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DES PERFECTIONNEMENTS INTRODUITS DANS LA TYPOGRAPHIE

Les premières productions de l’imprimerie étaient grossières et imparfaites, comme l’ont été toutes les ébauches des arts dans leur enfance. Ce n’est qu’après plusieurs générations d’imprimeurs qu’on a commencé à remarquer dans les livres cette harmonie et cette variété dont le concours en a fait depuis le plus bel ornement. Une monotonie constante dans l’emploi des caractères, l’absence de principes fixes pour la composition , un tirage pâle et inégal , tels étaient les points qui attendaient des améliorations. Voici les particularités qu’on retrouve dans les monuments qui marquent la naissance de la typographie.

Les caractères gothiques furent les premiers dont on se servit. La forme carrée et anguleuse que ces lettres avaient reçue primitivement était d’une plus grande facilité pour la gravure ; ce ne fut qu’après l’invention des poinçons d’acier que, pour varier la conformation des lettres et les rendre ainsi plus distinctes, on arrondit quelques-unes d’entre elles. Ce genre d’écriture , formé de l’écriture latine dégénérée , était en usage depuis environ deux siècles ; il s’est encore conservé chez les peuples du nord de l’Europe. Nicolas Jenson à Venise, Gering,

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Simon de Colincs, Robert Eslicnnc à Paris, furent des premiers à se servir des caractères romains.

L’in-folio et l’in-quarto ont été les premiers formats connus.

Les livres avaient tous les défauts des manuscrits, que les premiers imprimeurs s’appliquaient à imiter servilement, afin de leur donner plus de prix. Ils ne portaient ni titres courants ni folios. L’usage des capitales et des alinéas ne s’est introduit que plus tard. L’orthographe était variable, presque arbitraire. La ponctuation était incomplète; elle ne comportait que trois signes : le point, le comma et un signe équivalent à la virgule, qui était figuré par une barre diagonale.

Les divisions des ouvrages commençaient par des lettres grises; c’étaient des majuscules entourées d’ornements ou de sujets de tout genre. Quelquefois on n’imprimait que le trait de la majuscule, et, comme pour les manuscrits, on laissait à un dessinateur le soin d’en tracer et d’en colorier l’entourage.

Au commencement de notre siècle on ne connaissait qu’une seule espèce de presse, celle qui, à quelques modifications près , était en usage dans l’imprimerie presque depuis son invention. Les perfectionnements qu’elle avait reçus consistaient dans la substitution de crémaillères en fer aux nerfs ou aux cordes qui suspendaient la platine , de marbres en pierre, puis en fonte, de platines en fonte ou en cuivre, aux marbres et aux platines établis primitivement en bois. Quelques pièces avaient été simplifiées ou supprimées; on en avait rectifié

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d’autres. Le changement le plus important qui y eût été apporté était l’introduction d’une platine de la dimension du tympan , et qui ne demandait plus qu’un seul coup de barreau pour le tirage de la feuille, au lieu de deux que nécessitaient les anciennes platines. Mais enfin cette somme d’améliorations successives était loin de suffire aux exigences d’un art qui marchait rapidement vers sa perfection ; et, telles qu’elles étaient alors, les presses demeuraient encore sujettes à une foule d’inconvénients, auxquels le temps et l’expérience devaient porter remède. Un foulage variable suivant la force employée par l’ouvrier, le défaut de justesse des pièces construites en bois, leur prompte détérioration, la position incommode et fatigante de l’ouvrier tirant le barreau, tels étaient les points principaux qui laissaient cette machine imparfaite. Vers les premières années de notre siècle, lord Stanhope fit exécuter en Angleterre une presse en fonte presque entièrement semblable aux anciennes presses quant à son système mécanique, mais qui résolut complètement le problème dont celles-ci ne pouvaient jamais offrir l’entière solution. Dès lors les pièces acquirent ce parallélisme rigoureux duquel dépend la régularité du tirage ; elles purent résister à l’influence de la température et à la continuité du mouvement qui leur est imprimé ; le degré de pression put à la fois être modifié suivant la nature du tirage, et demeurer uniforme dans tout le cours de ce tirage ; le coup du barreau fut déterminé par un régulateur; enfin l’attitude de l’ouvrier devint moins pénible.

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Cette première découverte en fit naître d’autres, dont le nombre grossissait chaque jour, mais dont les résultats olTraient moins d’améliorations ({ue de changements. L’invention à laquelle lord Stanhope avait attaché son nom excita en France et en Angleterre l’émulation des mécaniciens, qui se précipitèrent à l’envi dans cette nouvelle carrièi'c ouvertes à leur industrie; et en peu d’années l’imprimerie renouvela pres([ue entièrement cette partie de son matériel.

Les presses mécaniques, dont la mise en œuvre appartient à l’Angleterre^, parviennent chaque jour à un nouveau degré de simplification. On leur applique pour moteur, soit la vapeur, soit un nombre de bras déterminé par la force que la presse exige. La France possède aujourd’hui une grande quantité de ces machines , et la plupart d’entre elles se fabriquent dans son sein. L’application générale de ce nouveau procédé favorise l’extension que prend journellement la typographie française, appelée à répandre de plus en plus ses produits dans toutes les parties du monde civilisé. Il facilite et multiplie dans une proportion considérable les moyens d’exploitation de cet art; mais s’il entraînait l’exclusion absolue des procédés de tirage connus jusqu’à ce jour, il pourrait déterminer un mouvement rétrograde; il ne saurait encore suppléer complètement aux soins et à la surveillance continuelle de l’ouvrier, qui seuls, dans quelques cas particuliers,

1 La première presse mécanique a été établie à Londres, en 18M, par deux Saxons nommés Kœnig et Bauer. L’essai en fut fait sur le Manual Register, puis sur le journal the Times.

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peuvent assurer à une impression une exécution irréprochable.

Une des innovations qui ont secondé le plus puissamment r usage des presses en fonte est la substitution du rouleau aux balles.* Quand on réfléchit à rimperfection de ces instruments, dont la surface n’embrassait qu’une partie de la forme, aux soins que leur montage et leur distribution exigeaient de la part des ouvriers, on s’étonnera que cette découverte ne date encore pour la France que d’un demisiècle (1820). Certes, avant cette époque, notre typographie avait déjà marqué sa régénération par plus d’une production digne de grands éloges, et il serait inexact de dire que les résultats de cet art ont constamment suivi pas à pas les progrès de son mécanisme; mais il n’en est pas moins certain que son état actuel, dans lequel les soins et la fatigue de l’ouvrier se trouvent réduits le plus possible par la perfection des machines, doit forcément donner lieu à des produits d’une nature plus satisfaisante.

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