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OBJECTIONS DE CARNOT ET HE VERDÉ-DELISLE

Grenoble, Besançon n'y sont pour rien, ce sont des exceptions dont il faut espérer qu'on connaîtra plus tard les véritables causes. »

Enfin, il existe une loi sui>éricure à la vaccine et à toutes les influences partielles, une loi qui règle en souveraine la population des Etats. Cette loi est sous la dépendance de ce que les économistes appellent, d'après Malthus, la contrainte morale, en vertu de laquelle la population peut être réprimée au caprice de ceux qui sont préposés à sa conservation, caprice qui, dans le siècle qui vient de s'écouler, ne s'est que trop manifesté dans un sens répressif. Le dixième rapporté par la vaccine a donc pu et dû se noyer dans cet autre élément, qu'il ne faut pas négliger, non plus que beaucoup d'autres.

M. Bertillon, en 1855, Marinus, Verheyen, M. Crocq, en 1863, M. Lolz, en 1880, et tant d'autres, ont dit tout ce qu'il y avait à dire des statistiques de Carnot et des idées de Verdé-Delisle, et il n'y a pas à y revenir. On nous permettra cependant d'ajouter quelques mots: Non, la Providence n'a pas pénétré l'homme, en le créant, de principes malsains, pour le seul plaisir de l'obliger à les expulser. En matière de maladies transmissibles, l'ennemi n'est pas dans la place, il est au dehors, et c'est de là qu'il l'attaque. Le mettre dans l'impossibilité d'y exister, voilà la vraie, la seule prophylaxie. Pour nous, et contrairement à ceux qui affirment qu'il n'y a pas de virus immuables ni

de virus remontant aux âges préhistoriques, il nous paraît absolument vraisemblable que le virus des maladies trausmissibles, variole, syphilis, scarlatine,- rougeole, qu'il soit germe, ferment ou microbe, remonte à la création, aussi bien que le palmier, que la baleine ou que l'éléphant. Les germes des maladies trausmissibles existent dans la nature. C'est à l'homme à se défendre de leurs atteintes, comme il a à repousser celles des fauves, des moustiques ou des animaux parasites. Mais quant à admettre que chacun d'eux est préventivement représenté dans le corps humain, n'attendant que l'occasion d'en être expulsé dans une crise solennelle, c'est une hypothèse qui a fait son temps, et qu'on chercherait vainement à faire revivre. La nature a donné à l'homme l'intelligence et des armes pour se défendre. Il s'en est servi, en matière de variole, pour se rendre invulnérable par la vaccine, et l'on peut dire qu'il en a bien usé.

Ces préliminaires posés et le terrain déblayé de la sorte, il nous reste à examiner les questions suivantes :

L Les mesures et les moyens indiqués par l'hygiène, tant publique "que privée, sont-ils de nature à pouvoir préserver de la petite vérole ?

IL La croyance au danger de vacciner en temps d'épidémie de variole est-elle justifiée? En d'autres termes, peut-on récolter la variole en semant la vaccine?

l'hygiène, seule, est impuissante contre la VAniOLE. 343

III. La vaccination est-elle toujours, une opération iiioffensive? Si elle présente des inconvénients ou des dangers, peut-on toujours s'en mettre à l'abri?

76. — Les mesures et les moyens employés par Vhygiène, tant publique que privée, sont-ils de nature à pouvoir préserver Vhionaniié de la p^etite vérole ?

Semblable prétention a été exprimée au Congrès médical international d'Amsterdam (1879), sous la forme que voici :

» 1 . La réceptivité individuelle des classes nécesy> siteuses doit être diminuée par l'amélioration des 7> conditions générales de leur existence.

» 2. La vaccination ne doit être recommandée y> que tant que des mesures énergiques contre la » transmission des maladies virulentes ne sont » pas encore décrétées par les gouvernements. »

La première de ces propositions est au-dessus de toute discussion : vaccinateurs et anti-vaccinateurs se donnent la main pour solliciter l'amélioration des conditions générales de l'existence de tous.

Quant à la seconde, impliquant l'idée que tous les gouvernements pourraient en arriver à s'entendre pour édicter, contre la transmission des maladies virulentes, des mesures telles que la vaccination en devînt inutile, elle ne constitue qu'une généreuse utopie. De quoi s'agirait-il, en effet? D'amener tous les Etats, amis et ennemis, à réaliser

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un jour, dans un accord parfait, l'idéal de l'hygiène publique, de telle façon qu'un pays qui en arriverait à cet idéal ne fût pas menacé par l'importation de la part de pays voisins moins bien avisés. Il y a là, on en conviendra, un aléa qui promet encore à la vaccine un long et paisible avenir ; pas plus en matière d'hygiène qu'en aucune autre, l'heure de l'harmonie universelle n'est encore près de sonner. Aussi, tout en unissant nos vœux à ceux de l'honorable hygiéniste d'Amsterdam, qui s'en est fait l'apôtre, nous garderons-nous de désarmer et donnerons-nous à sa proposition, sans nous mettre en désaccord avec elle, son sens pratique actuel en la formulant comme suit : « Vaccinons et revaccinons jusqu'à ce que la séquestration des variolés — dans le monde entier — ait été réalisée par des mesures telles que la vaccination en soit devenue inutile. » Nos arrière-petits-neveux verront ensuite ce qui leur restera à faire.

Une maladie fût-elle essentiellement parasitaire, il ne s'en suit pas qu'on puisse en empêcher l'éclosion dans des conditions très-voisines de la spontanéité. Cela étant, quelque minutieuses que soient les mesures qu'on voudrait prendre pour empêcher les germes de se propager, on ne les détruira ni ne les dispersera jamais au point de prévenir l'apparition de cas isolés ni la production -des foyers devant résulter de chacun d'eux. Et si cela est, comment les édits de police, les cordons sanitaires les plus sévères empêcheraient-ils les effluves morbigènes

L'HYf.IÈNE, SEULE, EST IMPUISSSANTE CONTUE LA VARIOLE. 345

de s'en échapper, et d'être d'autant plus offensives qu'elles viendraient atteindre des organismes que l'absence du moyen prophylactique par excellence, la vaccine, aurait laissés sans défense. Avons-nous besoin d'ajouter que, si l'abandon de la vaccine devait précéder l'application des mesures demandées, le moyen proposé constituerait, à lui seul, un effroyable danger, car il laisserait les populations désarmées, au jour où l'une de ces influences épidémiques, dont la puissance ne se peut calculer et n'a pas jusqu'ici reconnu de barrière, viendrait à fondre sur elles. S'en fier à des mesures de police, ce serait, nous paraît-il, faire comme ces peuples qui, oublieux du grand principe ; « Si vis pacem para hélium », s'en remettent, .du soin de leur garde, à la foi des traités, sans remparts de défense etsans armée pour repousser les aggressions. Enfin, ces prescriptions de police destinées à procurer l'isolement complet des variolés seraient mille fois plus vexatoires, plus contraires à la liberté individuelle, que la vaccine obligatoire, à laquelle on reproche d'y attenter si brutalement ?

L'histoire est là d'ailleurs pour démontrer que l'hygiène est impuissante par elle-même àlutter contre les maladies parasitaires. « Les mesures et les - moyens indiqués par l'hygiène, tant publique que r> privée, ne sont donc pas de nature à pouvoir préy> server l'humanité de la petite vérole. »

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