‹ Traité de la typographie (volume 5)Chapitre 59 sur 126 · DIVISION · texte numérisé non relu

DIVISION

On appelle ainsi la faculté qu'a le compositeur de couper, à la fin d'une ligne de prose, un mot en deux parties, et de rejeter la seconde au commencement de la ligne suivante. Cette faculté toutefois a des bornes , et nous allons indiquer celles dans lesquelles on doit la resserrer.

D'abord il est de règle qu'on ne sépare que les syllabes.

On ne doit pas diviser un mot de deux syllabes dont la dernière est muette , à moins de nécessité impérieuse ; encore cet arrangement n'est-il supportable à l'œil que lorsque la syllabe rejetée a trois ou quatre lettres, comme dans ces mots: aliment, nom-bres , etc. ; à plus forte raison ne doit-on pas rejeter une syllabe muette , lorsque le mot divisé est plus que dissyllabique.

On ne divise jamais un mot de manière à laisser à la fin d'une ligne , ou à reporter au commencement de la suivante , une syllabe formée par une seule lettre.

Lorsqu'un mot composé se divise au point de la

jonction de ses parties intégrantes , si la fin de l'une de ces parties et le commencement de l'autre ne sont pas fondus dans la même syllabe , la division doit isoler les deux mots primitifs.

Par exemple , pour les mots , constitution , instàulion , un compositeur qui ignorerait leur étymologie formerait les divisions ainsi qu'il suit : cons^titulion, ins'titvuion; il faudrait, au contraire, les former comme ci -après : constitution , in-stitution. Cette règle, qui s'applique à une foule d'autres mots dans la langue française, tient à la nécessité d'indiquer toujours ses racines et ses étymologies dans l'art typographique , qui tire son premier lustre de la science grammaticale*

Il ne faut pas diviser un mot d'une page à l'autre , surtout depuis la suppression des réclames.

Excepté dans le cas des mots composés , on ne place jamais la division entre deux voyelles bien qu'appartenant à deux syllabes différentes , non plus que devant ou après une consonne double , comme le a:. Deux divisions consécutives sont tolérées ; mais plus répétées elles choquent la vue.

La division a pour but de faciliter la régularité de l'espacement ; mais elle n'en est pas moins une licence. Si l'égalité des espaces est d'un bon effet dans un livre, la rareté des divisions est également appréciée; il faut donc , suivant les positions , s'attacher à éviter entre ces deux défauts celui qui serait le plus ridicule.

La division est généralement figurée par une petite

barre horizontale , mai» quelquefois par deux barres placées parallèlement Tune sous l'autre. Cette forme est préférable, en ce qu'elle la distingue du trait d'union , avec lequel elle pourrait être confondae dans certains cas. Il y en a sur plusieurs épaisseurs pour la facilité, de la composition ; la plos forte est sur demi-cadratîn.

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