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TIRAGE DES ILLUSTRATIONS

Les progrès immenses qu’a faits depuis une quarantaine d’années la gravure sur bois, son application à un grand nombre d’ouvrages, soit comme utilité, soit comme ornement, ont apporté dQS changements notables dans l’aspect des nouvelles publications. Cette gravure en relief, sur buis debout, qui , tant sous le rapport de la composition que sous celui du tirage, s’introduit si facilement dans les combinaisons typographiques, a permis la réalisation d’une foule de travaux auxquels la gravure en taille-douce et la lithographie, avec leurs opérations lentes, dispendieuses, très -limitées dans leur production , ne pouvaient concourir d’une manière large et efficace. Il fallait, pour opérer cette révolution de concert avec l’imprimerie, un procédé homogène et propre à résister, comme le caractère , à l’action d’un long tirage. La gravure sur bois, dont l’invention avait devancé celle de la typographie, a complètement résolu ce problème-L Fidèle reproduction

1 Nous pourrions citer également la gravure sur cuivre en relief; mais ce travail, plus coûteux et plus rarement employé, joue un rôle beaucoup moins important dans l’impression des illustrations.

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des traits de crayon du dessinateur, susceptible des travaux les plus fins et de toutes les délicatesses du burin, elle présente, lorsqu’elle est bien rendue par l’impression, des tons chauds et vigoureux, unis à une grande netteté ; elle est donc également propre à compléter les ouvrages didactiques par la représentation des figures indiquées dans le texte, et à orner les livres dans lesquels se rencontrent des descriptions de monuments , de paysages , de faits historiques ou de scènes d’invention, qu’on désire placer sous les yeux du lecteur.

Ce mélange de texte et de gravure qu’on a nommé illustrations, et dont nous avons déjà parlé à l’occasion de sa composition , a créé pour le tirage des difficultés et des exigences d’un genre tout à fait nouveau h En effet, il ne s’agit plus uniquement, comme pour l’impression d’un texte, d’obtenir le niveau parfait, en tenant compte des différences de caractères, ou de celles qui existent entre les gras et les fins des lettres. Lorsqu’on a à tirer des gravures sur bois qui ne sont pas simplement du trait (pour le trait, l’égalité de foulage et la netteté suffisent) et dans lesquelles on doit observer avec exactitude toutes les intentions de l’artiste, des effets plus ou moins accusés, des différences de plans, des tons dégradés, des demi-teintes, en un mot, tous les contrastes et toutes les transitions auxquels le des-

1 Nous avons déjà, à l’occasion de la mise en train de la machine double, donné des indications assez précises sur le tirage des illustrations; mais, dans la crainte de ralentir alors une description qui comportait d’assez longs développements, nous avons préféré traiter ce point fort important de la typographie moderne dans un article spécial, ce que nous faisons ici.

sin a recours pour suppléer les couleurs de la peinture, dans ce cas Timprimeur aura à se livrer à un travail beaucoup plus minutieux et plus approfondi. Il devra étudier en détail et dans toutes ses parties l’épreuve faite par le graveur pour lui servir de modèle. Sa mise en train, faite sur un papier d’une certaine épaisseur, à l’aide d’un couteau qui dégarnit suivant le besoin , se composera d’une sorte de contre - gravure , formée de hausses sur certains points, de découpages sur d’autres; l’ensemble de cette mise en train devra tenir compte de toutes les différences de plans et de tons dont nous venons de parler, et reproduire avec précision l’effet général de la gravure. Ce travail doit être poussé aussi loin que possible, et ne s’arrêter que lorsqu’il n’y reste plus rien à faire.

Entrons dans quelques détails au sujet de ce travail, qui constitue maintenant une des œuvres capitales de la typographie.

Les épreuves destinées aux découpages sont tirées à la presse manuelle sur le bois gravé ou sur sa reproduction galvanoplastique ; on y emploie un papier fort, uni et glacé, qui puisse se dédoubler facilement. Si le bois est creux ou voilé, on le redresse en le posant sur un morceau de drap trempé dans une eau très-chaude.

La confection d’un découpage nécessite ordinairement quatre épreuves : trois sur papier fort, et une autre sur papier mince.

Après avoir dégarni à fond tous les blancs d’une première épreuve, et dédoublé les demi -teintes, on découpe sur une autre épreuve tous les noir

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du premier plan, que l’on repère exactement sur ceux de l’épreuve déjà dégarnie. Puis on découpe sur une troisième épreuve les noirs du second plan , les demi -teintes et les noirs du premier. Après avoir collé cette seconde charge sur la première, on découpe dans l’épreuve sur papier mince les parties les plus accusées du troisième plan, les noirs et les demi-teintes du second et du premier, en ayant soin de dédoubler pour chaque plan les teintes grises qui peuvent exister. Toutes les parties découpées doivent être tranchées franchement, et en biseau, avec un couteau bien affdé.

Les graveurs aimeraient à voir leur travail rendu suivant les épreuves qu’ils en font au brunissoir, et avec la facilité qu’ils ont d’essuyer ou d’atténuer certains détails des bords ou des fonds; mais la presse veut que toute la gravure soit reproduite, sauf à modérer la pression sur les parties les plus légères du dessin; c’est là une des délicatesses de sa tâche.

Il importe que les différentes couches de découpages soient superposées avec une extrême précision, pour que la mise en train ne porte pas à faux. Il faut aussi que les découpages soient bien secs avant d’être employés; sans cela les charges pourraient se déplacer sous la pression du cylindre, et alors il n’y aurait plus possibilité de s’en servir.

Ordinairement on ne fait pas de découpages pour les vignettes légères qui encadrent des pages de texte : on découpe les blancs sur le cylindre pour laisser plus de solidité aux parties noires qui se rattachent quelquefois par des traits d’une délica-

tesse extrême. La légèreté de ce travail empêche de le faire d’avance.

Il arrive presque inévitablement qu’à un moment plus ou moins avancé du tirage , et par l’effet d’une pression trop de fois réitérée, il se produit dans la mise en train des gravures un affaissement qui leur enlève une partie de leur effet. Pour regagner ces différences et replacer la mise en train à son niveau primitif, on colle des hausses sous la gravure, en les échelonnant suivant le degré de dépression qu’on veut faire disparaître.

Ce genre de mise en train, qui varie un peu dans son exécution suivant qu’il, s’applique au tirage manuel ou au tirage mécanique, demande, de la part de l’imprimeur ou du conducteur qui s’y livre, une pratique toute spéciale, une patience scrupuleuse, et avant tout du goût et le sentiment artistique : aussi constitue-t-il pour celui qui y réussit un mérite distingué et une nature de talent très -recherchée.

Les conditions matérielles qu’il importe de s’assurer pour les tirages de luxe en fait d’illustrations, à la presse manuelle, ou à la mécanique, sont: un bon choix d’étoffes de laine, de coton ou de soie; une encre finement broyée, compacte et brillante; des rouleaux bien unis à la surface, exempts de soufflures, et possédant ce degré d’élasticité qui garantit une bonne distribution et une bonne touche. Mais, avant toute autre condition, celle à laquelle on doit s’attacher, c’est l’instrument du tirage. Avec une presse manuelle imparfaite , on pourrait rigoureusement arriver à de bons résultats, grâce à l’habileté de l’imprimeur qui saurait en corriger les

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défauts; mais avec une machine vicieuse, dont la marche rapide et compliquée rend les imperfections très -difficiles à maîtriser : par exemple, avec un cylindre mal assujetti, qui fait varier la coïncidence de la mise en train et de la forme , qui occasionne des doublages, qui ôte au registre sa précision ; avec des pièces trop serrées et manquant de jeu; avec un ensemble dépourvu d’aplomb et de solidité : avec de tels éléments on ne peut rien espérer de satisfaisant. En conséquence, toute imprimerie qui veut entreprendre le tirage des illustrations doit se pourvoir d’une bonne presse, aussi bien que d’un bon ouvrier; autrement elle n’obtiendra que des impressions médiocres, et ne pourra atteindre son but.

Les machines les plus estimées pour les tirages de gravures sont des presses simples , à double touche (une à chaque extrémité de la presse), ou à touche unique plus développée et munie d’un plus grand nombre de rouleaux. On peut toutefois, avec une presse double bien construite et bien conduite, obtenir des résultats très - satisfaisants ; nous en avons eu des preuves incontestables.

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