TECHNIQUE DE LA VACCINATION ANIMALE
52. — 1. Animaux à employer. Jusqu'ici la vaccination dite animale n'a eu recours qu'aux animaux de l'espèce bovine. A la rigueur, si l'on venait à en manquer, ou pourrait, peat-être, se servir de ceux de l'espèce chevaline, mais ce serait à la condition de faire subir au horse-pox ainsi produit un stage propre à le destituer de son excès de virulence, en le faisant passer par l'organisme d'un veau, avant de l'inoculer à l'espèce humaine.
On peut prendre à volonté les grandes et les petites bêtes; celles-ci, toutefois, plus faciles à manier, sont généralement préférées. Nous nous occuperons d'elles d'abord.
Les veaux, mâles ou femelles, doivent avoir le poids de cent kilogrammes au moins et être de bonne santé (1 1. La robe blanche ou rousse coïncide, en général, avec une peau douce et non pigmentée de noir, très-favorable à'ia marche et à l'observation régulières de l'éruption vaccinale. Les peaux pigmentées de noir s'y prêtent moins bien. Les veaux
(1) On a dit que, pandant la période de cinq à dix mois, les animaux sont moins aptes à reproduire le eow-pox. Nous ne savons pas sur quoi cette assertion s'appuie.
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roux et blancs sont donc ceux qu'il faut préférer ; si l'on est réduit à en prendre de noirs, il faut, tout au moins, que la région située entre les trayons et l'ombilic, et qui va être le siège des inoculations, soit la plus blanche possible.
Les mâles ne valent ni plus ni moins que les femelles ; le scrotum, chez les premiers, est une région particulièrement sensible à la vaccine, qui y évolue mieux que partout ailleurs; mais, d'autre part, la disposition des organes génito-urinaires empêche de préserver, au moyen de couvertures, la région inoculée du contact des impuretés de la litière. Chez les femelles, au contraire, les tabliers garnissant ladite région y sont à l'abri de la projection directe des urines. C'est un avantage dont s'aperçoivent encore, à un autre point de vue, les personnes qui font la récolte.
Pendant leur séjour àl'étable, où doivent régner un bon air et une température modérée, les veaux reçoivent, pour toute nourriture, de huit à dix litres par jour de bon lait, selon leur taille, et un ou deux œufs frais. Cette alimentation convient à leur santé et donne à la chair l'aspect et les .autres qualités qu'il importe de lui conserver pour l'usage de la boucherie.
Trop souvent les animaux arrivent à l'étable, transis, malpropres et gorgés de l'eau qu'on leur a versée dans l'estomac, avant leur arrivée au marché, pour augmenter le poids sur lequel s'établira le prix d'achat. De là des frissons, de la diarrhée en
germe, et parfois pire. Pour bien faire, il faut que ces animaux se remettent de leurs fatigues par un stage d'un jour ou deux à l'étable, avant d'être soumis à la vaccination. Celle-ci, dans de sembl.!bles conditions, ne sera jamais la cause occasionnelle d'un état morbide quelconqu*^, ni de l'abaissement de la valeur marchande du sujet.
II ne faut pas perdre de vue, en effet, que l'animal, ainsi que nous le verrons plus loin, doit livrer toute sa récolte dans le courant du sixième jour, et qu'il peut être abattu le septième, avant l'évolution possible de la fièvre de suppuration, qui ainsi n'arrive jamais qu'après que l'animal a été mangé. De façon absolue, il ne souff're pas de la vaccination, quelque multipliées que soient les insertions. Il peut souffrir des fatigues et des tortures du voyage, souffrir des manœuvres du marchand, souffrir du changement d'étable, souffrir enfin de la séparation d'avec la mère, mais la vaccination par elle-même n'est pas, pour lui, la cause d'une dépréciation quelconque. Ceci peut être posé comme axiome en matière de responsabilité.
Quelle qu'en soit la cause néanmoins, les veaux peuvent être pris,' pendant la période vaccinale, d'accidents dé nature à la leur faire traverser défavorablement, et, parmi ces causes, la diarrhée et la tympanite figurent en première ligne. La diarrhée, si elle est persistante, — le plus souvent il suffit d'un peu de régime et de quelques lavements émollients pour l'arrêter en quelques heures — peut compro-
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mettre ou au moins retarder la pustulation ; la tympanite, qui l'accompagne souvent, en est une complication, non moins désagréable. Si elle se présente au moment où l'éruption commence, celleci se modifie aussitôt: les pustules s'aplatissent, au point même de s'effacer et de se tarir complètement. Sont-elles dans leur plein quand le gonflement du ventre arrive, la peau, tendue à la façon de celle d'un tambour, les tiraille, les efface et en fait disparaître, parfois en peu d'instants, tout le contenu. Il ne faut pas songer à faire la récolte dans ces conditions ; on doit, au contraire, traiter la tympanite et attendre. Il suffît souvent de quelques heures pour que le ventre reprenne sa souplesse, bientôt suivie du retour des pustules à leur condition physiologique.
Les animaux vaccinés au ventre — c'est le lieu d'élection — se vautrent dans leur litière, tout imprégnée des matières des déjections, salissent ainsi le siège et le sproduits de l'éruption, et, quand celle-ci a apparu, se déchirent les pustules au contact de la paille ou du foin. C'est un inconvénient difficile à écarter, mais dont il ne faut pas s'exagérer l'importance. Pour être déchirées à la surface, les pustules n'en perdent pas, pour cela, leur contenu ni leurs quaUtés intrinsèques. On n'en doit pas moins chercher à l'éviter, ce qu'on peut faire en garnissant d'une sorte de tablier l'abdomen des génisses, et en remplaçant la litière vulgaire par un plancher à claire-voie laissant passer les matières des excréments.
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Les pustules sont encore menacées d'une autre façon : la démangeaison, suite immédiate de l'opération, pousse les animaux à lécher les petites plaies et à enlever ainsi le vaccin qui vient d'y être déposé. Plus tard, la même impression les sollicite à user du même procédé pour calmer l'irritation produite par l'éruption. On évite cette cause de stérilisation ou de meurtrissure, en appliquant aux bêles, immédiatement après qu'elles ont été vaccinées, une sorte de muselière ayant la forme d'un panier d'osier, et qu'elles doivent conserver pendant tout le temps de leur séjour à l'étable.
Il importe, dans le même but, de se rendre maître de la queue de l'animal, ce qu'on fait en l'assujettissant à une espèce de collier, fait d'une série de petits bâtons arrondis aux deux extrémités et reliés entre eux à une petite distance ; cela empêche l'animal de plier le cou et d'approcher la bouche de la région où les insertions vaccinales ont été faites. Le panier est alors inutile.
53. Vaccination des veaux. Le jour où l'animal doit être vacciné, ou au }ilus tôt la veille, car il ne faut pas laisser au poil le temps de repousser, il doit être rasé aux parties destinées à recevoir les insertions vaccinales, opération laborieuse, que l'on confie à un homme de peine, et pour laquelle il i m porte que l'animal soit solidement fixé.
La table que nous avons fait confectionner à cet p.flfot, h l'imitation de celle de M. Lanoix, est repré-
sentée (Voy. Pl.) à l'échelle de 5 centimètres par mètre. Pour y hisser Tanimal, on le place debout contre la table, rendue verticale par un jeu de bascule, et on l'y retient au moyen d'une large courroie abdominale. Quand on replace alors la table dans sa situation horizontale, au moyen du même jeu de bascule, l'animal s'y trouve étendu, et il n'y a plus qu'à l'y assujettir par des courroies disposées à cette fin. La tête est fixée aux anneaux (a), les deux jambes de devant aux anneaux {b) et la jambe de derrière gauche aux anneaux (c). La jambe de derrière droite est fixée, levée, au fond d'une fourche arrondie (y) ; toute la région inguinale de ce côté est ainsi exposée, bien tendue, aux manipulations. Les signes (e) et (b) représentent des excavations destinées à des vases de zinc propres à recevoir les matières fécales et les urines.
Pour rendre l'animal à la liberté, on fait de nouveau basculer la table, cette fois pour la rendre verticale, après avoir détaché toutes les entraves, sauf la large courroie ventrale, qu'on ne déboucle que lorsque l'animal est sur ses jambes.
L'opération du rasement est longue et difficile. Il faut d'abord couper le poil avec des ciseaux, puis savonner la région à l'eau chaude, et enfin faire agir le rasoir, temps que l'agitation du sujet et ses mouvements rendent bien laborieux. Peut-être trouvera-t-on quelque jour une préparation épilatoire susceptible de remplacer l'action du rasoir. Ce serait fort désirable.
La surface à dénuder doit être à peu près équivalente à celle du fond d'un cliapcau d'homme, et s'étendre à partir de la région inguiuo-mammaire dans la direction de l'ombilic. C'est sur cette surface que seront faites les incisions ou les piqûres destinées à recevoir le vaccin. Les incisions, au nombre de 80 à 100 et jusqu'à 150, ne doivent guère intéresser que l'ôpiderme ; elles ont un centimètre environ de longueur, et sont faites dans la direction de l'axe de l'animal, afin que, plus tard, au moment d'utiliser les pustules, la pince h ressort fixe, appliquée sur elles, ne soit pas chassée dans les mouvements que l'ennui ou la douleur provoquent chez le vaccinifère, et qui ont pour effet l'élongation de l'axe longitudinal aux dépens du bi-latéral. Les incisions sont distantes de deux centimètres environ. Quand l'opération est terminée, l'animal étant étendu sur l'un des côtés, elles se présentent comme une série d'échelles situées à côté l'une de l'autre et à une distance de deux centimètres environ, distance qui est celle séparant également les échelons entre eux. Pour laisser toute liberté à l'épanouissement des pustules, il est bon que les échelons des deux séries voisines se contrarient.
A mesure qu'une ligne d'incisions est faite, on y introduit la matière vaccinale, soit de conserve, ce qui est toujours "un pis-aller, soit, de préférence, empruntée à un animal vacciné depuis un temps qui varie de cinq à six jours, et qui, pour servir à cet usage, a été fixé sur une. table voisine.
Les piqûres se font au moyen d'une lancette cannelée qu'on charge de vaccin et qu'on introduit obliquement sous l'épiderme. On peut les faire plus rapprochées qu'on ne fait les incisions, parce que les pustules qui en résultent sont toujours moins volumineuses que celles qui proviennent de ces dernières.
5i. Les bêtes adultes doivent être traitées de la mémo façon, ce qui exige des appareils de contention d'une grande solidité.
La table-bascule se compose de deux parties (1): (Voy.Pl.) 1° Dessous de la table. Il est composé de 4 pieds en bois d'orme, de 10 centimètres de côté et 0.50 de hauteur, reliés entre eux en haut et en bas par des traverses de 0.10 m. de hauteur et 0.04 m. d'épaisseur. (L'encadrement supérieur a 0.16 m. de hauteur). 2° Dessus de la table (parlie qui bascule). Il a 2,40 de longueur, 1"'40 de largeur et c'"4 d'épaisseur; il est en bois de sapin du nord. Les différentes planches -sont réunies entre elles, par cinq traverses n bois d'orme, au moyen de vis en bois. Les traverses ont cinq centimètres d'épaisseur.
Le long de la ligne AB se trouvent cinq charnières très-solides. Des cordes sont nécessaires et disposées comme suit :
(1) Institut vaccinogène de l'armée à Anvers. Rapport, j ar M. le médecin-principal Riemslagh. — Notice sur la manœuvre dite " mise sur table » de la vache, par M. Degiiil.vge. {Archives médicales belges. Février 1882. p. 114).
r Une corde de 6 m. de longueur et 1 centimètre de diamètre est attacliéo par un rivor à l'anneau 8. Elle doit s'appliquer sur tout le côté droit de la vache; elle sert à la maintenir contre la table et à l'empêcher d'aller on avant.
2° Une corde de 4 mètres, retenue à l'anneau 6, sera attachée à l'anneau 8 (cette corde s ni à fixer la tête). Après avoir fait deux 8 de chiffres, de façon que 1 1 résistance soit au milieu des deux cornes, on fait passer la corde au-dessus de la tête, pour l'attacher ensuite à l'anneau 8.
3" Une corde de 9 m. de longueur et 2 centime très de diamètre, qui sera retenue aux passants 10-11 de manière à laisser deux bouts flottants d'environ 4 mètres, qui se rendront ensuite aux passants 2 et 3. Ces deux cordes servent à soulever le ventre de la vache et à la maintenir contre la table pendant la manœuvre.
4° Une courroie eu cuir, qui passe aux anneaux 5-7 pour servir de collier, maintient le cou.
Des entrcwes. — Des entraves sont aussi employées. Elles ont pour but de réunir les quatre membres sous le ventre de la bête qui perd l'équilibre et par conséquent toute force, car elle n'a pas de point d'appui. Les entraves sont semblables à celles employées en médecine vétérinaire pour abattre les animaux. Elles sont composées de quatre menottes garnies à leur partie moyenne d'un anneau en fer. Elles s'appliquent aux quatre membres, immédiatement au-dessus du sabot. Une
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corde attachée à l'un des anneaux passe ensuite dans les quatre anneaux, de façon à former un ovoïde qui deviendra de plus en plus petit à mesure que l'on tirera sur elle. On a aussi besoin d'une plate-longe qui servira à mettre la jambe postérieure droite dans la position spéciale décrite plus loin.
Manœuvre. — Le dessus de la table, garni de ses cordes, est placé verticalement.
Une botte de paille est étendue à terre le long de la table, dans le but d'empêcher la vache de glisser.
Cinq infirmiers sont nécessaires ; nous les désignerons par les chiffres 1, 2, 3, 4 et 5. La vache est amenée contre la table, la tête au niveau des anneaux 5, 6, 7, 8.
L'infirmier 1, au moyen de la corde attachée au n" 8, maintient avec force la vache contre la table et l'empêche d'avancer.
L'infirmier 2 attache les cornes et la tête aux anneaux 6 et 8. Les infirmiers 3 et 4 placent les cordes 10-11 dans les passants 2 et 3 et maintiennent la bête contre la table. La corde 8, devenue moins utile, peut être abandonnée, on la fait alors passer deux fois autour des cordes 1 1-3 et 21-2, on la place ensuite comme la première fois, mais assez bas pour soutenir l'avant et l'arrière-trains pendant le mouvement de bascule.
C'est maintenant le moment de placer les entraves. On commence par l'une des deux jambes
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de devant indifféremment. Ces deux entraves se inattent facilement. Il est plus dangereux et plus difficile de mettre les entraves postérieures. Pour éviter les ruades, il est prudent de se placer du côté du ventre de la bête. On peut aussi, à cet effet, faire lever par un aide solide l'une des jambes de devant. On commencera par n'importe quel membre postérieur, mais il faudra avoir bien soin de placer l'entrave reliée à la corde, à la jambe supérieure gauche, car la jambe postérieure droite doit être ensuite dégagée pour être mise dans une position spéciale. On fait alors passer la corde dans les quatre anneaux des entraves. On attachela courroie du cou (anneau 5-7).
A ce moment, on peut procéder au mouvement de b;,scule. Les cinq infirmiers sont alors placés comme suit :
1 tient la corde 1 0-2 et la menotte 1 .
2 tient la corde 11-3 et la menotte 4.
3 tient la corde transversale 8 et applique vigoureusement la bête contre la table.
4, l'infirmier le plus fort, tient la queue et tire de toutes ses forces sur le haut, car le train postérieur, qui est le plus pesant et le moins soutenu, a de la tendance à glisser vers le bas.
5, l'infirmier qui tire sur la corde des entraves, commande le mouvement de bascule, au moment où en tirant sur la corde aux entraves, il voit que la vache va perdre l'équilibre. A ce moment, celle-ci ne présente plus aucune résistance. Cette manœuvre.
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quand elle est bien exécutée, est facile, exempte de danger et très-expéditive.
On peut mettre une vache sur la table en moins de cinq minutes. Les cordes 10-2 et 11-3, sont respectivement attachées aux menottes 1 et 4.
La cor le 8 est attachée à la traverse de la table. La corde des entraves passe dans l'anneau 12 et est aussi attachée à la traverse de la table.
Pour découvrir les mamelles, on prend, dans un rivet de la plate-longe, la jambe droite postérieure, à l'endroit où se trouve l'entrave. La corde passe ensuite sous l'épaule gauche, puis revient à la patte, iarinédiatemeiit au-dessus du rivet de la plate-longo. On tire sur la corde, après avoir dégagé la jambe droite de son entrave, et on l'attache solidement au passant 3. Cette manœuvre a pour but de placer la jambe dans la plus grande flexion possible,de fîiçon à découvrir parfaitement la mamelle. Le sabot doit être au niveau de l'articulation de l'épaule.
La manœuvre qui consiste à descendre la vache est beaucoup plus courte et plus facile.
On débarrasse les jambes de leurs entraves, en commençant par le membi'e postérieur droit. On détache la tête, le cou et toutes les autres cordes successivement. La vache ainsi dégagée, reste parfaitement tranquille. Au moment de faire basculer la table, les cinq infirmiers sont placés comme suit :
N" 1 à la tête pour la soutenir et empêche]-
ensuite la bête de partir ; deux infirmiers aux passants 2 et 3 pour lever la table et soutenir la vache au moyen des cordes 10-2 et 11-3, qui restent dans les passants 2 et 3 jusqu'à ce que la bête soit sur pied.
Les deux autres sont placés à la corde 8 transversale et à la queue ; ils tirent fortement vers le haut et contre la table pour maintenir le train postérieur, qui a de la tendance à descendre trop vite.
On fait bien, avant de descendre la vache, de frictionner un peu ses membres, engourdis par la position gênante qu'ils viennent de subir.
58. Au bout de quarante-huit heures déjà, si l'inoculation doit réussir, chaque incision s'entoure d'une légère bordure rouge, qui, vingt-quatre heures après, s'appuie sur une induration dont le volume augmente rapidement pour aboutir, au bout du quatrième ou du cinquième jour, selon le climat et la saison, à des boutons de vaccine.
Ces boutons ont la forme d'une fève de café allongée, à dépression cicatricielle longitudinale, en rapport d'étendue avec l'incision d'insertion, environnée d'une zone d'un blanc-argenté, transparente, encadrée elle-même d'une autrezone rouge. Selon la teinte de la pigmentation de la peau au lieu d'insertion, ces pustules présentent, au centre, une coloration tantôt bleuâtre, tantôt jaune ou orange, tantôt rougeâtre ou violacée. La petite
tumeur se développe encore pendant les septième et huitième jours ; la zone transparente prend une couleur blanche, crayeuse, puis jaunâtre ; les jours suivants, le bouton devient purulent, puis se dessèche et se transforme en une croûte noirâtre, qui ne tombe guère que du quinzième au vingtième jour.
Quand on a procédé par piqûres, on obtient des boutons arrondis, suivant, dans leur développement, la marche que nous venons de dire, avec cette différence toutefois — qui pourrait s'expliquer par ce fait qu'ici il y a à vaincre la résistance offerte par l'épiderme, tandis que là on a opéré à ciel ouvert — que l'éruption est plus tardive d'environ 24 heures. Cette circonstance peut être mise à profit pour obtenir, sur le même animal, des pustules à deux degrés d'avancement, ce qui ne laisse pas que d'avoir son avantage.
Pour les usages ordinaires, nous donnons la préférence aux incisions sur les piqûres : elles sont plus hâtives, plus p oductives et se laissent mieux enserrer et isoler par les mors recourbés de la pince expressive.
Le contenu des tumeurs vaccinales obtenues de l'une ou de l'autre façon, n'est guère valable, sur place, que pendant 24 heures : pour s'en servir avantageusement, tant pour la vaccination que pour la récolte, il faut choisir le moment opportun. Or, ce moment, que l'expérience seule apprend à bien reconnaître et qui est celui durant lequel l'aréole
blanchâtre a son apparence transparente et sa couleur argentée, varie selon la température ; l'été, il appartient en général à la durée du cinquième jour, l'hiver à celle du sixième. Il peut y avoir 2i heures de marge, pendant lesquelles la matière se conserve transparente, mais il n'y faut pas compter : l'instant le plus favorable est celui qui se rapproche le plus de celui où l'aréole argentée a commencé à se manifester, sous la forme d'un petit liséré blanc, parallèle à l'incision ou plutôt à la cicatrice qui la remplace.
Dans les boutons de vaccine humaine, la matière fluide est distribuée de telle façon, parmi le parenchyme de la petite tumeur, qu'elle en transsude sous la forme de gouttelettes transparentes, dès qu'on en perce légèrement, au moyen d'une lancette ou même d'une aiguille, l'enveloppe extérieure. Dans ceux de la vaccine animale, il n'en est pas ainsi ; on peut en transpercer, même largement, la cuticule externe, sans voir sourdre la moindre parcelle de lymphe. Il faut donc ici, pour la récolte, appeler la lymphe au dehors par la compression de la tumeur. Nous avons fait construire, à cet effet, une pince courbe, exerçant une pression qu'on soutient au moyen d'un coulisseau. Cette pince doit être placée de façon que sa partie convexe extrême étreigne, non les tissus situés audelà de la tumeur, mais la base de celle-ci seulement; les parties montantes de la pince limitant de chaque côté la tumeur elle-même, empêchent les
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humeurs dos tissus voisins d'y affluer par les côtés (Voy. Pl.).
Le liquide vaccinal se résume en deux éléments principaux : un véhicule, qui n'est autre que de la sérosité, et des corpuscules solides, parmi lesquels les granulations spéciales qui représentent la puissance virulente. Ce fait, mis hors de doute par M. Chauveau pour le vaccin humain (38), a été mis également au-dessus de toute contestation pour le vaccin animal, par des expériences qu'ont faites, à La Haye, MM. Carsten et Cœrt(l), avec le concours de M. A. H. Pareau, et dont voici le résumé:
w Du vaccin animal, disent ces auteurs, fut filtré par le papier de Berzélius et par de petites plaques de porcelaine poreuse, à l'aide de la machine pneumatique. L'examen microscopique nous apprit que le papier de Berzélius retient les cellules d'épithélium, les coagulats fibrineux et d'autres particules solides, mais qu'il laisse passer les molécules globulaires, qui se trouvent en grande quantité dans la lymphe vaccinale, et qu'on prend pour des chisomycètes. La plaque de porcelaine, elle, ne transmet ni ces molécules, ni aucune autre partie morphologique.
w Nous avons répété ces flltrations de diverses manières, et nous avons pu constater, chaque fois,
(1) La vaccination animale dans les Pays-Bas. Quelques expériences provisoires faites au parc vaccinogène, à La Hiye, sur les qualités particulières du virus vaccinal, par Car.-tten et t œrt, (Congrès médical d'Amsterdam, 18~9.)
que les inoculatious pratiquées sur des veaux au moyen de la sérosité, privée, par la filtration, de ses molécules globulaires, ne donnaient jamais que des résultats négatifs. Quan l, au contraire, ces molécules avaient été conservées dans leur véhicule, les inoculations étaient constammentefficaces.
y> Nous avons mêlé et lavé le vaccin à grande eau, pour séparer ces molécules des autres parties solides qui pouvaient y adhérer, et qu'on aurait pu croire douées également de quelque propriété virulente, puis nous avons fait passer à travers la plaque de porcelaine tout ce dont celle-ci a bien voulu se laisser traverser. L'inoculation de la matière demeurée sur le filtre a encore été suivie d'un résultat positif.
y> Il est évident que la virulence est ici, comme dans le vaccin humain, inhérente aux molécules globulaires. »
L'identité est donc parfaite quant à la nature du principe actif du vaccin, qu'il provienne de la génisse ou de l'enfant. C'est, dans l'un et l'autre cas, une granulation figurée, suspendue dans de la sérosité. Cette sérosité seule diffère un peu : elle est plus plastique chez la génisse, peut-être parce que le vaccin livré par celle-ci a dû être exprimé par une force ayant entraîné plus de fibrine ; de là une tendance plus grande à la coagulation, ce qui rend plus difiicile la conservation du vaccin animal à l'état liquide, ou plutôt l'expulsion de celui-ci des tubes capillaires où il a été introduit.
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56. Récolte el conservation du vaccin animal. — Pour se procurer le vaccin humain dont on veut faire provision, il n'y a qu'un moyen : ouvrir l'enveloppe externe des petites tumeurs vaccinales arrivées au septième jour de leur évolution, et attendre. On voit sourdre alors une partie de la sérosité qui y est contenue, et qui renferme une quantité plus ou moins considérable de granulations spécifiques virulentes, qu'elle a saisies au passage en en lavant la charpente.
Pour la récolte du vaccin animal, l'intervention est moins passive ; les pustules peuvent être pressurées, raclées, excisées, en vue de leur faire livrer la totalité des éléments propres à la propagation de la vaccine qu'elles recèlent. De là les divers modes de préparation du vaccin animal, absolument étrangers à la vaccine humaine, et fertiles en ressources nouvelles, que nous allons décrire.
57. 1 . Vaccin animal liquide. A . Tiibes . La pustule est saisie entre les mors de la pince à expression (55), qui en fait sortir immédiatement un peu de sérosité mêlée de sang et de détritus externes, tels que croûte vaccinale, épithélium nécrosé, impuretés provenant de la litière, etc. Tout ce premier jet est rapidement balayé d'un coup de mouchoir. On voit alors arriver doucement la lymphe vaccinale, sous la forme d'un liquide visqueux transparent. Si, à ce moment, on présente à la petite mare ainsi formée l'extrémité d'un tube
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ouvert à ses deux bouts, le liquide s'y précipite et le remplit proraptement.
Ce moyen est élémentaire ; malheureusement, les tubes ainsi occupés i>e tardent pas à être hors d'usage ; au bout de très-peu d'heures, il s'y produit un caillot flbrineux, qu'il est difficile et souvent impossible d'en faire sortir. Un travail s'est opéré, qui a altéré les qualités du contenu. Co vaccin ne mérite aucune confiance.
Il faut s'y prendre différemment : on dépose, dans une capsule de verre ou de porcelaine ou dans quelque autre récipient, le contenu liquide d'un certain nombre de pustules, qu'on en a chaussé au moj^en de la pince expulsive et l'on y verse quelques gouttes d'eau distillée, additionnée d'une quantité égale de glycérine ; on mêle, on sépare les détritus, résidus, coagulum, globules sanguins, fragments d'épithélium, etc., puis on fait passer dans les tubes le liquide qui, ainsi expurgé et débarrassé de ses principes coagulants, s'y précipite et s'y conserve bien.
On peut se servir indifféremment de tubes cylindriques ou de tubes à renflement médian.
Le vaccin préparé de la sorte conserve sa limpidité et est à l'abri de toute altération putride . Mon observation m'a démontré, toutefois, que, si la virulence peut s'y maintenir pendant assez longtemps, cette longévité est loin d'être la règle. Dans la grande majorité des cas, elle diminue rapidement, pour s'éteindre tout-à-fait cn-déans les
cinq à six jours. Il ne faut pas perdre de vue, non plus, que ce vaccin est allongé par l'addition d'une certaine quantité d'eau glycérinée, et qu'on doit dispenser largement, par la voie des scarifications, si l'on veut mettre de son côté le plus de chances de succès possible. On peut, il est vrai, éviter cet inconvénient en se passant de semblable addition, mais on cesse alors d'être prémuni contre la décomposition qui se produit toujours, au bout de peu de temps, même dans les tubes en apparence le plus hermétiquement clos.
B. Plaques de verre. Quelques personnes, se méprenant sur ce qui se passe réellement dans le liquide vaccinal enfermé entre de telles plaques, pour l'y avoir retrouvé parfois humide encore après plusieurs jours, considèrent celles-ci comme un moyen de conserver le vaccin liquide. C'est une grave erreur, au sujet de laquelle nous nous sommes déjà expliqué (44). Les plaques de verre, comme moyen de conservation du vaccin à l'état liquide, appartiennent au passé et doivent y être reléguées, pour faire place à d'autres récipients plus sijrs et plus pratiques.
58. Vaccin animal sec. k. Pointes d'ivoire. Ce . sont des plaques, carrées à l'une de leurs extrémités, pointues à l'autre, longues de 5 centimètres, larges de 6 millimètres, épaisses comme une carte à jouer. Pour les charger, on saisit la pustule avec la pince, dont on serre fortement les mors, et
l'on attend quelques instants ; on applique alors la plaque, successivement d'un côté puis de l'autre, dans la matière qui se présente à la surface de la pustule, de façon à ce qu'elle soit recouverte de vaccin sur ses deux faces et sur une étendue de 1 à 2 centimètres, à partir de son extrémité effilée. On la dépose ensuite sur le fond d'une assiette retournée, la base appuyée sur le rebord en saillie circulaire qui s'y trouve, la pointe dirigée vers le centre de l'assiette ; quand elle est ainsi inclinée, c'est vers cette pointe que se porte la matière liquide qu'elle vient de recevoir; on en dispose de 30 à 40 en rayons, les unes à côté des autres, sur le fond d'une même assiette, et Ton expose celle-ci, soit à un soleil ardent, soit au rayonnement d'un foyer donnant une chaleur de même intensité. En un quart d'heure, le vaccin déposé s'est desséché par l'évaporalion de sa partie liquide, et la pointe peut être utilisée.
Si l'ivoire n'est pas très-dur et très-bien poli, il se laisse pénétrer par le vaccin ; dans ce cas, il est bon de le recouvrir, au préalable, d'une couche de mucilage de gomme arabique, qu'on laisse bien sécher, avant d'y appliquer le vaccin. Si une pi emière couche de vaccin ne paraît pas suflBsante, on peut, après dessiccation complète, en apposer une seconde. Enfin, veut-on préserver les pointes de l'influence de l'air, en vue d'une longue conservation, on en revêt la partie munie de vaccin d'une autre couche de gomme arabique, et l'on
entoure le tout de papier d'étain (papier à chocolat.)
Les pointes ainsi préparées gardent, en général, leur efficacité pendant assez longtemps; ce qui s'explique, la partie liquide ayant débarrassé, par son évaporation, les parties solides ou granulations vaccinales des éléments favorables à la putréfaction.
Pour faire usage des pointes, il faut ouvrir au vaccin une porte d'entrée plus large que celle que peuvent lui offrir les piqûres, et pour cela s'y prendre comme suit :
Déposer sur l'une des faces de la lame d'ivoire, puis sur l'autre, une goutte d'eau tiède qu'on y laisse jusqu'à ce que le vaccin s'y soit bien ramolli. Faire ensuite, à 1 millimètre de distance l'une de l'autre, 2 ou 3 mouchetures de 4 millimètres de longueur environ, n'intéressant que l'épiderme, ou, mieuœ, une seule incision circulaire au moyen du vaccinateur-tréphine (58). Quand du sang s'écoule, le laisser tarir, puis promener sur la plaie, bien étanchée, à plat et pendant assez longtemps, la. plaque chargée de vaccin. Si du sang s'y mêle, rassembler le tout sur les incisions, et laisser sécher,
La vaccination par mouchetures rencontre encore de rares opposants. Ils lui reprochent: d'être douloureuse et difficile, de donner lieu à des hémorragies et à des pustules trop grandes; d'être un objet d'effroi pour les opérés et les témoins.
C'est pour leur donner satisfaction que M. le docteur Umé a imaginé son scarificateur vaccinal.
DE LA YACi;iNt: ANIMALE. 247
fVoy. Pl.) L'instrument se compose de quatre lames montées sur un axe horizontal, lequel peut recevoir un mouvement de rotation alternatif, au moj^en d'une roue dentée fixée sur l'arbre et commandée par une crémaillère. Le mouvement de haut en bas de celle-ci est donné par l'opérateur, au moyen d'une simple pression exercée sur un boulon qui en termine la partie supérieure.
Le mouvement de bas en haut est déterminé par la réaction d'un ressort à boudin, comprimé lors de la descente de la tige. L'arrêt entre ces deux mouvements se fait par un cliquet pénétrant dans une encoche ménagée vers la partie supérieure de la tige crémaillère, et maintenue dans cette position par une lame-ressort; c'est sur elle que l'on presse, au moyen d'un levier adapté au cliquet, pour dégager celui-ci de l'encoche et laisser agir le ressort à boudin.
Le degré de pénétration des lames est abandonné au gré de ropérateur,grâce à une plaque dans laquelle sont ménagées des ouvertures pour le passage des lames, et qui peut se rapprocher ou s'éloiguer de l'axe de rotation portant ces dernières, au moyen d'une bague taraudée intérieurement; celle-ci se meut sur un pas de vis disposé à cet etfet sur la surface extérieure de la boîte qui renferme l'axe de rotation ainsi que les lames.
La pratique de cet instiument est des plus simples. Pour s'en servir, l'opérateur presse sur le l)Outon qui termine la partie supérieure de la tige
crémaillère, jusqu'à ce que le cliquet s'engage dans l'encoche; l'appareil ainsi armé est appliqué sur le bras.
Une simple pression exercée sur ce cliquet le dégage de l'encoche, et la tige crémaillère, grâce au ressort à boudin, remonte brusquement, entraînant les lames, qui, décrivant un arc de cercle, opèrent les scarifications.
Nous avons emprunté à M. Umé l'idée de sou instrument, pour en tirer un appareil plus léger, que nous avons appelé vaccinateur-tréphine. {Voy. Pl.)
Il se compose d'une lame circulaire de 2 millimètres de diamètre, renfermée dans une armature de forme cylindrique. On y imprime un mouvement de rotation par le jeu d'une spirale intérieure. L'instrument étant étroitement appliqué sur la peau bien tendue, il suffit d'appuyer vivement du bout de l'index sur le bouton, pour mettre en action la lame, qui trace un sillon annulaire d'une profondeur mesurée à la saillie qu'on a donnée à la lame, saillie qu'on augmente ou diminue en tournant ou détournant la virole protectrice. Pour les tout petits enfants, à peau très-fine, la lame ne doit dépasser qu'à peine le niveau de la virole. L'incision faite, le vaccin est appliqué comme à l'ordinaire.
On a dit que le vaccin animal devait avoir moins - de puissance que le vaccin humain, puisqu'il avait fallu inventer un mode nouveau pour l'introduire.
Erreur. La vaccination par mouchetures n'est pas un procédé nouveau ; depuis de longues années, elle est usitée en Angleterre et en Belgique. D'autre part, elle n'a pas été imaginée en vue du vaccin animal seul ; toute vaccination avec du vaccin conservé doit être faite largement et à ciel ouvert, si l'on veut en assurer le succès.
B. Poudre vaccinale. — En Italie, M. le D"" Frappoli a essayé de conserver la pustule vaccinale à l'état de dessiccation, et M. Ciaudo(l) affirme qu'on a obtenu les meilleurs résultats avec des pustules desséchées depuis 110 à 130 jours. M. le W Verardini a, de son côté, procédé à cette opération au moyen de la cloche d'une machine pneumatique, à une pression de 10 à 15 millimètres de mercure, comme on fait pour les substances destinées à l'analyse organique élémentaire. 11 peut ainsi dessécher à la fois au moins 300 pustules, et l'opération ne dure que de cinq à six jours. Il est démontré que les pustules se conservent d'autant mieux que la température est plus basse ; on la maintient, au moyen de la glace, à celle de 6" à zéro. Enfin, il nous est revenu (2) que M. Pissin en serait arrivé à préparer de la poudre vaccinale en réduisant en poussière des fragments de pustule, imprégnés de gly-
(1) CiAUDO. — Du vaccin de génisse. Etude comparative du ^ vaccin animal et du vaccin humain. Mémoire couronné jmr l'Académie de médecine de Paris, en 1879, pp. 120, avec planches. Paris, Ad. Dflah'iye, 1882, (p. 21.)
(2) Gazette médicale de Paris. 1882, n" 33.
250 CHAPITRE Yl,
cériue, et déshydratés dans un des appareils à dessiccation qu'on rencontre dans les laboratoires de chimie.
Convaincu que les substances glycérinées ne sauraient être desséchées, — il doit y avoir erreur dans la relation que nous avons lue du modus faciendi de M. Pessin, dont nous venons de parler — nous nous sommes adressé à la pustule découpée en très -petits fragments, que nous avons soumis à une déshydratation rapide dans un appareil ad hoc. Au bout de deux à trois jours, ces fragments peuvent être réduits — ainsi que le C Margotta, de Naples, l'a déjà fait — en poudre fine, que l'on conserve à sec dans des tubes fermés seulement par un bourrelet d'ouate, afin de permettre aux microbes vaccinaux de jouir d'une certaine dose d'air et d'humidité, favorable à la conservation de leur vie latente.
Cette poudre doit pouvoir conserver toute son activité pendant un très-long temps. Sans être à même encore, faute d'une expérience suffisante, de nous prononcer, ni à ce sujet, ni quant au meilleur mode d'emploi de la poudre ainsi conservée, nous dirons ce que nous savons de ce dernier objet au moment où nous écrivons ces lignes : introduite en nature, et sèche, dans les incisions que nous faisons à nos veaux pour la vaccination par les procédés ordinaires, la poudre nous a paru germer difficilement sur place, et le succès n'a pas été la règle. Quand, au contraire, on a fourni au microbe le moyen de
passer d e l'état de vie latente à l'état de vie active, en laissant macérer la poudre, pendant vini^tqiiatre heures, dans de l'eau glycérinéo, on en voit les grains reprendre du volume, se gonfler de plus eu plus, à la façon des conserves alîmentaircs déshydratées en vue de leur conservation et qu'on projette dans l'eau. La préparation ainsi obtenue i>ous a donné les meilleurs résultats, alors que nous nous servions de poudre ayant déjà plus de trois mois de date.
59. Vacci7î animal eupid^je. A. Pustule in integro. Dans l'enfance de la vaccination animale, c'est le procédé qui était surtout recommandé ; on excisait la pustule, on la saisissait avec une pince ad hoc, la face profonde regardant en l'air, et l'on râclait cette face au moyen d'une lancette, de façon à en enlever le jus, qu'on insérait, soit par piqûre, soit par son dépôt sur des scarifications faites à la peau. Il n'y avait rien à redire à ce procédé, au point de vue des résultats ; — comme exécution, il y avait seulement la brutalité de la pratique : cette plaie, pratiquée au ventre du vaccinifère et d'où le sang s'écoulait à flots, et ce lambeau de peau, peu avenant a la vue, mis sous les yeux du vacciné — mais c'était à la condition, bien entendu, de ne l'employer que sur place. Du moment où la pustule devait être mise en réserve pour des usages plus ou moins reculés, les inconvénients se présentaient en foule : la pustule se tarissait rapidement, et,
chose beaucoup plus grave, entrait en décomposition dans un temps dont la durée ne se peut jamais mesurer, ce qui pouvait être le point de départ des accidents les plus graves. Citons un fait: En 1879, les médecins de San-Quirino d'Orcia inoculèrent à trente-huit enfants, tous âgés de moins de vingt mois, du vaccin provenant de pustules qui leur avaient été envoyées de Rome, et qui ne furent utilisées que de cinq à-six jours après avoir été excisées. On était en plein été, et les vaccinateurs ne s'étaient pas laissé arrêter par l'odeur de moisi qui s'exhalait des pustules. Tandis qu'ils attendaient le résultat delà vaccination, ces malheureux s'aperçurent qu'ils avaient inoculé la septicémie, laquelle se traduisit, chez la plupart des vaccinés, par de vastes phlegmons décollant les muscles, pénétrant dans les articulations, s'accompagnant de symptômes éclamptiques, etc. Le désastre fut épouvantable.
Ce moyen est aujourd'hui complètement abandonné ; ou du moins ceux qui s'en servent encore ont-ils soin d'y apporter d'indispensables ménagements, dont le principal est de projeter la pustule dans de la glycérine, immédiatement après l'avoir sectionnée, et de l'y maintenir jusqu'au moment d'en faire usage. Pour l'expédier, on la met dans une cupule creusée au milieu d'une épaisse plaque de verre qu'on recouvre d'une autre plaque, de verre également. Ces deux plaques sont maintenues l'une contre l'autre par de la paraffine ou quelque autre agent unissant.
liE LA VACCINE ANIMALE. 253
B. Pulpe glycérinée. La méthode qui consiste à utiliser toute la pustule, débarrassée des matières irritantes dont elle peut être recouverte ou pénétrée, est évidemment la plus logique, puisqu'elle livre au vaccinateur toutes les parties virulentes qui s'y trouvent renfermées. C'est aussi celle qui compte aujourd'hui dans la pratique le plus grand nombre de partisans. Peut-être s'étonnerat-on du long temps qu'elle a mis à faire sa trouée ; la défectuosité des moyens d'abord usités en doit seule être accusée.
Le comité de vaccination animale de la ville de Milan semble être entré le premier dans cette voie. Voici en quoi consiste sa préparation: on excise la peau avec les pustules, on fixe ce lambeau sur une planchette au moyen d'une forte épingle, et l'on en racle la surface pustulée jusqu'à en enlever tous les détritus. « On en fait, dit M. Ciaudo iloc cit. p. 24), une pâte homogène, en y ajoutant un demi- gramme par pustule de glycérine chimiquement pure. On met le vaccin ainsi préparé dans une petite fiole de verre qu'on remplit également par moitié de glycérine, laquelle fait l'oflfîce de bouchon et tient le contenu à l'abri du contact de l'air. On place la fiole dans un endroit frais, et, quand on veut prendre le vaccin, on n'a qu'à enlever la glycérine et déposer la pâte sur l'extrémité ouverte d'une plume d'oie taillée obliquement, et qu'on engaîne, pour l'expédition, dans une autre plume d'un calibre un peu plus fort. »
i2o4 CllAPITHIi VI.
Cette préparation est d'une extrême activité et la conserve longtemps ; ceux qui l'ont introduite dans la pratique ont réalisé un incontestable progrès. Elle demande cependant à être perfectionnée, dans le but d'en faire disparaître l'élément irritant, qui, dans les vaccinations d'enfants, manifeste trop souvent ses effets par des pustules phlegmoneuses.
En Hollande, il est fait usage d'un procédé fondé sur les mêmes principes : la pince appliquée, on gratte la pustule au moyen d'un bistouri, et l'on dépose entre deux plaques de verre le détritus ainsi enlevé, après y avoir ajouté de la glycérine.
C'est également sur ces principes qu'est fondée notre manière de faire actuelle : nous débarrassons seulement, au préalable et avec le plus grand soin, par une sorte de décortication,la pustule vaccinale, des détritus de toute sorte dont elle est recouverte, et spécialement de la croûte dite vaccinale qui, si elle recèle une forte proportion de principes virulents, qu'on peut regretter de devoir sacrifier, est, en plus grande partie encore, constituée par des corps étrangers. Cela fait, ce qui reste, c'est-à-dire le cœur même de la pustule, dégagé de toute impureté, est réduit, suivant un mode spécial, en un magma très-ténu ; on le traite ensuite par l'eau glycérinée, et l'on introduit l'émulsion ainsi obtenue dans des tubes cylindriques de verre ambré qu'on bouche à froid. Veut-on en faire une pommade, on l'incorpore dans un excipient aseptique
approprié, ainsi que nous le faisons maintenant. La pommade vaccinale est conservée dans de petites fioles de cristal ambré, bouchées à l'émeri . Elle s'y conserve si bien et si longtemps que nous n'hésitons pas à engager désormais les médecins vaccinateurs, surtout en temps d'épidémie, à se munir de semblables fioles, voire à en porter habituellement dans leur trousse, pour s'en servir au besoin. Une ou plusieurs vaccinations faites, on replace le bouchon, et l'on se tient prêt ainsi à des éventualités nouvelles. Notre émulsion et notre pommade n'accusent aucune défaillance en- déans le mois de la récolte, et nous avons pu les faire parvenir intactes jusqu'aux destinations les plus lointaines.
60. Appréciation. — Pendant les quatorze années que j'ai dirigé l'Institut vaccinal de l'Etat, en Belgique, je me suis attaché à perfectionner les procédés de culture et de conservation du vaccin animal. Rien n'était fait à cet égard quand j'entrai dans la carrière. On tendait le tube à la pustule ou- \erte, qui lui envoyait ce qu'elle pouvait. Un peu plus tard, vint la pince expulsive ; la pustule envoya bien, dès lors, tout ce qu'on lui demandait — parfois même davantage — mais le liquide reçu se coagulait bientôt dans les tubes, et rien de bon n'était fait. Plus tard encore, grâce à un peu d'eau glycérinée, j'arrivai à quelque chose de mieux. La matière ne se putréfiait ni ne se coagulait plus, mais elle était
256 CHAPITIIE VI.
allongée, et l'expérience ne tarda pas à démontrer que cette préparation ne conservait guère son activité au-delà de cinq à six jours. Quoi qu'il en fût, un premier progrès était accompli. Pour l'intérieur du pays, où le service postal est rapide, le vaccin arrivait encore à temps, à la condition qu'on voulût bien l'utiliser à l'arrivée, ce que les instructions accompagnant chaque envoi recommandaient expressément de faire.
Ce résultat, bien qu'il ne réalisât pas l'idéal, était cependant considérable. L'appoint fourni par le vaccin animal, même à ces conditions suffit, dès les premiers temps, à remplir son rôle de succédané, le seul auquel il aspirât.
Il n'en fallait pas moins chercher encore. Je m'avisai alors d'appliquer au vaccin de génisse les pointes d'ivoire en usage depuis longtemps, en Angleterre, pour la conservation du vaccin d'enfant. Ce fut toute une révolution. L'emploi du vaccin sec entraînait une réforme dans le modus facienii; la piqûre traditionnelle dut faire place, et ce ne fut pas sans lutte, à des scarifications multiples à ciel ouvert. La réforme s'opéra néanmoins; les pointes d'ivoire firent leur chemin, non sans quelque éclat. C'est à elles, en effet, que nous dûmes de pouvoir proclamer (1) que les vaccinations et revaccinations, opérées en 1870 et
(i) Bulletin de V Académie royale de médecine de Belgique, 187) t. V, n" 7.
IIK L\ VACCINK ANIMALK. 2o7
1871, par trente-six médecins belges, au moyen du vaccin sur ivoire délivré par l'Institut vaccinal de l'Etat, avaient donné : 1° dans les vaccinations, sur 500 cas, 479 succès, soit 96 p. c; 2' dans les revaccinations, sur 5125 cas, 3110 succès, soit 62 p. c.
Cette proportion, toutefois, qu'elle fût due à une constitution médicale spéciale ou à une série privilégiée, ne se soutint pas. Nous venons de voir de quelle façon et dans quelle mesure elle est aujourd'hui dépassée.
h'émulsion et la pommade vaccinales jouissent d'une activité se rapprochant beaucoup de celle du vaccin vivant, et la conservent à ce degré pendant toute la durée du premier mois. Pendant tout le second mois, cette activité s'affaiblit lentement ; elle est loin de s'éteindre complètement dans le troisième (1).
Nous ne pensons pas qu'on puisse aller beaucoup au-delà.
(1) Au moment où s'impriraînt ces lignes, une lettre du doc - Unv AUard , attaché à l'AssDciation Afiù'îaine, d jnne le résultat de vaccinations qu'il a fait 3S à Vivi {Coiijo), le 31 décembre dernier, avec des tubes de notre émulsion vaccinale, préparés et expédiés le 6 octobre précédent, c'est-à-dire âgés de 85 jours, et par une température excessive (57° 5 au soleil, 32" 5 à l'ombre, 23» la nuit). Ces tubes, durant le voyage, étaient rjstés à l'abri de toute action de l'air, mais n'avaient pu, malgré cela, éc'.iappjr à une température s'élevant, môme dans les caisses et dans les malles, à 28 ou 30».
Nonobstant ces conditions défavorables, le résultat a été relati
CIIAI'ITIIK VI.
Gl. Nous ne terminerons pas ce chapitre sans rencontrer les objections; si bizarres fussent-elles, qu'on a faites à la vaccination dite animale.
On a dit que le vaccin de génisse, tel que nous le cultivons, n'est pas du cow-pox, parce qu'il a passé par une série de vaches, ou, ce qui est pis encore, par une série de génisses, et parce que l'insertion du virus a été faite sur la peau du ventre et non sur le siège ordinaire de la picote, c'est-à-dire sur le pis. (Bousquet).
Mais d'abord, le pis est-il bien le lieu d'élection choisi par la nature pour la manifestation extérieure du cow-pox généralisé, naturel, spontané ?
vemerit sat sfaisant : " Sur 12 sujets vaccinés avec vo're émulsion, m'écrit M. AUard, (lettre du 7 janvier 1883), 9 seulement ont pu êlie revus aujourd'liui, ^.ur lesquels 6 succè.s et 3 résultats néga. tifs, savoir :
lor. 26ansi, 6 insertions (par scarifications) 3 pustules.
ce
ge
Total : 16 pustules sur 44 insertions, foit 40 p. c. environ. Ce résultat est vraisemblablement en-dessous de la réalité ; 3 sujets ont manqué à l'appel, et peut-être les nos 7, 8 et 9 avaient-ils eu précédemment la varioloïde.
Le problème de l'envoi du vaccin aux plus grandes distances avec conservation de s» virulence, est donc résolu dé.'îormais.
[)K LA VACCINE ANIMALK. !2o9
Ou bien n'y rencontre-t-on pas, par privilège, les boutons vaccinaux, parce que la main des gens de terme ayant pansé des chevaux atteints de iioi'se-pox, puis trait les vaches, en a déposé la semence sur les trayons ? ou bien encore, parce que les écorchures résultant de la traite ont servi do porte d'entrée au germe flottant dans l'atmosphère?
Qu'importe d'ailleurs, et voici qui est plus topique : quand Jenner a transplanté le virus de la picote de l'espèce bovine à l'espèce humaine, aux deux sexes et à tous les âges, il leur a fait subir une bien autre expatriation. Et puis, une fois installé chez l'homme, ce virus n'a-t-il pas traversé des milliers d'organismes, occupé de tout autres régions que le pis, sans perdre sa vertu préservatrice, que tout le monde s'accorde à lui reconnaître ? Pourquoi en serait-il autrement du vaccin de la vache, cultivé sur la vache ou sur la génisse ?
Au résumé, l'argument ne saurait avoir de valeur qu'à titre de curiosité, et nous dirons avec M. Lanoix : « On irait loin si, poussant jusqu'aux extrêmes limites ces exigences topographiques, on en faisait l'application de la génisse à la femme. »
Les adversaires de la vaccination animale ont, dès son apparition, opposé l'inconnu à la méthode nouvelle. Us ne voulaient pas alors, qu'on la pratiquât, parce qu'il fallait vingt ans, selon eux, pour qu'on pût juger de ses qualités préservatrices. C'était être bien avisé. M, Lanoix leur a répondu que, sur ce point, l'expérience napolitaine, vieille bientôt
2G0 CII.U'ITIIE VI.
d'un demi-siècle, le rassurait complètement. « Depuis une vingtaine d'années, disait-il en 1866 (1), les épidémies de variole n'ont point acquis, à Naples, une haute gravité ; et c'est une opinion accréditée parmi les habitants, que les personnes vaccinées avec le vaccin animal ne sont pas exposées aujourd'hui aux dangers de la variole comme celles qui, dans leur enfance, ont été vaccinées de bras à bras. C'est dans l'armée napolitaine que les épidémies ont toujours sévi avec le plus de violence. N'en poarrait-on trouver la cause dans le fait que presque tous les soldats, étrangers à la ville de Naples, n'avaient été vaccinés, dans leur enfance, qu'avec du vaccin humain ? »
Nous avons, de notre côté, écrit ce qui suit en 1879 (2) : " La vaccine animale préserve-t-elle de la variole comme fait la vaccine humaine ? Jusqu'ici personne ne nous l'a contesté. Nous nous bornerons donc à rappeler ce que nous avons publié, ily a cinq anSjSurcesujet. «Sur plusde dix mille enfants vaccinés à Bruxelles, de génisse à bras, de 1865 à 1870, et ayant essuyé la terrible épidémie, qui, en 1870, et 1871, a effrayé le monde, il n'en a'pas été signalé un seul, à ma connaissance, comme ayant été atteint par le fléau. La même immunité a été le
(1) La vaccination animale. Mémoire lu en partie à l'Académie de médecine de Paris le 15 mai 1866, par le docteur LANOix(Gaz. hcbd. 25 mai 1866).
(2) Conférence sur la vaccination animale, tenue à Londres le 11 décembre 1879, par le D'Waelomont. Bruxelles, Manceaux. 1880.
DE LA VACf'.IXlC ANIMALK. 261
partage de mes revaccinés, bien autrement nombreux, qui, dans le même temps, se sont trouvés dans les foyers épidémiques. »
Trois ans plus tard, en 1878, nous avons voulu en avoir Je cœur net, et, dans la séance de l'Académie de médecine de Belgique du 30 mars, nous avons, à cette fin, interpellé nos collègues dans les termes suivants : « J'ai dit précédemment qu'aucun cas semblable ne m'avait été signalé. Je le répète, et jusqu'ici aucun des nombreux médecins que j'ai interrogés à ce sujet ne m'a contredit. N'y en a-t-il pas eu ? C'est bien peu vraisemblable. Quoi qu'il en soit, je fais appel à MM. les médecins des hôpitaux et de l'assistance publique pour éclaircir ce fait, qui, à raison des déductions auxquelles il conduit, demande à être sévèrement vérifié, w
Cet appel est resté et demeure encore sans réponse. Un tel silence est ce que je crois pouvoir invoquer de plus éloquent en faveur de la méthode dont je me suis fait le défenseur le plus convaincu.
Trois années se sont encore écoulées depuis, et la situation n'a pas varié. Les réserves faites en 1865, et réclamant une épreuve de vingt années, sont donc bien près de devoir baisser pavillon. La vaccine animale en est à sa dix-huitième année, et elle ne s'est pas encore un instant (démentie (1).
(1) M. Cif-udo a donné (l oc. cit.) à l'ex) men de celte quesiion de longs dtTelcppfnierits, que nous devons nous 1 orner à résumer.
Le docteur l'ogliani (Les inoculations vaccinales au 2Se dépôt
On a dit encore que la vaccine humaine et la vaccine animale étaient deux choses distinctes; que la vaccine jennérienne était du cow-pox spontané ayant été inoculé à l'espèce humaine; que celui-ci, transmis d'homme à homme et de généralion à génération, avait dû acquérir certaines propriétés particulières, des propriétés empruntées à son contact avec l'homme, à son passage à travers l'organisme humain; qu'il avait cessé d'être animal:sé,en quelque sorte, pour s'humaniser (.I.Guérin).
Que de peines prises pour étaj^er des préventions originelles ! Mais si, pour posséder ses propriétés préservatrices, le vaccin avait besoin de s'humaniser d'abord, comment le horse-pox, comment le cow-pox pourraient-ils être préservateurs ? Et ne voit-on pas qu'à cette condition la découverte de
militaire à Milm. l" sem. 1872) déclare qu'aucun des militaires qu'il a vaccinés en 1810, 1871 et 1872, avec le vaccin animal, n'a été atteint de la petite vérole, bien que celle-ci sévit en des endroits habités par ses troupes, et surtout en 1871, au camp de Somma, où elles durent camper, pendant six mois, au milieu de populations désolées par le fléau.
M. M. les docteurs dell' Aqua et Grancini, du Comité Milanais de v jccination animnle, de leur côté, ont publié un tableau d'où il résulte que, dans l'épidémie de variole qui a été vérifiée à Milan dans la même période, la vaccination animale est, sous le rapport préservatif, de 1,13 contre 0,68 p. c. , et, du côté de la mortalité, de 8,45 fontre 6,97. Elle s'est donc montrée supérieure, sous les deux rapports, à la vaccination de bras à bras.
Suivent d'autres tableaux, également favorables à cette tlièse, sur laquelle nous ne nous sommes arrêtés un instant que pour montrer que les résultats de la vaccination animale sont déjà au moins encourageants, pour le moment. L'avenir nous en dira davnntfi^e.
Jeiiiier eût été impossible? Sans doute, le vaccin humain diffère du vaccin animal; mais, à notre sens, ce n'est que par le degré de la virulence. Nous l'avons déjà dit, le liorse-pox marche en tête, à ce point qu'il donne lieu assez souvent à une éruption généralisée, et qu'il ne perd cet excès de virulence que par son passage à travers un milieu moins propice, l'organisme de la vache, par exemple. Vient ensuite le cow-pox, qui, naturel, a besoin de perdre une partie de son intensité pour acquérir les qualités qui vont l'accommoder à l'organisme humain. Ici, il cesse de pouvoir se généraliser, si ce n'est à de très-rares exceptions.
Voilà les différences, et ce sont les seules. Le cow-pox perd une partie de sa virulence par sa culture sur les génisses, comme il la perd en passant par l'iiomme Le vaccin animal de nos cultures se rapproche ainsi du vaccin humain. Et si quelque supériorité doit être attribuée à l'un ou à l'autre, l'hypothèse n'est pas à l'avantage de ce dernier.
Quant à l'idée que le vaccin animal devrait empmntp.r quelque chose à l'organisme humain pour former l'aUiage constitutif de la vaccine dite Jenuérienne, elle n'a d'excuse que son grand âge.
La virulence de la vaccine animale, a-t-on dit encore, est tellement faible, tellement subtile, qu'elle ne résiste pas au transport et qu'elle se perd sous les plaques et dans les tubes où l'on conserve le vaccin. (.J. Guérin.)
Proclamer qu'un virus est faible, subtil, parce
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qu'il ne se conserve pas sous plaques ou dans des tubes, c'était aller vite en besogne, et à faire à des contradicteurs pressés de jouir. Le fait eu lui-même était vrai cependant, à l'époque où l'on s'en faisait une arme : quand on remplit des tubes à même de la pustule vaccale, un coagulum ne tarde pas à s'y former, et ce coagulum est défavorable à l'expression de la virulence, telle est la vérité. Nous l'avons tout d'abord reconnue et déjà en 1866, nous écrivions : « si l'on ne parvient pas à empêcher la production du coagulum, les tubes seront le tombeau de la vaccination animale. » Il ne s'agissait donc que de chercher ; nous cherchâmes, et nous trouvâmes : au lieu de remplir les tubes à la pustule même, nous avons, dès 1867, procédé comme il est dit plus haut (57). Ainsi plus de coagulum, et, en outre, possibilité d'ajouter un peu de glycérine à titre .d'anti-putride.
Ajoutons que, déjà auparavant, nous avions trouvé, dans l'usage du vaccin sec (sur pointes d'ivoire), la preuve que le vaccin animal conserve sa virulence au moins aussi longtemps que le vaccin humain. Pour assurer cette longévité, il suffit de savoir traiter convenablement la pustule vaccinale et son contenu.
On a dit (Bousquet) (1) que les pustules de la génisse sont inférieures à celles de l'enfant, inférieures en durée, inférieures d'apparence, petites,
(]) Académie de médecinfi de Paris. Péanoe du 17 noûl 1869.
chétives, peu animées. Et l'on en a induit qu'elles doivent inspirer moins de confiance. Les prémisses fussent-elles vraies, et elles ne le sont pas, la conclusion n'en découlerait pas telle qu'on veut bien le dire. Rien n'est plus variable que l'ampleur et l'aspect des pustules, soit animales, soit humaines, si ce n'est le terrain sur lequel on les observe ; c'est ce terrain, bien plus que la semence, qui y donne ses caractères ; et vouloir induire de la forme d'une éruption à la vigueur de la virulence, c'est évidemment faire fausse route. Mais, nous l'avons dit, ces prémisses manquent d'exactitude, et c'est pour avoir trop peu vu qu'on les a exprimées : en régie générale, il est reconnu que les pustules produites sur les génisses ou sur les enfants par le vaccin dit animal ne diffèrent pas de celles- que procure le vaccin humanisé ; mais c'est à la condition de comparer les pustules produites sur un même sujet par des vaccins également sains, que l'on arrivera à constater cette identité. Toutes les contestations à ce propos sont étayées sur des faits mal observés.
Vous nous objecterez encore, a dit M.Lanoix(l), la difficulté que I on rencontrera à se procurer des veaux, génisses ou vaches, pour servir de vaccinifères. Mais quelle est donc, dans nos climats, la commune, si petite qu'elle soit, qui ne possède de ces animaux ?
» Pour les campagnes, on sait comment les choses se passent aujourd'hui. Quand le médecin vaccina-
(1) Loc. rJt. p. 125.
teur est parvenu, non sans peine et souvent après plusieurs tentatives infructueuses, à faire naître du vaccin sur le bras d'un enfant ; qu'il a obtenu de la màre de consentir à en laisser prendre, on fait annoncer par voie d'affiches ou autrement, dans le canton, dans les communes environnantes et jusque dans les hameaux, que tel jour, à telle heure, auront lieu les vaccinations.
» Souvent mauvaises dispositions ou refus absolu de la mère, suppl'cations, offres pour la faire céder; obligation pour le médecin de campagne d'être là au jour dit, à heure fixe ; pénurie de vaccin ; impossibilité de contenter tous ceux qui se présentent ; voilà les obstacles. Avec la vaccination animale, au contraire, ces obstacles disparaissent. Lagénisse vaccinifère, gardée dans la maison commune, peut être mise, pendant deux ou trois jours consécutifs, à la disposition des médecins de la contrée, et chacun d'eux pourra, suivant sa convenance ou ses besoins, et sans craindre les récriminations, se procurer toutes les quantités de vaccin qui lui seront nécessaires. »
Et, ajouterons-nous, vacciner sur place, de génisse à bras, toute la population vaccinable du lieu et des environs.
Qu'on ne dise donc pas que la vaccine animale est difficile en pratique. Rien n'est moins vrai. Il n'y a qu'à y accommoder l'esprit du public et surtout des praticiens. Que ceux-ci s'entendent avec les administrations locales pour le détail d'exécu-
tion et les frais de l'œuvre, et l'on réalisera, moyennant une dépense minime, un idéal vainement poursuivi jusqu'ici, la vaccination et la revaccination (les populations avec du vaccin vivant et à l'abri (le tout soupçon d'adultération diathésique (1).
62. Nous venons de voir qu'il faut porter à l'actif de la vaccination animale les avantages suivants :
r De fournir un appoint considérable à la vaccition de bras à bras, jusqu'à pouvoir la suppléer complètement au besoin ;
2° De pouvoir produire de la matière vaccinale en quantité illimitée et à bref délai ;
(1) Nous citerons un exemple montrant les services que la vaccination animale peut rendre, et le bas prix de ces services. Il s'agit de la revaccination des troupes. Alors qu'en d'autres pay-s, où la vaccination animale est encore l'objet de toutes les défiances, on s'évertue à opérer cette revaccination au moyen de vaccin humain de conserve, servant à faire souche, puis de vaccin de revacciné, qu'on chercherait en vain à relever de ses défaillances, ici, en Belgique, on s'avisa du moyen que voici : on appropria, à l'hôpital militaire d'Anvers, lieu de concentration du foit de l'armée, une petite étable où l'on fit passer successivement un certain nombre de vaches fournies gracieusement par l'Intendance militaire et devant servir de vaccinifèrt s. Deux tables à abattage, quelques pinces à expression et deux ou trois petits bistouris constituèrent l'outillage. Depuis le 13 jusqu'au 21 novembre, 11 vaches y furent inoculées, qui servirent à revacciner 3049 hommes. Une seule fut réfractaire, ayant été précédemment atteinte du cow-pox, dont elle pot tait les traces. Pas unjour,les opérations ne durent être interrompues. Le résultat général fut de 37,81 p. c. de succès, soit 1153 sur 3049.
Le local, le personnel médical et ambulancier, les animaux n'ayant rien coûté, et ces derniers n'ayant subi aucune dépréciation, la dépense fut presque nulle (1).
(l) RiEMSLAOR, Institut vaccinogène de Tarmée. Hupport piéaenté à M le Ministr» «le la (çnêrre. (ArWifrcp wiiUcnl s helgts, février IS.S2).
2G8 ciiAi>i'nŒ VI.
3° D'éloigner tout danger de transmission de la syphilis, du vaccinifère au vacciné.
Voyons les inconvénients portés à son passif.
Et tout d'abord, le danger de transmettre aux vaccinés la tuberculose, si fréquente, on le sait, chez les animaux de l'espèce bovine.
Un fait est désormais acquis : le tubercule est inoculable. Démontré expérimentalement par M. Villemin, il y a déjà bien des années, il vient d'être établi à la dernière évidence par M. Koch (1): la tuberculose naît d'une infection par des bactéries. Ces bactéries, inconnues jusque-là, sont caractéristiques, susceptibles de se transmettre par inoculation et de se cultiver, dans des milieux appropriés, en dehors de l'économie. Elles peuvent se déceler par un procédé spécial de coloration : dans ce procédé, alors que tous les noyaux cellulaires et leurs produits de dégénérescence sont colorés en brun, les bactéries du tubercule prennent une belle coloration bleue.
Les bactéries décelées parce procédé sont immobiles et bâtonnoïdes: ce sont des bacilles très ténues, dont la longueur égale le quart ou la moitié du diamètre d'un corpuscule rouge du sang.
Elles sont plus nombreuses dans les régions où le processus tuberculeux estàl'état naissant. Libres, isolées ou réunies par groupes, on les trouve souvent incluses dans les cellules. Aux bords des
(1) Etiologie de la tuberculose. Société de physiologie de Berlin, Î4 mars 1882, par EobkrtKoch.
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foyers caséeux volumineux, elles sont accumulées. Là où le summum de l'éruption tuberculeuse est atteint, dans les lésions d'ancienne date, ces bacilles sont plus rares ou disparaissent. S'il existe des cellules géantes dans le tissu tuberculeux, les bacilles y abondent de préférence. Dans les processus tuberculeux très-lents, on ne les trouve que là. Quelques cellules géantes peuvent ne pas les contenir : ce sont les plus vieilles.
M. Koch a trouvé de ces bacilles chez l'homme, dans onze cas de tuberculose miliaire, dans douze de bronchite et de pneumonie caséeuse dont six avec caverne, dans un tubercule " solitaire » du cerveau, dans deiiœ de tuberculose intestinale, dans trois de glandes scrofuleuses récemment extirpées. Il les a constatées, chez les animaux, dans dix cas de tuberculose perlée, dans trois de « bronchiectasie » de l'espèce bovine, dans un ganglion caséeux cervical du porc, dans les organes d'une poule, et chez trois singes atteints de tuberculose générale spontanée. Elles lui sont apparues, en outre, dans la tuberculose inoculée aux aninaaux avec le tubercule gris ou caséeux du poumon humain, avec les crachats de phtisiques, avec des masses tuberculeuses recueillies dans le poumon de bœuf atteint de tuberculose perlée.
Pas une fois les bacilles n'ont fait défaut dans les nodules tuberculeux du poumon de 172 cobaïes, de 32 lapins, et de 5 chats inoculés. Dans plusieurs cas, les bacilles contenaient de 2 à 4 spores ovalaires équidistantes.
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Les bacilles sont la cause, et la tuberculose une résultante. Ce qui le prouve, ce sont les inoculations faites aux animaux avec des bacilles tuberculeuses entretenues en dehors de Vorganisme, dans des liquides de culture. L'inoculation de ces microorganismes dans les tissus sains entraîne une infection tuberculeuse.
Mais il y a un autre mode de transmission de ces mêmes bacilles siégeant au sein des tubercules pulmonaires: la tuberculose se déclare chez les cobaïes, quand ceux-ci sont demeurés enfermés, pendant un temps plus ou moins long, avec des cobaïes infectés, et c'est par les voies respiratoires que le mal débute. Il paraît en être de même chez le singe : « Nous avions, disent MM. Dieulafoy et Krishaber (1), un petit macaque qui vivait avec nous depuis deux ans, en parfait état de santé. Or, la singerie une fois installée et nos inoculations faites, nous avons joint le petit macaque aux autres témoins, sans lui faire subir aucune inoculation. Dès les premiers jours de son entrée en cage, ce petit macaque fut protégé par un gros singe qui le tint constamment dans ses bras ; ce gros singe avait été inoculé et était devenu tuberculeux ; à son tour son protégé se mit à tousser et à maigrir ; il succomba neuf jours après son protecteur. Sur les deux individus, nous avons trouvé presque tous les organes envahis par la tuberculose. »
(1) Académie de médecine de Paris. De l'inoculation du tubercule chez le singe. Séance du 18 Juillet 1882.
1)1-: l.A VACCINIi: ANIMALE. 21i
Il y a doiicj suivant toute apparence, une tuberculose inhalée, et il est vraisemblable que ce sont les bacilles spécifiques, échappées de poumons malades et fixées sur des particules de poussière, qui la déterminent, en pénétrant dans l'arbre bronchique des sujets nouveaux, et en y proliférant.
La tuberculose inoculée rayonne du point d'immigration. Chez le cobaïe inoculé avec une parcelle fraîche de tissu tuberculeux en puissance de bacilles, la petite plaie est réunie au bout de vingtquatre heures. Huit jours plus tard, apparaît un nodule, qui grandit sans s'ouvrir et se transforme en un ulcère plan à surface sèche. Au bout de quinze jours, les glandes du voisinage se développent. Les glandes des aisselles s'hypertrophient à leur tour ; les animaux maigrissent et succombent. L'inoculation avec la bacille cultivée donne absolument les mêmes résultats. Quand on en introduit dans la chambre antérieure de l'œil (Cohnheim.Solomon, Baumgarten), on voit se développer l'iritis tuberculeuse. Dans les expériences de Cohnheim, la maladie tuberculeuse, déposée dans l'œil de plusieurs animaux, s'absorba graduellement ; mais, au bout de quatre semaines, des nodules gris apparurent sur l'iris etse multiplièrent au point d'en compter jusqu'à trente ou quarante. L'iris se tuméfia de plus en plus, jusqu'à être complètement infiltré de pus. Baumgarten a poussé plus loin l'expérimentation : il a injecté, dans la chambre, antérieure de plusieurs lapins, du sang
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pris à un animal fraîchement tué, et qui avait été soumis à l'inoculation tuberculeuse, et, au bout de trois à quatre semaines invariablement, il a constaté une éruption tuberculeuse, partant du segment inférieur de l'iris, point auquel le sang injecté s'était attaché.
Il résulte de ce qui précède que la bacille du tubercule peut transmettre la tuberculose, soit par le tubercule lui-même, soit par le sang de tuberculeux, soit par l'air exhalé par un poumon infecté.
L'inoculation directe des produits pathologiques de la pommelière peut se faire également : elle donne lieu, tantôt à la pommelière elle-même, tantôt à la tuberculose miliaire, selon le sujet inoculé.
Il serait puéril de vouloir méconnaître l'importance de ces données dans leurs rapports avec la vaccination, soit humaine, soit animale. Evidemment, ce ne sera plus sur les seules considérations théoriques que devra s'établir la sécurité désormais menacée, il faudra l'appuyer également sur les faits expérimentaux, lesquels, heureusement, ne nous feront pas défaut.
Un fait d'une extrême importance se dégage de l'expérience acquise dès à présent en matière d'inoculation tuberculeuse, c'est l'impossibilité où l'on s'est trouvé jusqu'ici d'inoculer le tubercule au moyen de l'insertion superficielle de ses bacilles. Celles-ci se développent très lentement et ne peuvent pas, comme celles du « sang de rate infecter
i.\ vA(;i:iNK am.mvlk. 27;-]
rapidement une petite plaie. Veut-on rendre un animal tuberculeux» il faut transporter les bacilles dans la profondeur dos tissus. Ainsi s'(,'xplique |)Ouri[uoi nul ne s'est jamais infecte on fais.iiit dos autopsies de tuber.uileux. Ainsi s'e.xpiiquo à fortiori pourquoi nul n'ajaniais été info('t(? de tuberculose en se faisant vacciner.
Mais, dira-t-on, c'est précisément sur cela qu'on demande à être rassuré. Eh ! bien, Je dis qu'à cet
égard l'expérience est faite, et surabondamment.
De quelque façon qu'on ait fait l'inoculation et quel que soit le produit qu'on ait mis en usage: matière tuberculeuse, sang ou bacille cultivée en dehors de l'économie, jamais on n'a observé la tuberculisation d'emblée ; toujours le produit s'est manifesté à la porte d'entrée. C'est au lieu où l'ennemi a été fixé qu'il prolifère, c'est là qu'il se révèle par ses produits propres, et non ailleurs. C'est d'abord - on l'a vu pour le cobaïe — , un nodule qui grandit sans s'ouvrir, et se transforme en un ulcère plan à surface sèche, suivi de la pleïade pathognomouique ; ailleurs, dans la chambre antérieure de l'œil humain, c'est une éruption tuberculeuse dans l'iris, partant du lieu où la matière infectée s'était attachée. S'agit-il d'une tuberculose produite par inhalation, c'est dans le poumon, et spécialement dans les points où se remarque une dénudation de l'épilhclium protecteur des muqueuses, que va se fixer, de toutes pièces, la bacille génératrice du néoplasme.