‹ Traité de la typographieChapitre 50 sur 199 · LIGNE · texte numérisé non relu

LIGNE

La ligne est une série de mots placés suivant une direction horizontale, et compris dans un espace donné. Cette longueur fixe est la justification, dont nous venons de parler. Les ligries concourent à la formation de la page. Leur nombre est déterminé : L par la force du caractère employé dans le texte; 2® par celle de l’interligne; 3® par la justification, à laquelle la longueur de la page doit être appropriée , dans une proportion indiquée par l’usage.

C’est une règle générale que dans la prose les lignes sont toutes de même longueur, ce qu’on obtient en mettant plus ou moins d’espace entre les mots, et en les divisant au besoin. On fera connaître ailleurs le petit nombre de cas où la nécessité autorise à contrevenir à cette loi typographique.

Dans la poésie, où le nombre des lettres éprouve de grande^ variations, même quand les vers sont d’égale mesure, on est convenu de mettre pour chaque ligne les mêmes espaces entre les mots, et d’arrêter la ligne dans quelque partie de la justification que le vers vienne à finir. Mais, pour que la longueur des lignes soit égalisée , et que la page soit ramenée à sa forme quadrilatérale, on complète avec des cadrats les lignes qui ne remplissent pas la justification.

On appelle ligne de tête celle qui se place au haut de la page , et qui comprend le folio et le titre courant. De même on nomme ligne de pied celle du bas de la page, où se place la signature, lorsque la page en prend une, et qui, dans le cas contraire, n’est composée que de cadrats.

La ligne j^leine est celle dont la matière occupe toute la justification.

La ligne de blanc, qu’on place parfois entre deux alinéas, afin que la pause soit plus marquée, est composée de cadrats ou d’interlignes. Dans les ouvrages en prose, elle s’emploie lorsqu’on passe d’une question principale à une autre, d’une analyse à un résumé , pour marquer les divisions oratoires, etc. En poésie, on la place entre les strophes, les stances ou les couplets. On s’en sert pour indiquer les alinéas dans les pièces en vers libres, et quelquefois parmi les vers de même mesure. Il arrive souvent que, soit calcul, soit nécessité, les blancs ainsi jetés équivalent à plusieurs lignes. En pareil cas il importe que les blancs soient égaux entre eux.

GOMPOSITlOxX

Dans les blancs qui précèdent et qui suivent les lignes de titres, lorsque ces lignes sont composées en grandes capitales, il faut tenir compte du blanc porté par le talus inférieur de la lettre et qui n’existe pas au talus supérieur.

On appelle ligne perdue celle dont le contenu , ne remplissant pas la justification, se place à égale distance de ses deux extrémités. On en voit de fréquents exemples dans des ouvrages de tous genres, notamment dans les titres, où toutes les lignes qui ne sont pas pleines se disposent ainsi, et présentent à l’œil un aspect régulier et harmonieux. On s’en sert encore dans les pièces de théâtre et généralement dans tous les ouvrages dialogués, ainsi que dans beaucoup d’autres cas particuliers. On dit mettre un ou plusieurs mots en ligne perdue.

La ligne pointée s’emploie ordinairement dans les citations incomplètes, comme signe de lacune; et elle figure dans ce cas les passages omis.

Ou appelle ligne à voleur celle qui , terminant un alinéa, se compose seulement d’une ou de deux syllabes chassées aux dépens des lignes qui précèdent. Ce nom lui vient de ce que, les compositeurs étant payés en raison du nombre de lignes qu’ils fournissent, il arrive à certains d’entre eux d’espacer d’une manière outrée les dernières lignes des alinéas pour en gagner une qui leur coûte moins de travail, en ce qu’elle est presque entièrement composée de cadrats. Ce procédé est répréhensible sous un double rapport : d’abord parce qu’il cause dans l’espacement une irrégularité qui est contraire aux principes de l’art, et ensuite parce qu’il dénote

de la part de Touvrier une préférence donnée à ses intérêts au détriment de ses devoirs.

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