonstances qui ne dépendent ni des lois de l’économie vivante, ni des propriétés du virus, et qu’il en est qui ont une plus grande tendance que les autres à être irritées par lui.
Les parties qui sont affectées par la syphilis constitutionnelle, quand elle est dans sa première période ou manifestation, et que j'ai appelées les parties du premier ordre, sont la peau, les amygdales, le nez, la gorge, la surface interne de la bouche et quelquefois la langue (*). Quand la maladie est dans sa seconde période, le périoste, les aponévroses et les os contractent l’action syphilitique; ce sont les parties du second ordre. Peut-être les os manifestent-ils la maladie par suite de l'affection morbide de leur membrane.
Afin de pouvoir expliquer jusqu’à un certain point comment il se fait que des parties de nature si diverse, comme la peau et les amygdales, produisent les mêmes effets quant à l’époque d'apparition des phénomènes morbides, examinons s’il n’est point quelque circonstance qui soit commune à ces parties, et recherchons pourquoi elles se montrent: plus susceptibles de l’irritation syphilitique que d’autres parties, telles.
(*) La langue est très-sujette à se couvrir d’ulcères, surtout sur ses bords; ces ulcères sont rarement très-larges; ils ne présentent pas souvent non plus une surface putride ou une base indurée. On les considère ordinairement comme vénériens ; mais je crois qu’ils le sont rarement. Je ne sais si je connais suffisamment les caractères distinctifs des ulcères vénériens et non vénériens de la langue; mais je n’en ai jamais vu qu'un que j'aie soupconné d'être vénérien ou cancéreux, à cause de son aspect putride et de sa base indurée. Il céda facilement au mercure, de sorte que je supposai qu'il était de nature vénérieune, J. HUNTER,
SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE. 537 que le périoste, les aponévroses et les os, qui probablement le sont naturellement autant, quoiqu’elles n’en soient pas aussi facilement affectées.
La circonstance la plus remarquable sous le point de vue qui nous occupe, c’est qu’il est une influence à laquelle la surface externe du corps est soumise, tandis que les parties internes y sont soustraites. Cette influence c’est celle du froid, ou plutôt d’une succession de différents degrés de froid. En général, l'atmosphère dans laquelle nous vivons présente une température plus basse que la température ordinaire du corps humain (*); de sorte que la peau, etc., est continuellement exposée à une température plus froide que les organes internes. Or, il est à remarquer que les parties. qui sont le plus rapprochées du contact de l'air extérieur sont celles qui sont: le plus facilement affectées par la syphilis
et qui contractent le plus promptement l’action vénérienne.
Il est certain que le froid a une action très-puissante sur l’économie animale. Au moins paraît-il avoir une grande influence pour disposer le corps de l’homme à recevoir l'irritation vénérienne et à en manifester promptement les phénomènes morbides.
. D’après cette remarque, on peut se rendre compte de plusieurs circonstances propres à la syphilis. Ainsi, la bouche, le nez et la peau sont les partie le plus souvent affectées par cette maladie, parce que l’influence qui vient d’être indiquée leur donne plus de susceptibilité pour elle; et la même raison fait que ces organes manifestent très-promptement l’action morbide.
Si l’on admet l'exactitude de cette explication , elle rend compte également de l’évolution de la maladie dans les parties du second ordre. En effet, si le poison a porté l'infection dans les parties qui sont les premières à la fois pour la susceptibilité et pour l’époque à laquelle l'action s’y manifeste, comme les surfaces externes, il est naturel de supposer que ces parties, qui sont les plus prédisposées, contracteront l’action les premières ; les ‘parties qui sont exposées au froid en seconde ligne, et qui forment les parties du second ordre, comme les os, le périoste, etc., entreront ensuite en action. Parmi ces dernières parties, l’époque d'apparition n’est pas la même pour tous les os, ni pour toutes les parties du même os; car la maladie apparaît d’abord dans les os, et même dans les parties des os, sur lesquels l'application du froid à la peau exerce l'influence sympathique la plus puissante. Ainsi, quand les parties profondément situées, c’est-à-dire les parties du second ordre, telles que le périoste et les os, manifestent l'action morbide, ce sont d’abord celles qui sont le plus rapprochées de . la surface externe du corps, comme le péricrâne ou les os de la tête, le
(*) IL est bien entendu que cette assertion n’est pas universellement vraie; elle ne peut s'appliquer qu'aux régions froides ou tempérées; car sous la zone torride
la température de l'atmosphère ambiante est quelquefois plus élevée que celle du corps humain, Joux Hunter,
tibia, le eubitus , les os du nez, etc.; et ces parties ne se montrent pas affectées à la même époque dans tous leurs points, mais d’abord dans ceux qui sont le plus voisins de la surface extérieure. Toutefois, il paraît que pour les os ; il est une autre cause, indépendamment des vicissitudes atmosphériques, qui agit sur la manifestation de la syphilis, dans leur tissu ; car le périoste et les os eux-mêmes ne sont pas susceptibles d’ être affectés dans toutes leurs parties en raison de la proxifnité des téguments : communs. Le périosté qui recouvre les malléoles et celui de diverses articulations sont aussi rapprochés de la surface externe que plusieurs autres portions de périoste et plusieurs os qui cependant sont affectés. Mais les os qui sont couverts par ce périoste diffèrent des autres dans leur structure; ils sont d’un tissu plus mou. De cette considération il semble résulter que les os sont affectés par la syphilis, en raison composée de leur proximité de la peau et de la dureté de leur tissu, et cela me porte à croire que les o$ sont plus facilement affectés que le périoste, et que ce sont eux qui, dans le développement de cette maladie, exercent une certaine influence sur ce dernier, plutôt que lui sur eux. Cette susceptibilité des os durs pour la syphilis, paraît être en raison composée de la quantité de terre calcaire qu’ils renferment et de l'influence que le froid peut exercer sur eux.
On peut objecter à cette théorie, que la partie antérieure du tibia, etc, ne peut être en réalité plus froide que sa partie postérieure. Mais on peut supposer qu’il n’est pas nécessaire que la partie soit actuellement froide, et qu’il suffit qu’elle soit dans la sphère d’action de la sympathie qui émane de l'influence du froid. Une partie qui n’est pas actuellement froide peut étre affectée par sympathie avec une partie froide, avec moins d'intensité peut-être, de sorte qu’il lui faudra plus de temps pour entrer en action, mais de la même manière que si elle était actuellement froide: On remarque, par exemple, que quand la peau est actuellement froide, les muscles sous-jacents deviennent le Siége d’une action alternative; qui fait que nous tremblons et que nos dents claquent; et cependant ilest possible que ces muscles he soient pas plus froids alors qu’à toute autre époque, bien qu’il y ait tout lieu de croire qu'ils le sont en réalité (*), et que par là l’action de la sympathie est favorisée. De même que le froid peut affecter les actions des parties sur lesquelles il agit directement, de même aussi les parties sympathisantes sont äffectées en proportion dé leur voisinage plus ou moins rapproché des parties actuellement froides: Voilà pourquoi les parties les plus profondément situées sont les dernières à manifester l’action syphilitique.
Les parties actuellement froides manifestent les prerhières l’action morbide; viennent ensuite celles qui le sont moins; puis, celles qui sont le plus étroitement liées par la sympathie , et ainsi de suite, à moins que les parties qui sont les premières dans l’ordre de la susceptibilité n'aient été guéries d’une manière incomplète ; alors, le retour de l’action morbide
(*) Voyez Transactions philosophiques, t, LXVII, des 1, pag. 7.
SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE. 539 chez elles peut correspondre avec la manifestation de l’action morbide chez celles qui sont les secondes dans l'ordre de la susceptibilité, de telle sorte que toutes les parties soient en action à la fois. Ce qui semble fortifier cette opinion, c’est la différence qu’amène dans les effets morbides la différence des climats. Dans les climats chauds , la maladie vénérienne ne s'élève que rârement, où même jamais, au même degré d’intensité qu’elle atteint dans les climats froids. Elle est plus lente dans ses progrès et beaucoup plus facile à guérir, au moins si je m'en rapporte aux récits qui m'ont été faits Sur cette maladie observée dans les climats chauds.
Je ne sais si daïs ces derniers climats la différence qui existe entre les parties superficielles et les parties profondes , sous le rapport de l’époque d'apparition de la maladie, est la même que dans les climats froids ; mais d’après la théorie exposée ci-dessus , elle ne doit pas être aussi pronornicée.
Outre les causes déjà mentionnées, il paraît qu’il en est d’autres qui contribüént 2 à développer l’action de la syphilis constitutionnelle plus tôt que $i les choses étaient entièrement abandonnées à la seule influence de la nature de la constitution. Je crois, en effet, avoir observé des cas où la disposition syphilitique , formée antérieurement , a été transformée en action par une affection fébrile. De même que la plupart des autres maladies , pour lesquelles il existe une susceptibilité ou une disposition , la syphilis constitutionnelle peut être développée par un trouble quelconque de la constitution. Les scrofules, la goutte et le rhumatisme sont souveñt mis eh action de cette manière. |
J'äi dit que les parties profondément situées manifestent l’action syphilitique plus tard que les parties superficielles ; je ferai remarquer mdintenant que quand la syphilis constitutionnelle a été guérie suffisaminent pour que les premières actions aient été détruites, mais pas assez complétement | pour que la disposition qui à son siége dans les parties profondes , dinsi qu'il a été expliqué plus haut, ait été déracinée, la maladie n “attaque jamais une seconde fois les parties externes, c’està-dire, celles qui ont été affectées les premières; elle ne se montre que dans les parties profondes, qui sont les parties du second ordre. La raison de ce fait , c’est que les parties profondément situées ne sont pas affectées de l’action morbide dans le moment de la guérison des premières.
- Les observations suivantes, que j'ai choisies parmi un grand nombre d'observations semblables, viennent à l’appui des doctrines que j'ai exposées.
A. B. eut commerce avec une fete en janvier 1781, et deux jours après , il éprouva une démangeaison au gland; au bout de quatre jours, il téconnut des chancres sur le prépuce; il prit environ vingt grains de caloiel , ét s’adressä ensuite à un chirurgien aux soins duquel il resta confié pendant trois mois, c’est-à-dire jusqu’en avril. Se croyant alors à peü près guéri, il partit pour la campagne, emportant avec lui quelques pilules, et un mois plus tard, il se considéra comme parfaitement délivré de sa maladie. Trois mois après cette époque, c’est-à-dire en août, il
contracta un rhume et fut pris d’une fièvre intense pour laquelle on lui it prendre la poudre de James. Peu de temps après, des taches de couleur cuivrée se montrèrent sur ses jambes et il éprouva de vives douleurs dans les tibias. Sur la prescription d’un chirurgien de la campagne, il employa en frictions environ une once d’onguent mercuriel, ce qui lui causa une légère. salivation. Les douleurs cessèrent, les taches digparurent, et au bout d’un mois, il se crut encore complétement guéri. C'était en octobre 1781. En juin 1782, il eut la grippe. Environ une quinzaine de jours après, son œil gauche s’enflamma, et il fut pris de céphalalgie et de bourdonnements d’oreilles. Au bout de cinq jours, sa gorge devint douloureuse. Trois semaines après l’inflammation de l’œil, plusieurs pustules apparurent aux environs de l’anus. Ces symptômes persistèrent jusqu’à l'entrée du malade à l'hôpital Saint-George, le 21 août. Il fit des frictions avec l’onguent mercuriel jusqu’à ce que sa bouche fût affectée ; il sua beaucoup. La céphalalgie persista ; mais la maladie de l’œil, les pustules de l’anus et le mal de gorge disparurent totalement.
Il paraît que, dans ce cas, il fallait une force ou une cause additionnelle pour disposer le corps à manifester les symptômes vénériens. J'ai admis que le froid a une action puissante dans ce sens, et c’est lui, en effet, qui a agi chez ce malade, comme cause immédiate de la première manifestation de la syphilis constitutionnelle; mais une fièvre paraît avoir été également efficace pour produire la seconde manifestation des symptômes.
Ici, la disposition vénérienne resta dans la constitution depuis le mois d'avril 1781, époque où les symptômes locaux furent guéris, jusqu’en juin 1782, c’est-à-dire pendant quatorze mois; elle donna des signes de son existence, d’abord trois mois après la guérison complète des accidents primitifs, puis onze mois après cette première manifestation; et ces périodes auraient pu être plus longues si le développement des symptômes n’avait été provoqué par l'influence du froid et par celle d’une affection fébrile. G
Examinons jusqu’à quel point ce fait se trouve en harmonie avec l'opinion que j'ai émise, savoir, que l’action morbide est plus facile à guérir que la disposition. La première action, c’est-à-dire les chancres, fut parfaitement guérie par la quantité de mercure dont le malade fit usage d’abord, car ces chancres ne récidivèrent jamais. Toutefois, le pus vénérien avait produit la disposition dans la constitution, et cette disposition ne fut point guérie par la même quantité de mercure, car il parut des taches cuivrées trois mois après. Mais les parties qui avaient reçu la disposition ne devinrent pas toutes à cette époque le siége de l’action, et celles qui contractèrent alors l’action furent les seules guéries par le second traitement mercuriel, tandis que les autres, qui n’avaient pas encore manifesté cette même action syphilitique, restèrent avec la disposition, jusqu’à ce que la grippe, qui survint onze mois après , les eût provoquées à entrer enaction. La première série de symptômes syphilitiques constitutionnels fut parfaitement guérie par le second traitement
SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE. 541 mercuriel, de même que les accidents locaux primitifs l’avaient été par le premier traitement, car ils ne se reproduisirent point, pas même avec ceux de la seconde série. La seconde série de symptômes constitutionnéls parut être parfaitement guérie par le troisième traitement. Le temps” peut seul nous apprendre s’il y a une troisième série de symptômes constitutionnels dont la manifestation puisse étre provoquée également.
Ce cas prouve en outre que la seconde série des symptômes constitutionnels peut quelquefois apparaître la première , et la première se montrer la seconde. Il montre aussi combien peuvent être différents l’espace de temps qui sépare l'apparition des premiers symptômes constitutionnels de la guérison des accidents primitifs, et celui qui sépare l'apparition des seconds symptômes constitutionnels de la guérison des premiers.
Un homme contracta un chancre en mai 1781; le même mois de l’année suivante, 1782, il eut une gonorrhée; en mai 1783, sa gorge devint malade. Il n’avait eu aucune relation sexuelle depuis le mois de septembre 1782 jusqu’au mois de mai 1783, environ quinze jours avant que sa gorge devint malade, et il n’avait eu alors aucune affection locale primitive.
Lorsque je visitai la gorge de ce malade pour la première fois, j’affirmai que la maladie dont elle était le siége n’était point vénérienne; et comme il était d’une constitution hectique, je lui conseillai d’aller à Bristol. Pendant son séjour dans cette ville, il apparut à la racine de la luette un ulcère qui le fit revenir à Londres immédiatement. En voyant cet ulcère, je déclarai qu’il était vénérien. Le malade fut soumis alors à un traitement mercuriel que je supposai suffisant , et tous les symptômes parurent être guéris (*). Il partit pour la campagne vers le mois d’août , et vers le commencement de janvier 1784, c’est-à-dire quatre mois après la prétendue guérison, il éprouva de la douleur dans les tibias, qui en même temps devinrent le siége d’une tuméfaction. Ces symptômes furent combattus avec succès par un traitement mercuriel.
Dans ce cas, il y a tout lieu de supposer que la disposition syphilitique s'était établie dans les os et dans leurs enveloppes par la même cause qui avait affecté la luette ; mais la luette devint malade la première parce qu’elle appartient aux parties du premier ordre. Qu'il en ait été ainsi ou non, on doit admettre que dans les parties du second ordre, la disposition, et non l’action, existait dans le moment où la luette manifesta l’action morbide, ainsi que dans celui où le malade subit un traitement mercuriel suffisant pour guérir l’ulcère de la luette; on doit admettre aussi que cette disposition ne fut point détruite par l'emploi du mercure en quantité assez considérable pour guérir cet ulcère.
| \ L42,F AE “ . 1? LU (*) Je ferai remarquer que l’uleère vénérien seul fut amendé par le mercure; l’an
cienne excoriation de la gorge persista, ct fut ensuite guérie par Le quinquina et la
Jonx HUNTER,
Salsepareille, ;
De ce qui précède je puis tirer les conclusions suivantes, qui tendent à confirmer la doctrine exposée ci-dessus : 1° Les parties qui entourent le gosier peuvent contracter l’action syphilitique plus tôt que les os ; 2 il est probable que le mercure ne peut guérir que l'action Liliiose et non la disposition; et 8° le pus vénérien n’existe pas en substance dans la circulation quand les actions morbides des parties du second ordre ont lieu, car s’il en était ainsi, les parties du premier ordre seraient exposées à être infectées de nouveau et à entrer en action une seconde fois. En supposant que le pus vénérien existât encore dans la constitution après que les parties qui manifestent l’action morbide les premières sont guéries d’une manière absolue, de manière qu’il allât infecter les parties qui sont les secondes dans la manifestation de l’action, il en résulterait certainement que les parties du premier ordre contracteraient la maladie une seconde et même une troisième fois, et ainsi de suite, tandis que celles du second et du troisième ordre manifesteraient seulement leur première action ; de sorte que l’on pourrait voir les parties du premier ordre et celles du second ordre en action en même temps. On pourrait aller encore plus loin : les parties qui sont les premières dans ordre de la susceptibilité pouvant avoir la maladie une seconde fois pendant que les parties du second ordre sont sous l'influence de la première infection, comme elles peuvent aussi être infectées de nouveau par le fait d’une infection primitive nouvelle, cela constituerait une syphilis constitutionnelle sur une syphilis constitutionnelle, cas qui peut certainement arriver. Si le pus restait en réalité dans la constitution, il serait naturel de supposer que les parties qui en sont le plus facilement affectées conserveraient leur état morbide aussi longtemps que durerait la présence du poison. On pourrait objecter, il est yrai, que les parties qui ont été déjà accoutumées à cette irritation et guéries, sont rendues par cela même moins susceptibles d’en être affectées.
Si le poison pouvait rester encore dans la circulation générale après que ses effets visibles ont été guéris, l'emploi du mercure pendant la durée d’un chancre serait peu utile, car il ne pourrait que favoriser la guérison de ce chancre, mais non préserver la constitution de l’infection ; or, cette conclusion est en contradiction avec les résultats de l’expérience. En effet, la pratique de la médecine nous apprend que, sur cinquante malades atteints de chancres, il n’y en aurait pas un qui évitât la syphilis constitutionnelle si le chancre n’était guéri que localement. L’emploi du mercure peut donc empêcher que la disposition syphilitique ne se forme, et par conséquent, il est nécessaire tant qu’on suppose que l'absorption s’accomplit, ou tant qu'il y a du pus susceptible d’être absorbé. | |
Avant que l’action morbide soit formée, l’usage du mercure ne détruit point la disposition, et par conséquent il ne peut empêcher que l’action ne se manifeste dans la suite. Cependant, il est possible, et même cela est très-probable, que l’action ne puisse avoir lieu tant que
dure la présence du médicament; de sorte qu’aucun symptôme vénérien
SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE. 543 ne pourrait sé manifester pendant la durée d’un traitement mercuriel , bien que les parties fussent infectées.
Cela n’est point propre seulement à la maladie vénérienne : plusieurs autres maladies présentent la même circonstance. Dans quelques affections morbides ; les choses sont renversées , car il en est dont la disposition peut être guérie et dont l’action se trouve prévenue par des agents . thérapeutiques qui accroîtraient cette même action s’ils étaient administrés lorsqu'elle est une fois développée. | |
Conformément à ma doctrine, les parties qui sont affectées les premières sont plus faciles à guérir que celles du second ordre. Une partie qui a été parfaitement guérie ne peut plus jamais être irritée de nouveau par la même source d'infection, bien qu’il y ait dans la constitution quelques autres parties qui sont probablement encore sous l'influence de l'irritation vénérienne. Si les faits que je viens d’établir sont exacts, il est facile de s’expliquer les cas où la syphilis constitutionnelle paraît abandonner les parties qu’elle a attaquées d’abord pour envahir les parties secondaires ; c’est tout simplement que les premières parties sont guéries tandis que les parties secondaires ne le sont point; de sorte que celles-ci deviennent le siége de la maladie et que les autres restent dans leur état d’intégrité. |
Si cette théorie est exacte, elle prouve deux choses : 1° ce que j'ai avancé précédemment, savoir, que la maladie vénérienne , sous la forme de syphilis constitutionnelle, n’a pas la puissance d’infecter les parties qui ne sont pas déjà sous son influence, même dans la même constitution ; 2° que le poison vénérien n’est pas en circulation dans le sang tout le temps que la maladie existe dans la constitution; de sorte qu'il est très-probable que ce poison n'irrite que lorsqu’il est récemment absorbé, et qu’il ne tarde pas à être rejeté au dehors par l’intermédiaire de quelque sécrétion.
Les considérations générales qu’on vient de lire sur la syphilis constitutionnelle peuvent se résumer dans les propositions suivantes :
1° Le plus grand nombre des parties qui sont affectées dans la syphilis constitutionnelle, sinon toutes, sont atteintes de l’irritation vénérienne, ou infectées, en même temps. LE
2° Les parties exposées au froid sont celles qui contractent l’action. vénérienne les premières; viennent ensuite les parties situées plus profondément, suivant leur susceptibilité pour cette action. |
3° La disposition vénérienne, une fois formée dans une partie, persiste nécessairement pour donner naissance à l’action vénérienne.
4 Toutes les parties du corps, sous l’influence de la disposition syphilitique, ne contractent pas l’action également vite; les unes exigent un intervalle de six ou huit semaines, les autres de six ou huit mois.
5° Dans les parties qui contractent l’action les premières, la maladie continué en s’accroissant et sans s’user, pendant que, dans celles qui sont les secondes pour l’époque d'apparition, la maladie prend naissance et
suit la même marche.
.6o Le mercure empêche la disposition syphilitique de se former, ou,
en d’autres termes, il prévient l’infection.
7° Le mercure ne détruit point la disposition syphilitique une fois formée.
8° Le mercure empêche l’action de prendre naissance , bien que la disposition existe.
9° Le mercure guérit l'action syphilitique.
Ces principes étant établis, il est facile de se rendre compte des faits qui sont relatifs au traitement de la syphilis constitutionnelle.