‹ Traité de la syphilisChapitre 62 sur 70 · II · texte numérisé non relu

II

-Däns l'administration du mercure contre la maladie Yéñérienne, cé qui doit attirer d’äbord l'attention c’est la quantité du médicament qui ést employée, et ses efféts visibles dans un temps donné. Lorsque ces effets sont arrivés à un certain degré d'intensité, il faut se borner à les éntretenir ét à observér comment décroit la maladie; on juge ainsi des effets invisibles où spécifiques du mercure, et l’on reconnaît souvent qu'il ést nécessaire d'apporter quelque modification dans là quantité du médicament.

Les éffets visibles du mercure sont de deux éspèces : les uns ont pour siége l’ensemble de l’économie, les autres se manifestent danS certaines parties qüi jouissent de la propriété de sécréter. Dans la constitution, il paraît produire uné irritabilité générale, et rendre la constitution plus suscéptible de toutes les impressions ; il accélère le pouls, en augmente la dureté, et produit une espèce de fièvre temporaire; mais dans beaucoup de constitutions il ne se borne point à ces phénomènes, et ägit cominé un poison. Chez quelques sujets, il produit une espèce de fièvre hectique, caractérisée par les symptômes suivants : pouls petit et fréquént; perte dé l'appétit, agitation, insomnie, altération des traits, et diveré Symptômes consécutifs. Mais les malades s’habitüent plus ou moins à lusage du mercure, et ces effets constitutionnels deviennent ordinairement moins intenses. Les observations qu’on va lire ra ce que j’avance.

Un malade faisait des frictions mercurielles pour obtenir la réso- Jation de deux bubonñs. Il n’avait fait encore qu’un petit nombre de frictions, lorsque sa constitution s’affecta au point qu’il fut nécessairé de les suspendre. Il fut pris de symptômes fébriles de nature héctique, tels qué pouls petit et fréquent, débilité, perte de l'appétit, insomnie et sueurs nocturnes. Il prit du quinquina, de la poudre de James, et du lait d’ânesse, et ilse débarrassa peu à peu de ces symptômes. Comme les bubons faisaient des progrès, il fut nécessaire de recourir de nouveau au mercure, êt je dis alors au malade que ce médicament ne produirait point les mêmes effets aussi rapidement ni avec autant de violence que la première fois. En effet, il employa en frictions une quantité considérable de mercure Sans que sa constitution ni sa bouche én fussent affectées. Toutefois ses bubons äÿant suppuré, je fis suspendre de nouveau les frictions mercurielles, et lorsque les abcès furent ouverts ,t les frictions furent reprises une troisième fois, sans qu’il en résultât aucun inconvénient. Les bubons manifestèrent pendant quelque temps une tendance à se cicatriser , puis ils devinrent stationpaires, ce qui annonçait qu'il se formait une nouvelle disposition morbide. Je prescrivis au malade d'abandonner l’onguent mercuriel et d’avoir recours aux bains de mer; il suivit ce conseil, et les bubonS reprirent une marche favorable. Cependant, au bout de trois Semaines environ, ôn jugea qu’il était nécessaire de reprendre les frictions une quatrième fois. Lorsque le malade les recommença, sa bouche s’affecta immédiatement avec violence; il les suspendit encore jusqu'à ce que sa bouche

SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE. 595 se trouvât un peu mieux, puis il y revint pour la cinquième. fois, ets dès lors il put en continuer l'usage.

Un homme sain et vigoureux, atteint de en ; employa les frictions mereurielles jusqu’à ce que sa bouche en fût affectée: Ces frictions produisirent des symptômes constitutionnels très- pénibles ; tels que Panorexie, la perte du sommeil, l’altération des traits, l'impossibilité de se livrer au moindre exercice sans fatigue, et l’œdème des jambes. Chez ce malade, malgré les moyens nombreux qu’on mit en usage dans le but d’habituer la constitution au mercure, celui-ci continua à . agir à la manière d’un poison. |

Le mercure produit Souvent des douleurs semblables aux Fr rhumätismales, et des nodus qui sont de nature scrofuleuse : de 14; l’aceusation qu’on à portée contre lui d’affecter les os; en $e st dans leur tissu, suivant l’expression des auteurs (*).

On peut admettre qu’il n’est pas nécessaire, dans l’état actuel de bé connaissances , d'affirmer que le mercure ne pénètre jamais dans les OS sous la forme métallique, bien qu’une telle assertion ait été émise par. des hommes éminents et qui ont beaucoup d'autorité en médecine, et qu’on ait apporté en preuve de cette opinion les résultats de l’ins pection cadavérique. Mes recherches anatomiques m'ont convainéu que cette circonstance ne se présente jamais. Les auteurs qui ont publié de tels faits ont: été copiés par d’autres; les faits imaginaires se sont ainsi multipliés, et les praticiens ignorants et crédules ont été induits en erreur, tout cela, | au détriment des malades (**).

-(*) Les phrases suivantes se trouvent dans l'édition de Home :

« Le mercure produit souvent une démangeaison de la peau, qui parfois est si violente que les malades ne peuvént supporter ce médicament.

« Quoique le mercuré n’affecte pas toujours la bouche, on le voit quelquefois altérer la constitution des sujets dont il ne peut rendre la bouche malade, donnant lieu à la perte de l'appétit, à des douleurs de caractère rhumatismal, êt à tous lés symptômes de la fièvre hectique, en même temps qu’il opère d’une manière efficace la guérison de la maladie vénérienne.

« Un ihalade préseñtait pour symptômes des douleurs dans les épaules ét des taches de la peau, qu’on supposait liées à une affection vénérienne, Il ne put jamais être affecté d’une manière sensible par le mercure. Je lui fis faire des frictions avec deux drachmes d’onguent mercuriél double chaque soir, et les symptômes dis= parürent entièrement, sans que le mercure eût produit aucun effet visible dans 3°

bouche, sur la sécrétion de la peau ou sur celle des reins. »

(**) Si Hunter, à l’époque où il écrivait, avait pu rester dans le doute sur la question F de savoir si le mercure peut être retrouvé, après la mort, dans les tissus des indivi+ dus auxquels il avait été administré, cela n’est plus permis aujourd'hui, l'anatomie pathologique plus exacte et l'analyse chimique mieux faite ayant donné la possibilité, d’en constater la présence, même à l'état métallique, soit dans certains liquides, soit. dans certains solides de l’économie. On pat cousulter à ce sujet l'intéressant travail de M. Strohl, d’après M. Herr, professeur à l’université de Fribourg (Thèse i inaugurale soutenue à la faculté de Strasbourg, 27 novembre 1838); le mémoire de

$ II. De la quantité de mercure qui doit étre employée dans le traitement de la syphilis constitutionnelle.

La quantité de mercure qui doit être introduite dans Ja constitution pour la cure d’une maladie vénérienne quelconque, doit être proportion-

. M. Reynaud, de Toulon, sur un cas remarquable de la présence du mercure dans le cérveau. (Brochure, 1839.)

D'après les recherches récentes de MM. Chevalier et Ossian Henry (Journal de chimie médicale, de pharmacie et de toxicologie, 1839), il paraîtrait cependant que le mercure ne passe pas dans le lait des nourrices soumises à l’action de ce médicament, comme un grand nombre de praticiens l’ont cru. M. Péligot paraît être arrivé aux mêmes résultats dans ses recherches sur le lait des animaux. P. Ricorn.

Les symptômes qui caractérisent ce que Hunter appelle les effets du mercure comme poison sont assez importants pour réclamer une description plus détaillée. Ils revétent deux formes différentes, la forme aiguë et la forme chronique.

Les symptômes de la forme aiguë constituent ce qu'on à nommé éréthisme mercuriel. Ici, l'effet du poison est ressenti principalement par lé cœur. Le pouls devient précipité, petit et irrégulier; l’action du cœur est violeute, mais en même temps irrégulière et confuse; la faiblesse et l’imperfection de la circulation sont en outre décelées par la pâleur du visage, par la fréquence des soupirs, par l'anxiété qui est perçue à la région précordiale, et par l’irrégularité des mouvements des membres. Dans les cas très-graves, le visage se contracte et les extrémités deviennent froides. Néanmoins, l'estomac et les intestins ne présentent aucun sigue de trouble, et la langue, bien qu'incertaine dans ses mouvements et tremblante, est nette. Dans ces circonstances, le mouvement musculaire peut donner la mort d’une manière subite; il en résulte une syncope, et le cœur est trop faible pour reprendre son action.

Si l'on cesse l’usage du mercure et que l’on ait recours à un traitement convenable, l’action du cœur est rendue à sa force et à sa régularité naturelles, et l’affection morbide disparait, ne laissant aucune conséquence fâcheuse après elle.

Sous la seconde forme, le mal peut être moins immédiatement dangereux; mais il s'étend davantage dans l’ensemble de l'économie et se montre plus permanent. Il n'y a* point de palpitations, mais le pouls est petit et accéléré; le sommeil et l’appétit sont perdus; le visage est pâle et décomposé; souvent la langue est très-sale, toujours l’affaiblissement et l'émaciation sont considérables. L'aspect général indique une altération profonde de la santé. Si l’on ne fait rien pour mettre un terme à cet état, il survient d’autres symptômes qui annoncent une cachexie générale. On observe des engorgements scrofuleux des glandes; des douleurs rhumatismales des membres; ou bien une inflammation lente des articulations, qui offre quelque chose du caractère scrofuleux. Partout le travail -d’ulcération devance le travail adhésif. Des plaies légères deviennent des ulcères, et les os fracturés qui ont été réunis depuis peu de temps se séparent.

Cet état de la constitution n’est pas sh a guérir, quand une fois il est pleinement établi, Souvent il s’éconle des années avant que toutes les traces en soient effacées. Il est moins souvent le résultat de l’emploi du mercure à düsés excessives continué pendant un court espace de temps, que celui d’une longue et opiniâtre persévérance dans l'administration de ce métal, à doses modérées, nonobstant les signes évidents de la détérioration de la santé et de l’affaiblissement des forces.

Ces mots de Hunter, ajoutés dans une édition subséquente : le mercure opère en même temps d’une manière efficace la guérison de la maladie vénérienne, doivent être

née à l'intensité de la maladie. Toutefois, il est deux circonstances auxquelles il faut faire une grande attention dans l'administration de ce médicament : 1° l’espace de temps pendant lequel il faut faire pénétrer une quantité donnée de mercure , et 2° les effets que le mercure produit dans certaines parties du corps, comme les glandes salivaires, la peau ou les intestins. Ces deux circonstances, prises ensemble, doivent nous guider dans le traitement de la maladie. En effet, deux quantités trèsdifférentes de mercure introduites dans la même constitution peuvent produire le même effet définitif ; mais il faut que ces quantités différentes soient employées dans des espaces de temps différents aussi. Par exemple, une once d’onguent mereuriel, employée en deux jours, aura plus d’effet sur la constitution que deux onces employées en dix jours ; et pour produire le même effet dans l'espace de dix jours, il peut être nécessaire d’employer trois onces ou même davantage.

Une once de mercure employée en deux jours produit des effets considérables sur la constitution, ainsi que sur les parties malades ; ainsi donc , l'effet produit est d’autant plus marqué que le mercure est introduit dans un espace de temps plus court. Mais si ces effets ne sont que locaux en grande partie, c’est-à-dire, s’ils ont pour siége principal les glandes de la bouche, l'ensemble de la constitution n'étant pas également stimulé, l'effet produit dans les parties malades doit aussi être moindre, et c’est ce que l’on peut constater par la marche de Ja maladie locale, qui ne cède pas en proportion des effets que le mercure détermine dans telle ou telle partie isolée.

Si l’on donne le mercure en très-petites quantités et qu’on en élève graduellement la dose, de manière qu’il s’insinue insensiblement dans la constitution, ses effets visibles sont moindres, et l’on peut à la longue en introduire une quantité presque incroyable sans donner lieu au moindre effet (*). , |

Une fois ces circonstances connues, le mercure devient un médicament beaucoup plus efficace, beaucoup plus facile à manier, et beaucoup moins dangereux qu’on ne le croyait autrefois. Mais, malheureusement, ses

compris comme se rapportant à l'absence de salivation, et non à l'existence des effets délétères du mercure. L'expérience a démontré que ces effets sont tout à fait incompatibles avec l’action antivénérienne de cette substance; et qu’en persévérant dans son emploi après qu'ils se sont manifestés, on expose le malade à un danger imminent, en même temps qu’on manque le but qu’on s'était proposé, qui est la guérison .de la maladie contre laquelle le mercure avait été administré,

(*) Pour donner une idée de ce fait, je rapporterai le cas snivant : dix grains d’onguent par jour, pendant dix jours, affectèrent la bouche d’un malade. L’onguent était composé de mercure ct d’axonge à parties égales. Cependant, en ayant soin de suspendre de temps en temps l'usage de cet onguent, pour y revenir ensuite, ce malade parvint à employer en frictions quatre-vingt-dix grains du même ouguent tous les soirs pendant un mois, sans que sa bouche, ni aucune de ses sécrétions, en fût visiblement affectée. “Joux HuNTER.

effets. Yisibles sur certaines parties, telles que la bouche et les intestins, sont quelquefois beaucoup plus violents que son effet général. sur l’ensemble de la constitution; e’est pourquoi il faut prendre quelques. pré- .Cautions pour ne pas stimuler ces parties trop promptement, Car, ce résultat empécherait de donner la quantité nécessaire du médicament.

La.constitution et. les parties isolées montrent plus de susceptibilité pour le mercure la première fois que les fois suivantes : lorsque la bouche a. été affectée une fois et guérie, on peut employer une seconde fois une bien plus grande quantité de mercure avant que la même altération de la bouche soit produite; j'ai même vu des cas où le mercure, quoique em- -ployé à la plus haute dose possible , n’a pas pu reproduire la salivation. Il n’est donc pas nécessaire de prendre autant de précautions quand on renouvelle un traitement mercuriel, que lorsqu'on débute dans un traitement de cette nature. Cependant, cet agent thérapeutique nous trompe quelquefois : dans un temps, il peut à peine produire des effets visibles, et ensuite la bouche et les intestins s’affectent à la fois.

Lorsque le mercure se porte sur la bouche , il produit chez beaucoup de sujets une inflammation violente, qui se termine quelquefois par la gangrène. Je pense que les constitutions où cet accident s’observe ont une tendance érysipélateuse, c’est-à-dire, la tendance qu’on appelle putride ; quand on a affaire à ces constitutions, les plus grandes précautions sont nécessaires. En général, c’est-à-dire, quand il ne produit que ses effets communs, le mercure ne lèse que rarement ou même jamais la constitution; il semble seulement agir temporairement, pour laisser ensuite la constitution dans un état sain. Mais il n’en est pas toujours ainsi, car il.est probable qu’il n’est aucune constitution que le mercure ne. puisse affecter d’une manière très-grave; il peut déterminer des maladies locales, ainsi qu’il a été dit, et retarder la guérison des chancres, des bubons et de certains effets de la syphilis constitutionnelle, après que le virus à été détruit. :

$ III. Des effets sensibles du mercure sur certains organes.

Les effets sensibles du mercure sont, en général, l’accroissement de quelque sécrétion, le gonflement des glandes salivaires et l'augmentation de la salive. La sécrétion des intestins est augmentée, et il en résulte de la diarrhée ; celle de la peau Pest aussi, ce qui produit des sueurs, et souvent aussi la sécrétion de Furine est rendue plus abondante. Tantôt une seule de ces sécrétions est affectée, tantôt il y en a plus d’une, et quelquefois elles lé sont toutes ensemble; mais les phénomènes qui ont leur siége dans la bouche sont les plus fréquents.

Le mercure produit souvent de là céphalalgie, et même de la constipation, quand son action sur d’autres parties que la tête et les intestins, principalement sur les glandes de la bouche, devient sensible.

Quand le mercure se porte sur la bouche, il n’en affecte pas toutes les parties également; tantôt il attaque les gencives ; tantôt il attaque les joues, qui s'engorgent et s’ulcèrent, tandis que les gencives ne sont pas

SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE. 599 le moins du monde affectées , car le malade peut. mordre un corps dur quelconque.

Quand le mercure affecte la bouche et les parties qui en aépentént: non-seulement il accroît la sécrétion de ces parties, maïs encore il y détermine une grande tuméfaction qui n’est point liée à une inflammation vraie avec sécrétion de lymphe coagulable, mais qui ressemble plutôt au gonflement de l’érysipèle. La langue, les joues et les gencives se tuméheat, et les dents deviennent bhoblatites: tous ces effets sont en raison Miroebe de la quantité de mercure employée et de la susceptibilité des parties pour ce mode d’irritation. Le mercure produit dans ees parties une grande débilité ; l’ulcération y prend naissance facilement, surtout si elles sont irritées même faiblement, ce qui résulte souvent du contact des dents , et même la gangrène survient quelquefois. Je ne sais si le mereure produit des effets semblables quand il se porte sur d’autres parties. La salive est généralement visqueuse dans ces cas, comme si elle provenait principalement des glandes affectées. L’haleine contracte une odeur particulière (*).

Comme le mercure produit généralement des évacuations, on a été porté naturellement à supposer que c’est par ce moyen qu’il guérit la maladie vénérienne; mais l’expérience à appris que, pour la cure de la maladie vénérienne par ce métal, les évacuations, ‘de quelque nature qu’elles soient, qui sont produites par lui , ne sont nullement nécessaires: Et c’est ce qu’on pouvait prévoir, puisque des évacuations semblables, produites par d’autres médicaments, ne sont d’aucune utilité; il était donc raisonnable de penser que ces mêmes évacuations, quand elles sont déterminées par le mercure, ne doivent pas être plus utiles, à moins qu’on n'eût admis que l’évacuation produite par le mercure n’est pas la même que celle qui est produite par d’autres médicaments , mais que c’est une évacuation spécifique; ce qui reviendrait à dire, que ce serait une évacuation qui emporterait le poison uni avec le mercure, de sorte que plus le mercure serait évacué avec rapidité, plus vite aussi le poison serait rejeté hors de la constitution. Mais la pratique ne justifie point cétte manière de voir. Au contraire, les évacuations produites par le mercure retardent la guérison, surtout lorsque les organes sécréteurs ont trop de susceptibilité pour ce stimulus, car alors la quantité du médicament qui ést nécessaire ou qui suffit pour la cure de la maladie ne peut étre introduite dans l’économie, les effets qu’il produit dans des parties isolées étant trop intenses pour que le malade puisse les supporter; d’où il tés que la quantité de mercure qu’il faut introduire

(*) Dans l'édition de Home est ajouté : « Un malade ne pouvait faire usage du mercuré extérieurement sans qu'il en résultât une violente inflammation. Il pouvait prendre à l'intérieur dix ou douze grains de mercure calciné, chaque jour, sans rien éprouver du côté des intestins ct de la bouche; mais sa tête en était tellement affectée, qu’il pouvait à peine marcher, et que, suivant ses propres ANNE i ne savait pas s'il os eucore sa tête, »

dans la constitution doit être limitée et réglée d’après la quantité de l'évacuation, et non d’après l’étendue de la maladie. D’un autre côté, si l’on administre le mercure avec précaution, de manière à éviter une évacuation violente, on peut en faire pénétrer une quantité suffisante pour la guérison de. la maladie.

Certaines évacuations pourraient être REA VI ts comme un indice des effets constitutionnels du mercure; mais on ne doit pas s’en rapporter entièrement à elles, car ces sécrétions ne sont qu'une preuve de la susceptibilité de certaines parties pour un tel stimulus; toutefois, il est probable qu’en général elles donnent assez bien la mesure des effets constitutionnels du médicament. On a été jusqu’à supposer qu’il suffit de donner la quantité convenable de mercure, sans qu’il soit nécessaire qu'aucun effet sensible soit produit; cela n’est exact qu’en partie, et non sans restrictions, car nous n’avons aucune autre preuve de l'action du mercure sur la constitution, que l’accroissement de quelques-unes des sécrétions.

$ IV. De l’action du mercure.

Le mercure ne peut avoir que deux modes d’action , l’un sur le poison, l’autre sur la constitution : on ne peut guère supposer qu’il agisse des deux manières à la fois. Si le mercure agissait seulement sur le poison, ce pourrait être de deux manières, soit en le décomposant et en détruisant par là ses propriétés, soit-en attirant à lui et en l’emportant hors de la constitution. En admettant la première de ces deux hypothèses, on pourrait supposer avec raison que la quantité de mercure introduite est tout ce qu’il faut pour nous guider dans le traitement de la syphilis; dans la seconde, la quantité de l’évacuation devrait être notre pates cipale mesure.

Mais si le mercure agit en détruisant l’action morbide des parties vivantes, en s’opposant à l’irritation vénérienne par la production d’une autre irritation d’espèce différente, alors la quantité du médicament employé et celle de l'évacuation, prises isolément, ne peuvent plus guère nous éclairer, et l’on produira la guérison la plus prompte en prenant pour guide et la quantité du médicament et ses effets sensibles : or, l'expérience prouve qu’il en est ainsi. Mais quoique les effets du mercure sur la maladie vénérienne soient, jusqu’à un certain point, en proportion de ses effets locaux sur certaines glandes, ou sur certaines parties du corps, telles que la bouche, la peau, les reins ou lés intestins, cependant cette proportion n’est point toujours rigoureuse, ainsi que je l'ai déjà dit. Lorsque la constitution ne supporte pas bien le mercure, et que ce médicament produit une grande irritabilité et des symptômes hectiques, l’action ouirritation du mercure ne joue point le rôle de contreirritation par rapport à la maladie. vénérienne ; c’est une irritation constitutionnelle n’ayant aucune influence sur la maladie, qui n’en continue. pas moins ses progrès.

Le mercure perd son influence sur la maladie vénérienne par lhabi-

SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE. 601 tude, et c’est une preuve qu’il n’agit ni chimiquement, ni en emportant le poison par telle ou telle évacuation, mais bien en vertu de sa force de stimulation propre.

Les effets sont toujours en proportion de la quantité de mercure emplovée dans un temps donné, et de la susceptibilité de la constitution pour Pirritation mercurielle. Ces circonstances réclament l'attention la plus minutieuse. Afin d'obtenir du mercure la plus grande action possible avec sécurité et de la manière la plus efficace, il faut l’administrer jusqu’à ce qu’il produise des effets locaux quelque part; mais pas trop rapidement, afin qu’on ait le temps d’en faire pénétrer une quantité convenable; car l'apparition trop prompte des effets locaux empêche qu’on n’administre la quantité qui serait nécessaire pour neutraliser Pirritation vénérienne dans l’ensemble de l’économie. J’ai vu des cas où le mercure agissait localement avec beaucoup de facilité, et où cependant la constitution était à peine affectée par lui, car la maladie ne s’amendait point.

Un homme contracta un chancre qu’il détruisit au moyen du caustique; ensuite il pansa la plaie avec de l’onguent mercuriel. Il éprouva aussi dans l’une des régions inguinales un léger malaise qui n’alla pas plus loin, mais qui indiqua que l'absorption du poison avait eu lieu. Le chancre ne tarda pas à se guérir, et le malade employa en frictions environ deux onces d’onguent mercuriel. Il commença ce traitement par de petites quantités, c’est-à-dire, par un scrupule à chaque friction, et il éleva cette dose. Cependant sa bouche fut promptement affectée, et la salivation dura environ un mois. Deux mois après, il se forma un ulcère vénérien sur l’une des amygdales. On voit ici une petite quantité de mercure produire un effet sensible considérable, et cependant rester inefficace, parce que les effets spécifiques du médicament n'étaient sans doute point en proportion de ses effets sensibles, les glandes salivaires ayant trop de susceptibilité pour l’irritation mercurielle.

D'un autre côté, j'ai vu des cas où la quantité du médicament employée ne se montra efficace que lorsqu'elle eut été donnée assez rapidement pour affecter la constitution de manière à produire une irritation locale, et conséquemment des évacuations sensibles, ce qui prouve que les effets locaux du mercure sont souvent les indices de ses effets spécifiques sur l'ensemble de la constitution, et que la susceptibilité des parties malades à être affectées par le médicament est en proportion de ses effets sur la bouche. Son action thérapeutique ne doit point être attribuée à l’évacuation qu’il détermine, mais à son irritation. C’est pourquoi il faut donner le mercure, s’il est possible, de manière à produire des effets sensibles sur quelque partie du corps, et à la dose la plus é'2vée qui puisse être donnée pour produire ces effets dans certaines limites; ces effets sensibles sônt le moyen de déterminer jusqu'où l’emploi du médicament peut être poussé, afin d'en obtenir les meilleurs effets possibles sur la maladie, sans danger pour la constitution. La pratique doit varier ici suivent les circonstances : si la maladie présente de lintensité, il faut

avoir moins.égard à la constitution, et donner le mercure en plus grandes quantités que ne le comporte la règle qui vient d’être posée; mais si la maladie est modérée, il n’est pas nécessaire de dépasser cette règle, bien qu’il soit convenable de ne pas rester au-dessous, afin de guérir la maladie le plus promptement possible.

Si la maladie a son siége dans les parties du premier ordre, il n’est pas nécessaire d'employer une aussi grande quantité de mercure que lorsqu’elle se manifeste dans les parties du second ordre et qu’elle date de longtemps, c’est-à-dire, dans les cas où sa première manifestation seulement a été guérie, et où la disposition vénérienne est restée dans les parties du second ordre. Il est probable que la même quantité de mercure est nécessaire pour guérir la maladie, soit qu’elle se montre sous la forme de chancre ou de bubon, soit qu’elle ait revêtu celle de syphilis constitutionnelle, car un ulcère exige autant de mercure que cinquante ulcères réunis sur la même personne, et un petit ulcère autant qu’un grand; la seule différence, s’il y en a une, doit dépendre de la nature des parties affectées, suivant qu’elles sont naturellement actives ou indolentes. Cependant, si, comme je le présume, il y a une différence matérielle entre la syphilis primitive et la syphilis constitutionnelle, il peut en résulter une différence dans la quantité de mercure à administrer. Je crois qu’en somme la syphilis primitive est plus difficile à guérir ; au moins exige-t-elle communément un temps plus long, bien qu’il n’en soit pas toujours ainsi. |

Après avoir exposé ces règles et ces considérations générales, je vais faire connaître les différentes méthodes d’administrer le mercure.

$ V. Des différentes méthodes d'administrer le mercure; — à l'eccté- "rieur, — à l’intérieur.

Avant de donner le mércure, il est utile de connaître, autant que possible, quel effet ce médicament produit sur la constitution du malade, et c’est ce qu’on ne peut savoir que lorsque celui-ci a déjà subi un traitement mercuriel. Or, un grand nombre de malades étant obligés de se soumettre à ce traitement plus d’une fois, il peut n’être point inutile de s’enquérir des résultats qui ont pu être obtenus antérieurement; et comme il est des sujets qui supportent ce médicament beaucoup mieux que les autres, il importe que cette circonstance soit connue du chirurgien, qui y trouvera un guide pour le traitement actuel. Je crois qu’il est peu de constitutions qui se modifient sous ce rapport, bien que j’aie connu un sujet qui, après avoir fait usage d’une grande quantité de mercure sans en être affecté visiblement, fut, environ une année après, affecté par une très-petite quantité du même médicament.

Lorsqu’on administre le mercure pour guérir la syphilis constitution-

nelle, quelle que soit l'intensité que l’on ait résolu de donner à ses-effets sensibles, il faut y atteindre et la maintenir, s’il est possible; car ce ne sera qu’avec difficulté qu’on portera de nouveau ces effets au même degré si on les laisse s’affaiblir. Si le mercure produit des effets plus énergiques

.SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE. 663 que ceux qu’on s'était proposé d’obtenir, il faut en diminuer l’a xetion avec

: beaucoup de prudence; presque toujours alors on est obligé de le donner de nouveau avant que ses effets soient ramenés au degré voulu; car la même quantité n’opère plus aussi puissamment qu’elle le faisait d’abord, et ce qui au début du traitement produisait des effets plus violents que eeux qu’on désirait obtenir, ne se trouve plus ensuite suffisant.

La meilleuremanière d'appliquer le mercure extérieurement, c’est sous la forme d’onguent. Les corps gras le tiennent à l’état de grande division, le font adhérer aux surfaces et ne se dessèchent point. On peut supposer aussi qu’ils servent de véhicule au mercure, et qu’ils le portent dans la circulation générale par l'intermédiaire des vaisseaux absorbants; car il est probable qu’ils se prêtent aussi bien à l'absorption que les corps aqueux. 4

Lorsque les symptômes sont modérés et ont pour siége les parties du premier ordre, que le malade n’est pas accoutumé au mercure ou que l’on sait qu’il ne peut pas le supporter en grande quantité, et que l’on se propose de diriger le traitement par progression presque insensible, il faut donner d’abord de petites doses. Un serupule ou une demi-drachme d’un onguent fait avec parties égales de mercure et d’axonge, employé chaque soir en frictions pendant quatre, cinq ou six jours, suffit au début. Si la bouche ne s’affecte pas, cette quantité peut étre élevée graduellement jusqu’à deux ou trois drachmes pour chaque friction; mais si la première dose. a affecté la bouche, on peut être presque certain que les glandes de la bouche ont beaucoup de susceptibilité pour le stimulus mercuriel; c’est pourquoi il faut suspendre les frictions pendant deux ou trois jours, et attendre que l’affection de la bouche commence à se dissiper.

Quand on reprend le mercure, la dose peut être augmentée graduellement, au moins d’un scrupule chaque fois, et portée à deux drachmes ou davantage pour chaque soir, ce qui peut être fait sans qu’on craigne, la seconde fois, d’affecter beaucoup le malade, ainsi que je l’ai déjà fait remarquer.

Si tous les symptômes disparaissent graduellement, il n’y a rien de plus à faire que de continuer ce traitement pendant une quinzaine de jours après leur disparition, afin d’avoir toute sécurité pour lavenir.

… Cette méthode de traitement, poursuivie avec fermeté, guérit le plus grand nombre des cas récents de syphilis constitutionnelle; mais elle n’est pas suffisante si la maladie a été simplement tenue en échec par un usage très-modéré du mercure; il faut alors en employér une plus grande quantité, à cause dé l’espèce d'habitude que la constitution a acquise et qui la rend moins susceptible du stimulus mercuriel.

Si la maladie se reproduit dans les parties du second ordre, on peut être certain que la même quantité de mercure ne suffira point pour en

amener la guérison; car l’action qui se développe dans ces parties sous l'influence de l’irritation vénérienne est lente, et par conséquent elle a besoin d’être combattue par une quantité de mercure plus considérable

que celle qui constituait le premier traitement.

Dans les cas où les symptômes vénériens sont des ulcères de la bouche ou de la gorge, le mercure se portant à la bouche, et la salive, qui en est imprégnée, agissant comme un gargarisme mercuriel , je présume que les parties malades sont guéries localement, et que la constitution reste infectée, parce que l’action mercurielle y est beaucoup moins forte que dans la bouche. Il est possible qu’il y ait quelque chose de semblable dans les cas d’éruptions syphilitiques de la peau, où le mercure est porté au dehors à travers la peau avec la sueur; on sait, en effet, que le soufre guérit la gale en passant par la voie de la transpiration cutanée. Si ces remarques sont vraies, on peut ainsi expliquer, jusqu’à un certain point, pourquoi les symptômes locaux sont plus faciles à guérir dans les parties du premier ordre que dans celles du second (*).

Il n’est point nécessaire de modifier la manière de vivre du malade pendant la durée du traitement mercuriel, car l’action du mercure sur la maladie n’est point susceptible d’être favorisée par un genre de vie plutôt que par un autre. Qu'importe pour l’action du mercure sur un ulcère vénérien que le malade mange un bon dîner et boive une bouteille de vin? le mercure sera-t-il excité par là à produire des effets sensibles dans quelque partie, comme les glandes de la bouche, ou bien son effet sur lirritation vénérienne en sera-t-il empêché? En un mot, je ne vois pas pourquoi le mercure ne guérirait pas la syphilis sous l'influence de n’importe quel régime (**). |

Cependant je conçois que le froid puisse modifier l’action du mercure sur la maladie vénérienne. Il est possible que le froid favorise l’irritation syphilitique, et par conséquent qu’il soit contraire à celle qui est produite par le mercure; et il y a quelque apparence de raison à le croire, car j'ai établi précédemment que le froid est un excitant de l’irritation vénérienne; de sorte qu’on peut, en tenant le malade chaudément, diminuer la puissance de la maladie pendant la durée du traitement.

L'administration du mercure à l’intérieur suffit dans beaucoup de cas; mais, en général, on ne doit pas autant compter sur ce mode de'traitement que sur l'application externe du médicament; aussi ne conseilleraisje point et n’administrerais-je point le mercure de cette manière dans les cas où la maladie n’a pas été suffisamment guérie par des traitements mercuriels antérieurs (***). C’est la manière la plus commoded’administrer

(*) On lit en outre dans l'édition de Home: « Lorsque les taches vénériennes de la peau ont été guéries par l’emploi du mercure, il arrive quelquefois qu'elles se reproduisent ensuite, et plusieurs médecins ont été portés à avoir recours de nouveau au mercure. Mais la pratique qui convient dans ces cas consiste à rester dans l’expectation pendant quelque temps, afin de voir ce qu’il adviendra de ces nouvelles taches, car très-souvent elles disparaissent spontanément; toutefois, elles peuvent être quelquefois une véritable récidive de la maladie vénérienne, et alors il faut prescrire le mercure. »

(**) Cette dernière phrase a été omise dans l'édition de Home.

(***) La portion de phrase qui commence par ces mots : « Mais en général...» a été omise dans l’édition de Home. |

le mercure, car il y a beaucoup de malades qui aiment mieux avaler une pilule que d'appliquer l’onguent sur leur corps, et même il se trouve beaucoup de circonstances dans la vie qui rendent la méthode interne beaucoup plus facile à suivre que la méthode externe; mais, d’un autre côté, il y a beaucoup de constitutions qui ne peuvent supporter le mercure pris intérieurement. C’est une chose fâcheuse, quand le malade est dans des conditions telles que l'une et l’autre méthode soient d’une application également difficile.

Le mercure pris à l’intérieur produit souvent des effets très-pénibles sur l'estomac et sur les intestins ; dans le premier, il détermine des nausées; dans les derniers, il provoque des coliques et de la diarrhée. :

Lorsqu'on juge qu’il est nécessaire de donner le mercure intérieurement, et qu'il se montre nuisible soit à l’estomac ou au tube intestinal, soit aux deux à la fois , bien qu’on ait choisi la préparation la plus simple, il faut corriger ou prévenir ses effets, quels qu’ils soient, en lui ass0ciant d’autres substances. S'il n’affecte que l’estomac, on peut unir au mercure de légères doses d’une huile essentielle, comme l'huile essentielle de clous de girofle ou celle de fleurs de CE qui, dans beaucoup. de cas , font disparaître ces effets fâcheux. Lorsqu'il affecte à la fois l’estomac et les intestins , je crois qu’on doit attribuer ce résultat à son mélange dans l'estomac avec un acide qui en dissout une partie et donne. naissance à un sel, ou bien à ce qu'il a été donné sous forme de sel; dans l’un et l’autre cas, il agit, en général, comme purgatif, et devient la cause de sa propre expulsion. Il y a deux manières d’obvier à cet inconvénient : la première, c’est d’empécher le sel de se former; la seconde , c’est d’en atténuer les effets sur les intestins , lorsqu'il est formé, en faisant disparaître l’irritabilité de ces derniers. Pour empêcher la formation du sel, le meilleur moyen consiste à unir le mercure avec des substances alcalines , soit des sels, soit des terres. Lorsqu'on l’administre à l'état de sel, on peut le combiner avec l’opium ou avec quelque huile essentielle.

Pour prévenir la formation du sel, on peut choisir une des préparations mercurielles , telles que le mercure caleiné, le mercurius Juscus,. ou le calomel, et en faire faire des pilules avec addition d’une petite quantité de savon mou ou d’un sel alcalin quelconque; le sel alcalin empêche aussi la pilule de se dessécher; au lieu de ces substances, on peut joindre au mercure une terre calcaire, comme la chaux ou les yeux d’écrevisses. C’est d’après cette idée qu’on prépare le mercure ge < qui n’est autre chose que du mercure cru broyé avec des yeux d’écrevisses. Mais ces substances ajoutent considérablement au volume du médicament, puisqu'il n’en faut pas moins de vingt grains pour une dose qui contient sept grains et demi de mercure cru. Le mercure calciné, broyé avec une petite quantité d’opium,, forme des pilules très-efficaces, et convient , en général , à l'estomac et aux intestins. Depuis longtemps l'opium est uni au mercure dans le traitement de la maladie vénérienne ; et quelques médecins lui ont accordé autant de vertu antisyphilitique

qu’à ce dernier. Cependant , il faut donner l’opium avec précaution , Càr : toutes les Constitutions ne s’en accommodent pas également; souvent il produit de l’irritabilité; quelquefois de la lassitude et de la débilité, quelquefois des spasmes.

Si le mercure est administré, non de la manière indiquée ci-dessus, mäis sous la forme de sel, où si on a laissé les sels se former dans l'es: tomac , il faut lui associer un tiers d’opium et une goutte d'huile de girofle ou de camomille , qui le rendront innocent pour l’estomac et empêcheront son effet purgatif; si, malgré ce mélange , il Se montre encore nuisible pour l'estomac et les intestins, il faut rendre la préparation encore plus Compliquée, en réunissant au mercure les sels alcalins : l’opium et une huile essentielle.

: On peut donner tous les soirs, pendant une semaine, une pilule composée d’un grain de mercure calciné, uni aux substances auxiliaires que peuvent réclamer les voies digestives; et si, à cette époque, la bouche n’est pas affectée, on peut donner cette dose matin et soir. Lorsque le malade est accoutumé au médicament , si celui-ci ne se porte pas d’une manière notable à la bouclie , on Bi élever la dose à Eur grains le soir et un le matin.

Les mêmes règles s'apligtient également à l'emploi du mercurius fuscus et du calomel; mais il faut donner ces dernières préparations à plus haute dose que la précédente pour obtenir le même effet thérapeutique. Leurs effets Sont, par rapport à ceux du mercure Calciné, à peu près dans la proportion de un à deux ou trois. 11 n’est pas facile de Se rendre compte de cette différence; la quantité de mercure est à peu de Chose près la même dans le même poids de l’une ou de l’autre de ces substances, car il ÿ à Sept grains de mercure cru dans.huit grains de calomel. Trois grains de ces préparations ne paraissent équivaloir qu’à un grain dé mercure calciné. Le mercure cru, administré à la même dose que lun ou l’autre des trois médicaments indiqués, est celui qui montre le moins d'efficacité ; en effet, quinze grains de mercure cru, incorporés dans un mucilage quelconque, n’équivalent qu'à ün ou deux grains dé mercure calciné. |

Le sublimé corrosif, qui est un sel capable de produire une stimulation violente , s’'administre généralement en dissolution dans l’eau commune, dans l’eau-de-vie, où dans certaines eaux distillées. II a été employé , en apparence , avec un grand succès. Il paraît qu’il guérit les ulcères de la bouche aussi promptement , sinon plus promptemént, que toutes lés autres préparations ; mais je présume que cette efficacité dépend de son contact avec les parties ulcérées quand il passe de la bouche dans l’estomac, et qu'il agit localement et comme un gargarisme sur ces parties. Quoi qu'il en soit, l'expérience apprend qu’il n’exerce pas une influence ässez puissante sur Pirritation vénérienne. Dans les cas récents il ne fait disparaître que les effets locaux visibles, sans détruire entièrement l’action vénérienne, car on observe beaucoup plus de récidives après l’usage de ce médicament qu'après celui de Ja plupart des autres, ce qui provient

| SYPHILIS CONSTITUTIONNÉLLE. 607 de ce qu’il est excrété trop facilement par la peau. En outre, Pestomac etles intestins s’en accommodent beaucoup moins que de toutes les autres préparations. |

Un grain de ce médicament, dissous dans uné once environ d’un liquide convenable , forme la dose généralement employée, que l’on augmente suivant la manière dont il est supporté par lés intestins , et Suivant $es effets sur la bouche et sur la maladie (*).

Comme le sublimé corrosif renferme un acide , et que son emploi doit être limité par les effets de cet acide sur les intestins, la quantité de mercure que l’on peut donner sous cette forme est nécessairement plus petite que celle qui peut être employée quand on se sert des autres préparations. Les gouttes de Ward, qui contiennent moins d’acide, peuvent être données à plus haute dose, et sont par conséquent plus efficaces. Il est possible que ces préparations unies avec un scrupule de résine dé gaïac aient plus d'action que lorsqu'elles sont données seules , car on observe que le gaïac exerce beaucoup d'influence sur la maladie vénérienne (pag. 621).

Il suffit, en général, d’ pioget ces moyens de traitement pendant deux mois pour guérir une syphilis constitutionnelle ordinaire ; mais je ne prétends point ici fixer une époque invariable. Le traitement doit être continué au moins quinze jours après que tous les symptômes de la mala-

(*) Ce passage est imprimé, tel qu’on vient de le lire, dans toutes les éditions, et cependant il doit y avoir une erreur, car une dose aussi élevée de sublimé corrosif n’a jamais été recommandée par aucun praticien digne de confiance, et ne pourrait être administrée sans danger. La dose ordinaire est d’un quart de grain à un demigrain dans la journée; et même cette quantité est généralement prise au moins en deux fois. de

Mais on peut donner le sublimé tcorrosif en plus grandes quantités sans danger, si l’on a recours aux précautions convenables. Il faut qu’il soit introduit dans l’économie sans irriter les surfaces qui l’absorbent immédiatement, On atteint ce but plus facilement en l'administrant sous forme de pilules, ct en le faisant prendre at moment des repas, de manière qu'il puisse se mêler avec les aliments et que ses propriétés acrimonieuses puissent être corrigées par la dilution. De cette manière, il peut être prescrit à la dose d’un tiers de grain trois fois par jour, c’est-à-dire, d’un grain quotidiennement, sans plus d'inconvénients ou de danger de trouble pour les voies digestives, qu'il n’en résulte de l'emploi des doses ordinaires administrées sans ces précautions.

* On croit assez généralement qu’un traitement par le sublimé corrosif ne garantit qu’imparfaitement contre les chances d’une récidive. Cette remarque s'applique principalement aux cas où le sublimé n’a été donné qu’à petites doses; procédé qui ne comporte guère l'introduction d’une quantité suffisante de mercure, à mois que ile traitement ne soit très-longtemps continué. Mais en admettant que le médicament soit donné à la dose que je viens d'indiquer, et que le traitement soit continué pendant la période ordinaire, sans être interrompu par l’action du sublimé sur les intestins ou sur la bouche, on peut révoquer en doute que les rechutes soient plus

fréquentes ae son emploi qu'après celui de toute autre préparation mercurielle, G. G, B.

die ont été dissipés. Mais si les symptômes disparaissent très - brusquement, comme cela arrive souvent, c’est-à-dire, dans l’espace de huit ou dix jours , probablement parce que le médicament s’échappe par les surfaces qui sont le siége des symptômes morbides, et agit localement, il faut prolonger le traitement pendant trois semaines et même un mois, et élever les doses. Dans de tels cas, les symptômes locaux visibles paraissent guéris, tandis que la disposition vénérienne reste dans les parties.

Si les préparations mercurielles qui ont été recommandées comme médicaments internes sont nombreuses , les praticiens se contentent généralement d’en employer une seule pour les applications externes. Il n’est aucun praticien qui n’ait remarqué qu’une préparation a paru mieux répondre, dans un cas, à ses intentions que telle ou telle autre, et dès lors la balance a penché dans son esprit en faveur de cette préparation. D’autres médecins , ayant été témoins des mauvais effets d’une préparation dans un seul cas, l’ont condamnée d’une manière générale. D'ailleurs , le mensonge est très-fréquent dans tout ce qui concerne le traitement de la syphilis. L'idée qui se présente naturellement à esprit, c'est que la préparation mercurielle la plus simple doit être aussi Ja meilleure , celle qui est le plus facilement soluble dans les humeurs animales , qui offre le moins d'inconvénients pour l’estomac et pour la santé générale, celle enfin dont l’action thérapeutique rencontre le moins d'obstacles ou de causes de troubles. En effet, on ne peut guère supposer qu’une substance qui altère les propriétés chimiques ou mécaniques du mercure hors du corps, puisse, par sa réunion avec lui, ajouter à son influence sur l’économie, à moins que ce ne soit une substance qui, prise isolément, ait une action semblable à la sienne. Ce qui corrobore cette pensée, c’est la préférence que l’on accorde généralement à l’onguent mercuriel pour l'usage externe du mercure : si l’on pouvait trouver une préparation encore plus simple, il faudrait la préférer au mercure cru.

$ VI. Traitement de la syphilis constitutionnelle dans la seconde ou j dans la troisième période.

Dans les périodes avancées de la maladie, il faut donner plus d’extension au traitement mercuriel. Il faut faire pénétrer dans l’économie en une seule fois la plus grande quantité de mercure que le malade puisse supporter, et continuer avec fermeté jusqu’à ce qu'il y ait de fortes raisons de croire que la maladie est détruite. Il n’est point possible alors d'empêcher que la bouche ne soit violemment affectée, car la quantité de mercure qui est nécessaire pour guérir la syphilis dans ces périodes est telle que cet effet est inévitable dans la plupart des cas.

Lorsque la maladie à atteint une période avancée, il est très-probable que le malade a déjà fait usage du mercure, et il est utile de lui demander quel effet ce médicament a produit sur lui; à quelle dose il peut le supporter. Ses réponses pourront mettre le médecin à même d’apprécier la dose par laquelle il convient de commencer. Si le malade a cessé

SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE. 609 l'usage du mercure depuis très-longtemps, et qu’il soit facilement affecté par ce médicament , il se trouve dans les conditions qui comportent la dose de mercure la moins élevée, et l’on doit commencer avec beaucoup de précautions, en ayant soin de régler la dose d’après les circonstances ; mais s’il n’y a pas longtemps qu’il prenait du mercure, quoiqu'il en soit facilement affecté, on peut en reprendre l'usage plus largement, car ce médicament doit avoir cette fois moins d’action sur la bouche et sur la maladie. Si le malade prenait du mercure très-peu de temps auparavant, et que ce métal ne l’affecte que difficilement , comme il se trouve dans les conditions qui permettent l'emploi de la plus grande quantité de mercure, on peut administrer le médicament d’une manière très - large, afin d’affecter la constitution en temps convenable. On peut considérer comme un début favorable que le mercure se porte à la bouche dans l'espace de six ou huit jours, et qu’au bout de douze jours cette partie soit fortement affectée. Dans de tels cas, si l’on veut que les effets du mercure aient le plus d'énergie possible, il faut tâcher de surprendre brusquement la constitution; mais, en même temps, il faut prendre ses mesures de manière à pouvoir soutenir ces effets en augmentant convei nablement la dose du médicament.

Les frictions mercurielles réussissent mieux que le mercure donné à l'intérieur ; on peut, par ce procédé, faire pénétrer, dans un temps donné, une plus grande quantité de mercure qu’on ne pourrait le faire par'la bouche sans léser l'estomac.

La quantité de mercure employée en frictions doit être, dans certaines circonstances, en proportion de la surface sur laquelle on l’applique, et il faut que cette surface soit complétement recouverte par l’onguent ; une demi-once d’onguent mercuriel appliquée sur une surface donnée produit à peu près le même effet qu’une once du même onguent appliquée sur la même surface; de sorte que pour qu'une once d’onguent produise un effet double de celui d’une demi-once, il faut qu’elle soit étendue sur une surface double. Il faut donc que la quantité de l’onguent soit mise en harmonie avec l’étendue de la surface; car sur une surface renfermée dans de certaines limites, il ne peut y avoir qu’une quantité déterminée d’onguent qui soit susceptible d’être absorbée , et il serait inutile d’en appliquer davantage; on ne peut point non plus étendre davantage la même quantité d’onguent sur une surface plus large, car elle | ne suffirait plus à l’activité de tous les vaisseaux absorbants de la surface. En conséquence, il importe que la surface sur laquelle on opère reçoive sa quantité complète d’onguent ; mais il ne faut pas qu’elle en ait davantage, si l’on se règle sur la quantité de mercure employée , pour les effets thérapeutiques qui doivent être produits.

On a eu probablement de tout temps l’usage de faire des jrictions avec le mercure, comme l'indique l’expression usitée. Mais je présume que cet usage provient plutôt de ce qu’on se représentait les surfaces douées de porosité comme une éponge, que de l’idée d’une absorption accomplie par l’action des vaisseaux ; or, il est probable que l’action vasculaire qui

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