‹ Traité de la typographie (volume 4)Chapitre 17 sur 84 · DES SOINS A PRENDRE EN COMPOSANT · texte numérisé non relu

DES SOINS A PRENDRE EN COMPOSANT

Avant de commencer une composition quelconque, on doit prendre sa justification avec la plus scrupuleuse exactitude , afin que les paquets d'un même labeur , composés par différents ouvriers , soient parfaitement identiques sous ce rapport. Lorsque le labeur est interligné, c'est sur ses interlignes que le composteur doit être monté; dans le cas contraire, le metteur en pages doit couper quelques interlignes sur la justification qui lui est désignée, et les donner pour modèles à ses paquetiers.

On conçoit que toute espèce de distraction est nuisible à ce genre de travail. Ainsi lorsqu'il arrive aux compositeurs de parler , ou même de n'avoir pas Tesprit entièrement présent à leur besogne , elle en souffre inévitablement. Il en résulte des fautes à réparer lors de la correction de la première épreuve; et, ce qui est pis encore, ces faiites peuvent subsister,

même après plusieurs lectures , si elles présenteot la moindbre apparenoe de sens. Un compositeur attentif

rcunit donc ce doublciiici itc, de ménager ses intérêts «a évitant des correctioDS qui prenaeiit sur sou temps et sur son salaire , et de c<»ilriiyner au bien-^étré de rétablissement qui l'emploie en remplissant d'une . manière saiisiaisante la tâche qui lui est confiée, il est néce^swe de relire chaque ligne dès qu'elle est oomposée, avant même de la justifier y et de la colktiônner en même temps a^ec la copie. Cette précaution est eucore très-utile au compositeur, par le grand nombre de faut» qu'dle lui épargne, et qu*il corrige plus Êunlement dans le oomposteor qu'il ne le ferait plus lard sur le marbre.

Les autres précautions à prendre sont relatives à la justification et à Tespacement des lignes. La lettre-, l'espace ou le cadrât qui termine une lig^e doit entrer dans le composteur, ainsi que nous l'avons dit, sans trop de facitilie ni d'effort > et. de manière à ce que le ligne soit suffisamment maintenue.

DB JLA HARlàRB ]>'BSPACBa«

L'espacement des lettres , ou dés mots entre en\ , est s<Hunis à tant de circonstances modificatives , qu'on ne peut établir à ce sujet que les principes dont Tapplicadon est la plus générale. Nous allons ràinir ciaprès tous ceux dont la eonuaiijsauce est le plus nécessaire , et dont i'eu^emble compose une théorie.

60 PAliTlE I, CHAPITIIE II.

Dima la pcyéne, où, èl'exceptioii de qaelques cas plus on moins rares siiiyaiit l'étendue de la justifi-^

cation, les mots peuvent être également distants l'un de l'autre | tm doit se jservir d'espaces de mèiàe épàar seor. il est généralement préférable dW eniplûyér

qui soient un peu minces, afin que les vers qui remplissent ou dépassent la justification i et dans iesqu^ les espaceai sont diminuées autant que possible, ne forment pas une disparate trop frappante sous ee rap^ port avec les autres lig;nes de la page. L'épaisseur la plus convenable pour ce genre de oomposidoor est le tiers de la force de eorpe du caractère.' Akai par exemple , si ce caractère est du six , les es^)aces seront fondues sur deux points; sur trois , si le caractère est du neuf ; sur quatre , si c|est du douze , etcrDaaM'Ia prose , où la justification est remplie par la matifire'; eonmie on est iorcé de terminer chaque ligne par un mot plein ou çcmvenablement dii^isé , ouva fipëquemm«it à modiaor les «sp»:es employées p»>rà»im«iBt dans la composition de la li^ue, soit (ju on leur en substitue de plus iaibles, soit qu'on y en ajoute d'autres^ De cette mai^ièreji il arrive rarement que deux lignes consécutives soient espacées de la méihe manière, excepté dans les grsùides justiiicaLions , où la diiiérenée I plus divisée, devient insensible; on doit si'attacbef toutefois^ d6t-on en remanier quelques-unes , h faire disparaître des inés;alitcs trop choquantes. Quant aux espaces qui séparent les mots d'une même ligne y il est indispensable y i>our la régularité- de'lâ coiinpb-

sidon, qu'elles soient également réparties. Quelque latitude que l'on accorde pour Tespaceraent des mots en prose , il ne faut pas franchir certaines limites déjà reculées par la nécessité , mais que le bon sens et le goût défendent de dépasser.

L'espace d'un point et demi est la plus mince que l'on puisse employer entre les mots ; celle d'un point n est pas supportable dans les caractères plus gros que la Philosophie. 2** Les espaces équivalant à trois quarts de cadratin sont les plus fortes dont on puisse se servir pour une justification ordinaire.

Les différents signes de la ponctuation doivent être séparés du mot qui les précède par des espaces moins fortes de moitié que celles qui les suivent , et qui sont ordinairement les mêmes qu'on emploie dans la ligne entre les mots. Le point seul se place immédiatement après le dernier mot de la phrase qu'il termine , et sans aucune séparation. Autrefois le comma ( ou deuix-pomis ) se plaçait entre deux espaces égales.

Dans les lignes de titfes composées ei^ capitales ou en lettres de deux points , ainsi que dans les titres courants , on espace ordinairement les lettres. Cet usage a pour principal objet de. rendre les lignes plus lisibles en isolant les lettres , et en faisant ainsi ressortir chacune d'elles. Les espaces employées en pareil cas doivent être proportionnées à la force de l'œil. Pour les caractères au-dessous du Saint- Augustin, elles ne doivent pas avoir plus de deux points d'épaisseur.

Dans la composition des caractères serrés d'œil ou

d'approche, on^ doit eTÎter l'emploi des fortes espaces. L'interlignement doit influer aussi , en raison directe, sur la manière d'espacer les mots. * . *

La répartition égale et régulière des espaces est un des genres de beauté qui constituent le mérite typographique d'un livre ; en conséquence elle doit être l'objet de l'attention constante du compositeur. Mais pour arriver à ce résultat , il ne sùflit pas de jeter , soit entre les mots , soit entre les lettres , des espaces égales ; cette opération exige de la part de l'ouvrier un calcul auquel il doit préalablement se livrer. Parmi les lettres, et notamment parmi les capitales , il s'en trouve qui , par leur forme arrondie ou anguleuse, ou par leur rencontre avec d'autres lettres, laissent, soit devant soit après elles, un vide considérable, et, typographiquement parlant , portent du blanc. Lorsque les lettres peuvent être espacées, il est facile de remédier à ce vice organique ; on diminue ou l'on supprime en pareil cas les espaces , que l'on réserve pour séparer les Içttres de forme carrée. ». ,

Ce soin est indispensable ; si les lettres du même mot n'étaient pas , quant à l'œil , également distantes, elles sembleraient appartenir à des mots différents. Irrégularité pour l'aspect, confusion pour le sens, tels en seraient les effets infaillibles. ' .4 uu"^

Dans les lettres du bas-de-casse ce défaut est toujours inévitable , mais souvent insensible ; il devient apparent à proportion de la finesse des espaces employées dans la ligne. * * ••' " '

GOIfPOSITION. 63

Nous pensons avoir présenté ici , sinon loules les Tèg:les relatiTC» à cette partie de la oompcMi^n, au moins celles qui sont le plus importantes y celles que le

compositeur doit cousidéi er comme les iioUoiis élémentaires el l'objet essentiel de son travail.

Page 1