DU MOMENT OÙ LA VACCINK EST PUÉSERVATUICE
un rapport du Comité central pour les années 1821 et 1822, M. Yves, médecin à Montluçon, ayant vacciné douze enfants à midi, au mois d'août, par une chaleur étouffante, aucun d'eux n'aurait reçu l'infection. Le même opérateur en vaccina douze autres, le même jour à huit heures du soir, au moyen de la même matière, avec un succès complet. « Cette observation, dit Bousquet (1), justifie l'opinion de ces vaccinateurs qui, toutes choses égales, ont avancé que le vaccin a plus de chances de succès après le coucher du soleil que lorsque cet astre est encore à l'horizon : bien entendu qu'on raisonne dans l'hypothèse d'une chaleur excessive. »
Quoi qu'il en soit de ces suppositions, les saisons moyennes, le printemps et l'automne, généralement adoptées pour les vaccinations publiques., peuvent être considérées comme justifiant pleinement cette préférence.
71. Des personnes appelées à se rendre, avec ou sans leurs enfants, dans des localités hantées de la variole, consultent le médecin sur ce qu'elles ont à faire pour s'en mettre à l'abri. Celui-ci, s'il s'agit de sujets vierges, n'a qu'une chose à faire, conseiller une vaccination aussi large et aussi sûre que possible.
Mais ici une autre question se pose: à quel moment la vaccination ainsi pratiquée peut-elle ins-
(1) Loc. cit. p. 152.
30i CHAHITItE vm.
pirer confiance? Quand il s'agit de sujets n'ayant jamais eu la variole ni la vaccine, la sécurité doit se fonder sur l'apparition des boutons: si ceux-ci se montrent avec leurs caractères normaux correspondant au temps de leur évolution normale, ce qu'on peut presque toujours reconnaître à dater du cinquième jour, il est permis de se fier à eux. Au contraire , toute présomption re[)Osant sun la date seule de la vaccination doit être considérée comme téméraire; la meilleure vaccination peut échouer par le fait de circonstances inappréciables, et demander à être renouvelée, pour n'être fertile souvent qu'à cette seconde tentative ; il faut se rappeler aussi qu'il y a des évolutions vaccinales tardives.
Et si la vaccination échoue à diverses reprises, quelle devra être l'attitude du médecin? Elle ne saurait être assez réservée ; une attaque de la variole peut avoir raison d'organismes ayant résisté à la vaccine. Les parents doivent être prévenus de cette éventualité ; les probabilités seules sont pour eux.
Il faut remarquer, toutefois, que, lorsque la réaction du troisième ou quatrième jour entre en jeu, le développement de la pustule semble subir un temps d'arrêt. Sans aucun doute (34), les coccus nouvellement formés sont alors déjà en partie entraînés par la lymphe et sont allés infecter l'organisme entier. La date du cinquième jour paraît donc reposer sur des données sérieuses.
Des expériences directes ont permis d'assigner
DU MOMENT OÙ V.VCCI\I3 EST PKl';SEnVATRICn:. 30u
à ce cinquième jour la date de racqu'sition de l'immunité; les principales ont été faites, dès 1803, par M. Mongonot, médecin de l'hôpital des Enfants- Malades à Paris, et l'un des douze membres qui composaient le Comité central de vaccine. En voici quelques-unes (1) :
Un enfant inoculé de la variole le cinquième jour de la vaccination, qui, sur lui, avait réussi, offrit quatre boutons le sixième de l'éruption; ils avaient l'apparence varioleuse, mais ils étaient durs, cornés, ne contenaient pas de fluide, et l'on on inocula la matière à un autre enfant, sans aucun effet.
» Un enfant soumis, le 9 brumaire dernier, à la vaccination, fut inoculé de la petite vérole le 13 suivant. On observa, dès le lendemain, de l'élévation aux quatre piqûres ; mais le iravail était entièrement dissipé le septième ; on ne remarqua aucun autre effet de cette tentative.
« Deux enfants, inoculés de la petite vérole au cinquième jour de la vaccine, n'ont offert également aucun travail aux piqûres ; sur l'un de ces sujets, la vaccination avait donné naissance à trois pustules régulières: le second n'avait eu qu'un seul Ijouton. »
Voilà pour les expériences faites avec le variolin,
expériences qu';)n ne peut plus répéter aujourd'hui. Celles qu'on a faites avec le vaccin en ont pleinement confirmé les résultats. On peut en conclure,
(1) Rapport du Comité central de vaccine. Paris. 1803, p. 257.
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ainsi que l'a fait Bousquet (1), que, les exceptions à part, si l'on place un vacciné, parvenu au cinquième ou sixième jour d'une vaccine régulière, dans le foyer le plus intense, on peut être sûr qu'il bravera impunément la petit3 vérole naturelle, comme il braverait la variole inoculée.
Il n'en est pas moins vrai que si, au lieu d'indiquer le cinquième jour, on prend pour guide le moment de l'apparition de la papule entourée de son aréole, on est bien plus sûr d'écarter tout mécompte. Or, des mécomptes en semblable matière, ce sont des vies perdues, ou, pour le moins, sérieusement menacées.
Lorsqu'il s'agit de revaccinations, la circonspection n'est pas moins impérieusement commandée.il faut revacciner avec le vaccin le plus sûr possible, à moins que le médecin n'ait la preuve d'une revaccination récente bien réussie. Si celle-ci date de plusieurs années, elle ne doit pas dispenser d'une précaution nouvelle ; il ne faut pas ignorer cependant qu'une attaque de variole, chez un sujet ayant été vacciné deux fois avec un succès réel, est rarement sérieuse ; le plus souvent elle se présente sous forme de varioloïde.
Si la revaccination échoue sur un sujet n'ayant été vacciné qu'une fois dans son enfance et ayant atteint l'âge adulte, il y a des présomptions que la variole ne le frappera pas davantage ; mais le médecin ne devra pas lui laisser ignorer que, chez
(1) Loc. cit. p. 526.
OUVRnTUKK ORS PUSTULIÎS VACOINALKS CFIR7, l'rNFANT. 307
lui, la sécurité n'est que relative. En tout cas, il ne devra point affronter le foyer avant le cinquième jour d'une revaccination faite dans les meilleures conditions de succès.
Chez les veaux servant à la pratique de la vaccinatio i animale, et auxquels on a pratiqué, dans ce but, de larges et nombreuses insertions, le cow-pox renfermé dans les boutons obtenus ne conserve guère son activité que pendant quarante-huit heures. Veut-on vacciner, de veau à. bras, trois jours de suite, on ne le peut, si ce n'est à la condition que le veau ait été vacciné en deux temps, moitié le premier jour, moitié le lendemain; on a de la sorte une récolte d'une durée plus longue d'un jov:r, et c'est un moyen dont nous nous sommes souvent avisé pour les vaccinations publiques. Pour gagner encore un jour, ainsi que nous l'eussions désiré, nous avons plus d'une fois cherché à obtenir des pustules à trois degrés. Jamais nous n'y avons réussi. Jamais les insertions faites quarante-huit heures après la première série n'ont été fructueuses. Nous en avons conclu, logiquement, que, chez le veau, l'immunité est acquise après deux jours. Ne serait-ce pas à cause de la multiplicité des insertions? Nous ne répugnons pas à le penser.
72. Peut-on, sans inconvénient, vider les pustules chez les enfants ? Question grave que, pour des raisons trop faciles à comprendre, on n'a jamais abordée avec l'indépendance voulue. Résolue
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négativement, n'entraînalt-elle pas le tarissement des sources indispensables à la marche régulière d'une pratique qui faisait l'objet de toutes les espérances? On préféra la laisser sous le boisseau , et chacun excusa son voisin de- cette confiance tacite.
Aujourd'hui, les choses n'en sont plus là. Les pustules vaccinales de l'enfant fussent-elles décrétées d'inviolabilité, qu'on n'en vaccinerait guère moins; celles do la génisse y suppléeraient d'emblée. Examinons donc la question sans parti pris.
Qu'arrive-t-il lorsqu'on ouvre une pustule vaccinale venue au bras d'un enfant? Nous l'avons dit (41): quelques gouttelettes d'une sérosité limpide s'en échappent, qui, insérées à d'autres sujets, donnent, à leur tour, naissance à la vaccine. Est-ce à dire que la pustule ainsi attaquée a été de ce chef incontinent privée de tous ses germes virulents? Nullement, la sérosité expulsée a simplement lavé les mailles intérieures du bouton vaccinal et chargé les microbes libres qui ont bien voulu se laisser entraîner ; mais la grande majorité de ces microbes est restée fixée (34) à la charpente même. Excise-t-on une pustule vaccinale chez le veau — chez l'enfant, la chose n'est pas possible, — après en avoir fait sortir, degré ou de force, toute la partie liquide, le microscope y fait découvrir encore des colonies entières de microbes, logés, pour la plupart, il y a tout lieu de le croire, dans les voies préformées des gaines et enveloppes des poils. Le fait
OUVERTURK DKS PUSTULES VACCINALKS CHEZ l'kNFANT. 309
d'ouvrir une pusiulo vaccinale et d'eu laisser s'échapper la partie liquide ne peut donc avoir pour effet de priver la pustule de la totalité ni mènie de la i)lus grande partie de ses principes virulents.
Admettant donc que rinmumité d'un sujet — et cette hypothèse ne nous répugne pas trop — soit en raison de la population microbienne dont son organisme aura été occupé, il en résultera, tout au plus, que la spoliation relative à laquelle on l'aura soumis n'aura eu et ne pourra jamais avoir pour effet que de diminuer, dans une faible mesure, l'intensité de cette immunité.
Si modeste que soit notre réserve, elle trouvera cependant encore de l'opposition chez ceux qui, sous prétexte que le bouton vaccinal ne constitue pas la maladie dite vaccine mais n'en est qu'un symptôme, - sont disposés à lui refuser un rôle quelconque dans la création de l'immunité. Cette opinion mérite d'être sérieusement examinée. Elle repose sur ce fail, déjà signalé en 1812, que la vaccine peut être insérée par inoculation, ne donner lieu à aucune manifestation locale, et procurer néanmoins l'immunité aux personnes qui l'ont ainsi reçue.
Voici, à ce sujet, de nombreux exemples cités par Bousquet (1). Les deux premiers sont empruntés au rapport du Comité de vaccine pour 1812: " Un enfant bien constitué éprouva, le huitième jour de la vaccination, un malaise général avec
(1) Loc. cit. p. 511.
310 CHAPITRE VllI.
un mouvement fébrile qui dura toute une semaine. On croyait toujours voir arriver les boutons ; vaine attente ! Le docteur Pistono le vaccine de nouveau: point de résultat; il le vaccine encore: rien, ni fièvre, ni boutons.
" Le second fait est plus complet et plus concluant.M. Petiet, médecin à Gray, vaccine un sujet déjà vacciné sans succès l'année précédente : au bout de huit Jours, survient un accès de fièvre qui dure trente-six heures ; en même temps se dissipe un peu de gonflement et de rougeur qui s'était fait remarquer aux bras. Trois nouvelles tentatives ont le même résultat, avec cette différence qu'elles ne causent ni fièvre, ni même apparence de travail local. Cependant, il est si rare de voir manquer, l'éruption, qu'on devait conserver des doutes sur la validité de la première vaccine. Pour en sortir, autant qu'il était en lui, M. Petiet inocula la variole à cet enfant. Cette inoculation échoua comme les précédentes.
« On lit encore, dans le rapport pour 1814, que M. Raynal, médecin à Bourges, et M. Sauvaire, médecin dans le département de l'Hérault, ont vacciné des enfants qui ne présentèrent pas vestiges de boutons; mais, à l'époque où ils auraient dû paraître, il s'établit des mouvements de fièvre trèsmarqués. M. Raynal revaccina ces enfiints à plus'eurs reprises, il leur inocula la variole: toutes ses tentatives furent vaines.
« M. Castéra a fait la même observation sur un
OUVERTURE DES PUSTULES VACCINALES CHEZ l'eNFANT. 3H
enfant do six ans : l'insertion du vaccin resta inerte dans le lieu des piqûres ; mais la fièvre survint, et cette fièvre suffit pour le mettre à l'abri de la variole.
« Au reste, ces faits ne sont pas si rares qu'on le Croit peut-être ; mais jamais, à ma connaissance, ils ne s'étaient offerts en aussi grand nombre qu'à l'observation de M. Tréluyer, médecin de l'hôpital général de Nantes et correspondant de l'Académie royale de médecine. Au mois de juillet 1825, la petite vérole entre dans l'hôpital; on s'empresse de vacciner. M. Tréluyer vaccine lui-même cinq enfants; dès le second jour, dégoût, céphalalgie,
frissons; le troisième jour, fièvre , point de
boutons.
« M. Tréluyer, un peu surpris, confie le soin de continuer les vaccinations à M. Cormerais, chirurgien de l'hôpital. Celui-ci revaccine les vaccinés de M. Tréluyer; la seconde opération ne produit rien ; il vaccine cinq autres enfants : dégoût, céphalalgie, frissons, fièvre , point de boutons.
« Ne sachant à quoi s'en prendre d'une anomalie si singulière, on accuse l'influence du local, et l'on quitte l'hôpital pour aller chez M. le docteur Duparc. On répète la même opération de bras à bras, avec l'attention d'y comprendre un certain nombre des enfants précédemment vaccin('s : mêmes symptômes-généraux , point de boutons.
" Enfin on se transporte chez M. Rouillard, conservateur du dépôt de vaccin de la Lohe-Infé-
312 CHAPITRE Vlll.
ricure, et la môme opération donne toujours le même résultat.
Ou a vacciné ainsi soixa'nte sujets, depuis l'âge de dix ans jusqu'à vingt-quatre, et, n'importe le lieu de l'opération, n'importe la main qui tenait la lancette, jamais l'insertion du virus vaccin n'a rien produit à l'extérieur : toute sa force, toute sa puissance, s'est épuisée à l'intérieur.
« A la place des boutons, il survenait un trouble général, et, ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que ce trouble, qui suivait toujours la première vaccination, ne venait jamais après la seconde.
« Ces vaccinés ont passé plusieurs mois exposés à toutes les chances de l'épidémie ; ils se sont mêlés aux varioleux, ils ont partagé leurs jeux, et tous ont échappé à la contagion; tous, hors deux, sur lesquels la vaccine n'avait produit aucun effet, ni local, ni général, ni fièvre, ni boutons.
« Il restait une dernière épreuve à faire; elle a été faite. M. Tréluj-er fît inoculer la variole à cinq de ces enfants, qu'il choisit parmi ceux qui avaient présenté au plus haut degré les signes généraux de l'infection vaccinale. Dès le lendemain de l'inoculation, horripilations, céphalalgie, nausées, vomissements, sensibilité à l'épigastre, diarrhée, etc. Ces symptômes durèrent pendant huit jours; puis ils s'évanouirent, et tout finit là.
« Il pourra paraître extraordinaire, dit Bousquet, que le u;êmc praticien ait observé plus de soixante exemples d'une anomalie si rare; mais il est à
OUVEmUIlE DES PUSTULES VACCINALES CHEZ l'eNFANT. 313
remarquer qu'ils se sont oHeris à lui en môme temps et presque tous à la fois : cela diminue mon étonnement. Je crois à rinllucnce des constitutions atmosphériques, non seulement sur le nombre, mais encore sur le caractère des maladies. C'est par elles que je m'explique comment, pendant six semaines, en 1830 et 1831, dans le temps le plus beau de l'année, aux mois de mai et de juin, mes vaccinations ont si peu réussi.
« Quoi qu'il en soit, outre le caractère honorable de l'observateur, nous avons pour garantie de l'exactitude des observations, MM. Germerais, Barthélémy, Du parc, Mabit et Rouillard. Dira-t-on qu'il se sont fait illusion? mais on ne s'abuse pas sur une chose aussi palpable qu'une éruption de boutons ; on remarque une indisposition générale caractérisée par un mouvement sensible de fièvre; -enfin l'on voit si l'inoculation de la variole est ou n'est pas suivie de ses effets ordinaires.
« Il n'est pas venu dans l'esprit de la commission de vaccine de l'Académie d'élever le moindre doute sur la vérité de ces observations ; tant s'en faut : « Elles sont loin, dit-elle, d'avoir le mérite de la nouveauté; cependant, en raison de leur nombre, de leur authenticité et du soin minutieux avec lequel elles ont été recueillies, l'Académie les a crues dignes d'une mention particulière. » Et l'on verra tout à l'heure que la commission ne s'en dissimule pas les conséquences.
« Et pourquoi se refuserait-on à reconnaître des
vaccines sans boutons? N'y a-t-il pas des varioles sans éruption, febris variolosa sine variolis ? C'était l'opinon de Sydenliam, j3artagée par Boerhaave, avec cette différence qu'il les croyait beaucoup plus communes que le médecin anglais : hic nihil repugnel mordus variolosiis sœpe sine variolis sit. Son illustre commentateur est du même sentiment ; pour faire voir combien il est facile de se méprendre sur les préludes de la variole, il rapporte un cas bien fait pour commander la circonspection. Deux enfants, fille et garçon, furent pris, à la suite d'un repas un peu copieux, d'une fièvre qui réunissait tous les prodromes de la petite vérole, laquelle régnait alors épidémiquement. Van Swieten ne douta pas que la contagion n'eût frappé ces deux petits malades. Au quatrième jour, Véruption parut en effet sur le garçon, mais la fille y échappa, quoique, selon l'expression de l'auteur, deux œufs ne se ressemblent pas plus que leurs maladies. Non poterat vum ovo similius esse quam febris hœc in ambobiisillis,eodem tempore incipdens, eodem tempore desinens et tamen dispar omnino fuit eventus. Après quoi il ajoute : Sic vidi vcrum esse quod dixerat Sydenhamus, ncmp)e dari febrem variùlosam absque variolis.
« Au reste, il n'y a pas de praticien qui n'admette des petites véroles, des rougeoles, des scarlatines sans éruption. C'est qu'il n'y en a pas qui n'ait vu, dans le cours d'une épidcinio variolique, des malades avec tous les symptômes de l'épidémie, hors
OUVERTURE DES PUSTULES VACCINALES CHEZ l'eNFANT. 31 O
l'éruption: ce qui ne les empêchait pas ensuite de braver la contagion et même l'inoculation.
« L'éruption n'est donc qu'un des éléments de la petite vérole, et ce n'est pas le plus essentiel ; le principal est l'infection générale, c'est le changement intérieur qu'elle apporte dans toute l'économie, c'est la fièvre. Telle était aussi l'opinion de Sydenham, Boerhaave, Van Swieten, Lobb, etc. S'il en était autrement, si l'éruption constituait véritablement la variole, comment concevoir que le nombre des boutons soit pourtant si insignifiant qu'il n'y ait pas de différence \ our la récidive entre la variole la plus discrète et la variole la plus abondante? Comment co-.cevoir que cinq ou six boutons équivalent à mille, à deux mille boutons!
« Observez un varioleux, il se sent mal à l'aise, il se plaint de la tête, il éprouve des frissons, il vomit, la peau s'échauffe, son sang s'allume, la fièvre ouvre la scène. Cet état dure trois ou quatre jours, après quoi l'éruption arrive et la fièvre s'éteint. Ainsi la venue de l'éruption est le signe du calme: cela seul n'annonce-t-il pas qu'elle ne joue au fond qu'un rôle secondaire, quoiqu'elle mérite peut-être la première place à d'autres égards? Sans elle, en effet, comment reconnaître la petite vérole?
« Hâtons-nous de revenir à la vaccine. Ce n'est pas assurément quatre ou cinq boutons, grands comme une forte lentille, qui peuvent tenir lieu de l'éruption d'une petite vérole même ordinaire. Qu'est-ce donc? c'est la révolution qui s'opère dans
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l'organisation. Celle révolution n'est pas une chimère. Elle s'annoncd quelquefois par des boutons surnuméraires, lesquels apparaissent précisément au moment où se fait l'éruption générale dans la variole inoculée. Le plus souvent, il est vrai, elle ee fail à noti e insu ; mais qu'importe? c'est un bienfait de plus et non une raison pour la nier. Ici la raison proteste hautement contre les sens.
y> La conclusion générale de tout ce qui précède, c'est que, dans la petite vérole comme dans la vaccine, les boutons n'ont qu'une importance secondaire et relative. L'effet préservatif n'est pas en eux, ils l'indiquent, ils le révèlent, ils le mettent en lumière; en ce sens, on convient que leur témoignage est indispensable; mais ils sont si peu nécessaires aux propriétés essentielles de la vaccine qu'ils peuvent manquer, et ils manquent, en effet, quelquefois, témoin les observations faites à l'hôpital général de Nantes. La commission déjà citée s'en est expliquée franchement : « Elles sont bien propres, ces observations, à établir irrévocablement cette vérité, que les phénomènes d'éruption, considérés avec raison comme la preuve de l'infection vaccinale, ne sont pas toujours indispensables, et que la seule action intérieure de la vaccine peut être quelquefois un sûr garant de sa faculté préservatrice. » .Te souscris d'autant plus volontiers à cette conclusion que je ne conçois même pas comment on pourrait s'y soustraire. Elle a pour elle les faits et le raisonnement : les faits, puisqu'il va
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des exemples do bonne vaccine sans apparence de boutons à l'extérieur; le raisonnement, puisqu'il est impossible de comprendre que deux ou trois boutons, sans changement général intérieur, éteignent toute aptitude à la variole, et que les bras, qui en sont ordinairement le siège, paient pour toute la surface du corps.
« Dire que ces faits appartiennent tous à ces organisations privilégiées qui n'offrent aucune prise à la vaccine, cela répugne au plus simple bon sens. Outre que le nombre ne peut s'accorder avec ce que nous savons de ces répugnances organiques, remarquez attentivement que, si le virus vaccin n'a pas paru à l'extérieur, il n'est pas resté inerte pour cela. Tous ces sujets ont présenté, en effet, des signes sensibles de son action, céphalalgie, dégoût, nausées, frissons, fièvre, tous les symptômes, en un mot, qu'il provoque chez ceux-là niêmes qu'il affecte le plus vivement. Je crois même que, par une sorte de compensation, ces symptômes étaient plus marqués qu'ils n'ont coutume de l'être lorsque la vaccine se développe avec tout cequi la constitue. »
Ces faits, qui ont dû étonner à l'époque où ils étaient publiés, jusqu'à faire douter de la rigueur de leur observation, l'expérimentation directe les a reproduits plus tard. Nous avons vu, en effet, (10) que certaines parties du système cutané, et tout spécialement la couche muqueuse de Malpighi, jouissent seulesde l'aptitude à multiplier, en foyers, le germe vaccinal qui leur est confie ; que si ce
germe est déposé dans d'autres tissus, dans le tissu cellulaire sous-cutané, par exemple, il ne pullule pas sur place,ce qui n'empêche point l'immunité de se produire. De quel'e façon celle-ci s'acquiert-elle dans ces cas? Nous avons dit plus haut (35) qu'à la suite du mouvement fluxionnaire qui s'opère, du troisième au quati ième jour, dans une papule vaccinale, une partie des coccus est reprise et va se projeter dans tout l'organisme, tandis que la partie restée sur place continue à s'y développer. Eh ! bien, il est vraisemblable que le germe déposé dans des tissus impropres à la constitution des foyers y pullule quand même, et lance dans le torrent de la circulation des légions fraîchement écloses qui vont occuper l'organisme.
Et ici se montrent, semble-t-il - si, en matière de science exacte, semblable argumentation pouvait prévaloir — les voies secrètes de la nature. La constitution en foyers n'est pas nécessaire à l'imprégnation préservatrice, mais si elle n'existait pas, la préservation, par la vaccine, contre la plus hideuse des maladies, eût été impossible, faute de vaccin. Que de fois la nature ne met-elle pas ainsi le remède à côlé du mal !
Concluons : si la reprise du vaccin aux enfants, porteurs de tumeurs vaccinales récentes, leur enlève quelques-uns des éléments affectés à la création de l'immunité, il n'en saurait résulter pour eux un appauvrissement capable d'amoindrir sensiblement la puissance de résistance à la variole que
1)K LA VAUlOLK F.T I)K LA VACCINR l'îVOLUANT KNSRMIiLK. 319
la vaccine a pour objet de leur donner. La vaccination do bras à bras no doit donc subir aucune a teinte sérieuse de ce chef.
73. Les organismes passibles de variole ou de vaccine, nous l'avons déjà dit, appartiennent au premier occupant. Il suffit que l'une d'elles ait sur sa rivale une avance de quatre jours pleins, pour fermer l'accès à celle-ci. Peut-être même cette marge demanderait-elle encore à être réduite.
Que si cette avance est sensiblerhent moindre, c'est-à-dire si, à un sujet contaminé varioliquement depuis moins de quatre à cinq jours, on inocule la vaccine, ou, réciproquement, la variole à un sujet vacciné depuis le même temps, qu'arrive-t-il ? Ce n'est plus une question aujourd'hui, les deux éruptions marchent conjointement. La divergence commence seulement au moment de décider si, marchant ensemble, elles s'influencent réciproquement.
Au point de vue pratique, l'intérêt se réduit à ceci : si l'on vaccine un sujet en puissance de variole, dans les délais propres au maintien de la réceptivité, ainsi qu'il arrive fréquemment en temps d'épidémie, et que cette vaccination réussisse, ce qui sera la règle, sera-t-elle favorable ou défavorable à la marche de. la maladie principale, ou lui sera-t-elle indifférente ? Cette question est encore aujourd'hui diversement résolue : tandis que d'un côté la vaccine est louée pour les adoucissements
qu'elle apporterait à la variole, elle est réprouvée, de l'autre, pour le danger qu'elle y ajouterait.
Dans une dissertation inaugurale, M. Clérault, sous l'inspiration de son maître, M. Rayer, s'est fait le défenseur de la première de ces deux opinions. M. Clérault a réuni 111 faits où la variole s'est montrée douce à côté de la vaccine, et il n'a pas hésité à en attribuer tout le mérite à celle-ci. De leur côté, MM. Rilliet et Barthez professent hautement que, sur les enfants jeunes et faibles, la vaccine, loin de tempérer la variole naissante ou prête à naître, ne fait que la précipiter et ajouter à sa gravité, et, comme preuve de cette manière de voir, citent des chiffres véritablement effrayants : 36 morts sur 39 malades. A l'appui de leur thèse, nous rappellerons que, dans l'épidémie de Marseille, en 1828, il est mort 16 personnes qui portaient à la fois la variole et la vaccine : 9 en juin, 3 en juillet, 2 en août, 2 en septembre.
Ici donc encore, des chiffres, de tous points opposés, viennent obscurcir la question au lieu de l'éclaircir. La théorie nous servira mieux.
La variole et la vaccine ne sont pas des puissances antagonistes ; elles se suppléent et ne s'opposent, l'une à l'autre, à aucun titre. Nous avons donné la formule de leur action réelle dans ces mots : la place au premier occupant. Leur action s'additionne, là est la vérité ; semez-les ensemble, elles marcheront librement, fructifieront séparément, chacune dans sa sphère d'action, mais tou-
IIK LA VAUIOLK K T DR LA VACCLN'K MAllCILWT lÎNSEMliLK. IJ^l
jours dans le môine objet, l'occupatio:! des organismes, créatrice de riminuuité mutuelle.
Nous avons dit l'hypothess sur laquelle nous avons fondé l'explication de cette immunité, est celle de l'épuisement : elle suppose que le processus morbide produit par le virus inoculé conso nme, détruit ou annihile une matière, inconnue d'ailleurs, dont l'existence est nécessaire au d iveloppement du virus (35). Eli ! bien, semez ensemble les deux virus se suppléant, s'additionnant l'un à l'autre dans cette œuvre commune, de quelle façon l'un pourra-t-il coml)attre ou affaiblir l'autre ? Il y a vraiment impossibilité à le comprendre. Si l'immunité acquise peut gagner en intensité ou en durée par le nombre des colonies appliquées à l'épuisement, il y aura présomption du renforcement de cette immunité par l'intervention des pustules vaccinales, pour autant que la présence de ces quelques colonies additionnelles puiise jouer un rôle devant des éruptions varioliques les comptant par centaines. Mais aucune autre action ne se saurait comprendre, si ce n'est, au point de vue où nous nous sommes placé, un supplément de la réaction générale, dû au travail de ces légions supplémentaires, en rapport avec leur multiplicité, c'est-à-dire très secondaires.
Objections a la vaccine. — 74. La vaccine est réellement un préservatif contre la variole —