DES MATÉRIAUX ET DES USTENSIEES QUI SERVENT AU TIRAGE
La connaissance des papiers est un des points capitaux de rinstruction typographique. Un imprimeur doit savoir non-seulement les distinguer quant à leur format, mais les apprécier au tact et à la vue. 11 y a dans ce genre de fabrication une foule de défauts dont aucun ne doit échapper à son inspection, et que le simple examen doit avoir relevés avant qu’ils se soient manifestés au tirage.
Les principales qualités d’un papier sont celles qui constituent sa régularité, telle que l’égalité des feuilles sous les rapports de dimensions, d’épaisseur et de nuance. C’est à ces trois conditions qu’il faut surtout s’attacher, comme étant celles qui ont le plus d’influence sur la confection des livres. L’inégalité de dimensions détruit la combinaison des blancs en diminuant les marges extérieures; celle de l’épaisseur opère dans le foulage, et par conséquent dans l’impression, des différences sen-
TIRAGE
sibles ; enfin l’inégalité de nuance occasionne de ces disparates qui déparent et déshonorent un volume. Indépendamment de ces défauts, on doit examiner si les feuilles sont terminées bien carrément, si elles ne présentent pas de ces plis qui se forment à la fabrication, et qui, ne pouvant disparaître au tirage, divisent les lettres lorsqu’elles portent dessus ; si la pâte ne contient pas des impuretés de divers genres, surtout de ces parcelles de gravier qui endommagent les caractères et les plaques de zinc, etc. etc. Il est bon de signaler à la fabrique les imperfections de tout genre qu’on a remarquées, et qu’il importe d’éviter.
Comme il y a des papiers de diverses qualités et de divers prix, il serait injuste d’exiger pour tous la même perfection; mais toujours est-il que ceux qui ne réunissent pas, à un degré relatif, les différentes conditions que nous venons d’indiquer nuisent plus ou moins au tirage, dont la qualité dépend en grande partie de cet élément essentiel.
Il existe une quantité considérable de formats de papiers. Sans entrer ici dans des détails qui n’intéressent spécialement que la papeterie , nous nous bornerons à donner la nomenclature des formats les plus usités dans l’imprimerie , et dont les autres ne sont en quelque sorte que des variétés. Ils sont ci-après désignés suivant la progression ascendante de leurs dimensions.
Pot, Tellière, Couronne, Écu, Carré, Cavalier, Grand - Pxaisin , Jésus, Colombier, Grand -Aigle, Grand -Monde.
Avant d’indiquer l’emploi plus ou moins fréquent
de ces différentes espèces de papiers, et de présenter les particularités relatives à chacune d’elles, nous ferons remarquer les deux distinctions principales à établir dans un même format, savoir : le papier vergé et le papier vélin. Les vergeures sont de petits linéaments horizontaux et très- rapprochés ; ils proviennent de l’empreinte opérée sur les feuilles par les fils de laiton qui composent le tissu des formes sur lesquelles la pâte s’étend et se fige à la fabrication. Il y a une autre marque distinctive dans les papiers vergés ; ce sont des lignes parallèles entre elles et perpendiculaires aux vergeures , qu’on appelle pontuseaux. Les pontuseaux sont également distants dans une même feuille ; mais cet intervalle , qui n’est déterminé par aucun motif d’utilité , est entièrement arbitraire quant à sa fixation primitive.
Le papier vélin ne porte ni vergeures ni pontuseaux. Le tissu de la forme qui sert à sa fabrication est plus fin et plus serré , et ne laisse apercevoir de linéaments dans aucun sens. Ce genre de papier est ordinairement fait avec la pâte la plus fine, et fabriqué avec des soins particuliers.
Mais ces différences qu’établissait entre le papier vergé et le papier vélin l’ancienne confection manuelle, ont perdu toute importance depuis que la mécanique est venue s’emparer à peu près exclusivement de la fabrication de ce produit. La vergeure a disparu dans la toile de la machine à jjajjier, qui a pour résultat une feuille limitée dans la largeur, mais continue dans la longueur. Cette feuille sans fin s’enroule, au sortir de la machine, sur un tam-
TIRAGE
bour OÙ elle est coupée aux dimensions qu’on veut obtenir.
De la facilité que présente cette fabrication pour avoir toutes les dimensions qu’on désire, il s’ensuit une grande perturbation jetée dans les anciens formats. Ceux-ci n’existent plus guère que nominalement, ou par la force de l’usage qui maintient encore leurs dénominations et approximativement leurs mesures; mais celles-ci avec des variétés multipliées à l’infini, soit par la nécessité, soit par la fantaisie.
Le papier mécanique , qui olTre , comparativement au papier de cuve ou papier à la main, des avantages de plusieurs genres, attend toutefois lui-même quelques perfectionnements ; et entre autres la disparition de cette inégalité qui existe entre les deux côtés de la feuille , et qui en fait comme l’endroit et l’envers d’une étoffe. Cette inégalité, qu’un glaçage énergique ne suffit pas à effacer, se reproduit au tirage, et s’oppose à l’irréprochable régularité de sa couleur.
Le pot, autrement dit écolier, est, ainsi que l’indique cette seconde dénomination , d’un fréquent usage dans les classes ; il sert aussi pour l’impression de certains ouvrages de ville.
La tellière, vulgairement papier-ministre ,
sert aux impressions de bureau. Il en est de même des deux formats immédiatement supérieurs, la couronne et Vécu.
Le carré est de tous les papiers d’impression le plus généralement usité. Il y a une sorte de carré collé qu’on appelle coquille, et qui est d’un emploi
assez fréquent, notamment pour les impressions de têtes de lettres et d’autres ouvrages de ville. Le carré, comme tous les papiers d’impression qui^ n’ont point à recevoir l’écriture , est ordinairement sans colle ou légèrement collé. La colle donne de la consistance au papier; mais elle nuit quelquefois à sa blancheur, et souvent elle lui communique de la rudesse. L’encre est beaucoup plus lente à sécher lorsque le papier est collé.
Le cavalier est un format intermédiaire entre le carré et le errand-raisin.
Le grand-raisin est, après le carré, le format le plus fréquemment employé. On s’en sert, soit pour des ouvrages imprimés avec un certain luxe typographique, soit pour des volumes compactes ou à colonnes, dans le cas où les dimensions du carré seraient insuffisantes.
Le Jésus est également un format très-usuel. Il se trouve, par ses dimensions, placé presque à l’extrême limite de ceux dont les formes peuvent être transportées à bras. Aussi bon nombre de presses manuelles ou mécaniques sont-elles construites en vue de tirer le Jésus simple ou double. Ses dimensions donnent une superficie à peu près égale à une feuille et demie de carré; ainsi l’in-douze carré et l’in-dix-huit Jésus sont à peu près équivalents. 11 y a donc un avantage évident à se servir du Jésus pour tout ouvrage dont le tirage est élevé, si cette combinaison n’est contrariée par aucune autre condition.
Les autres formats, le colombier, le grand-aigle et le grand-monde, sont de moins en moins usuels
TIRAGE
en raison de raccroissement de ces dimensions. Ils ne servent guère qu’à de grands registres, à des textes de gravures, à des placards ou à des tableaux synoptiques.
Nous n’étendrons pas plus loin nos observations sur les différents papiers usités dans l’imprimerie. Nous avons dù nous borner à présenter ces produits sous le rapport de leur application à l’art typographique , sans aborder aucun détail relatif à leur fabrication.