DISPOSITIONS PARTICULIÈRES A LA POESIE
Nous avons précédemment fait connaître les principes généraux de la composition ; mais il nous reste à poser quelques règles relatives à celle des ouvrages en vers.
11 est à remarquer d’abord que la facilité que possède la prose de varier à volonté, dans le même format, la justification et le caractère, est moins à l’usage de la poésie, où la contenance de la ligne est déterminée par la mesure du vers : c’est principalement dans ce dernier cas que l’observation des proportions est exigée par la typographie. Si la poésie n’offre pas un aspect aussi régulier que la prose, elle peut compenser cet avantage par l’accomplissemcnt plus rigoureux des usages reçus pour chaque format. Par exemple, en prenant pour base l’in-octavo, nous voyons fréquemment dans les ouvrages en prose que , par le besoin qu’on éprouve d’économiser l’espace, on descend jusqu’au Sept, qui est un caractère d’in-dix-huit ; ou que , par une considération opposée, on monte jusqu’au Douze et même jusqu’au Quatorze, qui sont des caractères d’in-quarto. De quelque secours que puisse être cette facilité, il n’en est pas moins vrai de dire qu’elle autorise de nombreuses contraventions aux usages établis , et qu’elle substitue souvent la loi de la nécessité à celle du goût.
De pareilles anomalies n’existent pas, ou ne doivent pas exister pour la poésie : en voici les motifs. Sous le rapport de la justification , le vers
COMPOSITION
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étant la mesure de la ligne, on ne peut rien gagner à étendre celle-ci. Quant au choix du caractère, il est certain qu’en le diminuant de force on trouverait un bénéfice de quelques lignes sur la longueur de la page ; mais il s’ensuivrait toujours un cflct contraire, d’une part, à l’usage qui prescrit les proportions à suivre, et, de l’autre, peu conforme à celui qui en tolère la dérogation : c’est-à-dire (jue le but d’utilité ne serait pas assez marqué pour autoriser la violation des convenances de l’art. En effet, l’augmentation de lignes produite par l’emploi d’un caractère inférieur à celui dont on se sert habituellement dans les in-octavo en vers occasionnerait un contraste choquant , celui d’une page portant un plus grand nombre de lignes et une justification moindre en apparence; tandis que, suivant la marche la plus ordinaire, la progression des caractères et celle de la justification s’opèrent en sens inverse.
La justification d’un ouvrage de poésie doit être prise sur la portée des vers les plus longs, nonseulement quant à la mesure, mais encore eu égard au nombre de lettres qu’ils renferment. Toutefois, comme il peut s’en présenter qui, sous ce dernier rapport, excèdent de beaucoup la longueur moyenne, il ne faut point s’astreindre à prendre pour règle cette rencontre ; mieux vaut y remédier en doublant le vers, ou en le faisant sortir, ce qui est préférable encore.
Cette justification doit porter au maximum quarante-quatre n (ou vingt -deux cadratins). Les alexandrins en français, notamment ceux à rime
féminine, qui ont une syllabe de plus, et en latin les hexamètres, dépassent souvent cette mesure. Il vaut cependant mieux recourir à l’un des deux expédients que nous venons d’indiquer : d’abord pour économiser l’emploi des cadrais, et par conséquent les frais de composition ; ensuite pour que les marges ne semblent pas inégalement distribuées ; et enfin pour éviter que le titre courant, qui doit porter sur le milieu des vers, ne paraisse rejeté sur la partie droite. Ce défaut ajoute à l’irrégularité naturelle d’une page de vers. Il devient surtout apparent, et alors il n’est pas supportable, lorsqu’il se trouve dans la page quelques lignes de prose, de notes par exemple, qui, remplissant la justification, mettent à découvert toute la partie que les vers laissent en blanc.
Clia(iue vers commence par une capitale.
Les vers de même mesure doivent être parfaitement alignés entre eux.