‹ Traité de la typographieChapitre 3 sur 199 · SU · texte numérisé non relu

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INTRODUCTION

DE LA NAISSANCE DE l’iMPRIMERIE , ET DE LA PROPAGATION DE CET ART

C’est un fait digne de remarque , que l’invention qui a contribué le plus puissamnient à perpétuer les souvenirs historiques n’ait pu jusqu’à ce jour répandre la lumière sur le mystère qui enveloppe sa propre origine.' Trois villes, Mayence, Strasbourg et Harlem, se disputent l’honneur d’avoir été le berceau de l’imprimerie. Quant à l’époque de sa naissance, on la fait généralement remonter à la moitié du xv® siècle. Il résulte néanmoins de l’hésitation des érudits sur ce point une incertitude qui porte à la fois sur l’auteur, sur le lieu et sur l’année de cette découverte. Si l’on considère la proximité des temps et des pays témoins de cet événement, on s’expliquera difficilement les causes qui suspendent encore la solution définitive de ce triple problème. Le concours des traditions contemporaines

INTRODUCTION

et des plus savantes investigations n’a donné pour résultats que des probabilités plus ou moins fondées, mais jamais une évidence suffisante pour triompher des scrupules de l’histoire.

Depuis le commencement du xvU siècle jusqu’au nôtre , un grand nombre d’ouvrages ont été publiés sur cette matière dans différentes langues. Les historiens et les bibliographes se sont livrés aux recherches les plus laborieuses, sans parvenir à une certitude irréfragable sur aucun des trois points controversés. Nous ne prétendons pas jeter une lueur nouvelle sur une question discutée par les écrivains les plus éclairés; nous nous bornerons à présenter le résumé succinct des opinions qui s’accordent le plus avec la vraisemblance, et que doivent faire prévaloir le nombre aussi bien que la consistance des autorités qui les ont 'soutenues, jusqu’au jour où quelque monument authentique fera jaillir la vérité de ce faisceau de conjectures.

Vers l’année 1440% Jean Gensfleich, ou Gutenberg, surnom qu’il a depuis immortalisé, né en 1400 d’une famille noble de Mayence, conçut le dessein de substituer au travail long, dispendieux et souvent très -imparfait des scribes, un procédé mécanique et régulier qui multipliât à l’infini les copies d’un ouvrage. Guidé sans doute par les résultats déjà connus de la xylographie % il imagina de graver

1 Cette date paraît devoir être admise sans contestation. (A. -F. Didot,* Essai sur la typographie. )

2 La plus ancienne gravure sur bois que Ton connaisse accompagnée de texte, et qui ait une date, est celle d’une image de saint Christophe portant à travers la mer l’enfant Jésus. Elle est datée de 1423. (Id., ibid.)

INT RODUCTION

sur des planches de bois des lettres en relief, dont la surface, enduite d’une certaine composition et mise en contact avec une feuille de vélin ou de papier, dût produire une empreinte ' analogue à celle de l’écriture. 11 choisit en consécpicncc les formes de ses nouveaux types dans les manuscrits les plus remarquables de cette époque, et il se livra avec ardeur à l’exécution de son projet. Mais les frais résultant de ces premiers essais épuisèrent promptement ses ressources pécuniaires. Les avances qu’il eut à faire i)Our l’achat des planches de bois, qui, employées une fois, ne pouvaient plus être d’aucune utilité, la lenteur de ces travaux, l’éloignement et l’incertitude de leur produit, le déterminèrent à chercher un collaborateur.

En 1444, il quitta Strasbourg, où depuis huit ans il s’occupait de mener à fin son entreprise, et se rendit à Mayence. Ce fut dans cette ville qu’il s’adjoignit d’abord Jean Fust, ou Faust, qui y exerçait la profession d’orfévre, d’autres historiens disent de banquier; et ils formèrent ensemble une association dans laquelle l’un apporta son industrie, source probable de bénéfices ultérieurs, et l’autre une somme destinée à subvenir aux premières dépenses. Leur société s’augmenta plus tard de quelques autres membres dont les noms ne sont pas venus jusqu’à nous , si Ton en excepte toutefois celui de Meydenbach ; mais leur rôle se borna exclusivement à celui de bailleurs de fonds.

Pendant son séjour à Strasbourg, Gutenberg avait mis au jour au moyen de son nouveau procédé deux traités composés pour les écoles, et

NTRODUGTION

dont, en raison de leur fréquent usage, il espérait débiter promptement les copies imprimées. Il paraît que Faust, initié par lui aux secrets de l’art qu’il venait de créer, et frappé de l’imperfection des planches , dont la destination était spéciale , conçut l’idée d’en composer avec des lettres isolées, dont la libre combinaison pût acquérir une application universelle. Cette modification importante reçut une prompte exécution, et elle eut pour premiers résultats la Gïxtmmaire de Donat, ainsi que quelques autres ouvrages. Mais Gutenberg et Faust s’aperçurent bientôt que la substance de ces caractères, dont l’emploi n’était plus borné à une seule impression, manquait de la solidité nécessaire pour en assurer la durée ; ils imaginèrent alors de fabriquer des types métalliques. Obligés de recourir au secours d’une main étrangère pour l’accomplissement de ce nouveau projet, ils admirent dans leur confidence Pierre Schœffer, domestique de Faust, que celui-ci avait jugé assez adroit pour seconder leur entreprise. Les travaux de Schœffer répondirent pleinement à leur attente; il grava des poinçons en relief, avec lesquels il frappa des matrices ; ces matrices, ajustées dans des moules en fer, servirent à la fonte des caracLères, dont falliage fut modifié jusqu’à ce qu’il eût obtenu le degré de consistance convenable b

Ce fut au moyen de ce dernier procédé qu’ils firent une Bible latine, dont l’impression dura sept à huit ans et fut achevée en 1450. Si l’on considère

1 Faust récompensa les soins et l’habileté de son ancien serviteur en lui donnant pour épouse sa fdle unique.

INTRODUCTION

les frais de tout genre que leur coûta la confection de ce grand ouvrage , les immenses préparatifs qu’ils eurent à faire avant de parvenir à leur but, les difficultés qu’ils eurent à vaincre, les pi’écautions qu’ils durent prendre pour ensevelir leur découverte dans un silence aussi prolongé, on ne peut assez admirer l’exécution miraculeuse de ce premier monument de la typographie. Nous trouvons dans riiistoire des sciences et des arts (luebiues inventions non moins étonnantes ({ue celle de l’imprimerie; mais elle n’en offre aucune dont l’accomplissement ait été aussi rapide et en môme temps aussi complet.

Nous venons de voir les trois périodes distinctes qui marquent la création de l’art. La première est la gravure des planches fixes; la seconde est la décomposition de ces planches de bois en types mobiles de la même matière pour en généraliser l’emploi; enfin la troisième est la gravure du poinçon et la confection du moule, qui multiplient ces lettres à l’infini et avec une parfaite identité. Ce n’est réellement que de cette dernière période que date l’invention de l’imprimerie, qui jusque-là conservait avec la gravure une affinité trop intime b 11 est donc juste de confondre dans notre admiration les trois hommes qui ont concouru à cette tâche féconde. A Gutenberg le premier appartient la gloire d’avoir

1 C’est aux informes essais des cartes à jouer, puis des images avec légendes, puis des Douais, imprimés d’abord sur tables de bois, puis sur lettres de bois mobiles, puis en caractères de métal, soit sculptés sur pièce, soit retouchés au burin a|)rès avoir été coulés, que l’imprimerie rattache son origine. (A,- F. Dinor, Essai sur la typographie. )

INTRODUCTION

conçu ridée de cet art; à Schœfîer le mérite d’une exécution laborieuse qui a complété l’œuvre et assuré le succès. Faust prit une part très -active à leurs travaux et les dirigea en les perfectionnant; il a des droits à la reconnaissance de la postérité.

Leur association ne subsista que peu d’instants après l’époque où elle s’était illustrée. Dans la même année où ils publièrent la Bible, il s’éleva entre eux des débats d’intérêts qui entraînèrent une rupture. Gutenberg resta à Mayence , où il poursuivit ses travaux. Faust et Schœ.ffer demeurèrent associés, et continuèrent aussi à imprimer dans la même ville. Ce ne fut que quelques années après la dissolution de la première société que l’existence de leur découverte acquit de la publicité; jusque-là ils avaient su la cacher à tous les yeux, pensant trouver dans ses résultats futurs le dédommagement de leurs efTorts et de leurs sacrifices primitifs. Les premiers produits de leurs presses étaient des imitations, et l’on peut dire des contrefaçons de manuscrits. Profitant de l’ignorance de leurs contemporains sur le procédé qu’ils mettaient en usage, ils y trouvèrent l’avantage de vendre comme copies manuscrites leurs exemplaires imprimés, et de s’assurer ainsi pour quelque temps la possession exclusive du fruit de leur industrie. Mais d’une part la comparaison de quelques-unes de ces prétendues copies, de l’autre l’indiscrétion des personnes chargées d’exécuter sous leurs yeux certains travaux relatifs à leur art, en divulguèrent bientôt le secret.

Faust se rendit à Paris en 1462, avant que l’invention de l’imprimerie fût connue en France. 11

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emporta avec lui un certain nombre d’exemplaires d’une Bible qu’il avait imprimée conjointement avec Schœlïer. 11 les vendit d’abord comme manuscrits; mais il réduisit bientôt ce prix au dixième, puis au vingtième de leur valeur primitive. Ces variations de prix et la ressemblance parfaite des volumes causèrent une surprise générale. L’ignorance superstitieuse de ce temps fit envisager comme un sortilège cette production extraordinaire de l’imagination humaine. On fit des recherches dans la maison que Faust habitait; on y trouva une certaine quantité de ces livres; les ornements en encre rouge ({ui décoraient plusieurs pages passèrent pour avoir été tracés avec son sang. Il fut mis en prison, et accusé de magie. Mais Louis XI ordonna qu’on lui rendît la liberté, sous la condition qu’il ferait connaître les moyens employés par lui pour multiplier dans cette proportion inouïe les copies d’un meme livre. Faust mourut à Paris en I4GG; on croit qu’il fut victime de la peste qui désola la ville dans cette même année.

Nous venons d’exposer en très-peu de mots les circonstances sinon les plus avérées, au moins les plus vraisemblables qui ont rapport à l’origine de l’imprimerie L Cette matière méritait sans doute

1 Quoique nous exprimions encore des doutes sur la réalité des titres de Gutenberg comme inventeur, nous devons dire que ces doutes ont été fortement ébranlés et presque changés en une conviction complète par un travail publié en 1840, à l’occasion du quatrième retour séculaire de la naissance de l’art, par M. Duverger, un de nos plus habiles et de nos plus regrettables typographes, sous le titre eVHistoire de V invention de l'imprimerie par les monuments. M. Duverger s’attache à démontrer que non-seulement la Bible fut imprimée avec des types mobiles métalliques, mais (jue la Gram-

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plus de développements; et nous l’aurions traitée avec moins de brièveté , si nous n’eussions pensé qu’on ne pouvait discourir sur des conjectures aussi longuement que sur des faits, et qu’en abrégeant notre narration nous devions diminuer nos chances d’erreurs. Nous nous sommes donc borné à présenter les sommités de cet intéressant épisode des fastes de l’industrie humaine. D’un autre côté, comme plusieurs villes et plusieurs individus revendiquent la gloire de cette invention, comme ce procès est encore pendant au tribunal de l’histoire , qui n’a pas prononcé en dernier ressort, il est de notre devoir de faire connaître les réclamations des autres parties contendantes.

Les habitants de Harlem prétendent que Laurent- Jean Coster, un de leurs compatriotes, inventa l’imprimerie vers l’an 1430, et que dès la naissance de cet art il se servit des planches fixes en bois. Selon eux, il abandonna bientôt ce procédé; il se mit à tailler des poinçons en acier, à frapper des matrices et à fondre des lettres de métal. Ils assurent que, pendant qu’il était à l’église, Gutenberg, son collaborateur, lui déroba les instruments de

maire de Donat , qui l’avait précédée de quelques années, avait été imprimée avec les mêmes types. Il paraît donc évident que Gutenberg a résolu le problème complet, et cette hypothèse trouverait sa confirmation dans les actes d’un procès qui fut intenté en 1439 par un de ses associés, et à l’occasion duquel on découvre qu’il eut de longs rapports d’alfaires avec des orfèvres et avec un charpentier, et qu’il faisait des achats de plomb : circonstance qu’on ne saurait attribuer qu’aux travaux nécessités par la gravure et la fonte des lettres, ainsi (jiie par la construction de sa presse. M. Duverger a efficacement servi l’histoire et la typographie en se livrant aux recherches consciencieuses et aux essais laborieux qui l’ont amené à des conclusions aussi dignes de considération.

son travail et s’enfuit à Mayence, où il passa pour en être l’inventeur. Ils parlent beaucoup d’un livre intitulé Spéculum humanœ salvationis, imprimé clans leur ville en hollandais et en latin, et ils aflirment cpie ce livre est le premier produit de la lypographie; mais, comme il ne porte pas de date, cette assertion manc|ue de preuves et peut être soupçonnée de partialité. Ils n’en célèbrent pas moins encore une fête séculaire en l’honneur de la prétendue découverte de Coster.

Voici, d’un autre côté, les titres ejue les habitants de Strasbourg ont fait valoir. Ils disent cjue Jean ^lentelin, citoyen de leur ville, conçut le premier l’idée de l’imprimerie; c{u’il s’adjoignit Gutenberg dans ses travaux; que celui-ci profita de ses ouvertures et se rendit à Mayence, où il devança Mentelin dans l’exécution de son projet. Ils appuient leurs prétentions des lettres de noblesse qui lui furent envoyées par l’empereur Frédéric III. II est bien certain que Mentelin fut le premier imprimeur qui s’établit à Strasbourg, et un des premiers qui exercèrent cette -nouvelle profession hors de Mayence. De là vient sans doute qu’on lui a attribué le mérite de l’invention, et qu’il en a meme reçu la récompense.

Mayence , Strasbourg et Harlem ne furent pas les seules villes qui voulurent enrichir leurs annales du fait glorieux que chacune d’elles réclama pour un de ses enfants. Ce titre d’illustration fut brigué par d’autres villes de l’Europe mais avec trop peu

^ Anvers, Augsbourg, Bâle, Bamberg, Cologne, Dordrecht, Fellri , Florence, Lubeck, Nuremberg, Rome, Schelesladt, Venise, etc.

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de fondement pour qu’on doive s’arrêter à leurs prétentions.

Quant à l’ancienne tradition qui désigne la Chine comme le berceau de cet art, il est certain que l’imprimerie tabellaire fut connue dans cet empire longtemps avant qu’on l’eût inventée en Occident; mais il n’est pas moins avéré que les types mobiles et métalliques y furent apportés par les Européens, et que maintenant encore l’usage des planches en bois n’y est pas complètement abandonné.

Dès que le secret des inventeurs fut divulgué , une foule d’établissements de ce genre se formèrent promptement dans différentes contrées de l’Europe. Paris fut une des premières villes qui en reçurent; Ulrich Gering, Crantz et Friburger commencèrent à y imprimer en 1470. A la fin du siècle il existait déjà plus de deux cents imprimeries, dont les nombreux produits attestaient le mérite de cette invention.

En France son importation fit de rapides progrès U Au commencement du xvF siècle. Tory,

1 Nous avons réuni dans le tableau suivant la liste des imprimeurs qui s’y établirent dans les trente dernières années du xv<= siècle, et les noms des villes où ils exercèrent leur profession.

Jean Mentelin ,

à Strasbourg.

Ulrich Gering, Crantz et Friburger,

à Paris.

Barthélemi Buyer et Guillaume le Roi ,

à Lyon.

Jean de Turre et Morelli,

à Angers.

Pierre le Rouge ,

à Chablis.

Joannes Teutonicus,

à Toulouse.

J. Bouyer,

à Poitiers.-

Durandus et Ægidius Quijoue,

à Caen.

Pierre Sciienck,

à Vienne.

à Metz.

INTKODUCTIUX

Vérarcl , Dolet, Simon de Colines, Vascosaii, les Morel . les Esiienne , lillëraleiirs et érudits , secondés par l’habile graveur Garamond, donnèrent des éditions remarquables à la fois par la beauté de l’impression et par la pureté sévère du texte. Dans le xvii® siècle. Cramoisy, célèbre imprimeur, fut chargé le premier par Louis XI II de la direction de l’imprimerie royale, fondée sous son règne, en 1040, et établie d’abord au Louvre. Vitré fut choisi comme imprimeur du Roi pour les langues orientales. L’art typographique fut illustré dans le xviiL par les Anisson , les Pierre , les Barbou, les Didot. Notre siècle est redevable à ^IM. Pierre et Firmin Didot de plusieurs découvertes remarquables, parmi lesquelles doit figurer en première ligne la stéréotypie, dont on avait fait il y a cent ans des essais infructueux, et dont la réussite, constatée aujour-

R. Fouquet et J. Cres,

Bréhant-Lodéac.

P. Bellesculée et Josses,

Rennes.

Neyret,

Chambéry.

Salins.

Tréguier.

Pierre Gérard ,

Abbeville.

Jean Comtel,

Besançon.

Guillaume le Tailleur,

Rouen.

Matthieu Vivan,

Orléans.

Grenoble.

Pierre Metlinger,

Dijon.

Angoulême.

Guillaume le Rouge,

Troyes.

Michel Wenssler,

Cluny.

Étienne Larcher,

Nantes.

Jean Berton,

Limoges.

Guillaume Tavernier,

Provins.

Matthias Latteron, Jean du Liège,

Tours.

Nicolas Lepe,

Avignon.

J. Rosembacii de Heidelberg,

Perpignan.

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d’hui par de nombreux résultats, tend à populariser l’instruction en mettant les livres à la portée de toutes les fortunes. L’exécution de cet ingénieux procédé est pour cette famille célèbre un titre de gloire non moins réel que tous les chefs-d’œuvre que leurs presses ont fait éclore, et qui ont porté l’art typographique à l’apogée de sa splendeur. M. Firmin Didot est l’inventeur des caractères cursifs imitant la continuité des traits de la plume, qui étaient d’un usage général avant l’invention de la lithographie, procédé sinon aussi régulier et aussi pur, du moins plus simple et plus économique.

La ville de Lyon se distingua , au xvF siècle , par ses productions typographiques. Les Gryphe et les de Tournes s’y firent une renommée durable.

L’Italie fut une des contrées qui recherchèrent avec le plus d’empressement l’art dont la naissance venait d’étonner l’Europe. Le culte des lettres, qui s’y était réfugié de la Grèce asservie, préparait naturellement un accueil favorable aux presses qui devaient répandre les productions immortelles dont Dante, Pétrarque et Boccace avaient doté leur patrie dans les siècles précédents. Rome, Venise, Milan, et un grand nombre de villes, virent bientôt des imprimeries s’établir dans leur sein. Nicolas Jenson (ou Janson), né en France, où il était graveur de médailles , se rendit d’abord à Mayence pour y étudier les secrets de la typographie, et ensuite à Venise, où il se livra avec talent à sa nouvelle profession. Les Aide commencèrent à y exercer dans les dernières années du xv® siècle, et leur famille produisit plusieurs générations d’imprimeurs égale-

INTHOIJLCTIOX

ment célèbr.cs ^ A la lin du dernier sièele et au commencement de celui-ci, les presses de Bodoni, imprimeur de Parme, ont rivalisé avec celles de la France. Les volumes qui en sont sortis se font généralement remarquer par la netteté du tirage; mais, sous le rapport de la gravure et de la fonte, ses caractères sont loin de l’élégance et de la perfection de ceux des Didot. Nous ne craignons pas qu’aujourd’hui cette assertion paraisse hasardée , malgré le jugement porté par le jury français, qui, par courtoisie sans doute ou par un motif politique, se prononça en faveur de l’imprimeur de Parme.

Les éditions hollandaises ont eu, dans le xvP et dans le xviP siècle, une célébrité méritée. Jean de Westphalie fut le premier imprimeur qui exerça dans les Pays-Bas. Il se rendit en 1474 dans la ville de Louvain, qui fut le siège de son imprimerie. Christophe Plantin, né en Touraine, établit à Anvers, en 1560, des presses qui acquirent une grande renommée. Plus tard les Blæuw et la famille des Elzevier illustrèrent la typographie hollandaise.

C’est dans l’année 1474 que William Caxton établit en Angleterre la première imprimerie. Il se fixa à Westminster. L’art typographique est longtemps demeuré stationnaire chez cette nation, accoutumée à perfectionner lorsqu’elle n’invente pas. Ce n’est que dans le siècle dernier qu’elle a mis au jour des éditions qui ont surpassé ce que les autres pays avaient encore produit de plus remarquable en ce genre. Foulis de Glasgow et Baskerville de Bir-

1 Aide Manuce inventa le caractère italique, ou fut le premier qui l’employa dans son Virfjilius , in-8", IdOl.

INTRODUCTION

mingliam ont opéré clans la typographie une révolution qui a placé dès lors cet art au niveau des autres branches de l’industrie anglaise. Bensley et Bulmer s’y sont fait une haute réputation. L’Angleterre peut s’honorer d’un grand nombre de découvertes et d’améliorations dont le but est de procurer à la typographie de vastes moyens d’exploitation , et ses presses rivalisent avec celles de la France pour l’exportation de leurs nombreux produits. En examinant leurs travaux sans cet esprit de nationalité exclusif qui nous rend souvent injustes, en comparant les éditions anglaises aux livres français, nous trouverons que leur papier est en général supérieur au nôtre, que leurs caractères sont mieux fondus quant à l’approche et à l’alignement, que l’identité de leurs types, plus constante, leur donne un cachet national, qu’ils résistent plus longtemps à l’action de la presse; d’un autre côté, que les nôtres sont plus élégants, d’une gravure plus fine et plus parfaite dans ses détails, sans parler de nos caractères de fantaisie et de nos ornements, qui s’exportent dans le monde entier. En un mot, on peut dire que leurs livres sont mieux fabriqués , ai que l’ensemble de la typographie anglaise est plus satisfaisant; mais que les chefs-d’œuvre des presses françaises offrent une supériorité à laquelle les leurs n’ont pas atteint, et qu’enfm l’Angleterre n’a point de nom qu’elle puisse opposer à celui des Didot h

1 Les poinçons dont les frappes avaient servi aux éditions de Virgile et d'Horace in-D furent encore améliorés par M. Firmin Didot, et ont été jugés le nec plus ultra de la perfection par les membres du jury de Londres, qui, en 1851 , se rendirent au British Muséum pour y comparer les impressions dTbarra, de Bodoni , de Bulmer et

liNTRODUGTIUN

L’imprimerie fut importée en Espagne dans la même année où l’Angleterre la reçut; la première presse fut établie à Valence en 1474. La typographie espagnole a produit peu d’éditions remarquables, si ce n’est dans ses premiers temps; on ne peut toutefois refuser à celles d’Ibarra, célèbre imprimeur de Madrid au xvni® siècle, le mérite de l’exécution matérielle joint à celui d’une rare correction. C’est lui qui le premier a employé le satinage du papier après le tirage.

Ce n’est que plus de cent ans après son invention que l’imprimerie fut introduite en Russie, bien qu’elle se fut répandue très-rapidement dans toutes les parties de l’Allemagne : encore la fabrication des livres éprouva- 1- elle les plus grands obstacles chez cette nation , alors plongée dans l’ignorance et la barbarie.

Peu de temps après la découverte du nouveau monde, des presses européennes furent transportées dans l’Amérique méridionale. Avant la fin du xvC siècle, un certain nombre de livres s’étaient imprimés au Mexique et au Pérou. Vers le milieu du XVII®, cet art était pratiqué dans l’Amérique du Nord.

La presse a étendu son empire depuis les rochers glacés du Groenland jusqu’aux îles de l’Océanie; il n’existe plus maintenant que quelques contrées barbares de l’Afrique et de l’Asie où elle n’a pu pénétrer et porter le germe de la civilisation.

de Bensley avec le Racine. Depuis lors les presses françaises ont produit des livres magniliquement illustrés, dont la brillante exécution a encore rehaussé la renommée artistique de notre typographie.

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