‹ Traité de la vaccine et de la vaccination humaine et animale [electronic resource]Chapitre 9 sur 23 · A SIX » 11 I · texte numérisé non relu

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Si donc il y a de très-grandes chances en faveur de l'enfant qui n'a pas trahi sa vérole avant la révolution du troisième mois, il n'en est pas moins vrai, d'autre part, qu'elle peut rester à l'état latent ju&qu'à l'âge de deux ans. La sécurité absolue ne saurait donc s'appuyer sur l'âge du vaccinifère.

De tout ce qui précède, résulte-t-il qu'il faille renoncer à la vaccination de bras à bras ? Une semblable conclusion n'est pas dans ma pensée. Autant vaudrait dire qu'il faut abandonner la plilébotomie, parce qu'il y a des saignées malheureuses, le chloroforme, pai'ce qu'il y a des anesthcsies mortelles. J'en veux simplement arriver à

(1) Koanct; di' l'Académie de médocino de I\avi.s, du 19 mai

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ceci, que la vaccination est une opération sérieuse, dont le médecin doit se réserver scrupuleusement le monopole ; qu'au lieu d'être toujours, comme on l'a cru trop longtemps, dénuée de tout danger au point de vue de la transmission de la syphilis, cette transmission, (Quoique bien rare, est toujours possible, mais qu'elle l'est d'autant moins qu'on s'entoure de précautions plus minutieuses pour l'éviter ; qu'en présence de telles éventualités, le chirurgien ne sera dégagé de toute responsabilité qu'à la condition d'avoir écarté toutes les chances de danger ou d'accident.

Résumons-nous : il est impossible de contester que la lancette du vaccinateur, soit qu'elle ait été mal nettoyée, après avoir servi à quelque autre usage, soit qu'elle ait chargé de la matière sj^philitique en même temps que le vaccin d'une pustule mal avoisinée, puisse inoculer la syphilis avec la vaccine. Mais il faut pour cela un concours de circonstances qu'un opérateur prudent saura presque toujours écarter.

Pour .faire admettre, que la matière vaccinale proprement dite pût être mélangée de matière syphilitique, il faudrait avoir démontré que le germe du vaccin et celui de la syphilis peuvent vivre ensemble et faire bon ménage dans un milieu identique. Or, cela n'a pas été démontré, et partant ne peut pas être affirmé. Pour que cela fût, il faudrait qu'en mélangeant du pus syphilitique avec du vaccin et en inoculant ce mélange, on pût

produire une pustule unique, renfermant les deux virus. Eh bien ! ce qu'on obtient dans ce cas, si — ce qui peut arriver — les deux germes se propagent, c'est une pustule vaccinale et un chancre, apparaissant successivement, la première d'abord, l'autre ensuite, et parcourant séparément leurs périodes.. Là est le danger pour le yaccinateur inattentif. Mais si, chez un sujet contaminé, le bras du vaccinifère ne porte aucune production syphilitique inoculable, et que la lancette n'emprunte à la pustule que de la Ijanplïe dépourvue de sang, il n'est nullement prouvé que la transmission puisse encore s'accomplir.

S'il en était autrement, les cas de syphilis vaccinale se compteraient par milliers. Il est établi, au contraire, que, dans les pays où la vaccination est depuis longtemps obligatoire et pratiquée exclusivement par des médecins spéciaux, tels que la Suède, le Hanovre, la Hesse, le Nassau, le Wurtemberg etc., la syphilis vaccinale est entièrement inconnue. Quoi qu'il en soit, les préoccupations des familles n'en existent pas moins, et elles ont leur fondement.

Quelle satisfaction peut-il être donné à ces inquiétudes et à ces répugnances ? On l'a indiqué depuis longtemps. Il suffit que le vaccinateur prenne soin de n'accepter comme vaccinifères que des individus bien portants et bien constitués, et surtout, vu les difficultés que présente semblable sélection, de ne charger son instrument inocula-

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leur que d'un vaccin pur, vierge de tout mélange avec le sang ou les sucs divers du sujet qui le fournit.

Mais tout n'est pas dit quand celte recommandation a été faite. Admettant qu'elle ait été rigoureusement observée — et c'est être large, car on sait combien de négligences coupables entraînent les pratiques quotidiennes qui ont été longtemps inoffensives, — ne sait-on pas combien les familles ont de propension à mettre sur le compte de la vaccination les accidents morbides dont les enfants sont atteints par la suite, et combien peu d'entre elles se mettent en peine de rechercher si leurs déductions sont fondées ? De là une source de méfiance dont trop de parents se couvrent pour justifier, soit leur négligence, soit leur résistance aux prescriptions de la loi ou de l'hygiène.

50. Il y a donc là un premier desideratum à faire disparaître. Il y en a un second, qu'il n'importe'pas moins d'écarter : je veux parler de la pénurie relative de la matière vaccinale humaine.

Dans les pays où florit la vaccination obligatoire, en Angleterre par exemple, où tout enfant, quelle que soit la saison, non-seulement doit être, sous peine de l'amende ou même de la prison pour les parents, amené par eux à la vaccination dan les trois mois qui suivent sa naissance, mais où ceux-ci sont passibles de la même peine s'ils ne le ramènent à huitaine et ne le laissent servir de

vaccinifère, la pénurie de vaccin no peut guère se l'aire sentir, et, à ce point de vue du moins, ses sources ne demandent pas à être renforcées. Mais combien n'en est-il pas autrement dans d'autres pays où, comme en Belgique et en France par exemple, la vaccination est abandonnée à l'arbitraire des familles, et combien n'importc-t-il pas de s'en préoccuper? Là, non-seulement les parents, quand c'est leur caprice, négligent de faire vacciner leurs enfants, mais, ce qui est presque aussi grave au point de vue de la matière disponible, ils peuvent refuser, si c'est leur bon plaisir - et ne s'en font point faute — d'en laisser prélever la moindre parcelle au profit des autres. Cè n'est pas tout : il règne en beaucoup d'endroits ce préjugé, qu'il est dangereux de faire vacciner les enfants pendant l'hiver ; de là une suspension presque complète des opérations, du P"" octobre au l*"" mai, c'est-à-dire pendant sept mois de l'année.

On voit les conséquences de cet état de choses : une épidémie variolique vient-elle à se manifester l'hiver, et avec elle le besoin d'une grande quanti té de vaccin pour faire face aux demandes de re vaccinations, le virus manque, ou du moins sa production n'est pas en proportion des demandes. Les médecins des dépôts, des maternités, des instituts de vaccination humaine, ont beau faire alors des prodiges de bon vouloir et d'activité, les sujets leur manquent, et ils sont ainsi réduits à être plus coulants dans le choix des sujets producteurs, à dis-

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tribuer même, — qui sait? — du vaccin de revacciné qui, neuf fois sur dix, ne mérite aucune confiance, et, utilisé dans les revaccinations, crée une sécurité d'autant plu s dangereuse, que tout contrôle puisé dans les résultats y est impossible.

Ainsi, dans les centres où la vaccination n'est pas obligatoire de par la loi, il y a utilité publique à renforcer les sources du vaccin par des moyens qui ne soient pas à la merci du public.

Nous avons reconnu plus haut que, dans les autres, cette utilité est moins grande, parce que les vaccinifères y font rarement défaut, que là, par conséquent, des procédés nouveaux auraient mauvaise grâce à vouloir s'imposer pour cause d'insuffisance du vaccin jennérien.

Mais ce n'est là qu'un des côtés de la question. Il en est un autre sur lequel nous avons déjà insisté plus haut. Dans les pays où il y a obligation pour les parents de faire vacciner leurs enfants, il y a aussi obligation morale pour l'État de fournir aux familles du vaccin qui soit à l'abri de toute suspicion, au point de vue des adultérations diathésiques.

Tels sont les deux défauts offerts par la vaccination en usage depuis Jenner, et auxquels il importait de chercher un correctif efficace par l'adjonction de ressources nouvelles. Ces ressources, on les a trouvées en répandant dans la pratique ce qu'on est convenu d'appeler « la vaccination animale, » méthode qui consiste à semer le vaccin originel sur

de jeunes sujets de l'espèce bovine, et à faire seryir à la vaccination des hommes le produit de cet ensemencement. Ce produit, outre qu'il échappe au danger de l'adultération syphilitique, peut être, à bref délai, multiplié à l'infini, et créer une source illimitée de matière vaccinale, capable de répondre presque instantanément aux besoins les plus impérieux et les plus étendus.

Si la méthode nouvelle n'avait que ce seul avantage, elle justifierait déjà, de reste, l'empressement avec lequel on s'en est emparé. En vain l'opposition la plus formidable s'est-elle mise en travers du chemin. Rien n'a fait, la vaccination animale répondait à un besoin ; le sentiment public a eu bientôt raison de tous les obstacles.

51. La qualité préservative du vaccin s'affaiblitelle avec le temps ; en d'autres termes, le vaccin est-il susceptible de dégénérer, et, dans l'affirmative, faut-il le renouveler, et par quels moyens ?

Cette question est l'une de celles que l'Académie royale des sciences de France, sur la proposition d'une commission dont le professeur Bréchet fut le rapporteur, mit au concours, en 1838, pour un prix de dix mille francs, à décerner eu 1842. C'est dire l'importance qui, à cette époque déjà bien reculée, s'attachait à sa solution.

Ce n'est que dans les premiers mois de 1845 que M. Serres communiqua son rapport sur les trentecinq mémoires que ce concours fit éclore; le prix

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fut partagé entre MM. Bousquet, Fiard et Steinbrenner. Tous trois résolvaient la question par l'afFirmative.

Quoique M. Brisset puisse être regardé à bon droit, par l'ardeur et la ténacité qu'il a apportées à sa défense (1818), comme le véritable créateur de l'idée que le virus vaccinal dégénère par ses transplantations successives d'homme à homme, il ne faut pas oublier cependant que, quatre ans auparavant, un anglais, Kinglake, y avait déjà intéressé l'opinion. En effet, dans un écrit datant de 1814 (1), cet auteur exprimait l'avis que, par suile d'un certain nombre de reproductions dans le corps humain, la vaccine perdait peu à peu sa force préservative spécifique, ainsi que cela a lieu pour les varioles inoculées, et conseillait, pour cette cause, de se servir pour les vaccinations, aussi souvent que possible, de lymphe fraîche prise sur le pis de la vache.

Le D"" Mayer a rapporté, d'autre part (2), qu'en 1817, la Commission sanitaiie du Grand Duché de Bade, doutant de la bonté du vaccin dont on se servait alors dans ce pays, à cause du grand nombre de transmissions de bras à bras que ce vaccin avait déjà subies depuis près de vingt ans, prescrivit de le renouveler, car, disait- il, « il est bon de reprendre de temps en temps le vaccin sur la vache

(1) On the nitered spécifie powers of Vaccine and Yarioleus Master. (Mcl. and Physic. Journ. by Fotliergliill and Waiit ; Sept. 1814.)

(2) AnnaUiifur Gesammtc Hetlkunde. Jahrg. Heft I, 1827.

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même, parce que le vaccin humain, par l'addition des principes hétérogènes (sic), doit perdre peu à peu de sa force préservatrice. »

C'est dans son premier mémoire, hi le 28 mai 1818 à la Société de médecine de Paris, que Brisset exprima ses opinions à ce sujet. Il dit qu'àsa rentrée dans la pratique civile, il avait trouvé une grande différence entre les pustules vaccinales d'alors et celles qu'il avait l'habitude de voir avant d'avoir embrassé la carrière militaire (1809). Il trouvait maintenant les pustules beaucoup moins développées et leurs aréoles également bien plus faibles.

C'est cette différence frappante, dit-il, entre les éruptions vaccinales des deux époques, qui lui inspira, dès 1815, l'idée d'une dégénération du virus vaccinal. Il continua, depuis ce temps, à faire des recherches, et compara, à cet effet, les éruptions d'alors et les phénomènes locaux et généraux qui les accompagnaient, avec les descriptions que donnent, de la vaccine, les auteurs des premiers temps. Il serait, par conséquent, nécessaire, dit-il, de renouveler le vaccin de temps en temps, pour lui conserver toute son activité, en cherchant à le puiser à sa source, au pis de la vache.

Daas sa seconde publication (1), Brisset a appuyé son opinion sur quatre séries de preuves : 1° preuves fondées sur l'analogie que le virus vaccin a

(1) Brisset. Réflexions sur la vaccine et la variole, ayant pour l)ut d'obtenir par la vaccination l'extinction complète de la petite vérole.

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avec d'autres virus et avec les miasmes contagieux; 2° preuves fournies par les épidémies de varioloïde qui attaquent tous les ans un nombre plus considérable de vaccinés ; 3" preuves tirées de la différence évidente entre les symptômes locaux et généraux de la vaccine d'alors et de celle des premiers temps ; 4° preuves tirées de la différence que présentent les cicatrices de la vaccine d'aujourd'hui avec les cicatrices encore existantes de la vaccine des premières années.

Ces conclusions ont été attaquées et défendues avec un égal acharnement de part et d'autre ; nous renvoyons pour les détails du débat au livre de Steinbrenner (1), qui en a donné un long exposé. Pour lui comme pour Bousquet, le doute ne pouvait être permis ; le vaccin dégénère en passant par les organismes humains, et la régénération fréquente de la lymphe vaccinale, en la puisant de temps en temps au pis de la vache, est le remède à opposer à cette dégénérescence.

Cette opinion a prévalu et a été solennellement proclamée, de nouveau, dans ces derniers temps: en 1867, le Gouvernement ayant posé à l'Académie royale de médecine de Belgique la question de savoir s'il y avait lieu de régénérer le vaccin, et, le cas échéant, de quelle façon on pourrait arri-

(1) Rteinbrknmcr. Traité sur la vaccine, ou ri^cherclie.; historiques et critiques sur les résultats obtenus par les vaccinations <^t les revaccinations depuis le commencement de leur ciiijiloi, etc. \ol. in 8", pp. 81t. Paris l.abé, 1815.

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ver, en pratique, à cette régénération, on reçut la réponse ci-après :

» 1". L'Académie a déjà reconnu l'utilité et môme la nécessité de régénérer ou de rajeunir le vaccin, et elle n'a pas changé d'avis à cet égard ;

» 2". Un moyen réellement pratique d'obtenir cette régénération consisterait dans une large application de la vaccination animale, fondée sur l'inoculation du cow-pox spontané à des animauxdel'espèce bovine, sur lesquels les produits de cette inoculation seraient incessamment entretenus par les procédés récemment introduits dans la science » (1).

La théorie répond aux idées qui viennent d'être exprimées. Quelle que soit l'origine qu'on donne à la vaccine, variole atténuée ou virus spécial, l'organisme humain y est certainement étranger. Ce n'est pas le terrain de son éclosion naturelle.

Ceci admis, voyons comment se comporte ce terrain à l'égard du germe variolique et du germe vaccinal qui lui sont confiés. Variolique, il y trouve, à moins d'occupation préalable, un accueil empressé par la voie de l'absorption générale, qui le restitue à l'état de variole naturelle. Vaccinal, ce n'est plus la même chose : il a beau y être introduit artificiellement, jamais il ne s'y montre avec tous ses attributs ; le horse-pox et le cow-pox l'emportent

(1) Rapport sur la question relative au renouvellemeut du vaccin à l'aide de la vaccination animale, présenté, au nom d'une Commission, à l'Académie royale de médécine de Belgi(|ue. M. Makinus, rapporteur. (Rull. de l'Acad. 18G7, t. I, n° 3 )

toujours sur lui. Prenez-le sous l'un ou l'autre de ces derniers états et inoculez-le à l'homme : son premier soin est de descendre d'un degré dans l'échelle de la virulence. Bien plus, une fois descendu, il ne remonte plus au grade supérieur, si ce n'est à la condition de retrouver un terrain propice à cette réascension, l'organisme du bœuf ou celui du cheval.

Il est naturel que, sur cette terre ingrate, qui n'est qu'une terre d'adoption, le germe vaccinal perde de sa vigueur; que si, pour comble, il rencontre dans ses migrations, ainsi qu'il arrive souvent, des sujets spécialement malingres ou mal portants, il devra déchoir encore et devenir à son tour le chef d'une famille dont les membres seront peu propres à créer des souches robustes. C'est ainsi que déclinent les souches qui, malgré tout le soin qu'on en a, finissent par faire de mauvaises liaisons. Ainsi entendue, la soi-disant dégénérescence du vaccin cultivé en organisme humain, n'est pas une condition inhérente à son existence ; c'est simplement la conséquence, presque fatale, du chemin qu'on lui fait parcourir, et dont les pierres n'ont pas été écartées avec assez de succès. En un mot, ce n'est pas le vaccin qui dégénère, ce sont les souches qui s'usent ou qui se pervertissent.

La vaccination animale, telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui et généralisée dans certains pays, permet de faire constamment, sur l'homme, souche de produits sains et robustes. C'est l'un de ses bien-

faits les plus certains, et, de tous, le moins contestable assurément et le moins contesté. La dégénérescence du vaccin humain, dans ces conditions, à quelque point de vue qu'on l'envisage, est désormais facile à éviter.

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