IL
a l'absorption pour effet, peut être plutôt troublée qu’excitée par le frottements
On né péut fixer avec exactitude l’espace de temps pendant lequel lé traitement doit être suivi. On pourrait penser qu’il convient de le continuer jusqu’à ce que les Symptômes locaux, tels que les nodus, aient dis: paru ; maïs je crois que cela n’est guère nécessaire, à moins qu’ils ne disparaissent très-Vite; car, dans ces Cas, les arectbis locales, comme le gonflement, etc:, mettent, én général, plus de temps à se détruire que l’action vénérienne elle-même ; et les applications locales doivent être utiles, surtout Me» les gonflements’de cette espèce sont opiniâtres.
Le régime mérite une attention particulière : pendant la duréé d’un träitement aussi énergique , qui est débilitant sous tous les rapports: Il faut soutenir le malade; et, comme les effets locaux du mercure sur la bouche empêchent qu’il ne puisse faire usage dé certains aliments , principalement de ceux qui sont sous forme solide , son régimé doit $e composer exclusivement d'aliments liquides , et l’on doit préférer les aliments liquides qui deviennent solides après la déglutition : le lait est de cette espèce. Un œuf battu avec un peu de sucre et un peu de vin, le sagou ; le salep, étc., constituent une alimentation convenable. Dans beaucoup - de cas, il faut donner du vin et du quinquina pendant toute la durée du traitement. Le sucre est peut-être une des substances les plus réparatrices que l’on puisse donner quand la constitution a été très-débilitée par une longue abstinence, quelle qu’en ait été la cause, soit par absence d’alimentation dans l'état dé santé ou pendant une maladie, soit parce que l’alimentation n’était pas en proportion dé la déperdition générale, comme pendant la durée d’un traitement mercuriel. Après la fin de la maladie ou du traitement mercuriel, le sucré est la substance la plus capable de rétablir la constitution.
Quoique cette opinion ne soit pas généralement admise, et gets conséquence le sucre ne soit pas prescrit généralement dans cette vue, ïl existe cependant des preuves suffisantes de la supériorité de ses propriétés nutritives sur celles de presque toutes les autres substances. C’est un fait bien connu que dans les îles où l’on cultive le sucre; tous les nègres deviennent très-gras et très-replets dans la saison des cannes à sucre, pendant laquelle ils ne mangent presque rien autre chose. Les chevaux et les bestiaux qui sont soumis à la même alimentation deviennent constamment très-gras, et le poil des chevaux s’embellit. Les oiseaux qui se nourrissent de fruits ne les mangent jamais que lorsqu'ils sont très-müûrs; c'est-à-dire, lorsqu'il s’y est formé la plus grande quantité possible dé sucre, et même alors ils choisissent ceux qui en fournissent le plus: Les insectes agissent de même; mais aucun ne nous en donne un exémple plus frappant que l'abeille. Le miel se compose de sucré uni à quelques autres sucs de plantes et à un peu d'huile essentielle; mais le sucre y entre pour la principale part. Quand on considère qu’un essaim d’abeilles vit pendant tout un hiver avec quelques livres de miel , qu’il produit une
SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE. 611 chaleur constante d’environ 95 à 96 degrés (Fahr.), ét que les actions de l’économie animale sont en proportion de cette température, on doit reconnaître que le sucre est peut-être de toutes les substances connues celle qui contient le plus de matière réellement nutritive.
Le petit-lait, qui est la partie aqueuse du lait et qui n’en contient ni la
partie grasse ni la partie coagulable , a également la propriété d’engraisser beaucoup. Gela dépend principalement du sucre qu’il renferme; en effet, comme il constitue la partie aqueuse du lait, il tient en dissolution tout le sucre de celui- -ci. Mais si on le laisse s’aigrir, il ne possède plus cette propriété au même degré, parce que c’est Le sucre qui à passé à la fermentation acide.
Quoique les qualités nutritives du sucre n’aient pas été assez appré-. ciées pour qu’il ait été admis dans la pratique générale, cependant elles n’ont pas entièrement échappé aux praticiens. M. Vaux, ayant remarqué l’accroissement d’embonpoint des nègres des Indes occidentales dans la saison du sucre, a été porté à prescrire le sucre à haute dose à plusieurs de ses malades, et cela avec beaucoup de succès. Le miel présente un: très-bon moyen d’administrer le sucre; il importe peu, pour le résultat , que les aliments et les boissons soient sucrés avec le sucre du miel ou avec le sucre proprement dit. Toutefois, il est probable que les autres substances qui entrent dans la composition du miel ajoutent encore à ses qualités nutritives.
$ VII Du traitement local.
Si les effets locaux de la syphilis constitutionnelle n’ont pas dépassé la période d’inflammation et de gonflement, soit dans les parties molles ; soit dans les os, il est très-probable qu'aucun traitement local n’est nécessaire, Car, en général, ils sont entièrement dissipés par le traitement qui s’adresse à la constitution. |
Cependant il arrive quelquefois que les symptômes locaux ne disparaissent point, et que les parties restent tuméfiées, et dans un état d’indolence et d'inactivité, alors même qu’il y à toute raison de supposer que la constitution est parfaitement guérie. Dans les cas de cette es= pèce, le traitement constitutionnel doit être aidé par application locale du mercure sous forme d’emplâtre ou d’onguent : cette dernière formé ést sans contredit la meilleure. Si ce moyen ne suffit pas, comme il arrivé
souvent, il faut chercher à détruire la disposition morbide en donnant … naissance à une inflammation d’une autre nature. J'ai vu guérir un nodus vénérien qui causait une douleur atroce, au moyen d’une simple incision intéressant toute la longueur du nodus et pénétrant jusqu’à l'os; la douleur cessa, la tuméfaction diminua, et la plaie se cicatrisa favorablement sans qu’on eût recours à un grain de mercure. Les vésicatoires se sont montrés efficaces dans le traitement des nodus; ce moyen enlève les douleurs et diminue le gonflement; c’est une nouvelle preuve que le traitement local peut aider l’action du mercure dans beaucoup de Cas. |
On a recours au traitement local, non-seulement pour aider le mercure dans lés cas où il paraît lutter avec désavantage contre la maladie ;
mais encore au début du traitement, et même avant tout emploi du mer- ” cure. Mais on n’en juge pas moins nécessaire de soumettre le malade à un traitement mercuriel, absolument comme si rien n'avait été fait contre les affections locales. |
‘On peut demander quel avantage résulte de l’incision ou de l’application d’un vésicatoire? L'avantage consiste dans le soulagement immédiat des douleurs violentes; d’ailleurs, comme il y a alors deux forces qui agissent à la fois, il est naturel de supposer que le traitement doit être moins long.
Après qu’on à tenté tous les moyens indiqués ci-dessus, il peut arriver que les effets locaux persistent encore, et qu’ils constituent une maladie nouvelle, que le mercure peut aggraver. Il faut alors recourir à d’autres méthodes de traitement, qui seront décrites ci-après. |
$ VIII. Des abcès; des exfoliations.
Quand il se forme un abcès dans un nodus.du périoste, l'os est ordinairement affecté et constitue une partie du foyer. Ces cas réclament une grande attention, car ces suppurations ne sont point semblables à celles des abcès communs. Elles sont rarement le produit d’une véritable inflammation suppurative, ce qui fait qu’elles sont lentes dans leur marche, et qu’elles ne produisent presque jamais un véritable pus, mais ordinairement un mucus, où matière visqueuse, qui séjourne sur les os et y forme une tumeur aplatie. À raison de cette dernière circonstance, il-est difficile de déterminer quand la suppuration a pris naissance, et, dans beaucoup de cas, de découvrir le pus, lors même qu’il est formé. Une autre circonstance qui rend la présence du pus douteuse dans ces cas, c’est que les progrès de la maladie sont ordinairement réprimés de très-bonne heure par l’usage du mercure. Ce pus est souvent résorbé pendant le traitement mercuriel, et il convient, surtout dans un état peu avancé de l'affection, de lui donner cette chance favorable; mais si l'absorption n’a point lieu, et que laffection morbide soit dans un état avancé, il faut ouvrir Vaboës.
. Le traitement chirurgical est ici le même que pour les autres maladies des mêmes parties; il est absolument nécessaire d'ouvrir très-largement, car plus les parties sont exposées, et plus elles ont de tendance, en général, à marcher vers la guérison; c’est ce qu’on observe surtout dans les cas qui nous occupent, parce que la violence à laquelle les parties malades sont soumises favorise la destruction de la disposition vénérienne. Dans l'ouverture des abcès, il ne faut jamais emporter la peau qui recouvre les os, surtout aux membres inférieurs.
Si l’abcès est ouvert largement et qu’il se forme une exfoliation, comme cela arrive généralement, on doit recourir aux moyens qui sont employés dans tout autre cas d’exfoliation. Les exfoliations marchent beaucoup mieux ici que dans beaucoup d’autres circonstances, parce que l’on peut généralement détruire la maladie d’où elles tirent leur origine, tandis qu’on ne peut en faire autant dans beaucoup de maladies des os où il y
SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE. 613 a également exfoliation. Cependant il se présente quelquefois des cas où, après que la disposition vénérienne a été détruite, ilse forme dans los une autre maladie dont j’expliquerai la nature quand je ferai connaître les effets morbides qui peuvent persister après la guérison de la syphilis,
ainsi que les maladies qui sont produites quelquefois par le traitement mercuriel.
S IX. Des nodus qui se forment sur les tendons, sur les ligaments et sur les aponévroses.
Les remarques qui viennent d’être faites au sujet des nodus du périoste et des os sont applicables aux gonflements et aux suppurations des ligaments et des aponévroses; mais il est encore plus difficile de constater la présence du pus dans ceux-ci que dans les premiers.
Lorsque la syphilis ne détermine qu’un épaississement des ligaments ou des aponévroses, ce symptôme est très-rebelle, et, dans beaucoup de cas, la partie malade peut être délivrée de toute infection vénérienne sans que ces épaississements se dissipent. L'application d’un vésicatoire est souvent ici suivie de succès. Mais si ce moyen échoue, il est indispensable de pratiquer une incision afin d’exciter une action plus énergique. Bien que l'affection locale n’ait plus rien de vénérien, et que l’on n’ait à craindre aucune infection qui puisse en provenir dans la suite, comme elle constitue souvent plus tard des tumeurs très-opiniâtres et très-incommodes , qui ne cèdent ni au temps ni à la médecine, il convient d'employer tous les moyens capables de la guérir radicalement.
$ X. Des moyens de corriger quelques effets du mercure.
Autrefois, lorsque l’emploi du mercure était moins bien compris et que ses effets sur la syphilis étaient moins bien connus qu’à présent, on croyait généralement qu’il agissait par l'intermédiaire de l'évacuation qu’il provoquait dans les glandes salivaires, et en conséquence on le donnait toujours jusqu’à ce qu’il eût produit cette évacuation; et comme on pensait que ses effets curatifs étaient en proportion de la quantité de cette évacuation, on poussait celle-ci aussi loin qu'il était possible de le faire sansexposer le malade à être suffoqué. Il résultait souvent de ce traitement, que, dans les constitutions qui étaient très-susceptibles de l’irritation mercurielle, et dans lesquelles le mercure produisait des effets beaucoup plus violents sur quelques sécrétions particulières qu’on ne l’aurait voulu, on était obligé de recourir à des médicaments destinés à corriger les effets du mercure, car ces effets étaient souvent un obstacle à l'administration du remède en quantités suffisantes pour la curation de la maladie.
J'ai dit, en parlant des effets du mercure, que l’accroissement sensible qu’il détermine dans les sécrétions se produit dans l’ordre suivant : aug-
mentation de la salive d’abord, puis de la sueur, de l’urine, et souvent du mucus intestinal, ce qui produit de la diarrhée. Jai fait observer aussi que lorsque l’une ou l’autre de ces sécrétions devient trop violente, le médecin ne peut plus rien faire qu’elle ne soit rentrée dans une limite
convenable. On a essayé de diminuer ces effets de deux manières, soit en détruisant l'influence du mercure sur l’économie en général, soit en l’expulsant; mais ni l’une ni Pautre de ces tentatives n’a réussi. Il n’a jamais été jugé nécessaire d'essayer d’attéhuer son action sur les organes des sécrétions seulement, de manière qu'on pût en garder la même quantité dans la constitution, ou même en introduire davantage, ce qui, si l’on pouvait y parvenir, serait quelquefois d’une grande utilité; mais comme nous ne connaissons jusqu’à présent aucun agent assez puissant pour atteindre ce but, il faut étre RATAURN dans l'administration du mercure. :
J'ai cherché à démontrer que le mercure ne doit point être donné dans Ja vue de déterminer les évacuations dont ; je viens de parler, et que l’on peut parvenir à l’employer en quantité quelconque sans augmenter d’une manière notable l’une ou l’autre de ces sécrétions. Cependant, malgré toutes les précautions possibles, on peut encore être trompé dans son attente, et il arrive quelquefois que ce médicament produit des effets plus intenses qu’on ne le désirait. Il est donc nécessaire de rechercher un agent qui puisse prévenir les effets du mercure, quand ils paraissent devoir être trop violents, ou qui remédie à ces effets quand ils se sont déjà manifestés. à
Lorsque le mercure produisait des effets violents sur les intestins, la pratique commune était de s'opposer à l’accomplissement de ces effets; cette pratique avait pour but, non de retenir le mercure dans la consti- . tution, mais de soulager les intestins qui souffraient de l’action du médicament. Or, la véritable indication est d'empêcher les évacuations alvines, comme celles de tous les autres conduits muqueux, afin de conserver dans l’économie une plus grande quantité de mercure.
Bien que ces sécrétions exagérées proviennent de ce que la constitution est chargée de mercure, il n’y a aucun danger à les faire cesser, car elles n’ont point pour origine une disposition générale qui se localiserait, c’est-à-dire qui deviendrait critique, de telle sorte que l’action qui en dériverait, arrêtée dans un point, se reporterait nécessairement sur un autre. Cet accroissement de sécrétion dépend de cette double condition, savoir, que la partie qui en est le siége est plus susceptible de l’irritation mercurielle que toutes les autres, et que la quantité de mercure qui est actuellement dans la constitution est équivalente à la susceptibilité de la partie. Par conséquent, bien que les effets du mercure soient arrêtés dans cette partie, ils ne doivent éclater dans aucune autre, parce que toutes les autres peuvent supporter la quantité introduite et rester non affectées jusqu’à ce qu’il en ait pénétré davantage.
Lorsque le mercure attaque les glandes salivaires, il accroît tellement Ja sécrétion de la salive, dans quelques cas, que les praticiens se trouvent dans la nécessité de prescrire des médicaments que l’on suppose propres à dissiper cette nouvelle maladie. Cette susceptibilité des glandes de la bouche et de la totalité de la bouche à entrer en action sous l’influence du mercure a été considérée généralement comme liée à une constitution
SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE. 615 scorbutique, constitution à laquelle on attribue la plupart des maladies de la bouche. Je pense que les sujets scrofuleux et ceux de constitution lâche et délicate sont plus sujets à la salivation mercurielle que ceux d’un tempérament contraire.
On a donné des purgatifs, dans la supposition que le mercure pourrait être emporté au dehors dans les évaeuations produites par eux, et leur emploi était répété suivant la violence des effets mercuriels et la force du malade. Mais il me serait presque impossible de dire que j’aie jamais vu les effets du mercure sur la bouche diminués par les purgations, soit qu’elles aient eu lieu spontanément, soit qu’elles aient été provoquées par des purgatifs, soit même qu’elles aient été déterminées par le mercure lui-même. Les purgatifs n’ayant pas été trouvés suffisants pour la répression des accidents, on a essayé d’autres agents thérapeutiques, et le soufre a été considéré comme le spécifique destiné à dissiper les effets du mercure. Que cette idée ait surgi de la pratique ou du raisonnement, cela est peu important (*); mais je crois avoir vu cette substance produire de bons effets dans quelques cas. Si l’on suppose que les purgations peu-
vent être utiles, on réussira mieux en purgeant avec le soufre qu'avec
toute autre substance, car le soufre agira à la fois comme purgatif et comme spécifique.
Le soufre pénètre certainement dans la circulation comme soufre, car Ja sueur et l’urine en exhalent l’odeur. S'il ne se combine pas avec le mercure de manière à détruire ses propriétés spéciales, il est possible, conformément à l'opinion de ceux qui les premiers ont eu l’idée de le donner dans cette intention, qu’il se combine avec lui de manière à former l’éthiops minéral ou quelque chose de semblable, car on sait que l’éthiops minéral, de quelque manière qu’il soit formé, ne produit pas ordinairement la salivation. Il est possible aussi que le soufre agisse comme un stimulant faisant antagonisme au mercure, et qu'il neutralise les effets de ce dernier sur la constitution. On a même supposé que le soufre, empéchait le mercure de pénétrer dans la circulation. En somme, comme les préparations de soufre et de mercure passent encore pour être utiles, et que je crois en avoir obtenu de bons effets dans des cas étrangers à la maladie vénérienne, il faut admettre ou qu’elles pénètrent dans la circulation, ou que tous leurs effets se produisent sur l'estomac et sur les intestins, et que le reste du corps sympathise avec ceux-ci, Le soufre ne peut être efficace pour diminuer ou modifier les effets immédiats du mercure que lorsque le mercure est réellement dans la constitution; c’est pourquoi il faut distinguer les effets morbides qui naissent immédiatement du mercure, de ceux qui
(*) Le soufre, quand il est uni avec un métal quelconque, lui enlève probäblement sa solubilité dans les humeurs du corps, ou au moins l'empêche de produire ses effets quand il est dans la circulation : les cinabres n'agissent ni comme le soufre, ni comme le mercure. L’antimoine cru, qui est du régule d’antimoine et du soufre, n’a aucun effet, L'arsenic, quand il est uni au soufre, est également sans effet ; il en est de même du fer. J. Hunwrer.
persistent par habitude après que le mercure a été évacué de la constitution; ces derniers accidents, qu’on observe quelquefois, seront décrits à leur place (*). :
L'usage du mercure détruit quelquefois la faculté du goût, qui cesse d'exister pendant une quinzaine de jours, pour se reproduire ensuite : je sais que cela est arrivé deux fois à un malade, à la suite des premières doses de mercure. Il n’est pas facile de se rendre compte de ce phénomène; mais de quelque manière qu’il arrive, c’est un fait curieux.
Quand le mercure s’est porté sur la bouche et sur le pharynx, il est souvent utile de faire des lotions opiacées sur ces parties. L’opium enlève l'irritabilité et par conséquent la douleur; c’est aussi un moyen de
diminuer la sécrétion. Une drachme de teinture thébaïque pour une once d’eau constitue un bon gargarisme (**).
Quand le mercure se porte sur la peau, ce n’est point aussi pénible ni aussi dangereux que lorsqu’il se porte sur la bouche ; cependant, il peut arriver qu’on doive arrêter une telle évacuation, tant parce qu’elle devient fatigante, que parce qu’emportant le mercure au dehors, elle en
- affaiblit les effets sur la constitution. Le quinquina est peut-être un des médicaments qui ont le plus d'efficacité pour corriger cet accroissement de sécrétion.
Quand le mercure attaque les reins et augmente la sécrétion de ces glandes , il en résulte moins d’inconvénients que lorsqu'il provoque des sueurs trop abondantes, bien qu’il puisse cependant être évacué trop tôt par cette voie. Comme nous ne possédons que peu de substances qui puissent diminuer cette sécrétion, nous sommes obligés, dans la plupart des cas, de rester simples spectateurs du phénomène. On peut cependant donner ici le quinquina avec avantage.
Lorsque le mercure affecte les intestins, il peut en résulter souvent des accidents plus dangereux et plus. pénibles que ceux qui viennent d’être signalés, notamment que ceux qui peuvent survenir dans les deux
derniers cas ; mais en revanche, nous pouvons mieux prévenir ou pallier les accidents de cette espèce. Il faut donner l’opium en quantité suffisante pour triompher de la maladie, et je crois qu’il manquera rarement de dissiper tous les symptômes (***).
(*) L'acide nitrique est la substance qui a le plus d’efficacité pour arrêter et guérir l'affection morbide des gencives et le ptyalisme. G. G. B.
+) C’est par analogie que j'ai été amené à employer l’opium de cette manière. Ayant remarqué que l’opium faisait cesser la diarrhée A ro par le mercure, je l’essayai sous forme de gargarisme dans la bouche, et j'en obtins des effets avantageux, bien qu ils ne fussent pas aussi prononcés que ceux qu'il déterminait sur les intestins. Jon HUNTER.
(**) Dans beaucoup de cas, l'opium peut prévenir le trouble intestinal causé par
le mercure; mais quand il existe actuellement des symptômes dyssentériques, il réussit rarement à les dissiper, si l’on n'a eu recours préalablement à un purgatif, + d G: G. B.
$ XI. De la forme sous laquelle se trouvent les différentes préparalions mercurielles dans la circulation. .
Le raisonnement ainsi que plusieurs circonstances sembient indiquer qu’il est nécessaire que le mercure soit à l’état. de solution dans les liquides de lPéconomie pour qu’il puisse agir, non-seulement sur la maladie vénérienne, mais même sur toute autre maladie. D’après les faits suivants, il est très-probable que le mercure est à l’état de solution dans nos humeurs, et qu’il n’y circule Sous la forme d’aucune des préparations mercurielles que nous connaissons :
1° Le mercure cru, tous les sels de mercure, et la chaux de mercure (oxyde de mercure), sont solubles dans la salive quand on les met dans la bouche, ce qui les rend appréciables au goût. Il résulte de là, que le mercure est soluble au moins dans quelques-unes de nos humeurs.
2° Le mercure cru, tenu à l’état de division extrême au moyen de la gomme arabique, etc., c’est-à-dire dans la condition qui doit favoriser le plus sa dissolution dans l'estomac, à généralement un effet purgatif ; mais lorsqu’il n’est pas réduit à cet état de division, il n’a plus la même influence, parce qu’il ne se dissout point aussi facilement dans les humeurs de l’estomac. La simple chaux de mercure purge également et même avec beaucoup plus de violence, et je suppose que cela dépend de ce qu’elle est d’une solution plus facile dans les liquides de l’économie ; ‘car si elle purgeait seulement par suite de son union avec l'acide qu’elle peut rencontrer dans l’estomac, elle ne purgerait probablement pas avec plus de violence que le mercure cru, quoiqu'il soit très-probable que la chaux de mercure soit d’une solution plus facile dans un acide faible que le mercure cru.
3° Toutes les préparations de mercure produisant le même effet sur la bouche et n’ayant aussi qu’un seul et même effet sur la constitution, il en résulte qu’elles doivent toutes subir un changement en vertu duquel elles se trouvent réduites à une seule et même forme. On ne peut dire quelle est cette forme, si c’est la chaux de mercure, ou le mercure à l’état de métal, ou quelqu’une des autres formes que nous connaissons. Il est probable que ce n’est aucune de ces formes , mais qu’il se fait une solution toute nouvelle du médicament dans les humeurs de l’économie, une solution qui est propre à l’organisme vivant. Ce qui corrobore cette idée, c’est que toutes les préparations de mercure placées dans la bouche subissent la même modification et communiquent à la salive le même goût. Si toutes les préparations diverses du mercure avaient dans la constitution les mêmes propriétés qu’elles possèdent en dehors de l’économie, ce qu’il faudrait admettre si elles y pénétraient avec leur forme propre et si elles l’y conservaient, le poison vénérien serait détruit d’autant de manières différentes qu’il y a de préparations mercurielles. Le mercure cru agirait mécaniquement, en augmentant la pesanteur et le mouvement du sang ; la chaux de mercure agirait comme la poussière de brique pilée, ou comme toute autre poudre pesante; le
précipité rouge stimulerait par ses propriétés chimiques d’une certaine manière, tandis que le sublimé corrosif stimulerait d’une autre, et le mercure jaune (turbith minéral) d’une troisième. Très-probablement, ce dernier ferait vomir, de même que l’ipécacuanha, qui produit le yomissement, soit qu’on le porte dans l’estomac, soit qu’on l’introduise dans Ja circulation.
4° Toutes les préparations du mercure, appliquées localement, agissent toujours d’une seule manière, c’est- à-dire comme mercure ; mais il en est quelques-unes qui ont aussi un autre mode d'action, qui est chimique et qui dépend de la nature particulière de la préparation. Le précipité rouge est une préparation de cette nature, et il agit de ces deux manières ; c'est ou un stimulant ou un escarotique.
J’ai fait sur moi-même les expériences suivantes, dans le but de m’assurer si le mercure est réellement à l’état de solution dans nos liquides. Comme terme de comparaison, je plaçai une certaine quantité de mercure cru dans ma bouche, je l'y laissai séjourner et je le broyai de manière à le rendre d’une solution plus facile, jusqu’à ce que j'en perçusse le goût. J’opérai ensuite de la même manière sur du mercure calciné, et le goût fut exactement le même; mais je remarquai qu’il se OLA plus facilement que le mercure cru. J’essayai de même le calomel,, puis le sublimé corrosif étendu d’eau; le goût fut encore le même. Il
s'écoula quelque temps avant que je perçusse le goût du mercure cru dans ma bouche; celui de la chaux et du calomel se firent sentir beaucoup plus promptement. Le sublimé corrosif présenta d’abord un goût mixte; mais lorsque l'acide eut été étendu, le goût se montra le même que celui des autres préparations. Elles produisirent donc toutes la même sensation dans la bouche, c’est-à-dire le même goût.
Il semble résulter de ces expériences que le mercure, sous quelque forme qu'il soit employé, se dissout dans la salive et y est réduit à une seule et même préparation ou solution.
Voulant constater si le mercure qui a pénétré dans la constitution produit le même goût à la bouche, je fis sur mes cuisses des frictions mercurielles jusqu’à ce que ma bouche en fût affectée, et je pus manifestement percevoir le goût du mercure; or, autant que je pus m'en rapporter à ma mémoire, le goût fut exactement le même que dans les expériences précédentes.
Je donnai alors à ma bouche le temps de se rétablir parfaitement et de perdre toute trace du goût mercuriel, puis j’ayalai du calomel sous forme de pilules jusqu’à nouvelle salivation. J’opérai de la même
manière avec du mercure calciné et avec du sublimé corrosif. Toutes
ces expériences amenèrent le même résultat; le mercure, sous chacune de ces formes, produisit le même goût, ainsi que je l’avais observé lorsque j’en avais placé les diverses préparations dans ma bouche.
Ces expériences permettent de conclure que lorsque le mercure produit une évacuation par la bouche, il est certainement éliminé par cette voie; d’où il résulte également qu’il est permis d'admettre que lors-
SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE. 619 que, après ayoir passé dans la constitution, il détermine d’autres évacuations, comme de la diarrhée, des sueurs, ou une augmentation de l'urine, il est rejeté aussi par la voie de ces évacuations, qui deviennent ainsi ses moyens d’excrétion.
Ces expériences donnent aussi à penser qu’il importe " d'employer telle ou telle préparation mercurielle plutôt que telle autre dans le traitement de la syphilis, pourvu qu’elle soit facilement soluble dans nos humeurs, la préparation la plus soluble étant toujours la meilleure,
$ XIT. De l'action du mercure sur le poison.
On peut admettre que le mercure agit de l’une des trois manières suivantes pour guérir la maladie vénérienne. 1° Il peut se combiner chimiquement avec le poison et le décomposer, de manière que sa faculté d’irritation soit détruite; 2° il peut l'emporter au dehors par la voie des évacuations; 8° il peut produire dans la constitution une irritation qui agisse en sens inverse de l’irritation vénérienne et qui la détruise entièrement. N |
On a supposé que le mercure agit simplement par son poids dans les liquides en circulation ; mais il est impossible de se faire une idée précise de cette influence; et d’ailleurs, s’il en était ainsi, d’autres substances agiraient aussi sur la syphilis en proportion de leur pesanteur, et par conséquent, il y en aurait plusieurs qui pourraient la guérir. Mais l'expérience a appris que des corps qui ont beaucoup de pesanteur, tels que la plupart des métaux, n’ont aucune action sur la syphilis.
Aucune circonstance concomitante ne nous fournit la preuve que le mercure agisse en décomposant le poison.
Certainement le mercure ne guérit point la maladie vénérienne en s’unissant au poison pour en déterminer l'évacuation. Car c’est dans les cas où le mercure est donné de manière à produire des évacuations considérables, et dans ceux où la constitution est telle que les évacuations sont facilement excitées par le mercure, que les effets de celui-ci sur l’action morbide sont le moins prononcés; et les mêmes évacuations produites par d’autres agents thérapeutiques n’exercent pas la moindre influence sur la maladie.
Que l’on suppose que le mercure emporte hors de l’économie le poison qui est en circulation, ou que l’on admette qu’il le décompose, dans l’une et l’autre hypothèse, appliqué localement, il ne pourrait avoir aucun effet sur une inflammation vénérienne ou sur un ulcère vénérien ayant son point de départ dans la constitution; en effet, tant qu’il existerait du virus dans la circulation, aucun symptôme constitutionnel local ne pourrait être guéri par des applications locales, puisque la circulation porterait constamment du virus aux parties localement affectées. Mais l’observation nous apprend le contraire : on sait qu’un ulcère yénérien dépendant d’une infection générale peut être guéri localement.
Le troisième mode d'action me paraît être le plus vraisembla le, pour plusieurs raisons : 1° dans beaucoup de cas, on peut guérir la maladie
vénérienne en déterminant une violente stimulation d’une autre nature ; peut-être que si l’on pouvait sans danger produire une irritation convenable dans la constitution, comme cela se fait souvent pour les accidents locaux, on obtiendrait de la même manière la guérison de la syphilis constitutionnelle, et cela dans le quart du temps que cette guérison exige par les moyens ordinaires; 2° le mercure agit comme un stimulant général, il cause une grande irritabilité dans la constitution, il accélère les battements du cœur, il rend les artères plus rigides et, par suite, le pouls dur, ainsi qu’il a été déjà dit. On peut ajouter qu’il produit, jusqu’à un certain point, une maladie, un mode particulier ou anormal d'action. Le cas suivant offre une démonstration de ce que j’avance : on conseilla à un homme l’emploi de l'électricité contre une maladie dont il était atteint. T’électricité fut employée, mais sans produire aucun effet visible. Outre la maladie pour laquelle il avait recours à l’électricité, cet homme était affecté d’une maladie vénérienne pour laquelle on le soumit, pour la première fois, à un traitement mercuriel. Pendant ce traitement, l'électricité fut employée de nouveau; mais le malade était devenu si irritable, qu’il ne pouvait plus supporter les secousses électriques, bien qu’elles fussent réduites à la moitié de leur force primitive. Ce qu’il y a de plus curieux dans ce cas, c’est que les secousses électriques eurent alors beaucoup plus d’effet sur la maladie qu’elles étaient destinées à combattre, que dans le temps où elles étaient deux fois aussi fortes, et que le malade fut guéri. Ce fait ne resta pas stérile pour le chirurgien; ayant eu une autre occasion d'employer l'électricité, et ce moyen étant également sans résultat, il soumit le malade à un traitement mercuriel modéré; dès lors, lélectricité produisit les mêmes effets que dans le cas précédent, et la guérison fut obtenue.
- L'influence du mercure sur la constitution est en raison de la quantité qui en est introduite et de la susceptibilité de la constitution à étre affectée par lui, indépendamment de la maladie en elle-même; et son influence sur la maladie est à peu près en proportion de celle qu'il exerce sur la constitution. Ce fait donne une idée du mode d’irritation que le mercure produit dans la constitution, et, par conséquent, nous éclaire tant sur les règles à suivre dans son administration que sur le mécanisme par lequel il guérit les maladies pour lesquelles il peut être un remède efficace.
L'observation apprend que la même quantité de mercure produit dans quelques constitutions des effets doubles de ceux qu’elle fait naître dans d’autres, et que dans ces cas, comme dans les autres, il exerce son influence sur la maladie; il résuite de’là que nous sommes portés à croire que c’est l’effet qu’il produit dans la constitution qui guérit la maladie, et que s’il ne le produisait pas , il n’opérerait pas non plus la guérison. Mais j'ai déjà fait remarquer que la guérison ne marche pas exactement en proportion des effets visibles du mercure, et qu’il faut encore,qu'à ces effets visibles soit unie la quantité. Il y a donc dans l'action thérapeutique du mercure quelque chose de plus qu’une simple
SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE. 621 stimulation constitutionnelle, quelque chose qui très-probablement est un effet spécifique particulier dont nous n’avons pas entièrement la mesure dans les effets visibles, soit constitutionnels, soit locaux, bien que les effets visibles paraissent tre dans une certaine FORTER avec cet effet spécifique.
Ce fait étant connu, on doit donner plus largement le mercure aux malades sur la constitution desquels il fait peu d'impression, qu’à ceux qu'il irrite facilement, quoique chez ces derniers on ne doive pas se laisser diriger entièrement par ses effets locaux, ni compter exclusivement sur la quantité qui suffit communément, mais bien prendre pour guides la susceptibilité de la constitution et la quantité réunies; car, dans les cas où la constitution paraît être très-susceptible de l’irritation mercurielle et où de petites quantités produisent des effets locaux considérables, il est encore nécessaire d’avoir la quantité, bien qu'il ne soit pas si indispensable, en général, de porter le médicament jusqu’à la quantité réputée nécessaire. Le médecin doit se guider sur les trois circonstances suivantes : la disparition de la maladie, la quantité d’irritation produite, et la quantité de mercure employée.
$ XIII. De lemploi de la résine de gaïac et de la racine de salsepareille dans le traitement de la maladie vénérienne.
Jusqu’à présent je n’ai recommandé que le mercure pour le traitement de la maladie vénérienne, et c’est, en effet, le seul médicament sur lequel on puisse compter. Cependant, le gaïac et la salsepareille ayant été recommandés comme des remèdes puissants contre la syphilis, j’ai saisi une occasion favorable de les essayer comparativement sur le même sujet.
J'ai trouvé que le gaïac (*) avait une influcnée spécifique très-puissante sur la maladie; par conséquent il peut être utile dans les cas peu graves où l'emploi du mercure peut être accompagné d’inconvénients ou contre-indiqué à cause de quelque autre maladie. Toutefois, je n’ai pas encore déterminé ces cas. On peut aussi l’employer lorsque l'on craint que la quantité de mercure nécessaire pour triompher de Ja maladie ne soit trop considérable pour être supportée pa la constitution, ce qui s’observe à ele LE La salsepareille ne nva paru avoir aucun effet.
Je vais rapporter avec exactitude le cas dans lequel les propriétés de ces deux substances furent essayées comparativement.
Un homme entra à l'hôpital Saint-George avec des ulcères vénériens sur presque toute la surface du corps. Il y avait dans les aisselles plusieurs ulcères fongueux et remplis de végétations, dont quelques-uns avaient environ l'étendue d’un demi-sou ; il y en.avait de semblables
(*) Le bois de gaïac fut apporté d'Hispaniola, en 1517, par des Espagnols,, à l'un desquels il avait été donné par ux indigène, et qui le firent. connaître comme un antidote de la maladie vénérienne. . Joux HUNTER.
autour de l’anus , entre les fesses, le long du périnée, et entre le scrotum et la cuisse, dans les points où ces parties viennent au contact réciproque. Ceux qui avaient leur siége à la peau avaient l’aspect ordinaire. Je fis appliquer un cataplasme fait avec la résine de gaïac sur les ulcères de l’aisselle droite; et sur ceux de l’aisselle gauche, un cataplasme fait avec une forte décoction de salsepareille et de la farine d’avoine. Ces cataplasmes furent renouvelés chaque jour pendant une quinzaine de jours. Les ulcères fongueux de l’aisselle droite sé trouvèrent alors entièrement guéris; ils étaient de niveau avec Ja peau saine et recouverts d’une péau naturellé, quoique présentant une légère altération de couleur. Les ulcères de l’aisselle gauche, qui avaient été recouverts dé cataplasmes faits avec la décoction dé salsepareille, étaient peut-être dans un état moins favorable encore qu'avant cette applica“ tion, de même que tous les autres ulcères, à lexception de ceux de l’aisselle droite. Je fis alors appliquer le cataplasme de gaïac sur lais- selle gauche, et les ulcères seguérirent également dans l’espace de quinze jours. Après ce nouveau résultat, jé restai pleinement convaincu que la résine de gaïac avait guéri ces éruptions vénériennes localement.
Il me restait à rechercher quelle influence la résine de gaïac, donnée
à Pintérieur, exercerait sur les autres ulcères, c’est-à-dire sur ceux qui environnaient l'anus ét qui occupaient le scrotum et les diverses régions du corps. Le malade en commença l’usage à la dose d’une drachme trois fois par jour, et cette dose le purgea; mais on prévint l'effet purgatif du médicament en lui associant l’opium. Au bout d’environ quatre sémaines, toutes les éruptions étaient guéries, et l’on retint le malade quelque temps à lhôpital, pour voir si sa guérison serait du- ‘rable. Mais au bout d’une quinzaine de jours, l'éruption se manifesta de nouveau, et, dans un intervalle de temps très-court, le malade se trouva dans un état presque aussi grave qu'auparavant. Je recommencai l’emploi de la résine de gaïac à l’intérieur; mais elle avait perdu toute sa vertu, ou plutôt la constitution n’était plus susceptible d’être affectée par elle. Le malade fut soumis alors à un traitement mercuriel, et la guérison fut obtenue d’une manière complète (*).
(*) On trouvera des détails nombreux sur l'emploi dé ces substances et de divers autres médicaments contre la maladie vénérienne, dans Observations on the effects of various articles of Matéria Medica in the cure of Lues Venerea; by John Pearson. Cet ouvrage renferme le résultat d’une longue et vaste expérience, consacrée principalement à l’investigation de ce sujet spécial, et présente dans toutes ses parties d'excellentes remarques pratiques. G. G. B.
IL est dans les observations générales de Hunter sur la curation de la vérole constitutionnelle, des points qui méritent une attention particulière, et d’autres qu’on ne saurait laisser passer, sinon sans réfutation, au moins sans commentaire.
Et d’abord qu’il me soit permis de rappeler cette différence si tranchée qu’il établit entre les effets curatifs du mercure dans les formes variées des maladies vénériennes, différence si vraië ét si importante à noter, et de l'ignorance de laquelle sont nées tant de controverses scientifiques, tant de préjugés opposés, tant de fausses doctri-
nes, ais par dessus tout, ét ce qui est mille fois pis, tant d'accidents pour les victimes des systèmes absolus.
Le mercure, si favorable dans la Euration du chancré indufé, si puissant dans le traitement des symptômes secondaires de la syphilis constitutionnelle, reste sans effet curatif dans le traitement de la blenuotrhagie, et perd de son efficacité, quand il ne déviént pas nuisible, lorsqu'il s’agit des accidents tertiaires dé la sÿphilis. Voilà ce que Hüuntér savait bien, et voilà ce que l'expérience, dégagée de prévention, énseigne à tous ceux qui l'écoutent.
Mais si ces vérités sont fondamentales, nous ne saurions accueillir comme tellés les propositions que Hunter veut établir sous le point de vue dé la fâcilité relative de la guérison de la gonorrliée, du chancre et de la vérole constitutionnelle, D'abord quant à la blennorrhagie, à part les cas où elle est symptomatique d'un chancre larvé, et qui rentrent dans l’histoire absolue du chañcre, on ne saurait établir aucun parala lèle, la maladie, comme je l'ai prouvé ailleurs, n'ayant rien.de commun avec la syphilis (*).
Pour cé qui regardé le cliancre et la vérole constitutionnelle ; est-il vraiment posa sible, quand on sait tous les ravages dont cette dernière est capable, d'admettre comme règle générale que sa guérison soit plus facile et plus certaine que celle du chancre? La théorie de Hunter, sur là production des accidents constitutionnels, ne justifie même pas cette proposition. Si certains symptômes secondaires disparaissent quelquefois plus tôt que certaines formes de chancres, il est un auss: grand nombre de chancres qui guérissent cent fois plus vite que bon nombre d'accidents secondaires qu’on ést loin de toujours éteindre à volonté. Du reste, dans la curation de la syphilis, il y a deux choses bien distinctes : 1° la guérison des symptômes existants; 2° la destruction de la diathèse dans la doctrine de l'empoisonnement général, ou tout au moins la neutralisation absolue de la disposition que certains tissus et certains organes ont acquise et en ‘vértu de laquelle, dans la théorie de Hunter, se manifestent plus tard de nouveaux accidents.
Eh bien, en admettant ces deux conditions différentes, l'avantage est incontestablement du côté de l'accident primitif, du chancre. En dépit de tous les préjugés qui luttent encore avec peine, en dépit des idées surannéés qu’on s'efforce en vain d’opposer au progrès, quand il sera une fois arrêté que le chancre est une affection locale au début, qui réclame un certain temps pour empoisonner l'économie, et qu'on ae forcera, en l'attaquant le plus tôt possible par tous les moyens rationnels, de le Fe trüire avant qu'il ait pu produire des effets généraux, sa guérison sera plus facile; plus rapide, et plus absolue que celle de tous les autres symptômes de la SJhor,
Hunter dit que, lorsque dans le cours d’une blennorrhagie il survient des ste cations, il faut plutôt s’occuper de celles-ci que de la maladie elle-même, qui re guérir seule; tandis que pour le chancre et les accidents dépendant TAN vérole constitutionnelle , qui ne disparaissent jamais spontanément, il faut, en dépit de tout, insister sur l'emploi du mercure. Cette manière de voir est trop CHAPRRE aux belles lois reconnues par Hunter lui-même , pour la laisser passer sans réfutation. Il est au jourd’hui définitivement prouvé qu’il y a autant de chancres qui guérissent seuls et sans inercure que de blennorrhagies qui guérissent sans traitement, et qu ‘il est des accidents secondaires qui peuvent disparaître sans médication, où qu'on peut guérir, au moins comme l'entendait Hunter, sans traitement mercuriel. Ces faits posés, et je ne crois
(*) L'ouvrage remarquable que publie en ce moment M. Baumès, de Lyon, mu a
u ajouler à mes
plupart des points de doctrine que j’établis ou que je soutiens, est encore ven Ÿ er convictions dans ceux qui ont pu paraître contradictoires à son savant auteur, auquel je Ag
ici à rendre toute la justice que méritent Ja bonne foi et la conscience avec lesquelles sont rédigées
ses observations , toujours susceptibles ; pour moi, d'ané autre explications . ;
pas qu’un seul observateur puisse les révoquer en doute, il faut étendre au traitement du chancre et à celui des accidents constitutionnels de la syphilis les préceptes auxquels Hunter s’était arrêté pour le traitement de la blennorrhagie. Existe-t-il des complications? 11 faut les combattre selon leur degré d'importance. Le mercure est-il indiqué pour l'accident principal, sans que les complications en contre-indiquent l'emploi? Il doit être administré. Mais qu’on se garde bien, si on ne veut pas nuire, de n’obéir toujours qu’à une seule indication, celle du mercure, dans une maladie aussi souvent complexe que la syphilis. Le mercure est incontestablement resté jusqu’à ce jour le médicament le plus énergique du cadre thérapeutique de la syphilis, mais il nest pas le remède unique de cette maladie. S'il est souvent indispensable et sans succédanés, il est des cas où on peut s’en passer, d’autres où on doit s’en abstenir, et des circonstances encore plus nombreuses où il ne constitue qu’un élément, parmi les moyens variés qu’on doit employer pour amener uà malade à parfaite guérison.
Quoi qu’il en soit, si, dans les cas où il est applicable, le mercure agit foncièrement et d’une manière indépendante des formes sous lesquelles on peut l’administrer, il n’en est pas moins vrai que le choix de ces formes n’est pas une chose indifférente, et que tel individu qui reste réfractaire à l’une d’elles est trop fortement impressionné par une autre, et ne subit d'effet médicamenteux ou curatif que de celle qui est le mieux appropriée à sa constitution. Chez tous les malades, la peau ne subit pas la même influence, par exemple, de la part de toutes les pommades mercurielles. J’ai souvent montré des sujets, à l'hôpital des vénériens, chez lesquels des frictions faites avec l’onguent mercuriel double, à fortes doses et pendant longtemps, n’avaient rien produit, et qui avaient ensuite ou éprouvé les effets curatifs, ou souffert de salivation après quatre ou cinq jours d'application de sparadrap de Vigo cum mercurio sur une certaine étendue de la peau, les deux cuisses, par exemple. Il en est de même pour le mercure administré à l’intérieur : une préparation reste sans effets sur un malade, une autre en produit de morbides, et ce n’est qu’en choisissant mieux dans chaque cas spécial, qu'on arrive à celle qui, convenablement administrée, amène la guérison.
J’ai formulé ailleurs, et je rappelle ici les règles que je suis dans l'administration du mercure.
1° Administrer le mercure à l'intérieur toutes les fois que l’état des voies digestives le permet.
2° L’appliquer sur la peau dans les cas contraires.
3° Chez les sujets dont les muqueuses s’irritent trop tôt, et dont la peau également irritable ne saurait permettre de conduire un traitement à terme par cette voie, il faut savoir alterner à propos.
4° IL est des malades inaccessibles par la peau et les muqueuses digestives, et chez lesquels on peut encore tirer parti de l'inspiration de vapeurs mercurielles, peut-être trop négligées dans une foule de cas.
5° Les effets sensibles du mercure, comme agent morbide ou comme agent curatif, se font rarement attendre plus de huit jours; aussi’tant qu'aucun accident ne vous arrête, et qu'on n’a obtenu aucun changement favorable dans la maladie, la dose journalière du médicament doit être augmentée tous les huit jours.
6° Dès qu'on obtient une amélioration, il faut s'arrêter à la dose qui l’a amenée et
Mann qu’autant qu’on arrive à un statu quo.
7° Si le mercure produit des accidents, il fauten modifier l'emploi, ou le suspendre complétement, l'observation ayant rigoureusement appris, à part quelques rares exceptions, que si les symptômes syphilitiques n'étaient pas toujours aggravés dans ces cas, la guérison au moins était presque constamment enrayée.
8° Lorsque les accidents mercuriels ont cédé, et que les symptômes syphilitiques persistent, on reprend l'usage du mercure avec les modifications exigées par la nature
particulière des accidents relatifs soit à la surface sur laquelle avait été appliqué le médicament, soit à la forme sous laquelle il avait été donné, soit encore à sa dose. 9° Les mêmes inconvénients ne se reproduisent pas toujours en reprenant le remède après l’avoir sagement suspendu, où simplement modifié. Il arrive cependant, comme l’a fait observer Hunter, qu’on est souvent obligé de suspendre et de reprendre le mercure plusieurs fois dans le cours de certaines affections syphilitiques. ,
Il faudrait bien se garder de prendre à la lettre la proposition de Hunter relative à la quantité de mercure qu’on doit introduire dans la constitution, et qui, selon lui, doit être proportionnée à la violence de la maladie. La maladie, comme nous avons pu le voir, peut être violente de différentes manières, soit à cause d’une grande acuité dans sa marche, de complications qui l’aggravent, de la multiplicité des symptômes ou accidents qu’elle détermine à la fois ou successivement, des parties qu’elle affecte, soit enfin à cause de sa ténacité et de sa résistance aux agents thérapeutiques. Dans toutes ces conditions différentes, une seule et même règle ne saurait être suivie, car une foule d'indications restent à remplir, et le mercure, loin d’être toujours administré en raison directe de la violence de la maladie, doit souvent être limité dans ses doses ou complétement suspendu. Mais toutes les fois qu’on donne le mercure à un malade et qu’il n’existe aucune contre-indication , il faut bien savoir que ses effets sont d'autant plus efficaces, qu’on peut en faire prendre des doses plus fortes dans des temps plus courts. Pour cela, il faut en quelque sorte mesurer la tolérance relative des malades d’après les règles que nous avons posées, et ne prendre comme terme de la ” quantité nécessaire du médicament que ses effets curatifs sur les symptômes qu’on a à combattre : les doses qui laissent ceux-ci dans un statu quo ou qui leur permettent de continuer ou de s’accroître étant insuffisantes, celles qui les débordent pour produire des effets morbides mercuriels étant trop fortes.
Quelle que soît la théorie qu'on adopte dans le mode d’action curative du mercure, et chaque école l'a expliquée à sa facon, il est bien certain que ce n’est jamais par l’exagération de certains de ses effets, tels que la fièvre, l'augmentation de la sécrétion des urines, les évacuations alvines, les irritations cutanées, la salivation, qu’on obtient la guérison de la syphilis; Hunter est en cela d'accord avec le plus grand nombre des bons observateurs; et pour ne nous arrêter qu’à un seul de ces effets, nous dirons qu'aujourd'hui la méthode dite par extinction est partout préférée à l’ancienne et défectueuse méthode de la salivation.
C’est ici le cas d'ajouter quelques mots à ce que dit Hunter de la salivation , conséquence spéciale et si fréquente de l’usage des mercuriaux, et qui, devant être envisagée comme un véritable accident qui vient entraver le traitement et souvent obliger à le suspendre, mérite une attention toute particulière.
La salivation mercurielle est très-rare avant la première dentition, le mercure, à cette époque, agissant plutôt sur les voies digestives ou sur la peau. Elle est facile chez les femmes, dans les tempéraments lymphatiques, chez les scrofuleux, et surtout chez les sujets à prédispositions scorbutiques, chez tous ceux enfin où le sang manque déjà de plasticité. La constipation habituelle, un mauvais état de la bouche (défaut de propreté, dents cariées), y prédisposent singulièrement. Les températures très-élevées et très-basses produisent le même effet, surtout lorsque le malade les subit d’une manière brusque.
Les préparations de mercure solubles la déterminent moins vite que les préparations insolubles.
La quantité de mercure nécessaire pour produire la salivation est relative aux individus, ,
La salivation survient ordinairement dans le cours du a Aie de l’administration d’une même dose d’une préparation mercurielle; elle à pu se montrer dès les