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Nous la voyons donc toujours, dans toutes les transmissions, partir et arriver, sans la perdre de vue. Aucun anneau de la chaîne ne manque. En sera-t-il de même si nous cherchons à expliquer sa présence possible dans la pustule vaccinale d'un sujet tuberculeux? En théorie, il nous sera bien permis de dire que nous no voyons pas le microbe migrant à travers les tissus pour s'infiltrer subrepticement, et en vertu d'une véritable diapédèse,dans une pustule vaccinale produite par un autre microbe.et lui donnant la main pour habiter une ruche bâtie par celui-ci et pour lui-même. Nous ne voyons pas davantage ces deux microbes faisant bon ménage ensemble, en dépit de l'incompatibilité des virus, que la science est bien près d'ériger en loi.
Voilà pour la théorie ; passons à la pratique.
Eh! bien, qu'on nous montre, parmi les millions de sujets vaccinés depuis plus de quatre-vingts ans, soit par le vaccin d'enfant, soit par le vaccin de génisse, un seul d'entre eux ayant offert, à la place d'insertion du virus vaccinal, quoi que ce fût qui ressemblât à un tubercule. Jamais tel fait n'a été signalé, et cependant il est vraisemblable que, parmi cette innombrable quantité d'inoculés, plus d'un a reçu le vaccin de vaccinifères tuberculeux. Quelle théorie, quelle hypothèse résisteraient à une expérimentation si suprêmement éloquente, tant elle est vaste?
Nous avons vu que Baumgarten avait procuré des tubercules à des lapins en leur injectant, dans
1)K LA VACCINK AXIMALi:. 27o
la chambre nnlérieui'o de l'œil, du sang de lapin tiiberculisé. Si ce fait se confirme, il aura certainement une signification importante dans rcspèce, et, n'était la sécurité que nous inspirent les considérations que nous venons de faire valoir, nous y puiserions quelque motif de prudence. Il ne nous démontrerait nullement, pour cela, que la tuberculose pût se transmettre à l'aide du sérum d'un animal tuberculeux, transmission que jamais personne n'a signalée. Il i npliqucrait simplement le devoir d'éviter les vaccinations sanglantes, au point de vue de la tuberculose, comme il est recommandé à celui de la syphilis. Mais, nous le répétons, l'absence de tout fait établissant la possibilité de créer la tubercules ; au moyen de l'insertion superficielle, comme est celle de l'acte vaccinal, du tubercule lui-même, permet d'écarter avec un haut degré d'assurance la possibilité de cette transmission, quand il s'agit de produits n'ayant avec lui que des rapports éloignés.
On a aussi parlé de la possibilité de la transmission d'affections charbonneuses par la vaccination animale; mais, outre que rien n'est plus rare que ces affections chez les sujets de l'espèce bovine, outre que semblable cas ne saurait échapper au contrôle des experts qui visitent les marchés où l'on s'en pourvoit, il est parfaitement démontré, pour nous, que des pustules vaccinales louables ne se développeraient pas sur des animaux en puissance de cette maladie généralisée. Et c'est
276 CHAIMTIIIÎ VI.
là un des côtés caractéristiques de la question : dans la vaccination des génisses, on peut, par l'aspect seul des pustules, faire le diagnostic de l'état de santé du vaccinifère. Du moment où l'animal souffre, le bouton vaccinal souffre, et il est douteux que jamais pustule vaccinale puisse prospérer sur un sujet charbonneux. En règle générale donc, on doit pouvoir utiliser sans crainte le vaccin emprunté à de bonnes pustules, car des pustules louables ne naissent point sur les sujets malades. On sait qu'il n'en est pas de même chez l'enfant: un sujet profondément syphilisé peut fournir des pustules vaccinales parfaitement irréprochables par leur aspect.
La vaccination animale met donc à l'abri de certaines influences fâcheuses, et spécialement de la syphilis, inlluences qui ont frappé la vaccine en général d'un discrédit dont elle a quelque peine à se relever. A ce point de vue, la méthode nouvelle réalise un incontestable progrès.
Et le monde n'a pas été ingrat : la revaccination en grand date du moment où, s'armant du dicton : 55 Si cela ne fait pas de bien , cela ne fera pas de onal » , chacun a pu recourir, à la moindre menace de variole, à un moyen prophylactique qui, jusque-là suspect, ne se présenta plus désormais que sous ses aspects bienfaisants.
DK l.A VACCINK ANIMAI.K
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64. Delà vaccinisation. — 65. La varioloïde est itn diminua f de la variole. — 66. La fausse vaccine, dans une certaine mesure, est à la vraie ce que la varioloïde est à la variole. - Bu vaccin de revacciné. — 67. De Vutilité des revaccùiations .
64. Quand on a vacciné un certain nombre d'enfants, qu'on leur a fait à chacun un même nombre d'insertions, — trois à chaque bras, par exemple, ainsi que c'est assez l'usage — et qu'on revoit ces entants à huitaine, si l'opération a été faite dans les conditions voulues de succès, c'est-à-dire avec de bon vaccin vivant et sur des sujets vierges, on constate que la plupart des insertions sont productives. Chez quelques-uns d'entre eux cependant, su;- les six insertions, cinq, quatre, trois, deux l)ustules vaccinales valables se sont manifestées, quelquefois môme une seule.
Qu'est-ce à dire ? Faut-il se contenter de ce résultat, et, pour nous placer sur le terrain de la théorie de l'épuisement, que nous avons provisoirement adoptée pour la facilité du langage (36), conclure
282 CllAPITlŒ YI.
que la colonie unique ou multiple de microbes vaccinaux qui vient de vivre et de mourir chez chacun des sujets observés, y a déterminé un égal degré d'épuisement du sol ?
Un autre fait fournira les éléments de réponse à cette question : si, reprenant, séance tenante, tous ces enfants, on ajoute aux pustules produites, et sur un point quelconque du corps, de nouvelles insertions, soit du vaccin du sujet même, soit de celui d'un autre sujet, on constate: Tque l'immense majorité de ces insertions sont stériles ; 2° que quelques-unes cependant iront productives ; 3° que le nombre des pustules supplémentaires ainsi développées est sensiblement en raison inverse de celui des boutons primitifs.
Le sol n'est donc pas épuisé au même degré, chez les différents sujets, par un nombre égal de colonies travaillant à cet épuisement.
Cette assertion est en désaccord avec les idées de Bousquet : «J'ai revacciné, dit-il (1), des enfants à toutes les distances de la première vaccination, le deuxième, le troisième, le quatrième, le cinquième, le sixième jour, etc, et jamais la seconde opération n'a réussi entre mes mains au-delà du cinquième ou sixième jour, quoique je prisse mes précautions pour en préparer le succès, jusqu'à suspendre la marche de la première en détruisant les boutons. S'il venait un commencement de vaccin.
(l)Loc. cit. p. o27.
I)K I.A VACCINK ANIMALE. 283
celte vaccine n'avait pas en elle la puissance de continuer sa marche, elle ne naissait pas viable. »
Ces faits iiég-atifs ne détruisent pas les faits positifs, enassez gTand nombre, quej'ai observés, etd'oii je crois pouvoir inférer que toutes les lois qu'on a édictées en cette matière doivent être révisées, parce qu'elles sont fondées sur des manifestations bien plus muables qu'on no le croyait au temps de Bousquet. Il ne peut plus être, aujourd'hui, permis de dire : tel sujet ayant eu une pustule, deux pustules, dix pustules de bon aloi doit être considéré comme suffisamment épuisé, c'est-à-dire vacciné, attendu qu'on ne le sait pas. Pour établir des bases permettant, à cet égard, des appréciations tant soit peu acceptables, il faut soumettre les sujets à des insertions nouvelles, aussi longtemps qu'elles ?ont productives. Quand elles cessent de l'être, le sujet ainsi stérilisé est ce que j'ai proposé d'appeler
VACCINISÉ.
Une indication ressort de cet ordre d'idées, vacciniser tous les enfants, en les réinoculant au moment où ils se présentent pour faire constater le résultat de l'inoculation première, et, au besoin, recommencer aussi longtemps que l'épuisement du sujet n'est pas absolu.
Au lieu do cela, que fait-on aujourd'hui ? On lance dans le monde, sur la foi d'autorités auxquelles on s'est trop empressé de se soumettre, un certain nombre d'enfants insuffisamment prémunis. Ce sont ceux-là qui, en présence du germe varie-
liqiie, lui livrent un accès plus ou moins facile et lui permettent de résider et de vivre — d'une vie misérable, il est vrai, mais d'y vivre cependant — dans des organismes demeurés hospitaliers dans une certaine mesure ; ce sont ceux-là surtout qui ont donné naissance à ce propos, répété d'âge en âge, que la varioloïde est la variole des vaccinés. C'est qu'en effet, le terrain ainsi attaqué à nouveau n'est hospitalier qu'à demi ; les hôtes qui y pénètrent y vivent mal et y périssent vite, et c'est ainsi que la variole ne s'y développe que comme un diminutif, la varioloïde. Pareillement, beaucoup des mêmes sujets vaccinés à nouveau manifestent ce qu'on a appelé la « fausse vaccinera, laquelle n'est guère à la vaccine vraie que ce que la varioloïde est à la variole, un produit mal venu et mauvais générateur.
Occupons-nous de ces deux avortons.
65. La varioloïde, ainsi nommée par Thompson, est, nous venons de le dire, un diminutif de la variole.
La variole (3), en effet, se caractérise par deux symptômes principaux : l'état fébrile et l'éruption. La fièvre en est le symptôme initial ; elle survient immédiatement après le frisson et dure de deux à trois jours, pour tomber au moment où leruption se développe. Quand, après un temps qui varie de six à sept jours, celle-ci est arrivée à la période de suppuration, la fièvre réapparaît. Il y a donc, dans
1)1' LA VACCINE ANIMALIÎ. 285
la variole — naturelle — deux fièvres, la primaire et la secondaire. La première est le résultat de l'etTort fait par l'organisme pour se débarrasser de l'élément toxique dont il vient d'être pénétré ; la seconde, la manifestation ordinaire des réactions provoquées par le travail de la suppuration, lequel s'est emparé des papules plus ou moins nombreuses dont les téguments sont recouverts.
La varioloïdc débute par les mêmes manifestations morbides que la variole : malaise, frissons, surélévation thermale ; seulement, ces symptômes sont l'effet d'une seule poussée, il n'y a pas de reprise. La fièvre secondaire manque, et voici pourquoi : en ce qui concerne l'éruption, il n'y a aucune différence essentielle entre la variole et la varioloïde jusqu'au huitième jour \ mais, arrivées là, les deux éruptions se séparent et prennent chacune la forme et la marche qui leur sont propres : la petite vérole poursuit tranquillement son cours ; à Fenflure de la face succède celle des mains ; les pustules continuent à se développer, en prenant une teinte blanchâtre ; la suppuration s'en est emparée. La variolo'ide, au contraire, s'arrête là ; l'éruption passe d'emblée à la dessiccation; la période de suppuration manque ; tout est fini du dixième au douzième jour; il n'y a pas là de place ni de raison d'être pour la fièvre secondaire.
Dans la variole, les cavités multiples dont se composent les pustules renferment des corpuscules de pus (8) et une foule d'autres produits ou débris;
286 cii\i>nitE VI.
le derme est fortement infiltré de leucocythes, parfois tellement accumulés dans la couche papillaire, que celle-ci disparaît ou se détruit même complètement. Ainsi se produisent ces cicatrices blanches, lisses, marques indélébiles de la variole.
Les papules de la varioloïde sont tout autres : elles ne vont pas si profondément, puisqu'elles s'arrêtent à la couche papillaire, qu'elles ne dépassent pas, et, pour cette raison sans doute, ne laissent pas de cicatrices persistantes après elles. D'un autre côté, la pustule varioloïdale n'est formée que d'une seule cavité, ce qui, au point de vue de la texture intérieure, la différencie essentiellement de celle de la variole, laquelle est divisée en de multiples cellules (7).
Enfin, tandis que l'éruption variolique, après avoir pris possession de la face, gagne successivement toutes les autres parties du corps, jusqu'à les recouvrir complètement dans certains cas de variole confluente, celle de la varioloïde, à de rares exceptions près, se limite au visage et y reste discrète.
Et cependant, la variole et la varioloïde sont le résultat évident de l'action du môme contage ; en temps d'épidémie variolique, l'attaque, chez les sujets vaccinés qui ne parviennent pas à la repousser tout-à-fait, se traduit sous forme de varioloïde. A ce titre donc, la qualification de « variole des vaccinésn qui a été donnée à cette dernière, est bien appliquée. Mais il ne faut pas la restreindre : la varioloïde est aussi lamanifestationducontage variolique
DE L\ VACCINE ANIMALIÎ. 287
cliez certains sujets vierges de tout précédent variolique ou vaccinal. La réceptivité à ce contage a ses degrés; certains sujets ne la possèdent aucunement, sans quoi les épidémies n'épargneraient personne ; d'autres ne la possèdent que dans une certaine mesure, et ceux-là, prémunis originellement comme d'autres le sont par la vaccine, répondent par la varioloïde aux attaques varioliques.
La varioloïde est donc bien un diminutif de la variole. Issue de la mê.ue semence, elle est le produit de cette semence confiée à un mauvais terrain.
La fausse vaccine est à la vraie à peu près ce que la varioloïde est à la variole. Elle est le résultat de l'inoculation de la vaccine vraie dans un mauvais terrain.ou du vaccin malade en un terrain quelconque.
Cette inoculation, dans de semblables conditions, révèle ses effets dès le pre mier ou le second jour de l'insertion; c'est tantôt un petit bouton qui ne fait guère que paraître et disparaître, tantôt un tubercule rouge qui grandit peu à peu, pour s'effacer complètement après un temps qui varie de quatre à cinq jours; tantôt, enfin, une éminence conique ou glol)uleuse, de couleurrouge ou jaunâtre, comme furonculeuse, mal circonscrite à sa base et n'ayant rien de réglé dans sa marche ; après une durée qui varie de quatre, cinq, six à sept jours, elle jaunit, suppure et se sèche. L'aréole qui l'entoure, au lieu d'être égale et de se fondre insensiblement, comme
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dans là variole légitime, apparaît, irrégulière et se termine brusquement, de manière à trancher fortement sur le reste de la peau. Ajoutez qu'autour du bouton principal, il en vient souvent d'autres tout petits; ce sont comme de légères vésicules, difficiles quelquefois à voir à l'œil nu, mais trèsdistinctes à la loupe.
« En résumé, si l'on nous demandait, dit Bousquet, (1) quels sont les signes caractéristiques de la fausse vaccine, nous dirions qu'ils se tirent de la forme et de la marche de la pustule. A l'égard de la marche, la fausse vaccine naît et finit plus vite que la vraie, ce qui fait nécessairement que la durée totale en est plus courte, quoiqu'elle soit trèsvariable; la forme de la pustule n'est jamais aplatie, encore bien moins déprimée dans son centre; au contraire, elle est toujours bombée, toujours conique ou globuleuse, et, finalement, présente souvent un aspect terne ou jaune, qui contraste avec le reflet vif et nacré qui caractérise la bonne vaccine et surtout la vaccine de l'enfance. »
Quelle interprétation, quelle signification faut-il donner à la fausse vaccine? Pour nous, elle se résume en un mot, c'est du vaccin malade. Qu'on prenne le meilleur des vaccins et qu'on l'insère en une terre ingrate, originellement réfractaire ou rendue telle artificiellement, il y végétera, révélera bien sa présence par quelques manifestations spécia-
(l) Loc. cit. p. 181.
nR l.A K.UISSR VACCINI'. 289
les, mais ces mauifes(;vtions seront essentiellement fugitives. Qu'on puise alors dans les petites tumeurs ainsi produites une partie du contenu et qu'on l'insère à un sujet vierge, il se pourra, à la rigueur, que la lancette ramène quelque microbe encore assez vivace pour prospérer en bonne terre, mais ce sera excessivement rare. Dans l'immense majorité des cas, elle ne rapportera que des détritus inertes. Ainsi s'expliquent la possibilité de trouver encore de vrai germe vaccinal dans des pustules de taux vaccin, et les conclusions qu'on a tirées, malheureusement, de ces rares trouvailles, pour tenter de relever l'honneur, justement rabaissé, du vaccin de revacciné.
Entre la pustule légitime et le bouton de fausse vaccine mort-né, il y a des degrés ; ce n'est pas toujours ou tout l'un ou tout l'autre. Parfois, nous l'avons dit, l'attaque, par une insertion de vaccin vigoureux, vient à bout d'un organisme dont la résistance est prête à se laisser vaincre; l'ennemi, entré dans la place, s'y installe, chemine et gagne du terrain ; mais, si ce terrain lui refuse la pâture propre à l'alimenter, il finit par y périr avant d'être arrivé au terme de sa course. De là ces pustules hybrides, susceptibles de se rapprocher, par l'aspect, des pustules louables, et n'en différant, quantau contenu, que par le degré de vitalité de ses habitants ; pustules hybrides, qu'on rencontre si fréquemment chez les sujets ayant subi une première imprégnation, et qu'on soumet à une vaccination nouvelle
290 CHAI'ITIIK IV.
par du vaccin chaud et vigoureux. Le germe vaccinal y fonctionne mal, périt avant le temps, vivote, si l'on nous permet d'ainsi nous exprimer, et disparaît sans avoir pu exercer d'action générale sur l'organisme.
Ainsi se justifie la défaveur dans laquelle est tombé justement le vaccin de revacciné, défaveur dont on cherche à tort à le relever. Sans doute, on peut rencontrer tel suj et offrant, à la suite d'une semblable re vaccination, des pustules caractéristiques, mais il y a tout à craindre que ces pustules ne renferment qu'une génération restée chétive, pour avoir grandi dans un milieu épuisé.
On trouvera, dans ce qui précède, les éléments de réponse à une question qui se pose fréquemment : une fausse vaccine est-elle préservatrice, et dans quelle mesure faut-il compter sur un semblable eff'et ? Voici : si la fausse vaccine se présente à la suite d'une revaccinatiou pratiquée avec du vaccin sûr, c'est que celui-ci a été mal accueilli à l'entrée ; malgré ses efforts, il a végété et péri sur place. On doit en conclure que le sujet est actuellement indemne ; mais on conclurait mal si l'on considérait l'évolution de cette fausse vaccine comme susceptible d'avoir apporté à la résistance l'appoint de quelque force nouvelle. La résistance ne s'en est pas accrue, elle est restée ce qu'elle était, et demande à être rafraîchie à son temps, comme si rien ne s'était passé. A ce point de vue, la fausse vaccine aura donc absolument la même signification
1(K l.A IlEVACCINATION. 291
qu'une insertion demeurée complètement stérile.
Mais la fausse vaccine peut aussi être le fruit de l'ensemencement d'un bon sol par une mauvaise graine. Ici le résiillnt sera, nécessairement, proportionné au degré de vitalité que cette dernière pourra avoir conservé; ce sera une simple efflorcscence, — comme une flamme qui brille pour s'éteindre en un instant, ainsi que l'a dit Bousquet — ou bien un bouton naissant tôt pour finir après trois ou quatre jours, ou une tumeur furoncu- Icuse capable de vivre une semaine. Ce sera peutêtre même une pustule régulière, issue d'un germe convalescent et comme échappé au naufrage ; mais le fait que cette pustule, fût-elle même caractéristique, est restée unique, devra toujours faire craindre qu'elle n'ait pas rayonné au loin ni créé un épuisement véritable. Dans de semblables conditions, une vaccination nouvelle est rigoureusement imposée,jusqu'àvaccmi5a^w;i complète.
Ces préliminaires posés, il va nous .être permis d'aborder la question de re vaccination.
Nous, laissons de côté . celle de savoir s'il faut revacciner; elle est depuis longtemps fixée.
Combien de temps peut-on ou doit-on laisser s'écouler entre la répétition de l'acte vaccinatoire ? Voilà le point qu'il nous reste à examiner.
Une conclusion découle des prémisses que nous venons d'établir: dans l'état actuel de la science, fondée sur l'expérimentation pratique, aucune don-
29i CIIAI'ITHE YI.
née fixe ne permet de faire présumer, à plus forte raison de déterminer, le temps après lequel une vaccination cesse d'être préservatrice. Aussi longtemps que la vaccinisaiion ne se sera pas généralisée et n'aura pas donné sa note, une seule formule est légitime, et Ja voici : quelle que soit l'époque à laquelle une première revaccination aura été faite, si celle-ci l'a été avec du vaccin sûr et qu elle est restée sans effet, elle ne donnera de sécurité réelle que pour un temps très-limité; elle devra être répétée chaque fois qu'on se trouvera en présence d'une épidémie. Rien ne sera changé à ce précepte si la revaccination a procuré des boutons de fausse vaccine; plus haut, nous avons dit pourquoi.
Que dirons-nous des cas où, de cette insertion nouvelle sortiraient de beaux boutons de vaccine, si ce n'est qu'elle placera les sujets qui en auront été gratifiés dans les mêmes conditions que les sujets vaccinés avec succ^-s une première fois, à savoir qu'il faut les vacciniser pour leur donner, le cas échéant, le maximum de résistance à la variole.
Et alors ? Oh ! alors la situation se complique. Nous voudrions bien dire que la vaccinisation donnera une immunité prolongée, mais cela même nous ne le savons pas. Ce qu'il nous est permis de dire, c'est que cette immunités'userad'autantmoins vite, et que les atteintes qui pourront y être portées seront d'autant moins meurtrières, que l'épuisement aura été plus complet et effectué par des légions plus nombreuses.
DK l/lMI'OUTAXClC DU NOMItnK IIK CK'-ATIllCKS. i293
A l'appui do ce dire, nous ijivcxpierons les statistiques anglaises établissant que la variole qui atteint les vaccinés mal armés est d'autant moins offensive que ceux-ci témoignent d'une vaccination primaire plus étendue, et un travail tout récent de M. Landrieux aj^ant pour objet de démontrer que la multiplicité des cicatrices varioliques et leur aspect légitime permettent de porter un pronostic favorable dans le cours de la variole.
Voici les chiffres cités à l'appui dans ce travail : Sur un nombre considérable de variolés, 15 pour cent des individus présentant des cicatrices Icgitimes ont succombé, tandis que 24 pour cent de ceux qui présentaient des cicatrices siqjerficielles sont morts.
Voici maintenant pour la quantité unie à la qualité:
Sur ï33 malades présentant 3 ou moins de 3 cicatrices supci-ficiellcs, 3 2 sont morts, soit environ
Sur I J3 malades présentant plus; de 3 cicatrices superficielles, "ii^ ontsuccombé, soit environu^^. c.
Sur 9^ malades présentant 3 ou moins de 3 cicatrices légitimes, on a compté i2 décès, soit environ
Sur 71 malades présentant plus de 3 cicatrices Ic'fjitimes,^ seulement sont morts, soit environ J p.c.
Sans que nous prétendions y attribuer une portée exagérée, ces données statistiques et les considéralions d'un autre ordre dont nous les avons fait
204 CIIAPITIIK VI.
précéder, (it qui tijoutentà leur valeur, nous permettent de prendre les conclusions ci-après:
1 . L'inlonsih'^ do la préservation est en raison du degré d'f'puisement des : ujois, et, vi-aisemblablemcnl, (iu noniljrc de colonies dliabitants qui y ont contribué. Une i-amî?/6Y(^ion, môme complète, ne permet pas, néanmoins, de conclure à une préservation perpétuelle, puisqu'on a vu d'anciens variolés succomber à une atteinte ultéiieure de variole; elle donne seulement le maximum possible d'immunité à attendre de la vaccine, au moment où elle a été pratiquée et pendant un temps plus ou moins long; elle permet de croire encore que, quelle que soit la puissance d'une attaque variolique, celle-ci trouvera toujours, dans un sujet vaccinisé, une force de résistance capable d'écarter tout danger de mort.
2. Le contenu des papules de varioloïde et de celles de revacciné, qui sont, le })lus souvent, des pustules de faux vaccin, peut bien, à la rigueur, renfermer quelque germe efficace ; mais, s'il est permis de le lui demander, en cas de suprême détresse, pour des tentatives de vaccination qui pourront aboutir, exceptionnellement, sur des sujets vierges, il est absolument interdit de faire le moindre fond sur lui en matière de revaccination, ou d'y puiser ne fût-ce que l'idée d'une sécurité quelconque.
3. Qu'elle qu'ait été la réussite d'une vaccination, ou d'une revaccination antérieures, même au degré de vaccinisation, on ne doit y compter, à titre de
QUAND r.\LT-lL IlEVACCINEU ? "291)
préservation, que dans une certaine mesure et pour un temps relativement court. 7Z faut revacciner ioutes les fois qu'on se trouve en présence d'une épidémie variolique ; en opposant ainsi à l'ennemi des troupes fraîches, on en a toujours raison.
C'est sur ce précepte, dont nous ne saurions assez recommander l'application, que nous terminerons ce chapitre.
68. De la variole intra-uiérine. — 69. A quel âge doit-on vacciner les enfants? — 70.Ya-t-il iinesai- S071 particulièrement 2jro2nce à la vaccination? — 71. A quel moment la vaccine est-elle préservatrice ? — 72. Les enfants peuvent-il être, sans inconvénient, utilisés à titre de vaccinifères? — 75, De tinfluence de la vaccine sur les personnes en proie à la variole, les deux maladies marchant ensemble.
68. L'enfant peut être atieint de la variole dans le sein de sa mère et en offrir les stigmates à sa naissance. Le célèbre accoucheur Mauriceau a été dans ce cas: 1 a eu la petite vérole avant de venir au monde, le déclare dans son livre (l),ct en rapporte un autre exemple: il y avait deux mois qu'une femme avait eu la petite vérole, lorsqu'elle accoucha, par accident, à six mois et demi, d'un enfant mort depuis deux ou ti'ois jours. Cet enfant
(1) MAUKirEAi; . Traité des mahidies des femmes jiroFScs. Cliap. II, p. 50.
VAItlOI.K INTIIA-UTKRIXK. 297
portait plus do vingt pustules vnrioleuscs. Dans lo premier cas, celui de Maiiriceau, la maladie avait respecté la mère pour aller frapper directement l'enfant.
Ce f{iit est loin d'être isolé: dans l'épidémie de Strasbourg, en 1833, on vit une femme bien portante accoucher d'un enfant dont tout le corps était couvert de pustules varioleuses. Cet enfant ne vécut que deux jours (Bousquet).
Au mois de décembre 1842, M. le docteur Gérardin, médecin de l'hospice de la maternité, mit sous les yeux de l'Académie royale de médecine de Paris un enfant né dans cet hospice avec une variole confluente (1). Les pustules, en effet, si abondantes qu'elles couvraient tout le corps, étaient en suppurat'on. La mère n'eut ni fiè\re, ni éruption ; à la vérité, elle avait été bien vaccinée. 11 n'y avait pas alors d'épidémie de petite vérole; mais, dix ou douze jours avant d'accoucher, cette femme avait été à l'hospice de la Pitié faire visite à une de ses amies qui était couchée ii côté d'un varioleux. Il est probable que c'est dans cette visite qu'elle avait reçu le germe de la variole; ce germe, ne pouvant vaincre la résistance de la vaccine, traversa la mère sans l'atteindre et pénétra jusqu'au fruit qu'elle portait dans son sein. (Id.)
Les faits du môme genre ne se comptent plus ; depuis longtemps ils sont admis dans la science.
(') l'.uUttin de l'Acad. royale de médecine 1842, t. viii, p. 2;)7.
298 CHAPITHE VIII.
bien qu'il ait falJii arriver jusqu'aujourd'hui pour les expliquer. Cette explication, M. Jules Chamberland l'a donnée récemment(l); le placenta, d'après ses ' recherches, n'est pas une barrière infranchissable; le microbe du choléra des poules — très-ténu — le traverse aisément. De plus, ce fiUrage, pour ainsi dire, constitue une atténuation du virus. Le passage des éléments figurés à travers le placenta donne la clef de la variole fœtale.
Il explique encore comment il se peut faire que l'infection atteigne directement l'enfant, en respectant la mère. Si celle-ci est, naturellement ou artificiellement, douée de l'immunité, les microbes varioliques qui l'auront envahie ne se multiplieront pas dans ses organes propres. Mais il se pourra que quelques-uns d'entre eux arrivent sains et saufs jusqu'au placenta, le traversent, et ])arviennent ainsi dans le fœtus, terrain propre à leur existence et où ils poursuivront paisiblement leur carrière.
Des mères peuvent avoir eu la variole pendant leur grossesse, accoucher d'enfants n'en portant, eux-mêmes, aucune trace, et ceux-ci apporter en naissant l'immunité variolique. Le fait, allégué par M. Chamberland, que le filtrage à travers le placenta constituerait une atténuation du virus, donnerait l'explication de ce phénomène : le fœtus serait ainsi vacciné par imprégnation constitutionnelle du virus variolique atténué.
(1) H.Boi LRY. Note communiquée, au nom de M. J. Cliam- 1) rlanfl. (Ac.idpmie des .«cienccs de Parif:, 8 janvier 1883)
m l'ai'.K où II. FAUT VACCINER. 299
On a dit, s'appiiyant plutôt sur les faits relatés ci-dessus que sur des faits spéciaux, que vacciner la mère pendant sa grossesse, c'était vacciner ïcnfant. Ce n'est certes pas impossible, mais il s'en faut que ce soit la règle. Il se peut, en efl'et, que des microbes vaccinaux, — bien que ceux-ci marchent concentriquement, à la différence du germe variolique constitutionnel dont la marche est excenli ique (26) — arrivent jusqu'au placenta et le traversent; mais ce que nous savons de l'existence de ces infiniment petit nous autorise à penser qu'à une si grande distance de leur point de départ, ils doivent être bien près de leur mort, par imprégnation séreuse. Les expériences de M. Chamberland ne nous disent-elles pas, d'autre part, que le filtrage placentaire atténue les virus qui le subissent ? En tout cas, il faudrait se garder de considérer la vaccination de la mère pendant sa grossesse comme une raison ou même une excuse pour négliger celle de l'enfant en temps et lieu.
69. Pouvant avoir la variole déjà dans le sein de sa mère, l'enfant devait être susceptible de la contracter dès après sa naissance, et en effet il en est ainsi. La petite vérole, toutefois, est peu commune avant l'âge de trois mois. M. Bousquet rappelle que l'épidémie de Marseille n'a pas attaqué un seul enfant au-dessous de cet âge, et M. Herpin a fait la môme observation pour Genève. De sou côté, Steinbrenner a cite une foule d'exemples de tout jeunes enfants qui, couchés à côté de leurs
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frères varioleux, n'en ont pas pris la maladie. « Le moment, dit-il, n'était pas venu pour eux (:).«
A côté de ce fait, citons-en un autre, d'un ordre différent, sur lequel nous nous appuierons, comme sur le premier, pour montrer 1 âge auquel il convient de vacciner.
En déclarant que la vaccination est sans danger quand elle est pratiquée avec les précautions, l'entente et le soin voulus, nous avons reconnu qu'elle peut et. c rendue offensive par la ni'giigence de ces conditions. Or, l'âge tendre compte au nombre des circonstances propres à en compliquer les suites. Quelque douce, quelque bénigne quelle soit, la vaccine détermine pourtant une excitation non équivoque à la peau ; c'est tantôt un érj'sipèle, tantôt une roséole, etc. Chez les enfants les plus impressionnables, cette excitation se répète quelquefois sur les intestins et donne lieu à des entérites et à des diarrhées qui, pour être L' plus souvent très-légères, n'en sont pas moins contrariantes. Or, quelque important que soit le service qu'il prétende rendre, le premier devoir du médecin est de ne pas nuire.
D'une part' donc, la rareté de la variole chez les très-jeunes enfants, de l'autre, l'extrême sensibilité de l'organisme dans les premiers temps de la vie, permettent ou prescrivent de difîérei-la vaccination. L'ajournement de cette mesure prophylactique devra donc être de règle, jusqu'à l'âge de 3 mois,
(1) Trnité .=ur la vaccitio, Paris, Labé, 1846, p. 4~1 .
m- I.A SAISON Qli'lL FAUT CHOISIR POUR VAfiCINF.R. 301
dans les circonstances ordinaires. Il n'en sera plus ainsi, soit en temps d'épidémie, soit en cas de voisinage de personnes atteintes de la variole, où rimmunité probable qui s'attache aux trôs-jcuncs sujets ne saurait être une garantie, ni le danger de légères complications une raison suffisante pour en différer l'application. Il faut, dans les temps d'épidémie, conférer la vaccination à toutes les personnes qui ne l'ont pas encore reçue, quel que soit leur âge.
Si, en effet, il est que'quefois trop tôt — et il est telles circonstances, nous l'avons dit, qui écartent même cette contre-indication — il n'est jamais trop tard pour vacciner. On peut avoir la petite vérole à soixante ans, à soixante-dix, à quatrevingts, et plus tard encore. « Le comte de Lacépède, dit Bousquet (1), touchait à sa soixantedixième année, et il n'avait pas eu la variole ; la vaccine lui souriait peu, mais il avait confiance en son âge. Cependant, une épidémie se déclara aux environs d'Epernay, qu'il habitait dans la belle saison ; elle le saisit et l'enleva le 19 septembre 1825. Il était dans les destinées de celui qui a illustré les sciences naturelles de périr Adctime d'un aveugle préjugé, r
70. On a beaucoup devisé sur la question de savoir si telle saison est plus favorable que telle autre à la vaccination, et cette question n'a pas
(1) Loc. cit. p. 148.
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encore reçu de solution. Dire que la vaccine se développe plus rapidement pendant les chaleurs que dans les temps froids n'est pas dire grand chose. Où a-t-on vu que le vaccin gagnât en qualité à évoluer rapidement? Le choix du printemps et de l'automne pour la vaccination a été commandé par d'autres considérations. Pour la pratiquer de bras à bras, il faut réunir vaccinifères et vaccinés, venus souvent d'assez loin. Dans les campagnes, ils doivent d'ordinaire franchir de longues distances pour arriver au lieu du rendez-vous, et, dans les saisons extrêmes, ces courses à travers le froid ou le chaud, avec des enfants portés à bras, la plupart du temps travaillés par la fièvre vaccinale, ne sont guère du goût des mères. De là bien des défections, qui entravent le service. Il y a ceci encore que, si l'action du froid n'est pas nuisible par le ralentissement qu'elle serait susceptible d'apporter à l'évolution de la vaccine, elle peut l'être par son action sur de petites tumeurs plus ou moins enflammées, qui réclament, pour pouvoir parcourir régulièrement leur marche, le profit d'une température modérée. De là la préférence à donner aux saisons tempérées, même pour les vaccinations à domicile, qui, l'hiver, ont au moins l'inconvénient d'empêcher de faire sortir les enfants. Quant à l'extrême chaleur, bien que, personnellement, nous n'ayons jamais rien observé de semblable, la réussite de la vaccine semble pouvoir en être influencée. D'après