ENCRE
h' encre d’imprimerie (nous parlons de V encre noire, la plus usuelle à beaucoup près) est un amalgame de noir de fumée et de vernis. Nous ne prétendons pas ici en décrire la fabrication ; c’est une industrie toute spéciale, qui exige de grands soins, et à laquelle il est nécessaire de se livrer tout entier ; nous n’en parlerons donc que comme consommateurs , et au point de vue de l’emploi , dont le typographe est seul juge. Cette fabrication, qui opère sur des matières animales, végétales ou minérales, comprend des opérations très -diverses : la fabrication des noirs de fumée de différentes qualités, la calcination, la manipulation, la cuisson des vernis, la trituration, le broyage, etc.
Dans l’origine de l’imprimerie, le noir dominait, l’huile ne laissait pas de trace. De là le ton mâle des premières impressions, joint à la solidité des papiers de cette époque. Les imprimeurs fabriquaient eux- mêmes leur encre. Depuis lors cette industrie a livré des produits d’une déplorable médiocrité. Cependant il est juste de dire qu’elle s’est relevée de cet abaissement si fâcheux pour l’imprimerie, et que les grandes publications illustrées ont amené de notables perfectionnements, sans le concours desquels elles eussent été inexécutables.
TIRAGE
'L'encre dont nous nous occupons ici est un amalgame de vernis et de noir de fumée, qui varie suivant la qualité qu’on veut lui donner. Celle qui sert à l’impression des affiches et d’autres ouvrages de peu de valeur est plus faible de noir et d’un noir moins fin. Celle qu’on emploie, au contraire, à des tirages soignés doit être plus finement broyée et douée d’une plus grande consistance. Elle est plus difficile à distribuer ; mais aussi , étant moins fluide, elle ne couvre que la surface de la lettre, et ne découle pas sur ses talus, ce qui occasionne des bavochures.
Pour obtenir une impression pure, il faut que V encre soit bien broyée à sa fabrication , soigneusement dégagée de tout corps étranger qui remplirait l’œil de la lettre ou l’écraserait, et réduite à l’état fluide à son maximum de densité. On s’est servi pour quelques beaux ouvrages de noir de bougies.
11 y a dans la plupart des imprimeries trois ou quatre qualités encre: de V encre faible pour les placards, de V encre ordinaire pour les ouvrages courants, et de V encre fine et même super fine pour ceux qui exigent des soins particuliers, tels que les vignettes notamment. Mais ces diverses sortes d’cncres se subdivisent elles-mêmes en un certain nombre de qualités différentes.
Dans l’approvisionnement qu’on doit en faire, il faut tenir compte de la saison, qui resserre ou dilate plus ou moins V encre, de la température de l’atelier, enfin de son emploi pour la presse manuelle ou pour la mécanique : toutes circonstances qui peuvent faciliter ou entraver les tirages.
Le choix de Veyicre mérite de la part de celui qui l’emploie une observation attentive et persévérante. U encre est l’élément principal du tirage; elle influe non -seulement sur son exécution présente, mais aussi sur sa qualité ultérieure. La valeur et la durée d’une édition dépendent en grande partie de la bonne fabrication de l’encre qui a concouru à son impression. Les principales conditions à rechercher sont : la finesse, la pureté, l’éclat et l’intensité du noir, combinés avec la bonne qualité première, l’épuration et la cuisson convenable du vernis. Le défaut qu’il importe le plus d’éviter, c’est cette auréole jaune qu’un vernis médiocre dépose autour des lettres, et qui, en s’étendant, finit par former un fond jaunâtre, au grand détriment de l’impression et du papier. Un tirage dont les feuilles sont atteintes, en totalité ou en partie, par un accident de cette nature, se trouve par là frappé d’une notable dépréciation.
Avant d’employer un baril à'encre, il est à propos de l’essayer ; ce qui se fait en déposant sur un morceau de papier blanc non collé une parcelle de cette encre, soit par filets, soit par masses. Au bout de vingt- quatre heures on peut déjà juger de la qualité du vernis, de sa disposition à s’étaler plus ou moins, et de la teinte de l’auréole qu’il projette. Si l’auréole est incolore, l’encre peut être employée sans danger; si elle est d’un ton jaune prononcé, il n’est pas prudent de s’en servir.
Il importe aussi que l’encre soit assez siccative pour que la reliure des volumes puisse s’exécuter promptement sans qu’il en résulte du maculage.
Tl H AGE