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TIRAGES SPÉCIAUX

Certaines imprimeries de Paris se sont fait des spécialités d’impression pour satisfaire les besoins de leur clientèle. Ainsi telle maison produit des illustrations et des labeurs soignés, telle autre des travaux d’administration, des affiches, des journaux, etc.; d’autres s’occupent exclusivement de la liturgie et des ouvrages de piété; enfin les imprimeries de moindre importance ont le monopole des ouvrages de ville, bilboquets, etc. Ces divers genres d’impressions demandent des soins particuliers, et les maîtres imprimeurs ont tout intérêt à changer le moins souvent possible le personnel chargé d’une production spéciale.

Les travaux d’administration, qui consistent en tableaux, réglures, etc., se tirent, comme nous l’avons dit, sur deux sortes de machines, avec un étolfage sec. Pour les formes composées de filets seulement, les rouleaux un peu fermes sont préférables. Le registre est une chose capitale pour ces travaux ; il faut au conducteur une longue habitude et une attention soutenue pour éviter les malfaçons, qui se produisent si facilement. Le conducteur doit se procurer le modèle de tout ce qu’il tire, et ne pas rouler avant d’avoir sa tierce signée.

Le tirage des affiches demande un étoffage moelleux et plongeant; par-dessus l’étofTage de fond on applique donc un drap épais. La mise en train se fait au noir, avec du papier de forces diverses.

On se sert beaucoup, pour la composition des afriches, de lettres en bois, dont l’aplomb varie toujours après chaque lavage. Avant la mise en train, le conducteur doit remettre de hauteur, au moyen d’épaisseurs de papier, les lettres qui n’y seraient pas.

Le papier d’affiches est ordinairement mince ; c’est une nécessité pour l’affichage, mais une difficulté pour le tirage; et il faut que l’encre dont on se sert soit fabriquée avec un vernis très-faible. S’il n’en était ainsi, toutes les feuilles s’échapperaient des pinces et resteraient sur la forme , vu la quantité d’encre qu’il faut pour couvrir la surface des lettres ordinairement fort grandes qui entrent dans ces compositions.

Les imprimeries qui tirent beaucoup d’affiches ont des machines spéciales à double touche et à un seul cylindre. On impose sur le marbre les formats qui sont trop grands et trop lourds pour être transportés. Souvent, quand le marbre lui-même est trop petit, on fait deux formes que l’on tire l’une après l’autre. Gela se fait en pliant le papier en deux et en le tirant deux fois. Il est possible de tirer les deux formes à la fois sur une machine double. Ces sortes de tirages se font très- souvent pour les affiches de chemins de fer.

Les ouvrages de liturgie, tirés en noir et rouge, demandent des ouvriers sérieux et intelligents , qu’un travail lent et peu attrayant ne décourage pas. Le registre est là aussi la grande affaire. Il est indispensable pour les conducteurs d’être secondés par de bons pointeurs attachés à leur besogne.

Les ouvrages de ville sont de tous les tirages ceux qui exigent le plus d’activité , et la connaissance parfaite des trucs en usage dans l’imprimerie. Le conducteur qui est chargé de ces travaux doit être agile et habitué à des changements continuels. En effet, toutes les difficultés s’y présentent tour à tour et sous des formes nouvelles. Affiches, têtes de lettres, billets de mort, lettres de change, fonds d’actions, mémoires, statuts de sociétés, etc.; et tout cela à nombre restreint. C’est principalement dans ce cas qu’un ouvrier rompu à ces sortes de tirages est précieux dans une imprimerie où ces impressions s’exécutent fréquemment. Nous avons pu remarquer souvent des conducteurs, experts dans les grands travaux d’illustration, être trèsembarrassés devant ces riens si méprisables à leurs yeux.

Qu’il nous soit permis de formuler de nouveau une déclaration que nous avons déjà eu l’occasion de faire, et qui n’aura jamais mieux trouvé qu’ici sa place naturelle. Les opérations qui incombent au conducteur sont tellement multipliées , soit par le fait de sa presse, soit en raison de la diversité des tirages, qu’il serait impossible d’énumérer et les mesures à prendre pour arriver au but et les obstacles à franchir dans le cours du travail. C’est dans sa pratique antérieure, dans son expérience, dans ses investigations, dans les ressources inventives de son esprit, qu’il trouvera la solution des difficultés et les moyens de bien faire. Tel conduc-

TIRAGE

leur y parviendra par une voie lente et détournée ; tel autre y arrivera de prime saut. Le goût, le tact, l’intuition, et ce qu’en terme d’atelier on appelle le tour de main, ne sont point de ces conditions qu’on puisse ériger en règles, parce qu’elles sont innées et ne s’acquièrent pas. Nous renonçons donc à en faire un corps de principes, laissant à chacun la tâche de procéder suivant ses facultés, et dans la mesure des efforts par lesquels il peut venir en aide à sa nature L

1 Le journal V Imprimerie a publié sur les dilTérenles parties du tirage des rnonographies remarquables, dues à d’habiles praticiens, MM. Garde, Motteroz , Tolmer, etc., et qui pourront être consultées avec fruit. Notre cadre ne nous permettait pas de donner à ces ({uestions spéciales de pareils développements; nous ne pouvions qu’en présenter un résumé, mais comme tel aussi complet que possible.

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