‹ Traité de la vaccine et de la vaccination humaine et animale [electronic resource]Chapitre 18 sur 23 · IL — La croyance au danger de vacciner et · texte numérisé non relu

IL — La croyance au danger de vacciner et

de revacciner en temps d'épidémie de variole estelle justifiée ? En d'autres termes, peut-on récolter In variole en semant le vaccin ?

Cette croyance n'a aucun fondement ; c'est un préjugé remontant à l'époque où se pratiquait la variolation ou inoculation. Quand la variole règne épidémiquement, soit que la constitution médicale imprime à l'organisme humain une plus grande réceptivité à la maladie, soit que le germe infectieux soit plus actif,il est d'observation que le développement de celui-ci, dans le corps de l'homme, est plus rapide et plus pénétrant. Qu'un germe, en d'autres temps paresseux ou peu infectant, s'introduise alors dans l'organisme, il y prohfère rapidement et donne lieu souvent, non plus, comme en temps ordinaire, à une varioloïde ou à une variole discrète et bénigne, mais bien à une variole grave, qui ne tardera pas à s'étendre en foyer. De là le précepte formel de ne pas inoculer en temps d'épidémie, précepte qui a été transféré, sans aucune raison valable, de l'inoculation à la vaccination.

Il faut bien le dire toutefois, pour ceux qui n'examinent pas les choses de près, une certaine illusion est possible : parfois un sujet est pris de la variole dans les premiers jours qui suivent sa vaccination ou sa revaccination. La sentence est bien vite prononcée, c'est la vaccination qui a fait naître la variole. Et l'on néghge de se dire que, dans la foule des individus qui se font vacciner ou revacciner, foule d'autant plus serrée que le danger est

ON nOlT VACCINEn PENDANT LES ÉPlDl'îMIES DE VARIOLE. 347

plus pressant, il doit inévitablement s'en trouver qui sont déjà en possession du germe variolique au moment où l'on insère le vaccin, lequel n'a à se reprocher que d'être arrivé trop tard.

C'est un peu par cette même logique que se laissent inspirer ceux qui, constatant que « plus on vaccine et revaccine, plus les épidémies de petite vérole sont longues, r> ne songent pas à retourner le propos et à dire que « plus les épidémies de variole sont longues, plus on vaccine et revaccine. y>

Le préjugé n'en existe et n'en persiste pas moins ; les gens du monde se le passent et repassent, et il se trouve des écrivains médicaux pour le soutenir et le relever, même au moment où l'on devrait le croire près de disparaître.

Pour eux, la vaccine peut donner lieu à la variole. Nous nous sommes déjà expliqué à cet égard (i). Nous avons dit que, si l'on se place dans l'hypothèse la plus répandue, celle de la dualité des germes, on ne doit pas plus pouvoir récolter la variole en semant le vaccin, ni le vaccin en semant la variole, que de l'orge en semant du blé. Que si l'on se place dans celle de l'unicité, en faveur de laquelle nous n'avons pas dissimulé nos prédilections, les faits nous autorisent à tenir le même langage, en demeurant, bien entendu, sur le terrain humain, qu'à cet égard nous n'avons jamais entendu quitter : l'expérience

(1) Rapport gurla vaccinp, etc. {loc. ritat.)

a démontré que si, pour certaines espèces, la virulence atténuée peut être reconquise à la seule condition d'une culture dans des milieux appropriés, le milieu humain n'est pas propre à cette réascension pour le virus devenu vaccinal, car elle y est sans exemple (30). Qu'on nous montre, en effet, avons-nous dit et croyons-nous pouvoir répéter, dans les pays où les vaccinations se font par fournées nombreuses, un seul cas où elles aient fait naître la variole, et nous réformerons nos vues. Jusque-là nous demandons à les maintenir.

78. — La vaccination est-elle toujours une opét^ation inoffensive ? Si elle présente des inconvénients ou des dangers, peut-on toujours s'en mettre à Vabri?

L'émulation qui s'est établie, dans ces dernières années, entre le vaccin animal et le vaccin humain, a été l'occasion d'une enquête rigoureuse et sévère sur les conséquences anormales possibles de l'insertion de l'un et de l'autre à l'espèce humaine, chacun des deux étant prêt à admettre volontiers les iniquités de l'autre. De là, par le fait d'une sévérité souvent exagérée, peut-être inconsciemment injuste, une tendance fâcheuse à créer et à laisser transpirer dans le public des défiances quant à l'innocuité réelle de la vaccine elle-même. De là aussi, et c'est le bon côté de la situation, l'établissement de leur dossier respectif et véritable en matière de criminalité.

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