‹ Traité de la typographieChapitre 57 sur 199 · ALINÉA · texte numérisé non relu

ALINÉA

Si ce mot s’explique de lui-meme et n’a pas besoin de définition, il est nécessaire toutefois de faire connaître les variations qu’il peut subir, tant dans sa valeur propre que dans sa disposition typographique.

Valinéa sert 4 marquer dans le discours une pause plus intense, plus prolongée que le point, qui est dans la ponctuation le signe de la plus grande valeur. Ainsi, lorsqu’on passe d’un fait ou d’un ordre d’idées à un autre, d’une partie de sujet à une autre partie, il ne suffit pas d’indiquer que la phrase est terminée ; il est encore bon de séparer, nonseulement par un temps d’arrêt plus marqué , mais même par un certain intervalle, les difTérentes périodes du discours : tel est le but de V alinéa.

Dans la prose , il sert bien , comme son nom le fait entendre, à reporter à une autre ligne la suite du sujet qu’on traite ; mais il serait peut-être convenable qu’il eût, pour la poésie, une dénomination différente , puisque chaque vers commence une nouvelle ligne. Malgré son impropriété dans ce dernier cas , maintenons - le ici comme terme de convention, tout en regrettant le mot couplet (déjà reçu , en ce sens , dans le langage littéraire ) , ou quel({ue mot analogue qui nous semblerait plus exact et plus approprié à ce genre de texte.

Dans les ouvrages en prose et dans les pièces de vers de meme mesure, la première ligne des alinéas est renfoncée d’un cadratin. (Juelquelbis, lors(|ue cette ligne est inévitablement trop serrée, on se permet de prendre (juelques points sur le cadratin pour jeter un peu plus d’espace entre les mots. En elVet, l’œil est moins choqué par la diminution de ce blanc, laquelle n’est meme pas toujours perceptible , que par des mots trop rapprochés les uns des autres; cependant c’est une licence, et il n’y faut recourir que par nécessité.

Il existe des volumes de grand format et de grande justification dans lesquels les alinéas sont renfoncés de deux cadratins. Cette méthode anormale a pour objet de rendre Valinéa plus visible. Il serait, en effet, rationnel de proportionner le renfoncement à la justification, et d’après ce principe on ne devrait renfoncer que d’un demi -cadratin dans les compositions à petite justification ou à colonnes. Mais le besoin d’une règle fixe, fortifié par la crainte de tomber dans l’arbitraire, a prévalu jusqu’à présent.

Dans les pièces en vers libres, où les renfoncements indiquent les différences de mesures, on marque Valinéa par une ligne de blanc. Dans la poésie divisée par strophes, ou par stances, on les sépare par un nombre d’interlignes que détermine la longueur de la page, mais approchant autant que possible de la valeur d’une ligne comme minimum.

Quelquefois dans la prose même on jette avant certains alinéas une ligne de blanc, lorsque l’ordn'

du discours exige une transition plus fortement indiquée.

On ne commence pas une page par la dernière ligne d’un alinéa, à moins que cette ligne ne soit pleine. Nous avons parlé plus haut (page 160) des moyens de remédier à cet inconvénient lorsqu’il se présente.

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