DISPOSITIONS PARTICULIÈRES A LA POESIE
Nous avons précédemment fait connaître les principes généraux de la composition ; mais il nous reste à poser quelques règles relatives à celle des ouvrages. en vers.
Il est à remarquer d'abord que la facilité que possède la prose de varier à volonté, dans le même format , la justification et le caractère , est interdite à la poésie : c'est dans ce dernier casaque l'observation des proportions est le plus impérieusement exigée par la nécessité typographique. Si Tune n'offre pas un aspect aussi régulier que l'autre , elle peut compenser cet avantage par l'accomplissement plus rigoureux des préceptes applicables à chaque format. Par exemple , en prenant pour base l'in-octavo , nous voyons fréquemment que , par le besoin qu'on éprouve d'économiser l'espace , on descend jusqu'au Petit-Texte , qui est un caractère d'in-dix-huit ; ou que , par une considération opposée , on monte jusqu'au Saint- Augustin et même jusqu'au Gros-Texte y qui sont des caractères d'in-quarto. De quelque secours que puisse être cette facilité , il n'en est pas moins vrai de dire qu'elle autorise de nombreuses infractions aux priu'^ cipes reconnus , et«qu'elle substitue souvent les résultats de la nécessité aux règles du bon goût. De pareilles anomalies n'existent pas , ou ne doivent pas exister pour la poésie : en voici les motifs. Sous le rapport
de la justification , le vers étant la mesure de la ligne ^ on ne peut rien gagner à l'agrandir. Quant au choix du caractère, il est certain qu'en le diminuant de force on y trouverait un bénéfice de quelques lignes sur la longueur de la page ; mais il s'ensuivrait tou-* jours im effet contraire , d'une part » à l'usage qui prescrit les proportions à suivre , et , de l'autre , peu conforme à celui qui en tolère la dérogation ; ç'est-àdire que le but d'utilité ne serait pas assez marqué pour autoriser la violation des convenances de l'art^ En effiet , l'augmentation de lignes produite par l'emploi d'un caractère inférieur à celui dont on se sert habituellement dans les in-octavo en vers occasione* rait un contraste choquant ^ celui d'une page portant un plus grand nombre de lignes et une juistification moindre en apparence ; tandis que y suivant la marche la plus ordinaire , la progression des caractères et celle de ta justification s'opèrent en sens inverse. Il est donc évident que l'inccmvénieut de cet arrangement en surpasserait l'avantage,
La justification d'un ouvrage de poésie doit être prise sur la portée des vers les plus longs, nonseulement quant à la mesure , mais encore eu égard au nombre de lettres qu'ils renferment. Toutefois,, comme il peut s'en présenter qui , sous ce dernier rapport , excèdent de beaucoup la longueur ordinaire^ il ne faut point s'astreindre à prendre pour règle cette rencontre y à laquelle on peut remédier en doublant le vers , ou en le sortant , ce qui est préférable eneorcK
Elle doit porter eiiTiron quarante n ( ou vingt cadratins ). Les alexandrins ea français , notamment ceux à rime féminine , qui ont uùe syllabe de plus , et en latin les hexamètres , donnent souvent lieu à cet in* convénient. Il vaut cependant mieux recourir à Tuil des deux expédients que nous venons d'indiquer : d'abord pour économiser sur l'emploi des cadrats , et par conséquent sur les frais de composition ; ensuite pour la distribution plus égale des marges ; et enfin pour éviter que le titre courant , qui doit être placé directement sur le milieu des vers , ne paraisse jeté sur la partie droite. Ce défaut ajoute encore à l'irrégularité naturelle d'une page de vers. Il devient appa* renty et alors il n'est pas supportable, lorsqu'il survient dans la page quelques lignes de prose , de notes par exemple , qui , ^remplissant la justification , mettent à découvert toute la partie qui reste en blanc.
Chaque vers commence par une capitale.
Les vers de même mesure doivent être parfaitement alignés entre eux.