‹ Traité de la syphilisChapitre 60 sur 70 · II · texte numérisé non relu

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circonstances ; par la sensation d’un corps étranger, ou d’un sable que les malades croient avoir däns l'œil ; mais bientôt ces douleurs deviennent très-vives, et soit seulement par sympathie, soit parce que la maladie a gagné les parties profondes du globe oculaire , la photophobie à différents degrés ne tarde pas à se manifester. Alors, à la difficulté qu'éprouvent déjà les malades à soulever la paupière supérieure, s'ajoute, surtout chez les enfants, une contraction spasmodique de l’orbiculaire des paupières qui augmente la gravité de la maladie, en incarcérant le muco-pus dans l'espèce d’abcès que représente ainsi l’œil.

L'ophthalmie bleñnorrhagique est une inflammation catarrhale sur-aiguë. Sa marché est excessivément rapide ; un, petit nombre d'heures ou tout au plus quelques jours lui suffisent pour atteindre sôn summum d'intensité et produire les plus grands ravages. Limitée , comme je lai dit, dans le plus grand nombre des cas, à ur seul œil , il n’est. cependant pas rare qu’elle gagne l’autre, soit par l'application directe du mucopus fourni par le côté malade sur l'œil jusque-là resté sain, soit par sympathie et synergie de fonction entre les deux yeux. Chez les malades qui ont la racine du nez étroite et déprimée , et qui se tiennent couchés du côté non malade, les sécrétions morbides de l’œil affecté arrivent avec facilité sur l'œil sain, et ne tardent pas à y transporter le mal.

Enfin, des symptômes sympathiques, la céphalalgie, la fièvre, etc., peuvent exister à différents degrés. S’il y avait préalablement un écoulement blennorrhagique des orgänes génitaux, celui-ci diminue ou se supprime même par une sorte de révulsion pendant la période sur-aiguë de l'inflammation; mais le plus ordinairement l’écoulement génital continue, ou reprend bientôt toute sa foree , quand les symptômes du côté de l'œil perdent un peu de leur intensité.

Le diagnostic de l’ophthalmie blennorrhagique se base surtout sur sa cause présumée : sur la connaissance acquise que du muco-pus blennorrhagique à pu étre appliqué sur l’œil, ou que l'individu , sans autre cause connue d’ophthalmie , est actuellement affecté d’une blennorrhagie des organes génitaux fournissant un pus irritant; car, à la période de suintement muqueux, les écoulements urétraux, comme les simples flueurs blanches non purulentes chez les femmes, n’ont pas plus d’action sur la muqueuse des yeux que sur les autres muqueuses en général. À part ces circonstances, s’il ÿ a dans l’ensembie de la maladie quelque chose qui la fassé ordinairement reconnaître à ceux qui l'ont déjà observée , on peut affirmer qu’il n’existe aucun signe pathognomonique qui la différencie des ophthalmies catarrhales sur-aiguës, et non blennorrhagiques vénériennes. Le muco-pus de la blennorrhagie oculairé, comme celui des. autres blennorrhagies, ne fournit rien par l’inoculation.

Le pronostic de l'ophthalmie blennorrhagique était autrefois excessivement grave; mais les améliorations apportées dans son traitement l’ont aujourd’hui rendu bien moins fâcheux.

Le premier principe à poser dans le traitement de l’ophthalmie blennorrhagique, c’est la rapidité et l'énergie dans l'emploi des moyens curatifs. Ici le tâtonnement et l’incertitude sont ordinairement suivis de la perte des yeux.

Après avoir recommandé aux malades (comme prophylaxie) d'éviter tout ce qui peut irriter directement ou indirectement les organes de la vue, et surtout de ne pas les toucher avec des doigts salis par du muco-pus blennorrhagique, dès que les premiers signes de l’ophthalmie se montrent, sans attendre que celle-ci ait atteint son entier développement pour établir un diagnostic plus certain, on doit avoir recours au traitement suivant :

Le malade est-il fort, on fait pratiquér une saignée du bras, et mettre des sangsues en nombre toujours considérable : trente, quarante, cinquante; les sangsues sont appliquées en même temps au niveau de Vaile du nez du côté malade, à la

= SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE. 579 tempe, en évitant la paupière, et sur le trajet des jugulaires dumême côté. Cela étant fait, on renverse les paupières sans les fatiguer par une trop forte pression, et on passe dessus un crayon de nitrate d'argent, de manière à blanchir la surface. de la conjonctive palpébrale, et ensuite, encore plus superficiellement celle de la conjonctive oculaire. On peut, comme je l’ai fait souvent depuis que je suis attaché à l'hôpital des vénériens, se servir d’une solution concentrée de nitrate d'argent, qu’il vaut mieux alors appliquer à l’aide d’un pinceau, pour épargner la cornée.

Après cette cautérisation qui, pour réussir, ne doit pas être profonde, il faut immédiatement faire une injection d’eau froide: entre les paupières, dé façon à ne pas laisser de nitrate d'argent sur la cornée: Aussitôt que cette opération est terminée, on couvre l’œil de compresses imbibées d’une décoction de têtes de pavot employée froide. Mais comme, dans cette ophthalmie grave, il existe le plus souvent beaucoup d’irritabilité sympathique ou même de l’inflammation successive des parties profondes, la douleur est fréquemment très-vive et accompagnée de photophobie. Ce dernier symptôme, et les conséquences fâcheuses qu’il produit par la contraction de la pupille et les adhérences qui peuvent se faire par les épanchements qui ont quelquefois lieu, sont avantageusement combattus par des applications d'extrait de belladone, faites à la base de l’orbite et dans la narine du côté malade.

Si déjà il existe un chymosis, accident auquel il faut apporter la plus grande at= tention , quelle que soit l’époque à laquelle on ait commencé le traitement, il faut, sans hésiter, en pratiquer l’excision, en soulevant la muqueuse avec de petites piaces à crochet, et'en l’emportant à l’aide de ciseaux courbes. Lorsqu'on n’a encore affaire qu’à un chymosis œdémateux, les chances de succès sont bien plus grandes que lorsque le chymosis tient à un état vraiment phlegmoneux et qu'il est durs cas dans lequel l’excision devient, le plus ordinairement, impossible, et qui ne permet que les mouchetures, sur lesquelles il faut bien moins compter,

Qu'on ait ou non pratiqué l’excision d’un chymosis, il faut toujours insister, sur les applications de nitrate d’argent. |

Le nitrate d'argent sur la muqueuse palpébrale change presque de suite la nature de la sécrétion, qui, de muco-purülente, devient sero-sanguinolente. Lorsqu'une application a réussi, après cette sécrétion artificielle, on voit diminuer le gonflement œdémateux des paupières; la congestion et l'inflammation de la conjonctive faiblissent, et la marche vers la résolution a lieu. Pour compléter celle-ci, il ne faut plus alors que l'application d’un exutoire à la nuque (vésicatoire ou séton), et l'usage dt quelques collyres, parmi lesquels il faut mettre en première ligne. le nitrate d'argent à un grain par once d’eau.

Mais si la maladie persiste, et que la sécrétion puriforme continue ou s’accroisse, il faut revenir aux applications de nitrate d'argent, et cela toujours avec les plus grands ménagements, mais sans se laisser arrêter par de vaines craintes, Ces applications doivent être répétées quelquefois tous les jours; et, chez les enfants, il m'est arrivé, au début, de les faire deux fois dans la même journée. |

En même temps qu’on emploie cette médication énergique, répétée aussi souvent que l'intensité des symptômes l'exige, et sans attendre, comme le font quelques personnes, d’un jour à l’autre, pour rester toujours en arrière des accidents, qui marchent avec tant de rapidité, il ne faut pas manquer d'agir sur le canal intestinal, tant pour entretenir sa liberté et diminuer par là des causes de congestions céphaliques, que pour tirer parti d’une puissante révulsion.

Du reste; tous les soins accessoires qu "exigent les ophthalmies catarrhalés en général sont applicables et ne doivent pas être négligés. Si l'écoulement génital pri-

.mitif est un moment diminué dans le cours de l'ophthalmie blennorrhagique, il n’est jamais complétement suspendu, et l’on peut affirmer, malgré des opinions

contraires, qu'il n'y a aucun bénéfice à l’aviver ou à en déterminer un nouveau.

Les antiblepnorrhagiques, copahu, cubebe, etc., n'ont aucune action sur cette maladie, quel que soit leur mode d'administration. Il en est de même des antisyphilitiques proprement dits, tels que les mercuriaux.

Une autre affection des yeux encore assez commune, etque M. Babington reproche avec raison à Hunter de, n’avoir pas reconnue, parce qu’elle semblait se soustraire aux lois systématiques qu’il avait posées, c’est l’iritis syphilitique.

L’iritis syphilitique appartient aux accidents secondaires. Il est rare qu'elle apparaisse seule à la suite des accidents primitifs; c’est le plus ordinairement pendant le cours des éruptions syphilitiques de la peau, et peut-être plus fréquemment en même temps que les éruptions lichénoïdes ou squammeuses. Les deux yeux peuvent être pris à la fois, mais le plus souvent un seul est malade.

Chez quelques sujets, dé violents maux de tête précèdent; il survient des douleurs profondes, gravatives, dans l'œil. Jusque-là, bien que la vision puisse être déja altérée, on peut n’observer encore aucun changement dans l’aspect de l’organe malade, Mais bientôt le jour devient insupportable; les malades sont pris de photophobie plus

’ ou moins intense; la pupille se contracte à différents degrés, et les mouvements de l'iris diminuent graduellement, Quelquefois la pupille conserve sa forme cireulaire;

. mais, le plus ordinairement, elle devient irrégulière, anguleuse, ou, plus fréquem-

ment encore, ovoide, à grosse extrémité inférieure , et ayant son grand axe dirigé de baut en bas et de dedans en dehors; forme assez commune pour qu’on ait voulu en faire un signe pathognomonique. Les cercles de l'iris changent de couleur; ils deviennent d'autant plus foncés, rougeätres ou cuivrés, qu’on se rapproche du bord pupillaire, qui lui-même paraît moins lisse et comme frangé. On y observe quelquefois de petits prolongements, des espèces de végétations dites condylomateuses, À cela, s'ajoute l’exhalation d’une couche plus ou moins épaisse de lymphe plastique qui ne tarde pas à établir une pseudo-cataracte, ou des adhérences indestructibles de l'iris. Du reste, sila maladie continue à faire des progrès, cette membrane se tuméfie, se rapproche de la cornée, et devient, dans quelques cas, le siége de petits abcès qui s'ouvrent dans l'œil, ou qui ‘peuvent se résorber sans se rompre, comme j'en ai obsérvé plusieurs cas. Enfin l'affection peut gagner la membrane cristalloïide, qui bientôt devient opaque, ainsi que la cornée, tandis que l'iris paraît enveloppé dans un brouillard. |

Pour terminer ce qui a trait aux accidents secondaires proprement dits, il me reste à dire un mot du sarcoctle syphilitique.

C’est avec raison que le célèbre chirurgien de Londres, sir Astley Cooper, soutient l'existence de l’engorgement syphilitique des testicules, sous l’influence d’une vérole constitutionnelle.

De méme que pour les yeux, la blennorrhagie et le chancre affectent différemment le testicule. La première de ces maladies donne lieu à l'épididymiteblennorrhagique, que nous avons déjà décrite, et qui est tout à fait indépendante de toute cause virulente; l'autre, en déterminant l'infection constitutionnelle, produit le sarcocèle syphilitique.

L’engorgement syphilitique du testicule, ou sarcocèle syphilitique, peut être considéré comme un symptôme de transition des accidents secondaires aux tertiaires.

On ne le voit point paraître dans le cours des premières semaines qui suivent les accidents primitifs; sil se montre fréquemment lorsque déjà existent des douleurs ostéocopes, des affections du tissu cellulaire sous-cutané et des os, on l’observe aussi avant l’apparition de ces accidents, et pendant la durée même des accidents secondaïres tardifs. |

Le sarcocèle syphilitique affecte plus souvent les deux côtés à la fois que l’épididymite blennorrhagique; cependant il n’est pas rare qu’il réste borné à un seul côté.

Des douléurs lombaires, le plus ordinairement nocturnes, le précèdent quelquefois; mais il n'est souvent précédé ou accompagné d’aucune douleur, la gène ou le hasard seul le faisant découvrir par le malade ou le médecin. |

Le testicule affecté prend du voiume, durcit, et devient plus pesant. Il reste le plus souvent régulièrement piriforme, indolent au toucher, et sans altération de texture et de couleur de la peau; la chaleur n’est pas accrue; la sécrétion du sperme est diminuée, et les animalcules spermatiques sont en moindre quantité. Jamais je n'ai trouvé, jusqu’à présent, que la liqueur séminale fût sanieuse ou sanguinolente; le canal déférent a moins de tendance à s’engorger ou à prendre autant de volume que dans la plupart des autres maladies du testicule. |

Quand on examine avéc soin l'organe malade, on peut se convaincre que l'affection commence le plus ordinairement par le corps du testicule, et peut-être, comme l’a dit Astley Cooper, par la tunique albuginée; mais ce qu’il y a de certain, c'est que le testicule perd de suite son élasticité normale et sui peneris, et qu’à mesure que la maladie fait des progrès, tous les éléments de l'organe sécréteur du sperme, l’épididyme et le corps du testicule, sont confondus en une seule masse indurée, bien différente de l’engorgement inflammatoire qui arrive à la suite d’une simple blennorrhagie. Il n’est pas rare de rencontrer en même temps une hydrocèle.

La marche de la maladie est essentiellement chronique. IL est rare, quand il n'existe pas de complications étrangères, que le sarcocèle syphilitique se termine par suppuration, ou que la résolution spontanée ait lieu.

Chez uu individu soumis à la diathèse syphilitique, une chute, un coup, des excitations vénériennes répétées, une épididymite blennorrhagique, etc., peuvent en favoriser le développement; comme aussi, à son tour, le sarcocèle syphilitique peut être l'occasion, chez les scrofuleux, de l’évolution de tubercules, ou des différentes variétés du cancer, chez ceux qui y sont prédisposés. .

En l'absence des signes particuliers qui appartiennent aux autres affections du testicule, lorsqu'on peut rattacher la maladie à une vérole constitutionnelle, que des antécédents syphilitiques ont existé, et que surtout on observe en même temps des phénomènes ‘concomitants caractéristiques, on peut arriver à un diagnostic presque certain, que les bons effets du traitement mercuriel ne tardent pas à justifier. Dans l’état actuel de la science, on peut même dire, appuyé de l'autorité des Dupuytren, des Astley Cooper, etce., que, lorsqu'il s’agit d’un engorgement du testicule dont le diagnostic est douteux, si on peut invoquer la syphilis comme cause probable, d'après l'indication thérapeutique qu’elle fournit, on doit avoir recours à un traitement antisyphilitique rationnel avant d'en venir à aucune opération.

En passant de l'étude des accidents secondaires, qu’il appelle de la première période de la syphilis constitutionnelle, à ceux qui appartiennent à la seconde période de la vérole confirmée , et auxquels je donne le nom d'accidents tertiaires, Hunter cite des expériences qui, d’après mes recherches, ont dû le tromper ou ont été mal expliquées.

Si les inoculations faites sur le gland et le prépuce dont parle Hunter, ont donné lieu à des ulcères syphilitiques, le pus dont Hunter s’est servi n’était pas du mucopus de gonorrhée, mais bien du pus de chancre urétral, ainsi que l'ont prouvé mes nombreuses expériences.

D'un autre côté, l'observation de Hunter, et qui d’abord parait assez détaillée, manque cependant de précision. La succession des symptômes n'est pas Le le indiquée ; plusieurs de ces symptômes sont entremélés, sans Le des dates en Hitfent le temps rigoureux d'apparition; de telle façon qu’une observation de cette HAUT qui aurait pu, comme nous l'avons fait depuis, entraîner la plus parfaite oo : +456 laisse indécis, non-seulement sur la question de savoir si les ulcères produits par l'ino-

-culation étaient vraiment syphilitiques, siles engorgements glandulaires n’étaient pas ‘simplement un effet sympathique où d’irritation non spécifique, mais encore si les ulcérations de la gorge et les taches de la peau étant dues à la syphilis constitutionnelle ne pouvaient pas être le résultat d’une autre infection primitive que laisse au moins soupconner la réapparition d’ulcères sur le prépuce, avant la manifestation des accidents secondaires.

Les effets du traitement mercuriel sont peut-être, dans quelques points, moins contestables.

Si,nous arrivons maintenant à l’étude des accidents auxquels j'ai donné le nom d'accidents tertiaires , nous trouvons que non-seulement leur siége plus profond diffère de celui des accidents primitifs et des accidents secondaires, mais encore qu'avec eux la syphilis perd en partie sa physionomie spéciale. Si la peau, dans les syphilides tuberculeuses les plus graves, est souventaffectée à cette période, or trouve bien plus fréquemment encore que c’est le tissu cellulaire sous-cutané ou sous-muqueux, le système fibreux et les tissus osseux. Mais indépendamment de ces parties où les effets tardifs de la vérole constitutionnelle sont si fréquents et si bien admis par tous les bons observateurs, on se demande, avec Sanchez et tant d’autres, s’il est des tissus privilégiés de notre économie qui puissent rigoureusement et toujours échapper aux effets de la syphilis? On se demande encore si l'infection syphilitique, sans produire toujours tous les maux qu’on lui a reprochés, n’est pas dans une foule de cas la cause d'évolution ou de mise en action, pour me servir d’une expression de Hunter, de maux jusque-là restés latents et dont élle n’a été que la cause occasionnelle? Non-seulement l'observation répond d’une manière affirmative à ces questions, mais elle apprend que les accidents tertiaires peuvent être encore sous l'influence active de leur cause virulente, ou persister comme effets locaux, alors que cette cause a été détruite ou neutralisée par un traitement; elle montre, dans une foule de circonstances, que le virus syphilitique, après avoir été la cause accidentelle de maladies étrangères, peut cesser d'exister ou persister comme complication; conditions importantes, qui, bien que réelles, ne sont malheureusement pas toujours faciles à apprécier.

Quoi qu'il en soit, ces accidents, qui, comme je l’ai dit autre part, ne se rencontrent que rarement avant le sixième mois qui suit l’accident primitif, qui persiste trèsrarement jusqu’à l’époque de leur apparition, qu’on voit assez souvent accompagnés de quelque accident secondaire, non-seulement ne fournissent jamais de sécrétions inoculables , mais ils n’ont d'influence sur l’hérédité qu’en transmettant aux enfants, non plus la syphilis constitutionnelle caractéristique} mais fréquemment le germe aussi fâcheux et presque aussi redoutable des scrofules.

Les accidents tertiaires, qui reconnaissent pour antécédent obligé le chancre, et que précèdent les accidents secondaires dans les circonstances que nous avons déjà signalées, se montrent souvent sans autres prodromes. Cependant il n’est pas rare qu’après la disparition des premiers symptômes de la syphilis, les malades présentent les phénomènes dont parle Hunter dans ce qui a trait à ce qu'il dit de cette période de la syphilis; phénomènes qui peuvent s’interrompre, mais qui, après avoir précédé les accidents tertiaires, continuent souvent pendant toute leur durée, leur survivant quelquefois plus ou moins longtemps, ou ne cessant qu'avec eux.

Avant d’entrer dans quelques détails sur chacun des accidents tertiaires les plus caractéristiques, en reconnaissant les judicieuses observations que Hunter a faites par rapport à l'influence du siége particulier sur la production des accidents tertiaires, et desquelles il résulte que ce sont les parties les plus rapprochées des surfaces extérieures qui s'affectent le plus souvent, quelle que soit l'explication qu’on en donne, qu il me soit permis de faire ici une profession de foi sur l'influence que peut avoir le mercure sur cette phase de la vérole.

Quelques novateurs modernes, oubliant à propos les écrits antérieurs à l'emploi des mercuriaux dans le traitement de la syphilis, et des ravages que cette affection exerçait déjà sur le système fibreux et osseux, n’ont pas craint d’imputer au mercure les mêmes effets. D'autres, concluant d'observations incomplétement analysées, ont cru reconnaître dans les maladies du périoste et des os le résultat d’une combinaison du mercure à la syphilis. Mais ici, évidemment, on ne s’est pas souvenu, Où On n ’a pas voulu se souvenir qu’à l'époque du plus grand nombre des relevés faits dans ee sens, presque tous les malades étant indistinctement traités par les mercuriaux, et tous n'étant pas de nécessité guéris par ce traitement, tout accident futur en était de nécessité précédé, et que dans le raisonnement si souvent fautif de post hoc ergo propter hoc, on poura imputer au mercure tout ce qui arrivait après son emploi. Mais aujourd’ hui qu'un grand nombre de malades sont abandonnés à eux-mêmes, ou soumis à un traitement simple, on peut observer toute la série des accidents syphilitiques sans le moindre prétexte d’un effet mercuriel, ainsi que j'ai l’occasion d’en montrer de nombreux exemples à ma clinique de l’hôpital des vénériens. D'un autre côté, je n’ai jamais manqué, soit à l'hopital, soit dans le monde, d'interroger, tant qu'il m'a été possible, les personnes qui avaient eu des blennorrhagies; un grand nombre, comme on le sait, ont dû être traitées, il n’y a pas encore bien longtemps, et même encore aujourd’hui, par les mercuriaux. Eh bien, je puis affirmer, et c’est chose qu'on peut aisément vérifier, que les affections du système osseux et fibreux sont aussi rares dans ces cas qu’elles sont communes à la suite du chancre mal ou incomplétement traité, et que ces cas rares et exceptionnels sont dans les proportions dans lesquelles se montrent les accidents généraux à la suite d’un chancre urétral, et nullement en rapport avec le nombre d'individus qui, pour une blennorrhagie simple, ont fait un traitement mercuriel, à «4

Les accidents tertiaires se manifestent à la suite d’un traitement mercuriel de la même manière que les accidents secondaires, c’est-à-dire , lorsque le traitement des accidents primitifs a été mal fait, qu’il a été incomplet, ou qu’on a eu affaire à des constitutions absolument réfractaires. Le traitement mercuriel mal administré, comme tout autre mauvais traitement, peut aggraver les accidents tertiaires en altérant la constitution ; mais produire ces accidents de toutes pièces , jamais; ainsi que le prouvent les sujets soumis à l'influence mercurielle, soit par leur profession, soit pour le traitement de maladies autres que la syphilis.

Du reste, à ce que dit Hunter des accidents dont il estici question , et aux bonnes observations de M. Babington , qu’il me soit permis d'ajouter ce qui suit:

Les douleurs ostéocopes peuvent sans doute exister seules ; continues assez (opstemps, et disparaître ensuite, sans qu'on puisse trouver des altérations organiques dans les régions qu’elles ont eues pour siége; mais, le plus souvent, elles sont le premier symptôme apparent d’une périostite ou d’une ostéite, et cela surtout quand, de vagues qu’elles étaient d'abord , elles finissent par se localiser. L’intensité de ces donleurs semble tenir à la difficulté que les parti got à se distendre. Elles sont, ‘comme on l'a dit, le plus ordinairement nocturnes ; mais ce n’est pas là un caractère spécifique absolu.

La période à laquelle se manifestent les douleurs ostéocopes, leur AS dans les points où se montrent lus tard des altérations du périoste et des os, les différencient, dans le plus grand nombre des cas, de ces douleurs vagues plus superficielles qui, avoisinant souvent les articulations, ressemblent aux douleurs rhumatismales, et que nous avons vues précéder ou accompagner les accidents secondaires proprement dits.

L'inflammation franche du périoste est peut-être plus fais qu on ne le pense. C'est le plus souvent à une ostéite superficielle que sont dus les décollements de cètte

membrane , ainsi que les épanchements qui se font au-dessous, et d’où naissent des tumeurs adhérentes par leur base , auxquelles on donne le nom de périostoses. Ces tumeurs, plus ou moins circonserites, siégent ordinairement sur les os superficiels : tibia, clavicule, cubitus, radius, crâne, sternum, métacarpiens, etc:, et dans les points où ces os sont le plus rapprochés de la peau. Elles sont quelquefois indolentes ; inais le plus souvent assez douloureuses au toucher, elles présentent une sorte d’empâtement ou une véritable fluctuation. La peau peut rester longtemps mobile sur elles, et demeurer sans altération appréciable. Enfin, susceptibles d’une résolution franche, les périostoses peuvent aussi se terminer par la suppuration et la formation de véritables abcës.

Du reste, les périostoses présentent trois variétés principales. Dans la première variété, assez souvent indolente, fréquemment rapide dans son développement, dont la durée est ordinairement longue , et qui se termine le plus ordinairement par une résolution franche, on trouve un liquide séreux, séro-albumineux , ressemblant quelquefois au pus des scrofules, ou, dans certains cas, au liquide synovial, Dans une seconde variété, à marche inflammatoire aiguë franche ou sub-aiguë, on voit survenir plus ou moins vite une véritable suppuration à laquelle l'os sous-jacent est rarement étranger, soit primitivement, soit après coup. Enfin dans la troisième, dont le développement est plus lent, qui est plus douloureuse su4 sponte que par la pression, c’est une matière plastique organisable, qui soulève le périoste et qui peut donner naissance à une des variétés des exostoses dont nous aurons à parler.

L'ostéite svphilitique a pour siége affectionné les mêmes régions où nous avons vu se développer de préférence les périostites. Circonscrite et quelquefois diffuse, l'ostéite attaque la superficie ou le parenchyme des os. Lente ou chronique dans sa marche , elle affecte souvent une forme sub-aiguë; et, après être restée plus ou moins longtemps sous l'apparence d’une simple douleur ostéocope , le gonflement auquel elle donne lieu fnit par la trahir au dehors. La tumeur qui succède à l’inflammation de l’os est tantôt due à un épanchement du suc osseux semblable à celui du cal dans les fractures, ou pareil à celui que l’on trouve dans la troisième variété de la périostose, et constitue alors une exostose épigénique de forme et de volume qui peuvent varier, à base large ou pédiculée, et à surface lisse ou murale; ou bien le gonflement dépend de l’accroissement de toute l'épaisseur de l'os, et donne lieu à l’exostose parenchymateuse ou hypérostose.

L'ostéite se termine par résolution, par suppuration ou carie; par nécrose ou par induration, ce qui constitue les exostoses éburnées.

La résolution est aisée quand le gonflement est dû à la trame celluleuse de l'os, ou à un épanchement de lymphe plastique. Quand la maladie a pour siége les os $pongieux, ceux de la face en particulier, et surtout les maxillaires supérieurs, la suppuration est facile et fréquente. La nécrose, souvent due à la violence de l’inflammation, relativement à la vitalité du système osseux, arrive encore plus souvent par les épanchements qui se font d'une manière brusque dans leurs tissus, ou par le décollement et la destruction des parties molles qui les entourent et qui entraînent celle de leurs voies de nutrition. La nécrose peut arriver avant qu’il y ait carie, ou se montrer en même temps ou après celle-ci; mais le plus ordinairement, et cela s’observe très-bien pour les os de la face, ce qu’on considère comme une nécrose n’est que le résultat de la carie dans laquelle toute la trame organique a été détruite par le procédé d’ulcération et de suppuration propre aux os, en ne laissant que la portion calcaire qui forme alors un séquestre bien différent de celui de la nécrose proprement dite, et dans lequel on trouve encore tous les éléments anatomiques de l'os. Enfiu la terminaison par induration persistante, ou éburnation, a lieu toutes les fois que la tumeur est due à

l'épanchement des matériaux salins inorganiques qui’entrent dans la composition des os, avec disparition plus ou moins complète de leurs tissus celluleux.

Les tubercules profonds du tissu cellulaire ne se montrent ordinairement que fort tard après l'accident primitif. À part quelques cas peu graves, ils sont la conséquence d'une constitution profondément altérée, et sous l'influence de la cachexie syphilitique. Ces tubercules rarement isolés, le plus souvent en assez grand nombre, débutent par une petite tumeur d’abord à peine sensible, mais dure, adhérente à la peau ou aux muqueuses par une sorte de pédicule, et mobile sur les parties sous-jacentes et vois sines. Leur accroissement se fait presque toujours d’une manière lente et sans douleur. Il faut souvent cinq à six mois, et beaucoup plus, pour qu’elles arrivent à leur terme. Alors elles peuvent attéindre le volume d’une noisette ou d’une noix. Trèsdures encore, elles contractent des adhérences, et, peu à peu, à travers une sorte de coque qui leur sert d’enveloppe, on sent une fluctuation de plus en plus prononcée. La peau qui, jusque-là, avait pu rester sans altération de texture ou de couleur, devient d’un rouge brun, violacé; elle s’'amincit bientôt, se perfore dans un ou plusieurs points, et laisse échapper un pus ichoreux, mal lié, et entraivant avec lui des débris organiques. À ces premières ouvertures succèdent bientôt de vastes ulcérations irrégulières , avec décollement et amincissement de la peau. Ces ulcères persistent tant que la coque du tubercule, dont la suppuration a commencé par le centre, n’est pas éliminée. Une fois que ces espèces de kystes sont chassés par la suppuration des parties voisines , si aucune autre condition n’entretient les ulcères, ceux-ci marchent à la réparation , et produisent une cicatrice tout à fait analogue à celle des brûlures profondes.

L'évolution de ces tumeurs se fait rarement partout en même temps. Le plus souvent elles se succèdent de manière à durer des mois ou des années, quel que soit le traitement employé. Souvent isolés les uns des autres, les tubercules du tissu cellulaire sont quelquefois agglomérés. Bien que leur siége le plus fréquent soit sous la peau, et le plus souvent dans les régions externes des membres, et là où le tissu lamineux est plus dense, on les rencontre encore assez souvent dans la cavité buccale, dans l'épaisseur du voile du palais , au-dessous de la muqueuse pharyngienne, et dans l’épaisseur de la langue, qui semble alors comme rembourrée de noisettes qu'on pourrait prendre pour des bosselures squirrheuses, et qui, après la fonte puruleute et l’ulcération, simulent le cancer à s'y méprendre aisément. P. Ricorp.

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