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IMPRESSION EN COULEURS

La théorie de la typographie en couleur repose sur des principes très -simples, faciles à conce-

1 Nous devons à l’obligeance de M. Silbermann, imprimeur à Strasbourg, la communication de ces précieux renseignements sur l’impression en couleurs. Nous ne pouvions mieux faire, dans l’intérêt

voir ; et cependant son application présente d’assez grandes difficultés pratiques, que l’expérience seule parvient à surmonter. Nous allons expliquer le procédé aussi clairement que possible, afin de le mettre à la portée de tous les imprimeurs disposés à s’occuper de cette partie de la typographie, qui prend de jour en jour plus de développement.

L’objet principal est la préparation des encres de couleur, dont l’imprimeur est obligé de s’occuper lui -même; car il est rare que les encres faites à l’avance puissent servir utilement ; elles sèchent trop vite et prennent une consistance trop pâteuse.

Le choix des couleurs propres à faire les encres a aussi une grande importance : c’est de ce choix principalement que dépend le succès. Il faut s’attacher à prendre des couleurs de première qualité, et éviter celles dont le poids spécifique est lourd, et qui n’ont pas assez de corps pour couvrir parfaitement. Les couleurs lourdes se précipitent trop facilement; elles ne se lient pas assez au vernis, et à l’encrage elles plongent.

Une autre matière essentielle, ce sont les vernis, qui doivent être purs, limpides, et d’une force proportionnée au genre de travail qu’on veut faire et à la couleur qu’on veut employer. Il faut éviter toutefois les vernis trop forts, qui rendraient l’encre trop épaisse ; ceux-là ne peuvent servir que comme des mordants, dont nous parlerons plus tard. Pour

de nos lecteurs, que d’en appeler à l’expérience de cet habile praticien, qui, dans cette spécialité, comme dans les autres branches de la typographie, s’est acquis une célébrité justifiée par les titres les [)lus honorables.

les ouvrages ordinaires on peut employer des vernis très- faibles ; pour des impressions soignées il en faut de plus forts. Les vernis de lin nous semblent être du meilleur usage.

Les encres se font en amalgamant successivement les couleurs aux vernis, et en les broyant avec une molette sur un marbre. La bonne qualité de Tencre dépend en grande partie de ce travail, qui doit être fait avec patience, afin qu’on arrive à une liaison parfaite de la couleur et du vernis, et à un degré de consistance égal à des encres noires fines. Il en est du reste des encres de couleur comme des encres noires: plus on mêlera de couleur au vernis, plus les encres auront de valeur.

Lorsqu’on a de grands tirages à faire, il est nécessaire de ne préparer les encres que successivement et à mesure des besoins ; car elles se condensent très -promptement, et telle provision faite quelques heures à l’avance ne peut souvent plus servir, surtout lorsqu’on emploie des vernis forts. Un broyeur peut du reste suffire aux besoins d’une presse à bras en pleine activité.

L’encrage se fait comme celui de l’encre noire ; il faut toujours éviter de prendre beaucoup d’encre à la fois sur le rouleau ; on risquerait ainsi d’avoir des tirages inégaux et empâtés. Ce n’est pas à force d’encre qu’on obtient des nuances plus foncées ; celles-ci dépendent de la préparation de l’encre, qu’on peut plus ou moins renforcer de couleur.

En général, les tirages en couleur exigent un soin, une surveillance, une propreté extrêmes; la moindre négligence sous ce rapport nuit considéra-

blement aux résultats. Les rouleaux doivent surtout être tenus en parfait état; et à la fin d’un tirage, ou à chaque changement de couleur ou de nuance, il faut les nettoyer soigneusement avec de l’essence de térébenthine. Ils devront être, selon les couleurs qu’on emploie, plus ou moins élastiques, plus ou moins secs ou frais. La pratique seule peut guider dans ces différents cas.

Pour les tirages simples, composés d’une seule couleur, on procède exactement comme pour un tirage soigné en noir.

Les tirages à plusieurs couleurs exigent différentes conditions essentielles :

1° Les planches. Si elles sont à rentrures, il faut que celles-ci soient faites avec une grande perfection, et c’est par là que pèchent la plupart des travaux de ce genre ; une exactitude mathématique est de rigueur, les à peu près doivent être complètement bannis. A cet effet, il faut éviter autant que possible les planches en bois. Le bois travaille trop ; il est soumis aux influences atmosphériques ; un orage , un changement subit de température , le degré d’humidité ou de siccité de l’atelier, toutes ces causes agissent sur le bois, et quelquefois d’une manière très -sensible. Ainsi, nous avons constaté, à la suite d’un orage qui avait considérablement rafraîchi le temps, et en une nuit seulement, une extension de cinq à six millimètres sur une planche en bois de quarante -cinq centimètres de longueur et de vingt-quatre centimètres de largeur, qui avait coûté huit cents francs de gravure. Plusieurs rentrures étant déjà tirées, tout se trouvait en désac-

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cord. Ce n’est qu’après un travail opiniâtre de plusieurs jours , en faisant passer cette planche par divers degrés de température jusqu’à s’exposer à la voir se fendre, que nous sommes parvenu à la ramener aux dimensions nécessaires.

On fera donc bien d’employer des planches en métal, et avec la gravure originale en bois de faire un cliché en galvano pour les tirages , et servant de base pour les rentrures.

2® Le papier. Il peut être collé ou non collé ; cependant les impressions viennent mieux sur le papier non collé. Pour éviter les retraits et obtenir de beaux résultats, surtout lorsqu’il s’agit de grandes surfaces unies, on doit faire glacer le papier sur un laminoir bien réglé, et avec des plaques de zinc bien unies. Les tirages se feront toujours à sec; car, d’une part, l’humidité enlève le brillant obtenu par le glaçage, et, d’une autre, il facilite trop le retrait.

Il est inutile sans doute d’ajouter que le papier doit toujours être d’une belle qualité, fabriqué trèségalement, sans noeuds, ni grains de sable, ni taches. Le moindre défaut de ce genre neutraliserait tous les soins qu’on pourrait donner à l’impression.

3® Le registre. C’est là peut-être le point capital, la pierre angulaire de toutes les impressions en couleur, et qui donne à la typographie un avantage immense sur la lithographie. En effet, l’impression typographique se fait par un coup sec, d’aplomb, tandis que les tirages lithographiques s’exécutent par un frottement qui force le papier à prendre un

mouvement d’extension , et ce mouvement est plus ou moins sensible selon l’épaisseur et la consistance du papier.

Pour maintenir cette supériorité de la typographie, il est important de ne négliger aucun détail, et parmi ces détails l’exactitude du registre tient le premier rang. Divers procédés ont été recommandés à cet égard ; mais aucun d’eux ne nous a paru satisfaisant. Voici le moyen que nous employons depuis longtemps, et qui est infaillible lorsqu’on en use avec intelligence : c’est de consacrer à chaque tirage une paire de trous de pointures spéciaux. A cet effet, nous avons de petits blocs en fer de la hauteur des cadrats et de six points d’épaisseur; dans le sens de la hauteur sont fixées jusqu’à vingt pointures, selon les besoins. On serre ces blocs avec autant de pointures qu’il y a de tirages à faire , et on fait un tirage en blanc exprès pour ces pointures. Aux tirages successifs on n’emploie alors chaque trou de pointure qu’une fois, et on aura soin de placer le papier de telle sorte que la barbe du trou se trouve du côté de l’impression ; l’ouvrier y gagnera du temps, et la feuille restera plus solidement sur le tympan. On prévient ainsi tout élargissement du trou qui pourrait faire vaciller le papier. 11 est entendu qu’on règle les pointures mobiles du tympan selon les trous préparés dans le papier.

Maintenant, comme règle générale, nous ajouterons qu’il faut soigneusement éviter tout ce qui pourrait contribuer à exercer sur les travaux une action contraire. Les presses doivent être en parfait

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état et tirer très- également ; les tympans garnis d’étoffes de soie, et non de toile ou de percale ; les blancliets en satin épais et uni ; les mises en train doivent être irréprochables. En un mot, il faut que les ouvriers et leurs instruments soient au niveau du travail qu’ils ont à produire ; tout dépend des soins, de l’intelligence, de la pratique des premiers et de la perfection des seconds.

On remarquera que nous n’avons parlé que de tirages successifs; c’est parce que nous croyons qu’il n’y a que ceux-là de bons. Les tirages simuUojnés pour plusieurs couleurs laissent toujours à désirer. 11 est impossible d’abord d’obtenir des planches qui s’emboîtent assez exactement pour qu’on n’aperçoive pas le point de jonction ; et en second lieu ce genre de tirage exige, si l’on veut faire aussi bien que possible, beaucoup de temps pour le double ou triple encrage isolé et le remboîtement, c’est-à-dire plus que n’en demandent deux ou trois tirages successifs. Les impressions à la Congrève et les autres procédés de ce genre ne nous semblent donc mériter aucune préférence sur ceux que nous recommandons, parce que nous pratiquons ces derniers depuis plus de trente ans, et qu’ils répondent à la fois aux grandes questions de promptitude, d’économie et de perfection.

Nous faisons tous nos tirages en plusieurs couleurs sur les presses à bras; car jusqu’à présent les mécaniques, ne serait-ce que par leur propre vibration , ne présentent pas un registre assez exact. Nous avons fait de nombreux essais à cet égard, et si nous sommes parvenu à réussir quelquefois, ce

n’est qu’en marchant très-lentement, et ainsi sans aucun avantage de vitesse sur les presses à bras, surtout si l’on compte encore le temps qu’il faut pour nettoyer une mécanique quand il s’agit de passer d’une couleur à l’autre. Mais, pour tirer en une seule couleur, les mécaniques offrent un avantage marqué. Nous devons ajouter toutefois que M. Alauzet, constructeur à Paris, a inventé depuis peu une mécanique dite à mouvement variable, et qui semble donner d’excellents résultats quant à l’exactitude du registre. Au surplus, nous ne l’avons pas encore expérimentée nous-même.

Il nous reste, en terminant, à indiquer quelques détails sur l’origine et l’emploi des principales couleurs.

Or. Pour imprimer en or, on tire avec un mordant composé de vernis très -fort et d’une couleur appelée ocre jaune d’or. Pendant que ce mordant est encore frais, on le saupoudre de bronze dont la qualité la plus fine est la meilleure (pour des objets ordinaires, tels qu’étiquettes, etc., on peut se contenter du n® 600, qui revient à environ quarantehuit francs le kil.), puis on laisse sécher.

Le saupoudrage se fait à l’aide d’une patte de lièvre encore garnie de ses poils ; nous la préférons aux brosses et aux pinceaux, parce qu’elle use moins le bronze. Ce bronze, n’étant au fond que du cuivre réduit en poudre impalpable, est d’un usage trèsmalsain pour ceux qui l’appliquent, et des maladies sérieuses peuvent en résulter si l’on n’emploie pas toutes les précautions possibles pour empêcher l’inspiration de ce métal, dont les atomes voltigent

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dans l’air. Pour éviter ces funestes conséquences, nous employons des caisses de la grandeur de près d’un mètre carré, vitrées en dessus et aux côtés, afin de permettre aux ouvriers de surveiller leur travail. A la face antérieure se trouve une ouverture longitudinale qui permet d’introduire la feuille de papier et les bras des ouvriers. De plus, on leur recommande de se mettre un bandeau autour de la bouche. Grâce à ces précautions, des ouvriers employés depuis des années à ce saupoudrage n’en éprouvent pas la moindre incommodité.

Une machine a été inventée depuis quelques années pour faire ce saupoudrage ; mais cette machine est encore fort chère, et nous ignorons si elle est devenue d’un usage général.

Argent. L’argent s’applique de la même manière que l’or, avec cette seule différence que pour le mordant on ajoute au vernis, au lieu de terre d’Italie, du blanc d’argent. L’argent fin, qui revient à trois cents francs le kil., est d’un usage assez restreint à cause de son prix élevé. Pour avoir des résultats satisfaisants à des conditions moins onéreuses, on peut faire un mélange de deux tiers d’argent faux avec un tiers d’argent fin ; fargent faux n^" 600 ne coûte pas plus cher que le bronze. Ce mélange nous paraît préférable à ce qu’on appelle Vargentan, et n’est pas plus dispendieux.

Bleu. L’outremer est une des couleurs les plus difficiles à manier, et nous n’avons pas encore pu réussir jusqu’à ce jour à famalgamer pur avec du vernis pour en faire une encre qui conserve l’éclat de ce bleu inimitable qui caractérise l’outremer.

Tout ce qu’on peut obtenir, c’est un assez beau bleu, en mêlant à l’outremer un corps gras et du blanc d’argent pour en faire de l’encre, qui cependant offre encore des difficultés au tirage.

On traite donc aussi l’outremer en saupoudrage , comme l’or et l’argent, en préparant un mordant bleuâtre et en prenant un gros pinceau moelleux, de préférence à la patte de lièvre, pour saupoudrer.

Lorsque l’or, l’argent et l’outremer sont bien secs, on nettoie les feuilles avec du coton et on les soumet au laminoir, afin de bien fixer ces couleurs et de leur donner le brillant nécessaire. Pour obtenir le brillant de l’or et de l’araent surtout, il faut laminer avec des plaques d’acier d’un poli parfait.

Ronge. Pour le rouge, les carmins sont bien préférables au vermillon , qu’il est d’abord très-difficile d’obtenir à l’état pur, et qui ne donne ordinairement qu’une nuance fausse, laquelle noircit à l’air. Le choix de ces carmins est du reste assez difficile , et tout dépend de leur fabrication. Il faut faire à cet égard des essais; car ce n’est que par l’emploi qu’on peut s’assurer s’ils réunissent toutes les qualités nécessaires pour obtenir de bons tirages. 11 faut surtout veiller à ce qu’ils couvrent bien sans empâter.

Dans ces derniers temps on est cependant parvenu à obtenir des vermillons de meilleure qualité, et qui suffisent pour des tirages ordinaires. On peut aussi les mêler au carmin et obtenir ainsi un rouge écarlate satisfaisant, et beaucoup moins cher qu’avec le carmin seul.

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Le bleu de Paris a souvent le defaut de sécher trop vite ; dans ce cas il faut y ajouter une goutte d’huile de lin ; mais sa nuance est, en général, préférable au bleu de Berlin.

Jaune. Le jaune de chrome fin donne une trèsbonne encre, d’un maniement facile, et qui est utile dans une foule de mélanges.

Vert. Le vert s’obtient par un mélange de bleu de Paris et de jaune de chrome, et l’on varie ses nuances en augmentant ou en diminuant l’une ou l’autre de ces couleurs primitives. On peut aussi employer dans certains cas, et avec avantage, le cinabre vert.

Brun. Le brun, qui sert si souvent dans les impressions en couleur, est un mélange de rouge d’Angleterre, de noir et de jaune, qu’on peut nuancer à volonté.

La terre de Sienne trouve aussi quelquefois son emploi avec avantage, ainsi que les carmins laques bien fins, surtout pour les roses, les lilas, etc.

Toutes les autres couleurs ne sont que des mélanges de celles que nous venons d’indiquer.

Telles sont les principales indications que nous pouvons donner pour les impressions en couleur. Nous désirons vivement qu’elles puissent être de quelque utilité à nos confrères, et nous les engageons surtout à ne pas se laisser rebuter si leurs premiers essais ne réussissent pas complètement; car, nous le répétons, la pratique et une expérience persévérante peuvent seules assurer le succès.

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