RENFONCEMENT
Renfoncer une ligne, c’est la rentrer en dedans de la justification, à l’aide de cadrais, cadratins ou demi-cadratins.
Le mode de renfoncement, à très-peu d’exceptions près, est généralement déterminé, et assujetti à des règles positives.
Lue ligne de titre qui laisse du blanc de cha([ue côté dans la justification n’est pas pour cela considérée comme renfoncée. Cette qualification s’applique moins ordinairement aussi à celles dont la
COMPOSITION
rentrée est arbitraire ou fortuite; elle est plus spécialement réservée aux lignes dont le commencement laisse avec celui de la justification une distance calculée d’après certaines proportions admises.
Dans la prose, la mesure du renfoncement de l’alinéa et du sommaire est le cadratin; quelquefois davantage dans les grandes justifications et dans les grands formats ; quelquefois aussi le demi-cadratin seulement, notamment pour le sommaire.
Dans la poésie , il est sujet à de plus grandes variations, occasionnées par la diversité de mesure que les vers peuvent présenter. La méthode la plus généralement suivie à cet égard est établie de manière que les vers de meme mètre, étant alignés entre eux, se trouvent, le plus approximativement possilde , dans le milieu de la justification. Elle consiste à renfoncer les vers en raison des syllabes qu’ils ont de moins que l’alexandrin : c’est-à-dire le vers de dix d’un cadratin et demi, celui de huit de trois cadratins , celui de sept de quatre, et les autres en suivant à peu près cette progression.
Si l’on voulait établir une balance entre le nombre moyen de lettres que diminue la suppression d’une syllabe et le blanc qu’on lui substitue tant au commencement qu’à la fin de la justification, il est probable qu’on trouverait une difierence en moins du côté du renfoncement. Cette disproportion est nécessaire, et il vaut mieux que le vers de mesure inférieure soit un peu en deçà qu’au delà de celui qui lui est supérieur. Le vers de dix féminin, par exemple , est hendécasyllabe ; et , lorsqu’il est placé auprès d’un vers de douze masculin, la difierence
devient beaucoup moindre. Du reste, à part ces principes, qui sont fondés en raison, il serait trop rigoureux, dans cette circonstance et dans beaucoup d’autres qui ont pu ou qui pourront se rencontrer, de prétendre tout rapporter à des règles invariables : dans les arts, l’expérience est souvent un meilleur guide que la stricte observation des principes ; et les prescriptions de la théorie peuvent fléchir en certains cas devant les enseignements pratiques.
Les memes principes que nous venons' d’énoncer sont applicables à la composition des vers latins.
Les citations de vers , pour lesquelles on emploie ordinairement un caractère inférieur à celui du texte, se renfoncent suivant la force de celui dont on se sert, dans les proportions indiquées, et toujours de manière à se trouver placées vers le milieu de la justification. Cette méthode est impérieusement requise pour la régularité de l’aspect, et nous ne saurions la recommander trop instamment.
Les renfoncements à peu près arbitraires, et uniquement déterminés par le tact et le coup d’œil , sont ceux des vers doublés, des signatures, etc.
Cette disposition est d’un fréquent usage dans les tableaux, dans les ouvrages scientifiques, et dans tout travail d’une composition irrégulière. Leur diversité la modifie à l’infini.